Vol. II, p. 251. Paris, La Connaissance
Barbey d’Aurevilly lui-même l’a écrit dans la dédicace des Historiens politiques et littéraires (1861) à son cousin :
« Tu m’as ouvert l’intelligence.. Quelle qu'ait été ma vie. et partout où la destinée m’ait poussé, elle ne m’a jamais effacé cette allée du jardin de Valognes où je me promenais, à treize ans, entre toi, jeune homme, et ta sœur... »
Et dans une lettre datée du 24 août 1880, parlant de son cousin Edelestand du Méril (mort le 30 mai 1871), Barbey dit :
« L’homme dont vous me parlez a mis la poudre et le fer dans ce cerveau, qui a été souvent appelé un cerveau brûlé. par les sages, — et qui brûle er ue pour tout ce qui lui plaît et ce qu’il aime’! »
À treize ans, précise lui-même Barbey d’Aurevilly; à quinze ans, il écrivait l’Ode aux Héros des Thermopyles et invoquait Voltaire; à dix-sept ans, il « foulait tout aux pieds ». R
Maïs ce n’est pas seulement son cousin Edelestand qui a mis « la poudre et le fer » dans son cerveau, c’est son oncle le médecin matérialiste, dont nous savons qu’il était « un athée absolu et tranquille » et qu’il fit partie d’une Loge maçonnique militaire avant la Révolution.
Conversations, lectures, réflexions personnelles, dans le commerce de cet oncle médecin qu’il admiraït et qu’il aimait, tout dut contribuer à faire perdre la foi à Barbey d'Aurevilly. Ii ne l’a pas dit expressément et il ne pouvait pas le dire. Volontairement, dans la première partie de sa vie, il reste enveloppé d’un nuage d’obscurité byronienne. Et dans la seconde partie, il se devait, redevenu croyant et pratiquant, de garder un silence respectueux. Cette réserve l’honore. Car il avait envers son oncle une dette de profonde reconnaissance intellectuelle. Il lui devait sa formation première, cette culture médicale dont on retrouve la trace ‘très nette dans ses romans, au point qu’il pourra écrire : « Je suis médecin. » Et de ses souvenirs de Valognes, des récits entendus à la table de son oncle du Méril, il tirera peut-être l’essentiel de son œuvre littéraire. Le silence de Barbey d’Aurevilly, s’il nous paraît aujourd’hui