‹ Barbey d'Aurevilly et la MédecineChapitre 34 sur 44 · Ch: BuEr; opi cit, p · texte numérisé non relu

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2, Ne pourrait-on. lui appliquer ce qu’il. à dit de Buffon? « Il (Buffon) atteignit cette vieillesse qui devait être longue et qui lui alla mieux que la jeunesse, tant ce grand esprit d’ordre et de paix majestueux paraissait plus grand dans le rassoiement de sa- puissance par: ces dernières années voisines: de la mort, qu'au temps de la virilité. » : à

buste’. On ne voit pas qu’au cours de sa longue existence, il ait fait de maladie grave. Dans ses Lettres à Trébutien, il se plaint assez souvent de la « grippe ». Il parle aussi de bronchite.

« Avez-vous eu quelquefois la grippe? écrit-il à un ami. Vous savez alors que l’un des phénomènes de cette aima-

- ble maladie, c’est qu’on se croit guéri chaque jour et qu’on

ne l’est jamais... »

Il a la particularité de faire des formes traînantes de grippe. Dans ses Memoranda comme dans ses Lettres, il note qu’il doit garder la chambre pendant plusieurs jours, à cause d’une grippe ou d’une bronchite. « … Je suis fort bête aujourd’hui, écrit-il à Trébutien, d’une extinction de voix qui m'a, je crois, éteint jusqu’au cerveau... » Un autre jour, dans une lettre à M” Charles Hayem, il dit souffrir « du collier de force d’un affreux mal de gorge ». Des plaintes semblables reviennent assez fréquemment sous sa plume.

En avril 1888, il tomba sérieusement malade. « Dans la nuit du 16 au 17, écrit Ch. Buet, Barbey d’Aurevilly sentit la première atteinte du mal qui devait l’emporter un an après. Un « coup d’épée lui avait traversé la poitrine ». Ayant en vain appelé à son secours, il ne réussit que vers le matin à gagner seul son lit. C’est là que M"° R... (Louise Read) le trouva. Elle alla chercher de l’aide chez ses chers voisins de la rue Oudinot'. Le D' Robin appelé accourut aussitôt. Plein de sollicitude et de tendresse, il cacha au malade la nature du danger et le danger même. Le cœur était violemment atteint; toute émotion eût été fatale. Il lui inspira confiance et le rassura. Il venait deux fois par jour. |

« Le D’ Seeligmann passait des heures à son chevet. La visite du D' Cazalis lui fut très sensible aussi. Il se sentait aimé et entouré... »

Barbey d’Aurevilly se remit assez rapidement et, le 29 avril, il dictait à M” Read cette lettre pour un ami :

« … Les journaux qui ont parlé de moi ont dit les bêtises

1. Annette et François Coppée, avec lesquels B. d’Aurevilly était lié d’une étroite amitié.

auxquelles ils sont accoutumés. Les uns ont parlé de congestion pulmonaire, les autres de je ne sais quoi, et c’était tout simplement une crise de foie. » ©

Charles Buet, qui reproduit cette lettre, ajoute en note : on lui avait caché la maladie de cœur qui s’était déclarée “le 17 avril. j

Il s’agissait sans nul doute d’une crise d’asystolie aigué. Cette brusque défaillance cardiaque n’est pas étonnante chez un vieillard artério-sclérieux' qui présentait incontestablement un long passé pulmonaire. « Prenez garde, répétait notre maître Ribierre, à ce qui se cache sous le masque de l’emphysème et de la bronchite chronique, ou simplement à répétition : c’est l’insuffisance cardiaque. »

Barbey d’Aurevilly surmonta la crise d’avril 1888. Mais, un an plus tard, nouvelle crise, et malheureusement, cette fois, terminale, Il avait quatre-vingt et un ans.

Pour conter sa fin, laissons encore la parole à son pieux biographe et touchant ami Charles Buet :

« Le dimanche des Rameaux (14 avril 1889), il reçut le

comte de Lorgues, gai, causant comme ïl ne causait pas depuis longtemps. Son vieil ami venait le féliciter sur Amaïdée qui achevait de paraître dans le Gil Blas et dont ‘on avait lu la veille, chez lui, de longs fragments accueillis avec enthousiasme. Le lundi, Léon Bloy passa quelques heures rue Rousselet; M. d’Aurevilly s’anima, plaisanta, se préoccupa de copies que seul Léon Bloy pouvait lui faire. Le mardi M. Braga, le D° Letourneau le mercredi, le trouvèrent très bien. Le Jeudi-Saint, attendant une prochaine visite de Paul Bourget, il dicta, afin de la lui remettre, une note pour Amaïdée dont la morale, trop philosophique, ne le satisfaisait plus depuis longtemps. Le vendredi, il fut gai dans l’après-midi avec son ami Braga, le raillant tendrement, le soir avec le D Seeligmann.,

« Rien ne pouvait faire pressentir l'hémorragie qui se déclara le Samedi-Saint. Un instant on put encore espérer, tant il retrouva de force après les deux terribles syncopes

1. Sur son beau masque mortuaire, qui servit de document à Rodin pour le buste de Saint-Sauveur-le-Vicomte (Cf. Laurentie), l’artère temporale superficielle gauche est nettement saillante.

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oecasionnées. par l’hémorragie. Il ne se sentait pas même affaibli et. demandait à se lever.

« Moi qui croyais passer un si-agréable jour de Paques! » dit-il le dimanche au D' Robin. Le chaud: seleih entrait dans la chambre par la fenêtre ouverte et il faisait des projets de promenade. Le lundi matin, il répétait des vers de Béranger, demandant à vérifier un passage dont il n’était pas sûr. Îl causaït encore à sept. heures. du soir.

« Le mal s’aggrava rapidement. Léon Bloy appela le Père Sylvestre, et le mardi 23 avril, à huit heures du matin, Barbey d’Aurevilly rendit doucement le dernier soupir. »

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