‹ Barbey d'AurevillyChapitre 2 sur 8 · BARBEY D'AIT.KYII.LY · texte numérisé non relu

BARBEY D'AIT.KYII.LY

vivant et normal, ne voulait pas être blessa. Alfred Nettement, dan études littéraires, lui parait trop

mou : il n'a pas vu la cause «le la mort rapide de la Restauration, même en sa Beule pensée, la littérature. Mignet, sur Charles-Quint, n'est qu'un chroniqueur bien documenté, et Pichot, traitant le même sujet, moins étoffé, moins sévère, lui racontant Marie-Antoinette, les Goncouii ont montré un Bérieui dent leur talent manquait. Nicolardot lui plaît lorsqu'il frappe Voltaire, le vice du 18* siècle. H montre ce que peu! produire l'impartialité, av. m- celle du libre-pen Dargaud, qui déplut à droite comme à gauche. Il loue Audin, ce soldat de l'Eglise militante, sur sa galerie des Qgures qui gouvernèrent la Réforme. Et sans i Barbey d'Aurevilly accepte pleinement l'hér atho-

lique, quel qu'il toit, ce qui l'amène à couvrir la Saint- Barthélémy, défense, dit-il, du catholicisme contre les protestants soulevés. Si, comme il l'annonce, Audii est le premier biographe du siècle, il l'en écrivant lui-même une biographie d' Audin, rapide, i omplète, vive, pittoresque, cordial onflée de i

polémique acharnée qu'il verse, comme d'un.- urne toujours débordante, en toute sa critique, il y sème de l'esprit, mais de l'esprit sourcil leui ou de pointe d'épée. H Dote,devant Cousin fort occupé A raconter les dames de la Fronde : • Quand les - n'ont plus la

flamme qui crée les grandes œuvres, l'amour de l'archéologie s'empare des esprits qui baissent ; » le solennel et froid Cousin, ce comique sérieux, ne sait pas peindre : « Entasser des mots ne caractérise rien ; bien souvent on caractérise avec un seul trait. » — Dans ce volume, comme dans celui des Philosophes et Ecrivains religieux, l'opinion inscrite aux Prophètes du Passé commande tout. Il faut en prendre son parti. Ce combattant est acharné et offensif comme la race normande. Sa tendance, immuable, le porte aux idées plutôt qu'aux formes, et, une fois campé devant les idées, il lance et relance la hache de son blâme aux auteurs adverses, ou dispense la louange aux auteurs de son camp. Cela donné à son opinion volontaire, il sait regarder et voir la valeur ou la non-valeur humaine et littéraire, chez les uns comme chez les autres, et il ose le dire. Deux qualités, chez les ennemis, trouvent grâce devant lui : la sincérité parfaite, l'art véritable ; deux défauts, chez les coreligionnaires, ne lui échappent pas : la mollesse fuyante, le manque de littérature. Le ton hardi et ardent du polémiste ne supporte ni amusements, ni retards ; la ligue est rigide. L'homme se donnant tout entier, et partant d'un principe moral unique, impose au critique une attitude, une manière presque invariable : il aborde le sujet d'un auteur, le montre généralement traité à côté ou a rebours, expose ensuite où est la

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vérité de ce sujet, soil que l'auteur l'ait rencontr qu'il lui «'il oppose une autre conforme a enfin, revenant au critiqué, l'achève par touches retouches nombreuses. Si 'est souvent, qu'il l'achè\ au s. mis militant du mot.

Lu vaillance de cette écriture, son origine traditionnelle et ses couleurs modernes, sa toi ioo pittoresque lui gagnaient cependant la plupart des lettrés. <• Le talent chez lui est si grand et si éclatant, publia Paul de Saint-Victor dans la Preue^ qu'il attire ceux-là même qu'éloigneraient ses idées entières et altières. Le polémiste effraie souvent, l'artiste étonne et charme toujours. Au plus fort des coups qu'elle porte, l'épée muniro par cette main vaillante fait admirer les ciselures de sa poignée el la Bplendeur de ss lam ■

Mais Le grand nombre <l«'s critiqm tient. Us

voyaient là s'établir une puissance, qu'appréhendaient et jalousaient leurs petites forces. El puis, ils n'y comprenaient rien : ce polémiste apparaissait tout a lu fuis d'un.' partialité absolue avec ses do t d'une impa

lité étonnante avec sa passion <!.> la sincérité al de l'art naturel. Cette bizarrerie déconcertait leur jugement routinier. Alcide Dusolier I'' fit voir excellemment; dans son étude : ./. Barbey d'Aurevilly Dentu éditeur, .'il mai ... Voilà p lut-étre le fia mot «lu des

critiques '■ y disait-il. M. d'Aurevilly ne penu pa

me la plupart d'entre eux... Mais ses amis religieux et politiques, direz-vous, pourquoi ne parlent-ils pas ? Ils n'ont aucune raison, eux, de cacher ce talent au public ? Si fait i Et cette raison, c'est l'extraordinaire indépendance, c'est la franchise invincible de M. Barbey d'Aurevilly. Homme de conviction, logicien inébranlable, allant toujours tout droit et jusqu'au bout, dédaigneux des ménagements hypocrites, il frappe aussi fort sur les catholiques qui ont de lâches complaisances pour le progrès, que sur les athées et les panthéistes. »

C'est en ce temps-là que Barbey d'Aurevilly publia son Etude sur les Misérables : « ... ce roman-commode, dans lequel M. Victor Hugo a empilé, sans ordre, tous les divers écrits sur toutes choses qu'il n'a pas publiés depuis quinze ans et qu'il ne veut pas perdre. » 11 ajoutait, généralisant : « Les livres forts et vrais ne font pas tant de tapage. Ils n'entrent pas, en faisant de tels cris et de tels renversements, dans l'imagination humaine. Ils s'y établissent comme la lumière dans nos yeux, par le fait souverain et doux d'une beauté qui est en harmonie avec tout ce que nous avons en nous de facultés. » Les passionnés du chef romantique le prévinrent, s'il continuait, qu'ils écriraient sur les murs de Paris : Barbey d'Aurevilly, idiot. 11 continua, et l'inscription fut faite. — Ce fut encore avec Victor Hugo qu'il ouvrit son troisième volume des œuvres et les hommes.

no barbe* d'Aurevilly

Les Poètes (Amyot, 1862 . — Ce livre, dédié a Pau! de Saint-Victorf oll'rait d'abord une pi ir la po<

« cette chose mystérieuse et puissante, qui est en toutes

choses. I! ne s'agit que de frapper juste... mais il faut

la suprême adresse de l'instinct qui est le génie, ou l'adresse de le main de L'expé du

talent plus ou moins cultivé. » Puis, Hugo est empo

ijet des Contemplation* : du panthéisme! de la métempsychose, respril mauvais de l'époque ; sant vers l'absurde : le Ronsard du 19* siècle poa

vers moderne par excellence! dans sa grossièreté insolente et sa turgescence de Titan raté. ■ Voilé bien le soldat frappant comme un aveugle sur le camp adverse. On a tn>p vanté aussi lu Légende des Siècles, parce qu'il n'y a plus de vraie critique, dit-il : - La critique vraie, c'est la justice, et la justice secompos ne-ut de

Sévérité dans la sympathie et de sympathie dans la

sévérité. » De petites épopées n'en formeronl jamais une grande. Cependant il reconnaît que là, Victor Hugo

revit : • Le pOèl retrempé dans les saints «Durants

de la tradition. le poète primitif, aimant tout le

primitif, homme du moyen-âge, col : enfantin ;

pourquoi >•■ préte-t-il trop au moud»' moderne, celui-] s.'ul pourrait donner le grand chef-d'œuvre ' Mais le polémiste ne s.- radoucit vraiment qu'en abordant l'œuvre de Vigny ; £7oa, c'est « l'angélique subi de la

pensée, l'âme qui a rayonné dans tout ce qu'il a écrit ; » même le Moïse, d'une fière beauté, en paraît détaché ; pur sans froideur, Vigny est le Racine du romantisme. Théophile Gautier, avec sa poésie transparente et lumineuse, n'est que « le plus puissant limeur de cette littérature volontaire qui croit trop que l'effort humain l'emporte sur la divine spontanéité. » Brizeux, ce talent d'une délicatesse presque fragile, dont la Marie vint rafraîchir un moment d'artificielles splendeurs, n'est pourtant qu'un breton trop civilisé ; ce n'est certes pas le Burns de son pays : idyllique, oui, mais non sauvage. Barbey d'Aurevilly goûte, de Sainte-Beuve, le Joseph Delormey où chacun pouvait se mirer ; mais dans les poésies qui suivirent : « le lettré, le professeur a rongé le Sainte-Beuve poète... C'est la science, l'encyclopédisme, cette rage des vieux siècles littéraires, qui a fait faiblir la poésie. » A côté du sentiment naturel qu'il voit dans Roger de Beauvoir, il étiquette les formistes sous ces bonnes définitions : « Les poètes de notre temps se classent en écoles, et ne sont en définitive que les attachés d'un système, des poètes de parti-pris... Ils se nomment eux-mêmes des artistes, et ont réellement plus d'art que de génie et d'inspiration... Toute poésie matérielle aura le sort de la matière ; » mais il revient au dogme : oc Hors du christianisme, il n'y a pas de poésie forte et profonde. » Il oppose

encore aux écolàtres, Marceline Dasbordat-Valmore : « la passion et la pudeur dans leurs lutt rougissantes ; » celle-là n'avait ni pose ni déclamation ; c'était « une Corinne dunt Les cheveu ne tiennent plus et s*aûaissent1 et dunt le voile a été déchu ■ par tes mains convulsrves qui le ramènent sur un v brûlant de pleurs. • I >ans Mirèio, de Frédéric Mistral, il voit une oeu viv simplet ne-Ile, élevée et familière,

d'une pureté de galbe antique : mais les prétention! de linguiste le gênent. Voici Joséphin Soulary, le puritain du tonnet, forme bornée : i Le génie dans les petites choses n'esl plus le génie. • Amédée Pommier, pont'1 par l'idée chrétienne, est ample, correct. Quant aux Odei funambuiesquei de Banville, c'est un livre de paroxysme poétique et cérébral, dont il aime l'outrance, en déplorant qu'il n'y ait nul sentiment dans cette langme ouvragée. Il montre, dans les Poèmet anliquex

•it.' de Lisle, I»' procédé moderne, la po masque :« Quand on n'a pas d'idi oi et qu'on a le

ce ni vide, des hommes laits pour rester d'honnêtes lettrés toute leur vie ramassent dans la poussière de toutes les civilisations des détritus d'idées Bur lesqu

Je monde entier a passé, et ils BC b «la,

qui des pc qui des mes d'histoire, en se

croyant I ididemeot des inventeurs. » Le demi

tique Dupont recueille cette image : le Gain, dans

nature, remporte sur l'Abel ; cependant, « de génie spontané, d'impression première et même de nostalgie, de tête retournée vers les champs, Pierre Dupont se révèle bien de la double race, chaque jour plus effacée, et du laboureur et du pâtre. » Voici la poésie travaillée de Joseph Autran, les verselets moralistes de Jules de Gères, et Victor de Laprade, sobre et correct, pur mais froid, adonné au ce montagnisme. » Voilà Mme de Girardin, qui offre souvent de l'émotion vraie ; Henri Murger, aux ébauches faciles, assez gracieuses : du Musset balbutié ; Auguste de Châtillon, doux et triste ; Edgar Quinet, travailleur en épopée, infortuné mais acharné ; Louis Bouilhet, de beaux moules à idées, sans ridée : « Très souvent, dans la jeunesse, le talent n'est que le caméléon du génie ; il en renvoie les teintes et il croit que ce sont là ses propres feux ; » Siméon Pécontal, d'inspiration chrétienne. Un des plus intéressants chapitres est le dernier, sur Charles Baudelaire : les Fleurs du mal, « horribles de fauve éclat et de senteur, » sont un livre cruel et osé, moral à sa manière, car il est le châtiment après le crime ; le poète est terrible et terrifié : « Son talent est lui-même une fleur du mal venue dans les serres-chandes d'une décadence... Après les Fleurs du mal, il n'y a plus que deux partis à prendre pour le poète qui les fit éclore : ou se brûler la cervelle... ou se faire chrétien ! » — Ce mot qui clôt le

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