‹ Barbey d'AurevillyChapitre 3 sur 8 · livre ramèae invinciblement la vers l · texte numérisé non relu

livre ramèae invinciblement la vers l

principes : catholicisme, monarchisme, qui animent îtique ; il s'y enferme avec une soi téna-

cité ; mais toujours aus onnaissoos-le, il b

— on ! non pas attendrir, et convaincre moins encore

— attaquer par les sincérités profondes des poètes ou la sève bien naturelle qui circule an leurs lorsqu'elle y circule.

C'est le 21 octobre 1862, que parut au Psyt l'article surGcethe et Eokermaun, dont ou fut mécontent dans les sphères officielles. Barbey d'Aurevilly tint interrompre sa collaboration. 11 s'était installé au 29, rue let, qu'il ne devait plus quitter. Dans les quinze années antérieures, sa correspondance mentionne cesadre successives : 16, cité d'Antip ; pavillon de la Muette (Pasey : 12, rue Neuve-de-l'Université ; 45, ni.' Notre- Dame-de-Lorette ; 39, rue Fontaine-Molière : r>. rue Geoffroy-Marie; 41 bis, ru.' de Vaugirard ; 0, ru.' Oudinot. C'est ans^i vers cette date que Dusolier lui lit connaître Gambette, ••; qu'Armand de Pontmartin Pirréductible jacassa : « ... Un ultra-catholique, qui a écrit .1.'- romans libertins ; un critique hebdomadaii (quel portrait ! — qui défraie la petits jour-

naux .'t fait de chacun de bcs articles un défi, une gageure contre le bon sens el la lana,

iyez, après avoir lu cette phrase, de ne pas sourire.

Jules Levallois disait beaucoup mieux, dans ses Eludes de philosophie littéraire (1863) : « Je ne puis le quitter sans être à la fois furieux et charmé, séduit par l'éclat, la puissance et même la savante bizarrerie de la forme, révolté contre le fond de ses idées.

Au Figaro du 30 avril 1863, Barbey d'Aurevilly écrivit contre M. Buloz : «... Il a bâti ce gros pignon sur rue littéraire qui s'appelle la Revue des Deux-Mondes, laquelle a trente ans passés d'existence, des abonnés fossiles d'une fidélité de moutons antédiluviens. . . L'opinion, cette reine du monde, qui a ses favoris, a toujours trouvé ses bâillements infiniment plus savoureux quand ils lui veuaient par la Revue des Deux-Mondes que par les autres recueils créés à son exemple. . . Ni les fautes de M. Buloz, ni sa tyrannie bourrue et tracassière, ni son orgueil durci par la fortune, ni les bornes sourdes de son esprit, ni ses procédés hérissons, ni ses grognements ursins, ni l'horreur de ses meilleurs écrivains mis en fuite par cet ensemble de choses charmantes, ni l'ennui enfin le plus compact qui soit jamais tombé d'un recueil périodique sur le lecteur assommé, rien n'a pu le diminuer, ce succès étrange, ou l'interrompre un seul jour... » Buloz poursuivit devant les tribunaux. Barbey d'Aurevilly, défendu par le jeune Gambetta, fut condamné en novembre, ainsi que le Figaro, à deux mille francs d'amende. Et ce fut lui seul qui les paya 1

Cette même année, le Chevalier des Touches avait commencé de paraître au Nain jaune (18 juillet : le Z\ novembre, l'auteur en écrivit la dédicace : • A mon père. . Au lieu de rester, ainsi que vous, plant.'- et solide comnii' un chêne dans la terre natale, je m'en suis allé au loin, tête inquiète, courant follement api • n t

dont parle l'Ecriture, et qui passe, hélas ! à travers les doigts de la main «le l'homme, également partout ! v 11 improvisait en même temps B68 Médaillont de l'Académie ; parus d'abord en septembre et OCtobfl 1 le nom de Old Noll, dans le Nain jaune, ils fur at édités au commencement de 1864.

Les Quarante Médaillons de l'Académie française. — ... ou la queue du chien d'Alcibiade. J'ai rencontré des gens qui n'avaient rien lu de Barbey d'An villy, mais qui citaient ce titre — long lui-même connue

une queue — avec un air tout A Tait entendu. 11 est hors

de doute que si jamais l'auteur a pu désirer entrai l'Institut, il y avait formellement renoncé du jour on il fixa dans un livre ces quarante pancartes ips d'épingles fort aiguës, voire barbelées. Et il est non moins probable qu'à nulle autre période de son L académie n'aura laissé une trace aussi indélébile de son passage parmi les lettres. Je ue puis qu'extraire ça et là. Victor Cousin, en philosophie, set un pauvre qui a escroqué des habits, i Alfred de Vigny \ «niait de mourir ;

ce fut un de ces poètes pour lesquels on donnerait toutes les académies de la Terre. Voilà Mignet, pompeux et terne, prétentieux et incorrect ; Thiers, le père Prudhomme, couronné du suffrage de la multitude, qui s'obstine à l'appeler un grand historien. Et Victor Hugo, estce la vanité qui Ta décidé à entrer là ? « Ce jour-là, où était la fierté de la muse romantique ? Ce jour-là, l'homme qui s'est tant moqué des ailes de pigeon en a mis. Pourquoi a-t-il fait trente-neuf visites à des gens dont il méprisait littérairement pour le moins trente-sept ? » Voici Victor de Laprade : la fusion à l'état de rage ; Villemain, l'écrivain aux cahiers d'expressions ; Prosper Mérimée, athée discret, Fontenelle sinistre ; Nisard, esprit étendu jusqu'à l'inconséquence. Passe la belle figure de Lamartine, qui n'est pas là à sa place et y fait une énorme tache de lumière : « Le flot de son destin l'a poussé, un jour, dans ce havre de vieux hérons moroses ; » mais il ne va pas à leurs séances, dont il sourit. Notons encore Guizot, qui représente et incarne la fusion, littérateur surfait, au style monotone, anguleux, froid ; et Sainte-Beuve : beaucoup de talent, noyé dans un bavardage inondant. Je ne nomme que cette douzaine. Les vingt-huit autres, qu'il déclasse avec un esprit âpre, actif, coupant, il faut laisser leurs noms dans l'oubli qui châtie les injustices et les usurpations. Ainsi, sur quarante académiciens de ce moment, on

118 BARBEY DAURKVILLY

compte vingt-huit inconnus [au d littérairement .

alors qu'existaient Gautier, Plaub idelaire, Le

te de Lisle, Banville, Pierre Dupont, Dumas père, Miche- Jules Janin, Edgar Quinet, Barbier, Louis Blanc, Emile Descbamps, Ern leau, Henri Martin, I.

che, Barbey d'Aurevilly, les I

Paul de Saint-Victor, dont la plupart, d'ailleurs, ne furent jamais de aie. Ce fut el toujours

ainsi.

La i lus sur la chouannerie ue devait pas

dépasser le deuxième volume, I iet Toueket

qui fut édité aux d L864.il vaudrait mieux dire

que la majeure partie de la production rom te de

Barbey d* Aurevilly est une i insdansled

du Cotentin.

Le Chevalier des Touches. — Les premiers chapitres ablent dans un vieux salon de Yalognedécembre, par un soir de \ de pluie, un vieil abbé i sœur, mademoiselle de Percy, qui se mêla jadis aux luttes ^>'> chouans, un vieux baron, <\<-u\ vieilles demoiselles, et mademoiselle Ami- au milieu de la mais déjà bon du monde depuis la mort de son lian< i de Blet autour du 0

qu'on appelle un amour fidèle. I irde,

on peut son bistoire devant elle : d

de Pian y n'a p mimer cet in

ble chagrin. Le romancier dépeint tous ces personnages caducs assez longuement, mais avec un art exquis de psychologue, qui ne laisse pas subsister de traces de son travail ; les couleurs, mornes à cause du sujet, ou, plutôt, des gens de ce vieux salon, sont extrêmement variées de fines nuances. — Or donc, le chevalier des Touches, beau et plus encore hardi, aventureux, un peu même féroce, passait fréquemment la Manche sur un mauvais canot, portant les dépêches des princes et celles des nobles cotentinais. Dans un château, vivait Aimée, très recherchée par les jeunes gentilshommes des environs, et par M. Jacques, surnom d'un chef chouan du Maine, venu ici après une défaite, mélancolique mais extrêmement brave. Dans une des nombreuses rencontres des soldats de la Révolution et des révoltés de l'ouest, le chevalier des Touches avait été pris par un bataillon de bleus; onl'emprisonnadans Avranches. Douze chouans, nobles et autres, voulurent le délivrer ; ils entrèrent, déguisés, dans la ville pleine de monde, au milieu d'une grande foire. La narration, active, coupée d'interruptions qui la fouettent, est d'une simplicité héroïque, et en même temps d'un art d'exécution vraiment supérieur. Cette première expédition : les Douze dans Avranches, n'aboutit qu'à un sanglant tumulte. Des Touches, non délivré, fut conduit à Coutances, pour être jugé et exécuté. Tout ce récit, passionné, ne roule que sur un sujet

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épisodique ; mais l'allure en est épique. — Los Douze préparent une seconde expédition, où mademoiselle de Percy remplace l'un d'eux, non reparu après la bagarre d'Avranches. La veille du départ. Aimée et M.Jacques, en une très belle scène, se jurent Qdélité devant tous. C'est au milieu delà ri lit que les Douze entrent dans Cmitances ; ils marchent droit à la prison, suppriment la sentinelle, forcent le geôlier à leur ouvrir le cachot, emportent d & Touches avec ses lourdes chatnes de fer, et sortent de la ville en soutenant une lutte à coups de carabine, où M. Jacques est tué. Le récit est moins ample et coloré que celui de la première expédition ; ce n'est qu'un coup de guerre, mais il est raconté avec une forte brièveté, rapide, haletante. — \a chevalier des Touches inflige an châtiment terrible au meunier qui Pavait livré aux bleus, désensable son petit canot et

reprend la mer, cinglant vers la côte anglaise. Aimée,

en apprenant la mort de M. Jacques, resta silencieuse ; elle l'ensevelit dans sa robe de mariée d'un soir ; et depuis, cette vierge-veuve vit avec son seul souvenir,

doublement isolée dll monde pur son chagrin et |> • surdité. Le chevalier survit aussi, mais enfermé dans une maison de fous, poussé la par I l'ambition trahie,

les services méconnus, et la cruauté do sort. .. — Ce

roman, pour bien des lecteurs, est plus « aptivant que V Ensorcelée : mais il D'offre pas son invariable et puis-

santé unité d'étude surtout psychologique et de coulée dramatique. Ce qui plaît dans le Chevalier des Touches, principalement aux âmes avides de faits étranges, ce sont les aventures si hardies, les héroïsmes de ces expéditions : deux des beaux chapitres de la prose française ; cependant, les esprits affriandés de psychologie ont de fines pages à savourer, avec les portraits des vieux personnages du non moins vieux salon de Valognes. A propos du premier exploit des Douze, Pèdre Lafabrie écrivit plus tard : « Lorsqu'on fera une anthologie du 19e siècle, comme le demandait Sainte-Beuve, la bataille des Blattiers y tiendra dignement sa place, non loin du combat des Francs contre les Romains de Chateaubriand, à côté du siège de Cartilage de Gustave Flaubert. Charles Coligny avait raison de dire à Barbey d'Aurevilly :

Tu peins en Salvator Rosa.

C'est bien, en effet, la fougue, le mouvement, l'éclat et la verve du maître que l'on retrouve dans l'écrivain français. »

Le polémiste donna au Nain Jaune, que dirigeait alors Théophile Silvestre, plusieurs articles. Il republia quelquefois au Pays. Vers la fin de 18(34, après une échauffourée de chroniques belliqueuses, il passa quelque temps à Saint-Sauveur. Ce fut l'occasion du Cinquième Mémorandum, écrit pour TA.. . B... (l'Ange Blanc, surnom donné à la baronne de B. par le frère de Barbey

d'Aurevilly, quand elle avait obtenu de ce dernier son retour au foyer paternel), (les pages vont du 30 novembre au 18 décembre. Barbey d'Aurevilly, après plus da cinq ans d'absence, a retrouvé soo père bien chanf . Léon malade. Le soir, il reste seul au coin du feu, (lancette maison i QOire «lu passé », iwivaii: tirs d'enfance, dejeui Quand il sort, il croise de viei figures qu'il lui est doux de retrouvi tucoup de mélancolie entrave l'activité de ses p Puis, des détails qui u'ontpas changé, te ra\ issent. M i dans l'église, il u'y a plus ces sombres rideaux rou{ <( qui ont jeté leur poésie et leurs ombres sur cette l qui a toujours préféré le rouge et l'ombre à toute couleur et a toute lumière. » Ce qui est nouveau, il ne veut pas le voir : « .l'ai battu l<i pavé el suis allé partout ou j'avais senti et vécu fortement autrefois. Les rêves de ma jeunesse marchaient autour «le moi, sous les auages : je n'ai rencontré qu'eux le long de i \ « bord de la mer, de vieilles pêcheuses le reconnaissent. - La mer

plus immortelle que la terre, dit-il . . . lia mei je pourrais orthographier tna mire : car elle m'a reçu, lavé et bercé tout petit... C'était on verre de vie que

buvais, s 11 revient ft ValO Cette ville qui a «le mmi

cœur sous ses pavés et dans les pierres de ses i lisons. i Rentré a Tans, il s'occupa du quatrième volume des

œuvres ET les hommes, édité par Amyot au < uinmeii

ment de 1805 et dédié à Théophile Silvestre.

Les Romanciers. — C'est une production toute moderne que le roman, dit l'auteur en sa préface. Il n'y a même plus de forme littéraire, au 193 siècle, qui offre un pareil développement. « N'est-ce pas l'épopée dernière des peuples chez lesquels l'individualité reprend la place qu'elle avait à l'origine des sociétés ? » Ce qui manquait jadis au roman, ce n'était pas l'imagination, mais l'observation. Maintenant il possède tous ses moyens, et c'est à cette période de perfection de ce mode littéraire qu'a paru, fatidiquement, Honoré de Balzac, son génie organisateur. — Balzac ouvre le livre ; mais il ne figure là que pour ce motif, déclare Barbey d'Aurevilly, qui promet de revenir à ce maître « tellement colossal, que la critique en est accablée ; » il se préoccupe surtout d'écraser un méchant plumitif de la Revue des Deux Mondes, qui essayait d'amoindrir Balzac. Il n'aime pas Eugène Sue, dont on a trop admiré les incontinences, semblables à tant d'autres immenses fécondités du siècle, qui n'accouchent de rien : la grande production suscite « l'ébahissement des sots ; » Sue manque de sincérité ; il a cette médiocrité foncière des esprits destinés à périr ; il imitait tout re qui avait du succès, écrivait mal, mais plaisait aux socialistes en attaquant l'Eglise et les gouvernements. Raymond Brucker, avant d'entrer dans l'action catholique, se roula dans les idées

de 1830, sans la .es :

i L'idéal dans les arts, c'est la plus grande lomn moralité. » Ces deux chapitres rappellent aux u-s le principe dogmatique sur lequel repose la polémique de Barbey d'Aurevilly : les deux suivants évoque sa farte impartialité d'artiste. C'est d'abord Stendhal : i l'impression la plus rafûnée et la plus sobre «1 matérialisme

radical et complet dont Diderot fut le philosophe et la poète... 11 eut toute sa vie cette simplicité effrayante d'une erreur profonde... C'est un i prit qui

imbleau serpent, dont toute imagination Bera II. ( >n lit avec un intérêt cruel ce romancier, par peur

de la vulgarité, méprisant l'opinion, mais aveuglé par l'athéisme. C'est ensuite Gustave Flaubert el sa Madame Bovary, au succès franc et mérité : ce livre pourtant n'a pas de tend d'idéalité, de poésie, dmus il i

de l'accent, de l'originalité, une manière tran Darrateur infatigable, cet analyste qui ne se trouble jamais, ce descripteur minutieux, indifférent d'ailleurs a ce qu'il décrit, n'a ni ém ment ; il n'esl

cependant i>as immoral, bien qu'on l'ait : il n'est

qu'insensible, mém i type. une

pauvreté ; en sorte que cette idée heureu lecture d'une curiosité poignante ne I rien a

elles. Mais madame Bovary reste la femme n <\>'>

vieilles civilisai: .tendue et traité profondeur.

Je crois que nul n'a mieux sérié et montré les qualités d'observation et les défauts moraux de ce roman. Passons le talent tempéré, sans caractère, de Jules Sandeau, et les romans légers, faciles, d'Edmond About. La Fanny d1Ernest Feydeau a plus de poids ; mais son auteur y attaque l'adultère par l'adultère, ce sujet insipide des romans et drames du siècle, ces idées sans consistance et blettes qui triomphent partout : « Nous sommes écœurés de ces idées, mais la majorité des esprits les avale comme l'eau et passe par leur ivresse avant d'arriver à leur corruption. » Feydeau n'a pas compris le sujet : c'aurait dû être le mariage, non l'adultère ; il est trop un homme moderne, d'une immoralité au fond inconsciente. Ses autres romans sont inférieurs, leurs héros trop près de nous : « Nous ne nous intéressons profondément qu'aux êtres le plus loin de nous dans la vie, non par la position extérieure, mais par l'intimité des sentiments, par la vertu ou par le vice. » A cette vérité souvent vraie, le critique joint cette remarque judicieuse : « Mettre des théories quelconques dans un roman est une des manies de notre siècle. » Une autre de ses manies est d'entasser romans sur romans : en voici toute une série, de l'amuseur Paul Féval, de Jules Janin qui montre de la verve et de la bonhomie, de Jules de la Madeleine, peintre dramatique des mœurs provençales, des Goncourt, imaginatifs et sensibles, mais sans observation

large et profonde : talents costumiers et flâneurs ; Je Deltuf, de Charles Didier, de Duranty, de G et Paul de Musset (Elle ei Lui, Lui ei Èlle)% romans scandaleux, mœurs déplorables, avilissement des lettres; de Mulot, d'Erckmann-4 ihatrian a leurs débuts, d'Armand Pommier, Ch. Bataille, ES. Rasetti : labeurs, facilités surtout imitations ! Théophile Gautier D'augmenté pus sa renommée avec le Capitaine Fracat$e : Prosper Mérimée, homme d'esprit ei de ressou it un romancier sobre, jusqu'au maigre, jusqu'à le sécheresse. Bl la contagion romanesque atteint tous tes pays ; l'unité des conceptions ei des sensations aide à ce débordement. Le critique présente Edgar Poe, le meilleur de cette littérature effrénée et solitaire, sans traditions et sans ancêtres, individuel, et roi de la sinistre et funèbre bohème; G.- A. Lawrence, robuste et simple, revenu au vieux roman de bigh life ; Gogol, serf de la réalité, plus réaliste «pie nous, et dominé par l'influence fran ande. — Comme cette littérature-là semble loin de nous, et comme <>n l'oublierait, si les travaux des critiques ne doua en facilitaient l'évocation ! Barbey d'Aurevilly ouvrait sa chronique aux talents, aux aux débuts les plus divers, i aussi intéressant q ble de refeuilleter avec lui ces romans «pu qous reconstituent les mœurs publiques et l'esprit litl i que.

Lui-même publia, vers ce moment, son Prêtre marié, à la librairie Achille Faure.

Un Prêtre marié (1865). — Jean Sombreval était sorti du séminaire avec dispense d'âge ; l'Eglise semblait devoir compter sur ce prêtre, quoiqu'il manquât de « ces agréments extérieurs, lesquels seront toujours d'un irrésistible ascendant sur ces femmes qu'on appelle les hommes. » Envoyé en 1789 à Paris par son évêque, il y resta, s'y livra à la science, et s'y maria ; la nouvelle de ce mariage tua son père. Sa femme apprit bientôt la vérité sur son passé de prêtre : frappée, elle mit au monde avant terme, et mourut, laissant une fille marquée par la douleur de la mère : Calixte portait sur le front, une croix. Le père idolâtrait cet enfant, l'entourait des soins les plus vigilants, mais ne lui parlait jamais de Dieu. Or, un abbé Hugon, en cachette, enseigna la doctrine chrétienne à la jeune Calixte, et commença à prendre cette fille à son père en ne blâmant pas les exaltations mystiques de la névrosée, en lui permettant même de se faire, secrètement, carmélite. Un jour, Sombreval emmène l'enfant en Normandie, où il achète un château de nobles ruinés, près d'un vaste étang. L'ancien prêtre installe son atelier de chimiste sous les combles, qui tous les soirs paraissent embrasés ; il cherche le remède qui guérira sa fille. Celle-ci est aimée par Néel de Néhou, un jeune noble, fougueux, autoritaire,

qui, seul dans le pays, ose visiter ces pestiî renonce à épouser une belle héritière d'un château voisin, et pourtant Calixte ne l'aime qu'on sœur ; elle lui apprend d'ailleurs qu'elle est carmélite. — L- du

pays éclatent en malédictions contre l'ancien prêtre et sa fille. La Gamase, une vieille mendiante hideuse, résume le sentiment général en ses insultes à Sombreval. Même la Malgaigne, vieille visionnaire, qui éleva Jean tout petit, se tient à l'écart ; elle ne lui épargne pas les avertissements d'une punition terrible ; c'est une nature exceptionnelle dans la pauvreté : « La destiné nlle

pas toujours les circonstances à la un-sure d< . »

Le portrait est fort expressif. J'observe ici que las gens du pays, qui méprisent, haïssent Sombre val, ne refusent pas quand même de lui vendre tout ce qui lui est aéo saire, et le plus cher possible : l'argent est l'argent, n'est-ce pas ? Rien que ce détail peint mépri-

sables. — Le jeune, le fougueux Néel, qui n'avait pu tirer t'épée pour Napoléon, par défense de son père endurci dans ses traditions royalistes, s'en serait consolé : a Quand lescb ni irrévocables, le cœur

de l'homme n'est pas tort pour garder sou

poir ; » il eût mieux encore oublié as fiancée, qu'il

n'aimait pas d'amour ; mais il ne pouvait renoncer à

i Salixte 1 II d &c.ida de mourir pour elle, ou de la conquérir

par une terrible émotion, l'u ÎOUT, monté sur une voiture

légère attelée de deux chevaux presque indomptés, il se précipite dans une course effrénée qui fait songer à Mazeppa ; il bondit à travers champs, haies et fossés, et vient, criant : 11 faut qu'elle m'aime !... briser voiture, chevaux et lui-même sur le perron du château. Relevé à demi-mort, il reste, soigné par Calixte, quarante jours chez l'ancien prêtre. Et Calixte ne l'aime pas encore, ne peut l'aimer ! C'est alors que Sombreval se dessine, grandit, type d'athée à qui sa révolte, sa science, son amour de fauve pour son enfant, confèrent un sublime infernal. Mais toute cette moitié du livre offre des longueurs, autour de cet unique fait : Sombreval, Calixte, Néel, à cause des vœux de la carmélite, se résistant tous. « La vie n'est faite que de résistances ; quand elles ne viennent pas des événements qui composent l'indifférente destinée, elles viennent jusque des êtres que nous aimons le plus. » — Les gens sont de plus en plus hostiles, surtout la Gamase, dont le portrait est d'un réalisme affreux. Les prédictions de la Malgaigne se fortifient : le type de cette étrange femme est frappant ; c'est elle, la vieille visionnaire, qui aurait dû être la mère naturelle de ce terrible athée. Mais un nouveau prêtre, l'abbé Méautis, s'introduit au château, et, continuant l'œuvre de Hugon, encourage la carmélite dans ses résistances ; il obtient même de Sombreval qu'il se repentira, pour sa fille que le pays insulte, et

Sombre val, dompté par boo affection paternelle, va trouver L'évéque, confesse sa faute, vit eu trappiste, se flagelle jusqu'au sang : des mensonges, <ar il ne i pas, et n'agit ainsi que pour sauver Calixte. I >ès lors, toute la lin <lu roman se coupe d'épisodes d'un trafique effroyable. Les gens s-' taisent, Cal sctée,

quand l'abbé Iféautis lui révèle que son père ment : et ce coup la tue : «'Ile meurt, en une af tpres

avoir exigé de Néel qu'il épouï . Sombi

accourt, éperdu, fini : trop tard ! Sa fille est enterrée.

Alors, en une scèae d'horreur sa I la déterre, la

prend dans ses bras, reconnaît qu'elle est bien morte, et, effréné, forcené, court se jeter avec ce cadavre dans l'étang «lu château. On ne l'y retrouva jamais. La Malgaigne s'éteignit sou- a trophe, et Néel,

mois après, se Qttuerdana «ne bataille de l'empire.

— Ce romail est plein «l'un intérêt passionnant ; niais

ses longueurs lui nuisent : les gens qui se le racoi sont inutiles, les personnages de second et troisième plan trop développés. Si les types de la Malgaigne et de la Gamase sont parfaitement traités, Néel paraît trop ajouté pour faire du roman ; mais il offre de

passages. Calixte, vraiment, semble trop effacée, trop

te, tandis que Sombiwal est entier, terrible.

superbe en tout. — Si l'auteur avait meilleur

■ a effort sur l'ancien prêtre, et qu'eu un récit court,

rassemblant tout ce qui se rapporte à Sombrevaî, pour le drame intime entre ce démon de père et cette fille angélique, — ou Calixte rendant la foi à son père, aimant Néel et renonçant pour lui à ses vœux surpris, — ce récit serait une création d'une force rare : un personnage à ajouter à tous les héros tragiques de l'humanité ou de la légende. Le dogme a gêné furieusement Barbey d'Aurevilly. En un tel sujet, le romancier rencontre cet écueil inévitable : il suffit qu'on ne considère pas un prêtre, ayant renoncé à une fausse vocation et s'étant marié, comme un criminel, mais au contraire comme un homme loyal et raisonnable, pour que tout le roman paraisse bâti sur une erreur. Dès lors tout le tragique, si réel pourtant, perd sa puissance avec sa légitimité. Seuls des catholiques, croyant qu'un prêtre est enchaîné par ses vœux, peuvent admettre la donnée de l'auteur et comprendre pourquoi cet ancien prêtre est puni. Et encore, pour quel motif est-il puni en sa fille ? et même en Néel ?... D'ailleurs, que cette fille ne soit que la névrosée qu'elle est, et que ce père n'ait jamais été prêtre : le drame pouvait s'accomplir aussi bien, aussi complet, et avec une vérité universelle, puisqu'il n'y aurait plus cette idée restrictive de l'expiation, cette idée gênante pour notre temps qui ne désire plus du tout revenir à ce qu'il y eut de trop exclusif, de trop farouche, dans les croyances du moyen-âge. La foi peut

132 BARBEY D'AUKKVl I.T.Y

s'en passer. Mais que de lecteurs ont dû se passionner pour ce livre gonflé de dogme et de drame ! < Juand il parut, on ne lui accorda pas toute l'attention qu'il méritait, dans un moment où les esprits se déchaînaient encore autour d'opinions aussi exclusives ; même aujourd'hui, où la querelle se livre auto ir du principe religieux plutôt que sur des questions de pratique, roman reste d'une lecture sombremed attachante.

Cette même année, Barbey d'Aurevilly quitta A* Pays. Il collaborait au Figaro. Sa verte polémique contre Emile Zola est de ce temps. Maison agaric un plus vif soir. nir de son attaque aux trente-sept parnassiens, en défense d'Amédée Pommier. <r Ils ne son! encore que dea parnassiens, écrivit-il le 27 octobre L866, Ils :n-

mencent qu'à brouter Pherbe donl ils auront le foin plus tard... Les académiciens eurent leurs médaillons, les parnassiens vont avoir leurs môdaillonnel Nain jaune qui publia les Êiédaillbnnett. En novembi le polémiste manda a Amédée Pommier : « ... Les poèl

ont parlé, — <|. -s furies, une comédie d'amour< proj

exaspérés, les lettres pleurent, i Paul Verlaine, admirateur cependant, lui répondit par des triolets dans la Gazette rimée.

Au Nain jauney alors diri Vu relie

pendant plusieurs années le reuillel m théâtral, qu'il devait continuer pins tard as Parlement et au /

Journal Ce furent de fières et justes diatribes contre la décadence du théâtre, décadence accrue à mesure que se sont multipliées les salles de spectacle.

S'il menait de vifs combats contre des littérateurs, c'est qu'il pouvait encore se passionner à ces luttes ; le monde, au contraire, lui était devenu indifférent : « Depuis longtemps, publia-t-il le 31 mars 1867, je ne suis plus ce qu'on appelle un homme du monde. Le monde et moi, nous nous sommes dit, l'un à l'autre, ce que nous avions à nous dire. » — Il continuait ses Diaboliques, collaborait à l'Eclair, fondé le 1er décembre de cette année, avec Alphonse Daudet, Paul Arène, Charles Monselet. Le 15 mars 1808, il perdit son père, Théophile Barbey. Le mois suivant, il laissa l'Eclair, revint au Nain jaune. Vers le même temps, il donna ses Vieilles actrices à la Veilleuse. En 1869, il écrivit au Gaulois. Puis, toujours fidèle à ses idées politiques comme au dogme catholique, il renonça, après l'amnistie, qu'il blâmait, à défendre l'empire (août 1869). Il entra au Constitutionnel, où il remplaçait Sainte-Beuve ; c'est là qu'il publia surtout désormais, et jusqu'à ses derniers purs. A part cette nouvelle campagne, le commencement le 1870 le trouva quelque peu confiné dans une solitude sourcilleuse.

Je ne saurais mieux terminer cette période de la vie de Barbey d'Aurevilly, et fixer son image au moment où

nous parvenons, que par ce portrait de Thédore m, Banville, dans .-'s Camées parisient : « Ce visage de/uerrier, de héros, au nez busqué eu bec d'aigle, e^fc couleur d'or fauve, et il Bemble que le poète l'ait berné et re dans le feu de sa propre pensée. Le pofl de I noble, fier, impérieux, et s'accorde bien aa beau mouvement de la chevelure. Le front la fuyant vers le sommet; les sourcils aux poils longs son presque di les youx a (leur de U t pénétrants et noirs: le regard assuré, vit", jeune, brillant, des fu claires lorsqu'il plaisante, et enfonce des dards noirs lorsqu'il se fâche. Tous ces traits sont d'un chef, né pour jouer dans la rie les premiers rôles, ou rien ! — Fine, petite, rose, merveilleusement dessjnée en forme d'arc tendu et exprimant une infinie bonté, la bouche . drée par une moustache qui, séparée au milieu par un sillon creusé hardiment, laisse les lèvres à découvei continue sur la joue, avec an aceenl farouche et gulier. »

Certains événements publics infligent une interruption à toutes les existences particulières. Ils suppriment des individus, entravent ou détournent des carrières, et sont au moins pour chacun un temps d'arrêt inévitable. La Guerre et la Commune comptent parmi ces accidents terribles qui suspendent la vie d'une nation.

Pendant le siège, Barbey d'Aurevilly, resté à Paris, fit son devoir comme garde national volontaire. Il se rendit ensuite à Saint-Sauveur-le-Vicomte, où il dut louer une chambre près de la maison paternelle, qu'il fallait vendre (mars 1871). Ce fut pour lui et son frère un moment de profonde mélancolie. L'abbé Léon, malade, entra à l'hôpital de Saint-Sauveur, et Barbey d'Aurevilly se retira à Yalognes. Il continuait ses Diaboliques, y ajoutant le Bonheur dans le Crime, Un Dîner d'athées.

a ...J'ai quitté Saint-Sauveur, écrivit-il tristement en octobre, qui sait? peut-être pour toujours... Des trois maisons que nous avions et dans lesquelles a passé le rêve turbulent de nos enfances, il n'y a plus une poutre

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à nous sous laquelle nous puissions nous abriter, if Q*< si pas probable que le vent du soir de la vie, qui va souffler, rapporte la feuille arrachée que je suis qui ne lui appartient plus. »

Il revint a Paris en février de l'année suira est abominable, manda-t-il à son frère Ie2*nars. Plus de Littérature, même théâtrale. Nul mouvement intellecta plus de conversation. Tout le monde deranu bête de terpeur, d'inquiétude, et avec tout cela de dégoût... Tu sais qu'il faut que je gagne un toit pour nous deux, où QOUfl puissions passer DOS derniers jours ensemble, el qi là le seul rêve que je fasse à présent »

Les anciens smis disparus ou disp< mme

Mme de Maistre, le comte d'Yzarn-Freissinet, Brucker, Louis Hervé, César Daly, de Calonie, ç/eûl été un autre sujet de grande mélancolie, si quelques-uns d'autrefl ei de nouveaux Qdèles ne l'eussent visu.' dans sa chamb de la rue Rousselet. Là, sent, p Vmédée Pommi(

Saint-Maur, Roselly de Lorgnes, Théophile 9 Paul de Saint-Victor, Léon Cladel, Zacharie Astrac, Gambette, François Coppée, — son voisin, chei lequel i dînait souvent le dimanche; là, étaient venus i on

devaient venir plus tard, Charles Hayem, Paul Bourg Valadon, Emile Lévy, le docteur Robin, Maurice Rollinat,

Paul lla.i: . Maurice B foor, Léon Bloy, Charles Buet,

Çh Landry, le docteur Bernard, Léon Ostrowt

Kleine, Huysmans, Octave et Joseph Uzanne, Jean Lorrain, Jean de Bonnefon.

Le critique avait repris sa collaboration au Constitutionnel ; il y donna le Dandy d'avant les dandys, le Goethe, le Diderot. Il fit le compte-rendu du Salon au Gaulois, et diverses chroniques au Figaro. En été, il repartit pour Valognes, d'où il allait souvent visiter son frère, de plus en plus malade. Il avait hérité, par testament de son cousin germain Edelestand du Méril, d'une rente viagère de deux mille francs. « ... Ne croyez pas à ma richesse,, cette imbécile plaisanterie de messieurs les journaux, écrivit-il, de Saint-Sauveur, le 14 août, à Léon Bloy. J'ai tout au plus l'indépendance. »

'Quelque temps après, une assez vive polémique fut soulevée dans la presse parisienne, à propos d'actes peu fraternels que Sainte-Beuve, disait-on, avait commis, jadis, contre Barbey d'Aurevilly et Victor de Laprade. La Renaissance artistique et littéraire d'Emile Blémont, dans son numéro du 16 novembre, publia cette lettre d'un ancien secrétaire de Sainte-Beuve :

« Ce 8 novembre 1872.

» J'affirme... que Sainte-Beuve a été absolument étranger, non seulement à la destitution de M. de Laprade, mais encore à la suppression des articles de M. Barbey d'Aurevilly dans le Pays... Le coup qui frappa M. Barbey d'Aurevilly partit du prince de Poli-

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gnac, qui ne put rapporter la Lecture d'un article sur Goethe , inséré dans le Pays-..

» Jules Trouba/. i»

On verra plus loin l'affirmation contraire du polémiste, que l'on peut croire bien renseigné sur cette affaire personnelle.

Rentré à Paris sa commencement de 1S7;>, Barbey d'Aurevilly continus sa vaillante œuvre de critiqui fit un nouveau séjour a Valognes, «lu mois d'août i fin janvier suivant, et y termina les Diaboliques. Le l,rmai 1874, il écrivil la préface du livre, qui parut en novembre, «liez Dentu.

Les Diaboliques (1874). — Gs titre fut certainement une des joies de Barbey d'Aurevilly; il dut le savourer longuement, pour son effe! d'étrangeté ei quelque pou d'impertinence, comme Baudelaire lésion «1rs Heurs du Mul. Les DiaboliqueSy quel titre I quelle idée

hardie, u'est-ce pas? pour un temps si beau, si bon, si pur, el surtout si peu hypocrite. Heurter de front ce monde el <-o public, est un acte qui déjà justifie lequel a encore, pour se légitimer, de bien désigner, de bien définir les héroïnes, qui ne sont certes pas les miéres venues, aux points de vue divers des mesure, de

l'esprit, «le Ta et du coeur. « Bien entendu qu'i

leur litre, disait l'auteur catholique dans sa préface, Diaboliques n'onl pas la prétention d'être an livn

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prières ou d'Imitation chrétienne... Elles ont pourtant été écrites par un moraliste chrétien, mais qui se pique d'observation vraie, quoique très hardie, et qui croit — c'est sa poétique, à lui — que les peintres puissants peuvent tout peindre et que leur peinture est toujours assez morale quand elle est tragique et qu'elle donne l'horreur des choses qu'elle retrace. » Cependant, je supplie les futures lectrices du livre de croire que, si elles en sont assez bouleversées pour n'oser pas imiter cette demidouzaine d'héroïnes surprenantes, elles n'y trouveront pas toutefois un cours de morale à l'usage des jeunes personnes. — Dans la première de ces six nouvelles, ou plutôt de ces six tableaux de fond âpre et dramatique : le Rideau cramoisi, un vicomte de Brassard, brillant officier de la fin de l'empire, est vivement campé, décrit dehors et dedans avec le goût, que l'on reconnaît, de l'auteur pour cette carrière des armes tant désirée en son adolescence. Un voyage en diligence, et le paysage, même nocturne, sont brossés plus lentement, avec ce plaisir, ce sentiment et ce talent de peintre chaud et robuste qui régnent tout le long de l'œuvre de Barbey d'Aurevilly. Le voyageur, à l'observation fine et précise, se prend de rêverie devant les fenêtres éclairées : là, on veille, quand tout est endormi dans ces petites villes. Une surtout, de ces fenêtres, l'a frappé, pendant un relais ; sa lumière était tamisée par un rideau cramoisi,

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lequel évoque un souvenir du vicomte, devenu pâle comme un mort. Voici donc une histoire. Là, l'ut la première chambre de garnison de M. de Brassard; jeune souslieutenant, il logeait chez de paisibles bourg dont la fille, sortant de pension, se montrait d'une étonnante Impassibilité. Mais cette froideur n'était qu'extérieure. Uue nuit, la jeune ûlle vint dans sa chambre, I furent de longues heures d'amour, souvent répété muettes »it périlleuses, car elle devait, pour venir à lui, frôler Le lit de ses parents. Elle mourut subitement, dans une de ces auits passionnées. Que faire? Le cadavre trouvé la révélerait tout. Il voulut le porter dans le lit de la jeune Ûlle, et n'osa traverser la chambre des parents. En proie à d'horribles incertitudes, travei d'idées folles, il Qnit, pris d'un.' peur immense, parcourir chei son colonrl et lui dire tout. Le colonel le fil partir de suite par la diligence, et jamais il ne sui la lin de cette histoire, fia masquée pour lui derrière ce simple rideau de son ancienne fenêtre. De peinture et de drame, ce récit évoque Les plus vivants et vibrants chapitres romanesques de Barbey d'Aurevilly. La narration est active, moins développée qu'un roman, et plus qu'une oouvelle, Le type d'officier aventureux dejadis, et celui d< fille anormale, sont deux fermes statu." m écrit quidoit rester.— U plut bel amour de don Juan est une forfantei • i wnte de

Ravila, soupant, seul, avec une douzaine de femmes du monde qui furent ses maîtresses, leur raconte, sur une demande générale, curieuse et jalouse, son plus bel amour. En sa jeunesse, il connut une femme de nature primitive, parée par la civilisation mais maladroite en passion autant qu'imprudente dans la vie ; sa fille même, âgée de treize ans, s'apercevait de tout. Un jour, cette fillette se confessant, dit au prêtre qu'elle est enceinte. Sa mère ne peut le croire ; pourtant elle interroge l'enfant, qui lui avoue : C'est M. de Ravila ! Et comment ? Pour avoir pris place après lui dans un fauteuil?... Et cette impression de fillette névrosée, voilà le plus bel amour que don Juan ait inspiré. Ce qui prouve que don Juan lui-même n'est qu'un pauvre halluciné. — Le Bonheur dans le crime est un récit moins vague, mais sinistre. Après la révolution de Juillet, à Valognes, Serlon de Savigny, marié, s'éprend de Hauteclaire Stassin, fille d'un ancien maître d'armes, et qui, escrimeuse étonnante, continua les leçons de son père. Un jour, Hauteclaire disparaît du pays. Elle était tout près cependant, au château même de Savigny, déguisée en femme de chambre, sous un faux nom. Les deux amants empoisonnent la comtesse, Savigny épouse Hauteclaire, et ils vivent heureux, longtemps. Voilà une histoire qui peut être vraie, mais la littérature n'a pas pour objet que la seule vérité ; et même, est-ce bien la vérité, quand ce

n'est pas l'universelle? C'est là un cas spécial, un ception, une réalité étroitement limité crime •

sa place en des Diaboliques, mais ne correspond pu à la préface : « ... Une peinture est assez morale quand elle est tragique et qu'elle donne l'horreur des choses qu'elle retrace. » Celle-là n'en donne pas l'horreur : ce R atroce et lâche, prélude d'une vie de bonheur pour les coupables, serait plutôt un encouragement à chercher son bonheur dans le crime. L'auteur a mil it dans

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