livre à cause de son diabolisme seul, qui cert
>la dit, cette longue nouvelle est tort dramatique, de ce talent fouillé et touffu de romancier comme Barbey d'Aurevilly en montre toujours; il eût même pu en faire un roman étonnant. — Le DettOUi de carte* cVune partie de whitt Ricochets de conversation] avait paru dans la Mode en 1860, et dans la deuxième édition de l'Ensorcelée, à la suite (1860). Nous pénétrons dans un «ercle étroit de vie provinciale ; là, remue B une
noblesse refrognée et ruinée. L'auteur exalte ces ool hauts, dédaigneux, grands, ayant l'esprit, le cœur, tout !
et abîme les bourgeois, ces valets affranchis, cedoaque «le
haine et d'envie, cette vapeur et M bruit d'égOÛl I... Il que font ces nobles si supérieurs? Ils jouent ;iu wlnsl.
« (Tétait leur grande affaire onnalt l'auteur, qui ne
pourrait mieux démontrer leur Dullité. In une de ces femmes nobles, se voient a i es parti»
monotone : lui, retour des Indes, être indéchiffrable, qui a rapporté de là-bas un poison étrange et sûr ; elle, concentrée, inconnue même de son entourage. Sous ces deux masques impassibles, s'allume une passion ardente ; la fille de cette femme elle aussi aime l'étranger. Le tout, conté en un récit fort étendu. Arrivé à la psychologie de cette femme, à la passion, l'auteur reconquiert tout son intérêt. Et des images, des réflexions, éclatent sous sa plume, qui en est toujours si fertile : « Le corps est la moulure de l'âme. » ... « Les sentiments ont leur hiérarchie secrète » ... « Les hommes sont ainsi faits, que, sans aucun mauvais dessein, sans pensée sinistre, ils aiment à avoir du poison chez eux, comme ils aiment à avoir des armes ». La deuxième moitié de l'histoire offre des éléments dramatiques présentés mystérieusement, bien déduits, selon un mode qui se rapproche de celui de Poe. On y voit, au dénouement, la fille mourir, de langueur dit-on, l'Ecossais repartir pour les Indes, emportant l'or gagné à la table de whist, et la mère s'éteindre un mois après, de la même maladie que sa fille. — A un Dîner d'athées, apparaît Mesnilgrand, officier de l'empire que Waterloo rendit à la vie civile ; c'est un type téméraire, actif, sarcastique, tellement emporté aux extrêmes, que, ne pouvant plus être soldat, il se fit peintre. Lui-même est peint, et sculpté, en pied, avec des détails colorés, expressifs, en un portrait profondé-
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ment observé. Le père, vieil avare qui devenait prodigue quand lui arrivait son Gis, est très net, très détaillé au quoique moins a fond. Dans ce milieu d'athéei du
18e siècle, enragés, bravant l'opinion de leur petite ville, une voix s'élève, un soir de leurs ripailles gonfl forfanteries t>t uV blasphèmes, pour dire cette nouvelle étonnante : i \u a surpris MesnUgrand a l'église. Qu'allaitil y faire ? Il veut bien l'expliquer. Certain major avait emmené d'Italie une femme, la plus corromp femmes, qui le trompa avec la plupart des camarad Mesnilgrand eut son tour. < >r, cette femme eut un enfi qui mourut, niais dont le cœur, embaumé, fui gardé par le major. Lu soir, Mesnilgrand surprit sa maîtres chetant une lettre à quelque autre amant ; le major rentra; Mesnilgrand dut se dissimuler. Le jaloux voulut voir cette lettre; il l'arracha, la lut, éclata en injur Alors l'ignoble créature l«j railla, criant que l'enfant mort n'était pas de lui, mais de Mesnilgrand. Furieux, le major piétine l'urne ou il gardait le petit cœur, tenu cette femme : Sois punie par ou tu as péché l... Et, lui versant un flot r.1 bouillante, il i • horrible-
ment la malheureuse, inanimée, avec la p IOD
salue. Mesnilgrand accourt, le tue, envoie chercher on chirurgien, entend le boute-selle, ramasse de
l'enfant, et s'élance dans la mêlée, il n'eut jamais plus de nouvel malheureu ar,
conservé longtemps par lui, qu'il a porté au prêtre pour le faire inhumer en terre chrétienne. Du coup, les athées sont muselés. La scène est certes assez atroce pour faire pâlir leurs blasphèmes. — La dernière nouvelle se nomme la Vengeance d'une femme. Vers la fin du règne de Louis-Philippe, un libertin suivit une splendide espagnole, qui lui conta son histoire. Mariée à un duc, grand d'Espagne plus jaloux d'orgueil que de passion, elle aima un cousin de son mari ; ce ne fut qu'un amour extatique, mais le duc, furieux de cette tache minime à son honneur, fit étrangler le cousin et manger son cœur aux chiens. Et voici la vengeance de la femme contre cet homme d'orgueil : rouler dans le vice, dans la boue, le nom du grand d'Espagne, nom qu'elle garde pour le déshonorer au su de tous. Elle rêve de gagner la hideuse maladie des luxures pour que sa vengeance soit parfaite. Elle repousse l'or du libertin, n'est, ne veut être qu'uue fille à cent sous. Ce mot, ce trait finit l'histoire, d'une coupure nette, significative. Elle mourut peu de temps après, à la Salpétrière, du mal honteux qu'elle avait recherché. — Barbey d'Aurevilly s'est délivré, dans ce livre, d'un flux d'impressions sinistres, comme il en règne tant dans ses romans, et qu'il n'a pas voulu mettre en romans, mais qu'il lui fallait projeter quand même. Ce n'est pas là l'ordinaire nouvelle, généralement menue et légère. C'est le récit
soutenu, la déduction habile, qui rappellent les contes jar Poe, moins concentrée mais plus décrits que dans l'auteur américain, poussés môme jusqu'à sembler de petits romans, petits par la taille, gros d'observation, de portraits, de la peinture de cette vie surchauffée et de
lécorSj intenses, acharnés par endroits. Ce - Fleun du Mal, qui, jointes à d'autres Qeui tous
ses ouvrages roman . forment une théorie drama-
tique, ardente, d'âmes infernales lâchées dans la vie qu'elles corrodent, désaj il et ruinent. Ce recueil des Diabolique* suffirait à ne pas laisser oublier un nom ; mais il B'encastre dans l'œuvre de Barbey d'Aurevilly qui a lu. mi d'autres couleurs et d'autres pui et le rôle de cet ouvrage, pour un jugement e^néral, est : 1" de montrer jusqu'où, et c'était loin ! le catholique poussait l'indépendance littéraire : ï" de prouver que ce tempérament fort, combatif, logeant du soldat en lui, recelait, parmi tant de multiples
éléments, l'outrance <\>-+ pensées, des sentiments, de leur narration, jusqu'au plus hardi réalisme | mais sans les chutes dans les ornières du réalisme modem-'. Et puis, sur tout cela, le romantique gouverne ! — « Le mot diabolique on rftstn, appliqué à l'intensité des puissances! va-t-il jusqu'à dire dans le Dessous de cartet, pour défendre son titre auquel il tient
passionnément, exprime la môme cfa( -L-a-dire des
sensations qui vont jusqu'au surnaturel. » C'est encore l'idée qu'il a exprimée différemment : c L'enfer, c'est le ciel en creux, i Dans son enfance et son adolescence, écrira plus tard Paul Bourget (Préface des Memoranda), « il a vu les jeunes nobles de sa province et les anciens soldats de l'empire tuer les loisirs forcés de leur stagnante existence par toutes sortes d'excès de jeu, d'amour dangereux et de conversation ; il s'est souvenu de ces nobles et de ces soldats lorsqu'il a écrit les Diaboliques. » — Le livre, à peine paru, souleva des protestations. Il fut poursuivi. Paris-Journal annonça : « M. Barbey d'Aurevilly a été appelé hier chez M. Rajon, juge d'instruction, au sujet des poursuites intentées par le ministère public contre son dernier ouvrage, les Diaboliques. Nous espérons que le livre de M. Barbey d'Aurevilly, d'une forme littéraire si élevée, et qui s'adresse plutôt à un certain nombre de raffinés en littérature qu'au public des romanciers vulgaires, échappera aux rigueurs du parquet. » Attaques et défenses s'entrecroisèrent. L'auteur écrivit de Valognes, le 26 novembre, à Léon Bloy : « ... Pour les gens qui comprennent, il y a là-dessous tout un fleuve de moralité bouillonnante, et c'est pur comme le feu qui dévore tout ce qu'on y jette et qu'on ne salit pas ! » Les poursuites furent abandonnées fin décembre.
Si Barbey d'Aurevilly comptait des amis à droite
comme a gauche, les hostilités des démocrates n> manquaient pas davantage que celles des gens d€ bord. Ainsi, le Larousse donna une biographie partiale, vindicative, OU même les dam livres, Jules et Léon, apparaissaient fondus en un seul personnage. Barbey d'Aurevilly fit rectifier ceci, qui pouvait D'être qu'une
dea erreurs fréquentée de i el ouvrai
Il allait chaque année à Valognos, on il occupait un appartement de quatre hautes et vastes chambres, donnant sur un jardin plant»'1 de grande arbres, dans l'hôtel de Granval-C.aligny. « La ville que j'h. i 088
contrées de l'ouest, écrivait-il, je l'ai, depuis biea longtemps, appelée a la ville de mes spectres », pour justifier un amour incompréhensible au regard de mes amis... One de fois de rares passants m'ont rencontré faisant ma mélancolique randonnée dans les rues mortes de cette ville morte qui a la beauté blême des sépul et m'ont cru seul quand je ne l'étais pas!... » De Valognes, il lil de temps en temps Saint-Sauveur-
le-Vicomte, ou B'éteignau son frère, où subi
encore de vieux anus d'enfance.
Au salon de L875, figura le buste «I.' Barbey <i
revilly, par Zacbarifl Aslruc, une n-uvre forte, qui fut
remarquée. Ce le, aujourd'hui au musée du
Luxemboui
L'abbé Léon, tombé 60 enfance, mourut le 16 no-
vembre 1876. Son frère, qui avait passé plusieurs mois au pays, des mois douloureux, écrivit le 2 décembre, de Valognes, à M. de Saint-Maur : « ... Je ne crois point que Thomme qui n'oublie pas puisse se consoler d'un malheur irréparable, comme la mort. Par Dieu ! on vit ; on met par dessus ce qu'on souffre du rire et quelquefois des folies, mais c'est tout ! mais le quatrième dessous !...» Puis, il rentra dans ce Paris qui engloutit toutes les peines, et ne les guérit pas toujours.
A la fin de l'année suivante, parurent, chez Palmé, à Paris, et Lebrocquy, à Bruxelles, les Bas-Bleus (édition datée 1878).
Les Bas-Bleus (Les OEuvres et les Hommes, 5e volume). — Dans une Introduction : Du bas-bleuisme contemporain, l'auteur explique: « Les bas-bleus (blue stockings), ainsi nommés, à Londres, du temps de Pope, pour dire des femmes qui, de préoccupation intellectuelle, en étaient arrivées à ne plus faire leur toilette et qui portaient des bas comme tous les cuistres d'Angleterre. » Les bas-bleus, ajoute-t-il, sont des hommes, et manques ; elles ont perdu le génie de la mise, la grâce, le charme ; elles n'ont plus droit aux ménagements : « Quand on a osé se faire amazone, on ne doit pas craindre les massacres sur le Thermodon. » Plus tard, un obscur écrivassier pillera, dans cette phrase, un titre sous lequel il entassera pêle-mêle de sottes injures ; Barbey
d'Aurevilly, lui, traite du moins largement et à fonu sujet, et quand il fait erreur ou tombe dans i\ reste toujours intéressant. 11 distingue aussi : le bleu, « c'est la femme qui fait métier et marchanda littérature, i qui, dit-il enco /lame l'égalité de
l'homme et de la femn. itif: quelle égalité?
Arbitraire, ou I iptitudes de cfaaqu
Et encore, la réclamation de légalité • tiqwe, non littéraire. — Barbey d'Aurevilly blâme avec raison les critiquée qui ont voulu fain- de II"1 de S un génie d'homme un génie de remine, le plus
femn -prit par dessus, i C'est un gé
nemment sensible et expressif. * Elle a, aussi, le mouvement des idées, mais un autre en est le moteur. Si c'est vrai, les génies masculins sont eux-mêmes; inspirés soit par une foi antérieur.', soit par la pression oements, eoil par leur passion pour d** rem Mmc de Staël a l'aperçu ingénieux el profond, la distinction, un style plein de couleur el de mélodie, et le plus rare que le style, le mot qui la diamant.' et la couronne: i qualités qu'elle i dans une proportion et une ité incomparables, el comme nulle autre femme ne eut jamais dans la Langue qu'el qu'elle
écrivit, i Et toujours elle garde, pour nous conquérir, sa tonte puissante faiblesse de femme. Je note également, mais au suj l'Aurevilly, qu'on ne peut se