juste Oubli. < I Souvent vrai : dans la
noblesse de Bes amusements qu'on reconnaît la moralité d'un probable : • l /ait drama-
tique toucbe :i cette époque d'épuisemenl qui pré l'anéantissement définitif... Le thé [ui a commencé
par le tréteau, finit platement par le tréteau. - Cependant, •< vieux, rabâcheur, sans rc esprit, l'art dramatique n'en règne pas moins de tiquement, intensément sur les spi esprits élevé létournent du théâtre avec mépr
On descend, pour gagner des bous, jusqu'à l'opérette, inférieure encore au banal vau ! iville. Puis.
e, le théâtre naturaliste ! ' lui, d< - t\ on en
aura tOUJOUTS : mais la conception tl
« h.- la littérature dramatique, nous en sommes actuel-
lement au gâtisme ; la langue, les plaisanteries, l"s
situations, l'abjection des types, tout mérite ce nom
immonde. » Et l'on acclame Sarah revenant d'Amérique
comme un-' souveraine : farce, colossale badaud
ridicule, histrionisme, fétichisme. Il est b
lectuel de la il — Le régime cl I dea
mœura «'-tait demeuré le même. Le théâtre
nul, aui I empire. Il
allait vrrs la chute définitive dan
Littérature épistolaire (les OEuvres et les Hommes, 13e volume, Lemerre, 1892).— Balzac est tout entier dans sa correspondance. On y voit que l'homme égalant l'artiste le rend plus grand et en explique mieux la grandeur. Balzac, comme beaucoup, avait souffert des anecdotes et des anecdotiers ; sa correspondance rendra impossibles ces commérages. C'était un organisme très équilibré, très accompli, et puissamment romanesque, qualité première de son équilibre et de sa plénitude. Ses lettres disent sa vie héroïque, incroyable, de luttes et de travaux sortis de cette tête inépuisablement féconde, et le plus touchant, l'inspiration, l'encouragement qu'il puisait dans l'amour de Mme de Hanska. Car le coeur humain est peut-être plus exigeant que l'esprit humain, et ce livre émeut surtout par les lettres du cœur, par cet amour qui exalta son existence et la soutint. — Le chapitre sur Àbélard et Héloïse est une erreur : le libre dialecticien du moyen-âge, le personnage romanesque, est-ce là vraiment des états à reprocher ? et faut-il n'avoir que des cerveaux en esclavage, et qu'une vie plate, sans passions ? la raison et le sentiment ne sontils pas aussi des dons de Dieu ? et pourquoi les mesurer à Héloïse et Abélard, alors que vous en comblez les autres et vous-même ?... La correspondance de Stendhal révèle son matérialisme raffiné et pétri de contrastes, son attitude un peu bizarre devant le public. Ce capricieux
de littératui . là comme ensesœuvree
se condamne ni ne s'absout. Il n'a pas de naturel véritable, mais une Bincérité de seconde main, «le mystificateur gui se mystifie lui-môme. Lee lettres de Mm0 de Créqui ont une trempe ferme el solide. I Silvio Pellico, qui regrette son passé de révolte contre l'Autriche, sont approuvées. Lamennais est absout par sa correspondance des accusations d'orgueil, d'ambition, de haine et d'envie accumulées sur sa mémoire. On y a le vrai visage, qui resta caché sous i le masque éclatant et sombre de son génie. » Il y apparatt tendre de cœur, Consolé de tous échecs par quelques amitiés, aimant a
revenir à son coin de Bretagne, partageant son temps entre L'étude, la prière et la rêverie. On y reconnaît son désintéressement, el l'esprit, cette grâce franc certes imprévue. L'esprit, ce tut un.' belle part pour M 'lu Deffand ; elle aimait tant la conversation, qu'elle réussit dans tes lettre conversations fixées. Le
critique blâme un livre de souvenirs insignifiants sur M Récamier. Il ne voit pas davantage Nelson, homme
tout .1 ttrastes, mélange de bien h de mal, dans la
correspondance qu'on a publiée de lui. Celle < adre
de Humboldt montre ce beau parleur scientifique. El
Tocqueville, d'autres encon Prosper Mérimée, dans ses letti boutonné, <it grognon avec monotonie, i
et moderne, perfectionné et polygotte: «... Tous les secs doivent périr par les lettres, et ils ont tort de toucher à cette hache. » L'esprit d'Horace Walpole est un fruit brillant, amer et glacé ; ce misanthrope ironiste, cet égoïste du 18e siècle est sagace et pénétrant : il a le portrait et le trait. Mme Geoffrin, raison et sagesse de ce même siècle, Maintenon bourgeoise, est animée seulement au fond de son âme vive et tendre. Et toujours des correspondances, parmi lesquelles, des lettres de Benjamin Constant à Mme Récamier,qui le montrent autre que dans ses œuvres, c'est-à-dire un sentimental, analytique encore, mais ardent, voire larmoyant, humble, et en vain ! Par ces lettres publiées, Constant gagne une âme, et Mmo Récamier perd de la sienne. — Le polémiste a remarqué justement : « Dans une correspondance, tant vaut l'homme, tant vaut le livre ; le sujet, c'est l'homme même qui écrit ; c'est sa manière de voir et de juger la vie, de sentir et surtout de dire, qui fait l'intérêt d'une pareille publication. » Son ouvrage nous met en garde contre bien des correspondances superflues, médiocres : souvent des bouts d'invitation, de remerciements, des riens ! Et c'est avec cela qu'on nous encombre. Seules sont bonnes les lettres de gens d'esprit, et encore, il faut y supprimer les insignifiances. Je ferme le livre en me rappelant ce mot si vrai de son auteur : « Les lettres sont d'ordinaire le triomphe des femmes. »
On parlait alors d'un projet de statue à Barbey d'Aurevilly. De son <oin de borne à la H< D
Mondes 1er septembre 1892), Bronetière se mit à coasser sur ce « vieui paradoxe ambulant ! » Od répondit, dans quelques publications, au suprême soutien de cette publication fossile. La Plumr, dan- ses numéros cl 1 1 1* renier, des 16 avril et 15 août 1893, publia, sou titre: Pages retrouvées, plusieurs poésies de Barb d'Aurevilly. La même année, parut chez Lemerre le 14e vol uin«' des OKuvres et les Hommes.
Mémoires historiques et littéraires. — Saint- Simon nous apparaît tout naturellement à l'entrée de livre. Son succès, dans Le lî)c siècle démocratique, tient moins à son talent de peindre, qui est grand, bob
jugement contre la personne ou le gouvernement de
Louis XIV. a Des aristocrates conmi" lui sont des démocrates pareil haut. » Or, il ne démêla pas le genre de génif de PO roi. « Saint-Simon était un de ces espi brillants, mais sans ductilité, contournes, diffii
aligner, chimériques, d à une opposition éter-
nelle. » Ses ressentiments, el Maintenoa qu'il abai indignement, voila ce qui le t'ait petit. Les rancui compréhensibles chez les p ne le sont pas, d'un
historien; et <• le mépris est tenu A voirclair si i voir tout. ». Les Mémoires de Mattel du Tan sonl aussi de quelqu'un qui a vécu les événements ; mais il juge
haut la Révolution ; un parallèle entre lui et Mirabeau, est très expliqué, serré, en relief. Avec la comtesse d'Aulnoy, la vieille Espagne, faite des deux civilisations arabe et chrétienne, et sa cour formée d'ennui, d'étiquette et de favoritisme, sont peintes avec naïveté par une bonne observatrice ; Hugo, dit le critique, a dérobé là tout ce que Ruy-Blas a de vrai et de vivant. La baronne d'Oberkirch raconte des anecdotes sur la cour de Louis XVI. Le président Hénault revit avec sa distinction exquise et discrète. Le médisant duc de Lauzun, le fat maréchal de Richelieu, le superficiel duc de Luynes, offrent peu d'intérêt. Mme de Genlis a du bon sens, de l'ordre, de la tenue, et Vaublanc un esprit lucide et ferme. Puis, des futilités, de Garât, de Mme de Rémusat, d'autres encore. Le comte de Ségur est à lire pour mieux connaître le Napoléon de guerres. Les Mémoires de Philarète Chasles ne donnent pas les rancunes passionnées attendues ; ce rieur et ce railleur s'y dit un rêveur, un misanthrope ; les portraits ne sont pas assez développés, appuyés, détaillés ; toutefois son esprit se retrouve ici plus aiguisé, plus acéré que jamais. Le récit du cardinal de Bernis est substantiel, et le montre occupé des affaires publiques. Metternich apparaît clair, précis, froid, pas artiste ni écrivain ; sa figure est bien établie. Joubert enfin, par ses souvenirs, reportage rétrospectif sur la société d'autour 1830, clôt ce recueil où Ton
246 l:.\l;r.KY D'AUREVILLY
trouve, nia!. invreté fréquente des sujets, Ja verve
habituelle du polémiste.
Vers la fin de 1894, Léoo Riotor publia aux éditions de l'i Plume deux articles parus dans la Miner*
: Su,- deux Nomarque* il*'* /.étires Uarbey d'Aurevilly et Léon Cladel . La réunion 'I eprêsetitants d'idées extrêmes indique, chezRiotor, un instincl sûr de critique. I! pari d'un paysage valogn lia p >ur nous ré^ l'âme de Barbey d'Aurevilly, Le ciel natal, dit-il, a lès le premier jour jeté sur Barbey d'Aurevilly ce manteau de froideur étrange et de mysticisme bizarre qui devait B'amplifier avec I devenir
ieil Bpirituel le plus solide de ce temps. - Mais « il
• •ut pas seulement son originalité propre de tempérament et de son éducatii assi le fruit
d'une grande tension d'esprit dans ce Bens, d'un travail acharné a y parvenir... L'allure romantique du mattre est remarquable, fièrement drapée dans des conceptions
lifiques et fortes qu'on «Tenait d< emps
bercés de brumes glaciales de la merda Nord Btde
eur la Manche... La ligne de démarcation de Ceuvres de roman a ses œuvres de critique grande qu'on le croirait : il y a beaucoup de roman dans
ritique comme il y a beaucoup de critique d ; ; s luci de la rorce qui pi
cupait Barbey d'Aurevilly : Ce qu'il veut b
tout, c'est la puissance, une, indivisible: c'est le pouvoir aux mains d'un seul... De cette exaltation farouche de l'idée autocratique devait résulter forcément un désespéré politique. » Mais le pays d'origine était le solide appui de l'écrivain : ce Ce qui éclate dans ce style prodigieux, dans chaque période, dans chaque ligne, c'est une admiration insatiable et pleine de respect pour le sol natal. » Cette courte et expressive étude de Léon Riotor a pour conclusion: « ... Il faut que la veine tragique de notre littérature surmenée soit bien tarie pour qu'avec un tel maître elle n'ait repris son éclatante auréole d'effroi spirituel... Aussi, saluons respectueusement celui qui fait revivre en plein 19e siècle les plus belles conceptions de l'esprit avide d'horreur et de beauté, et les drames poignants, et les épopées sanglantes... celui qui dédaigne la basse envie et les viles moqueries, forgeur d'airain qui sonne fort et vrai, lord Byron français ! »
Journalistes et Polémistes, Chroniqueurs et Pamphlétaires (Les OEuvres et les Hommes, 15° volume, Lemerre, 18951. — Au seuil du livre, Eugène Hatin précède Armand Carrel. Le critique, à propos de celui-ci, montre que le journalisme est une chose passagère. Ces écrivains d'un jour laissent à peine un souvenir quand la circonstance de l'article est passée. Cela sp voit nettement pour Carrel, « qui se donne exclusivement au journalisme, y perd son talent, s'il en a, et
mange en herbe le blé de sa gloire, s'il était vraiment t'ait pour recueillir cette noble moisson. » La littérature 0*681 pas là ; «l'autre part, « le journalisme n'est jamais de l'histoire, et quand elle commence, lui n'est déjà plus. » Avec Camille Desmoulins encore, ou voit que le journalisme est peu de chose hors des passions quotidiennes; d ations qui parurent naturelles et furent acclamées tel jour, ue sont plus que vaines et ridicules quand on les exhume. Emile de Qirardin, talent qui n'est plus dès qu'il sort du journal, a une logique d'homme a systèmes, une érudition de preneur de aott Edmond About manque de profondeur, d'enthousiasme, d'humour; Auguste Vacquerie, dan- Profils et Grimaces^ offre de la fantaisie et de la contradiction. voici les honnêtes gens du Journal des Débats : que s.mt donc les autres gOOS? Auguste VitU passe. Xavier
Anhryet les Jugementi nouveaux se préoccupe de l'i qu'exprime tout génie spécial et toute œuvre
pas mi critique de sensation, mais d'intell.
dominé par un poète raffiné et sentimental. Plilar Chastes est un bel esprit, aux phrases bien tournée .-t un bas-bleu avec des affectations : il haussa to • les épaules devant les idées communes, pour s'y
plonger dans SOS souvenirs de la fin. Voila Cormenin, au sujet d.' qui h- critique .Mih't 'ion, si
équemment possible sur tant d'autres : « Chose mél
colique, qu'après quelques années, en se retournant, on s'aperçoive que ce qu'on croyait du talent n'était que de l'influence, et l'influence, de l'illusion ! » Jules Levallois est un critique militant, délié, nerveux, presque aigu ; Eugène Pelletan, un écrivain que le journalisme a dévoré. Oétineau-Joly chouanna dans les quotidiens pour l'Eglise et la monarchie ; A. Grenier est un polémiste net, vigoureux, et Granier de Cassagnac, un journaliste en tout et avant tout. — En somme, ce livre est maigre, malgré le talent de son auteur ; cela tient évidemment au sujet, si factice et fugitif.
En juillet-août-octobre 1895, la Revue indépendante publia des lettres de Barbey d'Aurevilly au vicomte d'Yzarn Freissinet (1845-1850), qui évoquent la période où il commençait réellement son œuvre. Vers le milieu de l'année suivante, parut la dernière série du Théâtre.
Le Théâtre contemporain (tome 5, P.-V. Stock). — Parmi tant de salles de spectacles, le polémiste distingue le cirque, théâtre de la beauté et de la force plastiques et visibles, où l'art a la dignité du danger, où « la médiocrité est menacée incessamment de se rompre le cou, tandis que dans les autres théâtres, elle se prélasse, se porte très bien et ne risque absolument rien. » Le cirque l'emporte sur l'hippodrome, dont les masses sont d'un intérêt plus vulgaire ; la personne humaine y est en rapport exact et en harmonie avec
nous; on ne devrait y représenter que des jeux d'ensemble, ou qui exigent de l'espace : «'est, en somme, un ourci des champs olympiques. Qaanl aux autres théâtres, ils périssent par les rabâcheurs. Voici pourtant une reprise intelligente: QBdipe-Roi\ la salle n'était pas l'habituelle, mais des gens venus là pour un grave plaisir. Joué comme ou le jouait à Athènes, et de plus
réalisé et pensé par un moderne, l'Œdipe a été interprété par Mounet-Sully, de taille i hlétique, ce décor où il évolue majestueusement. Et voilà le socialisme au théâtre: un ratage; et des reprises, des traductions, rien de bon, saut' le$ Enfant* d V Edouard y de Delavigne, « romantique adouci, nuancé, veloul Puis, le hideux naturalisme s'installe, et l'adultère continue, et la banalité règne partout ! Le drame tourne
en « m.'-lo», le vaudeville en ennui béte, et le rin lim depuis Labiche. « Tout espoir du rire est perdu ! » Quelle comédie possible dans un tempi aire?
« Il n'y a plus qu'un ridicul d'être différent des
autres, et celui-là, c'est bien souvent l'envie qui le th. nue a la puissante originalité, c'est bien souvent la hassesse qui le donne au génie ! - Pour finir, finir le théâtre '. les directeurs sont de plus en plus incapables et mercantiles.
Nous eussions été le pays le plus dramatique de la !•
de théâtre comme il l'est d'action ; mais les directeurs, 1 1 M des auteurs u | un publie
d'apparences, ont abîmé cela. « Pour un directeur de théâtre, à part ce que ça rapporte, qu'est-ce qu'un chefd'œuvre ? d — Ces cinq volumes du Théâtre contemporain nous lèguent à peu près toute la vérité sur la déchéance de la scène française. Ceux qui croient encore à sa vitalité trouveront là de quoi se désenchanter ; ceux qui font semblant d'y croire et qui vivent sur ce bazar ne se relèveront pas de ce réquisitoire tristement véridique. D'autres, qui préfèrent un tableau de mœurs d'un temps donné, en possèdent, dans ces quelques recueils fidèles, tout un lot, un lot de haillons de l'histrionisme, que pousse devant lui le polémiste à grands coups de balai.
Poussières (Lemerre, 8 juin 1897). — Ce sont de bonnes poussières, des poussières colorées, parfumées, qui reposent des stations énervantes devant la rampe des théâtres. Ce sont vingt-sept poésies, écrites aux diverses saisons de l'écrivain. Quelques-unes, on s'en souvient, avaient été imprimées par les soins de Trebutien (les Nénuphars, VE chanson, le Voyage, la Maîtresse rousse, Saigne, mon cœur, etc.) D'autres étaient inédites. Parmi ces dernières, le Vieux Soleil (nouveau titre : la Haine du Soleil) est une poésie véhémente ; c'est tout lui, exaltant sa pensée avec une vigueur, une attitude d'athlète :
BARBEÏ DAriiLVILI.Y
L'a ! bl< a, le \ rai Boleil qui nous verse la •■ Un jour perdra son feu, Bon azur, sa beauté, I m l'éclaireras de ta Lemiôre imp [nsnltant d'immortalité !
Disparais donc enfin !...
Nous h plus aloi i ûuil .-t Bea voil<
Plus d'astre lumineux dans un ciel r !
Mais n'est-ce
Pour '.«>ir c • qu'on aime m urir ?
Pour \<>ir la b >uche en
Nous dire froid >menl l i'esl uni : laisse moi I
'éteindre l'amour qui dans notn Allumait an soleil plus éclatant que toi ! Pour voir -!-ir parmi les Bpectres de la terre Le spectre aimé qui Bemble et vivant et joyeux,
nuit, la Bombre nuit esl encore trop elain
El des <-i- u \ !
i mi beau geste : leCid^ toul brillant, rail l'a >ne
a un lépreux, qui baise sou gantelel d'acier...
Mais il Axa longtemps Le lépreux, - p i il arracha lui donna sa main !
oeur roi tu qui veul l'être, conseille :
Si in pleures jamais, que ce t >il sn silène ' si I roil pleui i
Mon orgueil t'obéit sans risquer un murmure. A ce monde sans cœur je cache mes regrets ; Sous un dédain léger je voile ma torture, Et si bien — que toi-même aussi t'y tromperais !
La Beauté n'est pas tout, déclare-t-il. Oui, l'homme s'est trompé... sinon, pour me convaincre, dis-moi ce que tu sais...
Ah 1 plutôt ne dis rien ! car je sais tout, madame. Je sais que le bonheur habite de beaux bras, Mais il ne passe pas toujours des bras dans l'âme... On donne le bonheur, on ne le reçoit pas ! La coupe où nous buvons n'éprouve pas l'ivresse Qu'elle verse à nos cœurs, brûlante volupté! Vous avez la beauté, — mais un peu de tendresse, Mais le bonheur senti de la moindre caresse, Vaut encor mieux que la beauté.
Le Buste jaune est une pièce assez étrange : dans le clair-obscur d'un soir de sombre pensée, se détache un buste de femme, d'un blond pâle, qu'il vit là dès ses premiers ans, qui fut le premier amour de son cœur solitaire, et qui subsiste, alors que les bustes vivants pressés sur son cœur se sont brisés, usés. Le Vieux goéland, blessé, pris par des marins, rigide, en une cour déserte, se précipitait sur les passants pour leur percer les pieds, s'acharnant surtout sur les pieds de jeune fille. Rêvait-il que c'étaient des ailes?...
Vieux pirate échoué sur cette horrible grève, Eve]
Ces pieds, — ces pieds charmants qui passaient, — ces pieds Que l'on prend dans sa main et qu'on met sur son cœur, Mais qui n'y restent pas, légers, prompts, infidèles, Faits pour nous fuir après être venus à nous, O mon vieux goéland, c'étaient bien là des ailes ! Et toi, — tu t*en sentais jaloux !
Voici des pages effeuillées :
A qui rèves-tu si tu rêves, Front bombé que j'adore et voudrais entr'ouvrir. Entr'ouvrir d'un baiser pénétrant comme un glaive. Pour voir si c'est à moi, — que tu fais tant souffrir !...
du sentiment intime, délicat :
Débouclez-les, vos longs cheveux de soie...
et encore :
Oh ! les yeux adorés ne sont pas ceux qui virent Qu'on les aimait. — alors qu'on en mourait tout bas !
. . . Les plus beaux amours que l'on eut dans la vie Du cœur ne sont jamais sor
Ou les croit disparus, ces rêves plutôt qu'amours, et même en la vieillesse, c'est eux seuls qui ont résisté au temps, ces riens de la première jeunesse ! Le plus fort souvenir est toujours le plus lointain...
Une étoile planant sur les mers débordées Se mire dans leurs flots et rit de leurs combats... Combien donc nous faut-il de femmes possédées Pour valoir celle qu'on n'eut pas ?
Des pièces diverses, rêveries, coquetteries, souvenirs, tendresses, alternent jusqu'à un amour de jupe : jolie chose en sourires et nuances de marivaudage. A Valognes :
C'était dans la ville adorée, Sarcophage pour moi des premiers souvenirs, Où tout enfant j'avais en mon âme enivrée Rêvé ces bonheurs fous, qui restent des désirs !...
La passante qu'il y croisa et qui ne le devina pas, n'est qu'un regret vite évaporé, auprès des spectres des amours finis, assis perpétuellement dans son cœur. Une chanson mélancolique le montre voulant s'écarter du monde, masquer ses amours. Tu t'en vas ! s'écrie-t-il ensuite...
Va! je ^is trop comme s'achève Le rêve que les cœurs épris font ici bas...
Tête pâle de ma chimère, murmure-t-il encore, c'est mon sang qui t'anime, qui monte en toi! Te souviens-tu? demande-t-il enfin...
Mon cœur était trop vieux, trop glacé, trop hautain Pour parler à ton cœur ; mais, prophète farouche, Je te prédisais ton destin.
Nuit, ciel, jardin, massiN, dehors, tout était s«»nibre. Et tu mfirdiii dans ce soir,
Mais ton cu'iir de seize ans avait BDOOf plus d'ombrt
Et là, comme dehors, tu ne ponysii rien voir !
Pour èdre aimé de toi, j'étsifl venu tn>|> tard. Tu ne m'as pas trahi, de n'ai rieo à te dir.-.
Ainsi donc, cela se termine sur une réparation sentimentale, qui clôt, en somme, bien et justi louvenirs du cœur et de l'esprit, ces poussières: d'amour et de lierté. a Chez Barbey d'Aurevilly, écrivit Louis de Saint- Jacques dans un intéressant article de /'/ Plume <lu
16 ,e>ùt 1807, la poésie, le besoin de s'exprimer en
rers, résulta toujours de la passion, il rima quand il fut
amoureux. Les trois femmes que je signale (Clary, marquise du V., baronne da B. oui été successivement
I inspiratrices, et il Les aima avec la fougue sentimentale de tout son romantisme attardé... Barbey
d'Aurevilly était de e.-s hommes d'exception «pu n'<»nt
jamais consenti à atténuer leurs peni <i"e l'a-
veulissement moderne tend à faire disparaître et pour les derniers représentants de laquelle on ne saurait avoir trop de respect, i Ajoutons que Pou$$i simples étincelles de tant d.> flamme enclose dans une œuvre considérable, suffiraient cependant I consacrer un poète.
Rythmes oubliés (Lemerre, 8 juin 1897). — Et en voici d'autres, d'étincelles ! Celles-ci sont moins vives, moins brûlantes, mais elles ont leur valeur digne d'être remarquée ; moins de passion, et plus d'art. Quand tu fus partie est le premier de ces dix poèmes en prose. Elle fut longtemps suivie dans sa pensée ; ses regards la suivent dans ses rêves à elle ; mais les regards d'hier, qu'elle a vus, excepté dans sa pensée, elle ne les retouvera plus. Cette prose songeuse appelle celle-ci : Quand tu me reverras. Si tu ne me retrouves plus tel que j'étais, dit-il, pleure sur moi, pleure sur nous deux, mais non sur notre amour, qui subsistera même au delà de la mort. En Niobé, Vellini a une rivale ; c'est le pâle camée de son diadème. « Tu es comme le piédestal de cette douleur muette qui me regarde. » Niobé fut la seule triste, la seule pâle, qui lui plut dès son enfance. « Je ne savais pas ce que c'est que la beauté, la douleur, l'orgueil... Depuis, je vous ai connus, j'ai appris que vous étiez la vie... Image de la force morale, ô femme antique, qui pense à ce que ton nom rappelle, dans nos jours légers et oublieux?... Les hommes ont profané toutes choses. Tu n'es plus qu'un camée dans deux bandeaux blonds. » Ce poème amer, triste, est d'une sévère pensée. Les Quarante Heures, écrites le dimanche de carnaval 1859, sont une sorte de ballade mélancolique adressée à son frère : ce ... Je rêve, et toi,
UAlil'.KY DArilKVII.I.Y
tu pri< 3 ulemenl ta prière est plus vive et plus longue que Les autres jours, noi, ma rêverie plus atn ejour des masques pour moi, pour toi, le
jour des Quarante Heures... 0 mon ami, mou cher l. "ii, ce jour, sinistre dans ;• moi, •
rempli, pour toi, de joies saintes!... Tu n'as jam fermé une seule fuis Le missel orné de rubans, el bai le Iront sur ta poitrine, couverte du surplis tranquille, pour rêver aux jours de ta jeunesse, — el à moi, ce jour, comme un bourreau m apporte La tête de la
mienne ! — C ssl le jour des masqu - pour moi, — pour toi, le jour des Quarante heures! Suivent, I \ Veux caméléons, et Le Sonnet des trente-six ans, deux des Rythme» oubliés de 1857. Les Arabesques d'un tapis lui font er, tristement, aux pe [ui avaient couru
sous l'aiguille distraite, ou préoccupée, □ pouvoir retrouver. Les Bottines bleues : * Nous avions attaché avec des agrafes «l'un or très pur à des pieds d'une argile grossière des bandelettes idéale faites, hélas I avec cette étoffe outremer uVs plus beaux rêves!» Sotte rêverie I Elles appartenaient h une pédante, impie, prétentieuse, qu'un grand cœur commit l'erreur d'aimi i était un de ces esprits imm qui
doivent éternelle nt reproduire l'histoire de
de lumière, qu'où vit aux premiers jours de l'univers quitter Le ciel pour les ûlles des hommes. • Un jour,
« elle tomba du cœur qui l'avait portée et qu'elle avait fini par briser sous son poids inerte. » Et nous lui arrachâmes en riant ses bottines bleues, dit le conteur, à cette titane de nos inventions ! Il y a là de la passion, plutôt qu'en les autres pages. C'est même une satire ardente, colorée, expressive, le poème le plus vivant et le plus fort du recueil. Les Trois Tasses de Thé, variant de l'or pâle au rouge éclatant et à la pourpre sombre, lui symbolisent en une douce et fière amertume la brûlure d'un premier amour, la blessure de l'amour qui suivit celui-là, la flamme dévorante du dernier amour. Laocoon, dont j'ai parlé en son temps, finit ce petit livre curieux, bien nuancé, bibelot d'art autour duquel se tordent des figures touchées par l'amour ou mordues par le désespoir. « Il serait intéressant, remarqua Louis de Saint-Jacques dans la Plume du 15 août, de comparer les Rythmes oubliés aux poèmes en prose de Baudelaire. Ils en diffèrent surtout par un romantisme plus intense et par un mouvement plus passionné... La manière de Barbey d'Aurevilly est plus oratoire que celle de l'auteur des Fleurs du mal, d'une tournure plus emphatique, visant surtout à l'effet par la vigueur des images et l'ampleur des périodes... Les Rythmes de Barbey d'Aurevilly sont des explosions de son âme. C'est pourquoi ils émeuvent plus que les poèmes en prose de Baudelaire, et ils vous donnent constamment ce que
j'appellerai la grande secousse... Ses rythmes sont 1rs cris spontanés et farouches d'un magnifique athU touché par Is douleur. »
Paul Festugière publia en 1807, h la maison Lecofire, sous le titre : Un Ecrivain normand : Barbey sPÀti vilhj, uns bonne étude de quarante-six pages. L'an: suivant.', en février, parut chet Lemerr.' le il'»" volume des OKrvBES et les Hommes.
Portraits politiques et littéraires. — Un marquable parallèle, oeuf, hardi, entre Shaki et
Balzac, ouvre hautement ce recueil. Balzac est I»' Shakespeare français, et non pas Hugo. L'imagination toute puissante, cette maîtresse faculté de Shakespeare, Balzac la possède aussi complète. Tous deux offrent de rudes pages s aval. t. ils ont l'invention et le ressouvenir, l'observation et l'intuition, Is passion si la couleur, et l'esprit. En étreignant la nature humaine, ils ont fait la même chose sans sembler. Leurs types
et caractères sont vrais et profonds. Shakespeare peintre et sculpteur, Balzac architecte et I la lois peintre et sculpteur. La Bgure de Mazzini, api - deux
*nts, apparaît chétive ; c'est le révolté qu'un parti ■ trop grandi : il Tant lutter contre ces admirations contemporaines qui fausseraient l'histoire plus tard. Le cardinal Ifaury est encore plus e talent
di{ lit des instincts d'ordre; il raconte fhisto
comme s'il l'avait faite, mais avec un goût exclusif pour l'histoire anglaise, où il a vu des identités avec la France, ce qui le montre, en cela, superficiel. Taine a établi une opposition erronée entre la fable philosophique et la fable poétique, lesquelles sont inséparables. Sa Littérature anglaise repose sur un système faux : l'influence du climat, qu'il triple de l'idée de la race et de l'idée du moment, mais du climat surtout, du milieu, ce qui fut déjà l'idée de Montesquieu. C'est dans la lumière, l'émotion reçues des faits racontés, que le talent de Taine s'affirme. Ce critique sagace, ce biographe renseigné, ce paysagiste, a bien compris l'esprit anglais. Passent, et disparaissent, Charles de Brosses, la princesse des Ursins. « La jeune génération traite d'une manière inouïe de sottise et d'impertinence » Chateaubriand, à qui l'on a reproché surtout la forte personnalité de son génie. « La littérature personnelle se compose de tout ce qui est lyrique et élégiàque, la plus immense part de la poésie humaine. » Aussi, le critique aime René : « le plus court de ses ousrrages, mais le génie ne se mesure point aux proportions de la matière. » Nous avons ensuite le rival d'esprit de Voltaire, Piron, improvisateur bouillonnant, moqueur cynique, et Pélisson, un succès d'époque. Sainte-Beuve, homme d'étude et homme du monde, aime vraiment la littérature : « Elle a été pour lui une brillante maîtresse;
g&2 r.Aur.r.Y d'Aurevilly
et la maîtresse s' idéalisa ni est devenue sa meilleure amie.» I! a des faiblesses pour les morts, el il leur invente dea gloires posthumes. « C'est par l'analyse qu'il a fait faire an pro{ la critique... 11 aura l'honneur d'être une
date, i Av. lui surtout, « la critique a cessé abstraite et grammatical»', pour devenir humain»'. » Voici Machiavel, ironique, profond, équivoque croire mystificateur; Ânacharsis Cloots; Berryer, qui ne fut point une tôte, mais une voix politique ; Dumas (ils ; Jules Favre ; Benjamin Constant, littérateur sans imagination, politique de petits raisonnements. Beaumarchais fut un esprit complexe et multiple, qui s'éparpilla trop, mais laissa heureusemenl ses deux chefs-d'œuvre de comédie, et même mémoire
Ironique, gai, personnel, il s'est incarné entier dans Figaro. Le portrait est alerte comme son modèle, «l'un vif , d'une légèreté dignes de loi. Paul de Molènes, qui eut la distinction de p et la bravoure d'action, cl6t
recueil, important dans la série : les chapitres sur Shakespeare et Balzac, Taine, Sainte-Bem au-
marchats, Buffiraient à eu établir la valeur.
i quelques lignes extraites de la Plume «lu l,r avril L898, sur Barbey d'Aurevilly : « ... Intrépide chevalier de ses croyances, debout jusqu'à la lin pour les défendre avec le glaive de Bon esprit qui était terrible la cuir i son mépris que les plus atroces injustv
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ne parvinrent pas à entamer. » Elles sont encore de Louis de Saint-Jacques, qui, avec Léon Riotor, a bien exprimé le genre d'impression que produisaient, sur la jeunesse de la fin du 19e siècle, l'œuvre et l'homme dont j'évoque l'histoire. — Je note la publication, vers ce temps, dans la Revue hebdomadaire , du Premier Mémorandum (1836-1838).
Les Philosophes et les Ecrivains religieux (3e série, Les OEuvres et les Hommes, 17e volume, Lemerre, 1899). — Ce livre devait être dédié au chanoine Charles Lefoulon, curé de Montebourg. Nous y rencontrons d'abord : Crétineau-Joly, apologiste des jésuites ; un docteur, des abbés, et Francis Lacombe, puis Dargaud, dont la Famille est un livre d'impressions et de souvenirs, tombé du cœur plus que du cerveau : <r Nous avons tous plus ou moins dans notre âme un livre écrit par l'expérience » ; celui-ci, d'un talent ému, ' coloré et pur, redit les joies et les tristesses du foyer ; il est touchant comme une élégie. L'abbé Gratry a de la souplesse, de la logique. Michelet, c'est une imagination qui s'élance dans la physiologie comme elle s'élança dans l'histoire, un talent troublé par le sujet, et troublant par ses audaces. Il oppose une famille nouvelle, moderne, à la famille chrétienne: œuvre de casuiste. Il a plus de grâce que de science, se lit davantage pour l'expression que pour le renseignement. Victor Cousin {Introduction
à V Histoire de la philosophie), excellent vulgarisateur de divers système! allant de la philosophie écossaise à celle de Kant et d'Hegel, possède de la sagacité, de l'érudition, mais faussées, parce qu'il voulut avoir des idées à lui et qu'il y fut impuissant. Fait pour l'enseignement, il désira être créateur de système et s'y perdit. Eclectique stérile, aux travaux énormes, au petit résultat, il acquit un succès d'époque et de parti. Ce fut un lettré philosophique et non un philosophe. Après Caro, nous abordons Barthélémy Saint-Hilaire (Mahomet et le Coran), historien tranquille, pondéré, d'une critique impartiale, où l'on retrouve le Mahomet véritable, désaltéré dans la Bible et l'Evangile, qui lui ont donné la force de créer une religion, un peuple et un empire. Nous retrouvons Taine (fie V Intelligence), sérieux, abstrait trop, avec cette erreur : la sensation transformée de Condillac, et le matérialisme épais du l'.v* siècle ; puis Guizot, qui, dans un livre de sa vieillesse, sur la dualité catholique et protestante, est moin3 sûr de rien qu'il ne fut jamais, là noue fermons le volume sur divers écrivains contre
ou pour MM Louise de France, et sur Ernest Bello, le théologique Heilo qui s'agite au milieu des égoïsmes et <i-'S platitudes de son parti.
Le Roman contemporain (Lks 0Ei*vrer et lïb
Hom.mks, ls- volume, Lemeire, 1902). — Octave
la, sans doute à titre de contemporain. Les
Goncourt s'y inscrivent pour quatre romans : Madame Gervaisais, analyse sans amour, sans action, sans caractères, étudiée à la loupe et rendue avec leur saillie de style qui déforme ; Renée Mauperin, livre dangereux, car il mêle leur poésie à eux aux façons de dire abaissées et vulgaires, qui tendent à propager le bas réalisme dans une société déjà presque perdue par cela ; les Frères Zemganno, de description exclusivement physique ; la Faustin, notations sur la vie des comédiennes, insignifiantes. Les trois derniers livres de Gustave Flaubert révèlent un esprit ni facile ni fécond, sec, sans passion, sans enthousiasme, sans profondeur: « 11 y a dans le monde assez d'âmes vulgaires, d'esprits vulgaires, de choses vulgaires, sans encore augmenter le nombre submergeant de ces écœurantes vulgarités. » Les Lettres de mon Moulin, d'Alphonse Daudet, ont de la légèreté de main, un vif coloris, de l'originalité : cette goutte de vie de nos œuvres : « Poète et peintre de terroir comme tous les peintres et les poètes pénétrants, la loi étant de ne bien peindre que les choses qu'on a vues, qui se sont enfoncéees en nous dès l'enfance. » Jack est un livre cruel, où toutefois la colère et la pitié ne sont guère que par l'accent de sensibilité qui y perce mais n'y éclate pas. D'autres romans offrent une langue de poète, une morale sans amertume, une pensée fière. Barbey d'Aurevilly aime Daudet, qui a su relever le réalisme
2GT) TURBEY D'AUREVILLY
jusqu'à l'art vrai, à la poésie du cœur et de l'expression, et il eu dit bien le charme, la sincérité, la une lainière. Il salue Ferdinand Fabre, dont VAbbè Tigrane est un livre nardi et robuste, d'un artiste an peu sec, mais réfléchi. El voici Zola. Son œuvre est la plus avancée dans le sens de vulgarité et de matière qui nous emporte de plus en plus. « Si ce charmant mouvement intellectuel continue, la littérature Française s chance de mourir asphyxiée derrière la porte infecte du cabinet d'Héliogabale. » Zola peint n'importe quoi, ave la rureur glacée du parti-pris. « Les mots lui mangent son talent, et d'autant plus exact que les mots sont bêtes quand ils n'expriment pas des sentiments ou <\<-* idées, i II ne peut sortir de l'animal. Indécent, entasseur d'élucubrations, crapaud bavant contre l'idéal. Zola est a Balza que Restif de la Bretonne (ah ! vous aussi ?...) fut à Diderot. Voilà qui touche très juste. Sur V Assommoir : «On sort de la lecture de ce livre comme, du bourbier, sortent les cochons. • C'est la fan^e puante, l'immonde i, l'art taillé dans l'excrément : c'est trivial, crapuleux, et sans littérature. Mais Barbey d'Aurevilly tn de l'imagination et de l'observation à Jean Richepin. Il accorde un chapitre à Catulle Mendès. Le dernier mesure
lluysmans, dont l'.t Rebûurt est un livre de ip'-vi
bien du moment, affreux et puéril. — Ce ra
eux à consulter ; c'est une charge robuste, ricto-
rieuse, contre le bas réalisme de l'époque. Puisse cette ignoble littérature ne jamais s'en relever !
Mais revenons à notre temps. Au cours de 1902, L. M., le vaillant polémiste de langue et de conversation si vivement françaises, me fit communiquer les œuvres complètes de Barbey d'Aurevilly. Quelques semaines plus tard, dans V Eclair du 23 octobre, Eugène Ledrain, répondant à la Revue des Deux-Mondes qui, dans sa haine tenace, avait chargé M. René Doumic de rééditer certains commérages, rétablit la vérité sur la vie et l'oeuvre du <r connétable des lettres ». « Son moral, concluait-il, ressemblait à son physique : il marcha toujours dans la droiture la plus parfaite, sans aucune concession, sans aucun regard à ses intérêts, et ne considérant que la vérité. Tant pis si cette attitude lui suscite des ennemis et des détracteurs ! »
En juin 1903, parurent à la Société du Mercure de France des Lettres de J. Barbey d'Aurevilly à Léon Bloy, avec un autographe de Barbey d'Aurevilly, et son portrait sur son lit de mort, portrait qui garde la mâle envergure de cette face de lutteur et qui affirme la forte courbure aquiline du nez. Les lettres vont de 1872 à 1878. Au début, on voit que leur écrivain pense encore à son Gentilhomme de grand chemin. Dans ces billets, il s'agit beaucoup de corrections d'épreuves recommandées à Bloy, pour le Constitutionnel, et
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d'appréciations généralement rudes, sur les journalist v compris ceui de son paru: des média mémo
pires. « Défiez-vous, écrivait-il de Val< le L8
décembre L873, dans ros premiers articles, de l'éclat de votre style el même de l'éclat de vos opinions. H tpp vous qu'à moi mémeàmoil Veuillot, qui ût mon
trop de race, parlait de me m >ttre un joli petit m d'acier fin. Je n'en ai pas voulu, m lis il l'a p irdé
pour vous. »
Les i~> mai et i"> « > l« »1 >i«* de la même année, la Renaissance latine publia le Second Mémorandum (de L838-1839).
Je Bignale ici on gros travail d'Eugène 1 1 volumes: Jules Barbey <l * Aurevilly y [mur lequel il i8l entouré de nombreux documents et ren iments. Le premier volume Jouan el Lanier, Caen, 190 >nte la vi->. Qrelé sait pas a pas Barbey d'Aurevilly, '•-•la forme un enchaînement lent, par fragments précis tirés, m us qui entrai - élans
a ardait la nature bigarrée el p lu roman-
tupi • . Les chapitres sur l'en la
jeui expliquent bien I is intellectuelle
tootefi j-là, qui sont les moins importai)
d'une vie, sont traitées longuement, tamlis que 'lu jo "il l'écrivain devient considérable, Qrelé active, abrè
— Le second volura une p de
Jules Levallois (H. Champion, Paris, L. Jouan, Caen, 1904), est consacré principalement à l'œuvre. 11 en recherche les caractères, en souligne l'individualisme. Mais voici une réflexion : «... Il est en quelque manière l'artisan de ses propres déboires, » qui est inadmissible. Elle légitimerait cette regrettable tendance qu'ont certaines gens, à rendre responsables les bons auteurs de leurs déboires, et à innocenter les coupables tenanciers du pouvoir et de la richesse qui, au lieu de pensionner et de protéger ces auteurs-là, aident plutôt à les étouffer, et taxent encore d'orgueil leur grand caractère, pour s'arroger le droit d'être brutes sans remords. Grêlé rappelle des anecdotes. En voici une à conserver, de Barbey d'Aurevilly disant à un poète quelconque : « Allons, mon cher monsieur, prenez ce fauteuil en attendant l'autre. — Le poète, radieux, se voyant déjà sous la coupole : Et vous, mon cher critique, pourquoi ne seriez- vous pas des nôtres ? — Qui donc vous jugerait ? » Grêlé étudie, dans l'écrivain et dans l'homme, le romantisme, l'aristocratie, le catholicisme, la Normandie. Il examine la langue, décrit l'esthétique, montre Barbey d'Aurevilly devant la littérature classique, au milieu des romantiques et des réalistes, note son influence, rassemble des opinions de contemporains, des jugements de critiques nouveaux. — L'étude, en ces deux forts volumes, d'Eugène Grêlé, ne peut aller à la foule ; mais
elle se recommande aux gens de lettres mûris par l'étude, aux critiques, aux professeurs de littérature moderne. Grêlé fractionne Barbey d'Aurevilly en aristocrate, catholique, romantique, normand, etc. ; par un pfOJ presque uniforme, il le reprend sous chacun de ces aspects dès SOS premières publications et eu montant graduellement à travers tonte l'œuvre. Cela produit plusieurs portraits rangés SD lile. C'est très long, mais avec une rigueur soutenue de méthode, d'ordre, de symétrie. Le style est coulant, les phrases s'enfilent l'une après l'autre, sans cesse: à peine y sent-on des transitions, ou, si l'on préfère, tout l'ou\ ; '. comme
une lente transition, étant admises seulement les démarcations du plan, c'est-à-dire les portraits successifs. Le travail est bon pour la mémoire de Barbey d'Aurevilly ; mais, je le répète, devront le consulter surtout les gens pour lesquels E. Grêlé a écrit, j'entends les lettrés vieillis sons le harnais de la lecture et du savoir: c'est un mets cuisiné pour eux, présenté sous cette forme planante et studieuse qui plaît a leur^ esprits dépouillés du naïf et primitif enthousiasme, affamés des longues digressions rhétoricienn»'
ouvrage fait penser à celui de Charles Buet, bien qu'il soit tout dictèrent, et que, de plus, Buet, écrivain
'I-' race, cœur simple et humain, anime ses pages de
bonne affection, de cette amitié qui nous rend si précieux
un recueil de souvenirs. Ce sont les deux travaux les plus importants publiés sur Barbey d'Aurevilly, jusqu'à ce jour. Celai de Buet, forêt vierge de documents, apprend surtout la vie et l'homme; celui de Grêlé, étudié, méthodique, analyse principalement les écrits, la technique et l'esprit de l'œuvre. Buet donne un buste primitif, et Grêlé plusieurs portraits différemment vus et éclairés. Le premier est trop long sur les amis, le frère Léon, etc. ; le second, trop appuyé sur les romans, et sur la Normandie : par instants, nous croyons n'avoir qu'un écrivain normand, au Heu d'un écrivain français. En somme, chacun des deux biographes a ses qualités et ses vues, mais très divergentes ; si Vhomme que raconte Buet, si Vœuvre que décrit Grêlé, étaient fondus en une seule étude, on aurait un Barbey d'Aurevilly complet.
Romanciers d'hier et d'avant-hier (Les OEuvrks et les Hommes, 19e volume, Lemerre, 1er trimestre 1905). — C'est uu livre vigoureux de l'œuvre critique de Barbey d'Aurevilly. On y voit, comme dans les précédents recueils, que l'écrivain ne traitait pas sèchement la matière des ouvrages ouverts sous ses yeux : il en mesurait la portée, recherchait la vision des auteurs, parlait hautement à ceux-ci des défauts et des qualités de leur opinion foncière, et ne négligeait pas les observations incidentes qui s'agrafent aux publications littéraires. C'est ainsi que, dès le 13 juillet 1853, il écrivait ceci, qui
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a toujours sa rigueur d'actualité : « Depuis longtemps la librairie méconnaît les plus nobles condition! de son existence; intermédiaire entre ceux qui écrivent et ceux qui lisent, mais avant tout marchande comme i époque, elle ne tient compte que des profits à faire Ecouler <l>-s livres mauvais parce que le goût dépravé «lu public les demande, voilà tout pour ces marchand* d'opium en ballots, qui ont remplacé les grands libraires d'autrefois... Le libraire qui, comme l'écrivain, se t'ait la courtisane des fantaisies de son époque, encourt un peu de ce mépris qui revient aux hommes littéraires, profanateurs de leur génie, qui ont mis en petits morceaux, dans des compositions proportionnées à la taille de leur époque, cet arbre merveilleux que Dieu leur avait plant»' dans la tête et qui devait B'épanouir et fleurir dans quelque beau livn marques faites «l'un coup de
griffe ineffaçable, il passe au Traité <lr l'Amour, de
adhal, «< ce mélange de dandy, d'officier, d'artisl d'homme du monde, de penseur original, d'humoria ds touriste, d'excentrique 'it d'ironique, » et aux Conte* drolatiques i écrits par Balzac dans cette langue du i i ■ lr. touffue, feuillue, verdissante et rayonnai dans ses obscurités. \ côté de sa Comédie humait Balzac eut de ces ouvrages qui le font un initiateur de courants divers. Il eut la propension au rire, et la bonhomie : ■ .Ni dans les arts, ai dans les lettres, pas de
mérite suprême sans la naïveté et sans une bonhomie profonde ; la simplicité même, cette étoffe du sublime, ne suffit pas... Plus l'œuvre et le talent seront profonds, plus nous retrouverons ces deux qualités divinisantes. » A propos à" Elle et Lui, de George Sand, et de la réplique de Paul de Musset : Lui et Elle, Barbey d'Aurevilly regrette ce scandale. « Tout cela est horrible et infect.. . Le roman doit être la peinture idéalisée de la vie... Quelle voie ouvrez-vous? Que va devenir la littérature? De quels livres ne sommes-nous pas menacés ?» Le recueil continue avec des noms oubliés ; mais le polémiste éparpille généreusement ses pensées en tout ce qu'il écrit ou décrit ; on regrette qu'il ait égaré tant de perles à propos de tant d'écrivains banals. J'en sauve quelques-unes : « Par ce temps de délabrement et de philosophie épuisée, l'histoire est le dernier mot et la dernière ressource de tous les esprits vigoureux. — Tout romancier doit être moraliste, sous peine de forfaire même à son art. — Le scepticisme qui nous déborde, et qui n'a pas fait de foi aux plus grandes âmes, a versé son ombre et sa misère sur les fronts les mieux nés pour être sereins. » Le critique estime qu'Erckmann-Chatrian se trompèrent lorsqu'ils firent du fantastique ; ce sont des hommes de la réalité, du plein-jour, des coloristes naïfs et parfois vaillants, avec la cordialité allemande, la bonhomie des conteurs. Son étude sur Paul Féval, très
complète, sculpta ce romancier d'aventures et explique sa conversion; il le fait trop grand; du moins, s'il exagère, c'est avec rette sincérité squiline qui plaît toujours aux âmes fortes. Il note, dans l'étude suivante : « nue cela plaise ou non aux esprits incapables d'en produire un seul, le roman est le livre des société! qui périssent en proie aux extrêmes civilisations. • Il piesente Gustave Droz, léger, trop maquillé; Léon Goslan, Paul Maurice, Xavier Aubryet, Arsène rloussaye, d'autres encore. Manon Lescaut^ rééditée, lui procure la joie âpre d'affirmer qu'il ne partage pas l'engouement général pour" cette ignoble Hélène qui, pour quelques écus, fait, à toute minute, de sou Paris, un Mônélas... 11 fallut le dévergondage de l'imagination romantique pour voir dans ce livre, des beautés qui n'y On trouve Manon touchante parce qu'elle est sincère: « Lee chiennes aussi sont sincères. ■ Manon f*e$caut « a inauguré l'avènement de lafillr... Balzac aussi i peint «l.s fllle$. Il faut bien les peindre, puisqu'elles sont partout, puisqu'elles envahissant tout, puisqu'sJ grimpent à tous les étages de la société moderne, da cette crue montante des mauvais. -s mesura ! Mus il Isa
Dtes a la flamme de BOB génie, et rette flamme brûle
tout et purifie tout. » De l'abbé Prévost, le critiqua
a L<' Sage, qui donne dea reflets de PEej non
l'énergie espagnole. Le votanx rotins avec deui
romans de femmes, et offre ces réflexions, sur l'un : « En général, les romans écrits par les femmes sont beaucoup plus faits par la mémoire qui se souvient que par l'imagination qui invente », et sur l'autre : « ... Cette littérature de terroir, qui est moins et plus que de la littérature, et qui donne l'accent le plus spontané et le plus intime, tout à la fois, des sentiments et des mœurs d'un pays... Rappelez-vous le Bouscassié de ce vigoureux paysan de Cladel. Ce livre a réussi, comme réussiront toujours les livres vrais dans les sociétés décadentes qui meurent de leurs mensonges, chez qui la langue littéraire est usée à force d'avoir servi, et où les esprits, brûlés par les piments d'une littérature à ses dernières cartouches, reviennent aux livres qui apportent la sensation rafraîchissante du naturel, du primitif et du simple. » — Le volume achevé, on réfléchit de nouveau que Barbey d'Aurevilly aurait pu relever les lettres de son temps, si trop d'éléments bas n'avaient pesé sur elles. Sa manière large et haute entraîne les approbations. Nous nous éparpillons trop souvent en de petites passions, de petits courants d'écoles, de petites querelles. Cette critique-là rend plus actif, plus sévère, plus ferme. Parfois, l'intransigeance du polémiste vous heurte, vous irrite ; mais sa sincérité vous désarme, et sa véhémence est une rude accoucheuse d'indépendance littéraire et de fières préférences intellectuelles.
De l'Histoire (Les OEuvres et les Hommes, 20* volume, Lemerre, fin 1905). — Ce recueil débute avec Innocent III et ses contemporains, étude curieuse à lire, parce qu'elle fut écrite quelques années avant le ralliement de son auteur à l'absolutisme papal. Barbey d'Aurevilly s'y désigne enfant du 1<SP siècle, qu il combattra tant par la suite, en Diderot, ses philosophes et ses tribuns ; et il ne croit pas à l'infaillibilité du pape. Certes, si la chronique n'était pas dut. D ne
reconnaîtrait pas l'intransigeant fondateur de cette Revue catholique qui devait paraître le \ avril 1847, Mais toutefois on y retrouve l'esprit qui veut juger de haut, et qui, incidemment, énonce une bonne estimation de l'Allemagne au milieu du 19e siècle ; il la montre tendant, non aux spéculations intellectuelles exclusives, mais plutôt à l'unité et à l'action politiques : pronostic que la Prusse s'est chargée de réaliser, à son avantage. Ce révolutionnaire déclare : « Tous les papes, sans exception, ont été moins grands que leur situation, i Ils n'ont pas su se servir des circonstances, et se sont trompés souvent sur les faits et les courants d'esprit. Or, • les hommes donnent leur mesure par leurs admirations, et c'est par leurs jugements qu'on peut les juger. » Jamais la pensée Occidentale n'a rréé a la
papauté une position plus forte qu'au temps d'Innocent 111 ; et dans ce large cadre d'événements, iltats
ce son pontificat sont bien petits. « La persécution des albigeois, les horribles massacres qui dévastèrent le midi ce la France, il ne les voulait pas ; mais on est solidaire du crime commis, quand, ayant le pouvoir du châtiment, on Ta laissé impuni. » Innocent III échoua aussi par faible intelligence. Constantinople avait été prise par les croisés en 1204 : il donna dans la chimère de son temps, l'idée exaltée de la possession du Saint-Sépulcre, au lieu de l'idée positive qu'il fallait serrer de près, la possession de Constantinople et la fin du schisme. Ce fut un manque de pénétration, une grande faute, qui, jointe à celle de l'approbation au moins tacite du massacre des Albigeois, devait faire un mal profond à l'Eglise. Les philosophes et les historiens démocratiques ne diraient pas autre chose. Mais à quelques années de là, quel changement !... Barbey d'Aurevilly assure que Granier de Cassagnac a bien vu les causes de la Révolution française, et que celle-ci, non nécessaire, aurait pu être étouffée au berceau : mais on laissa vivre le monstre I Le livre de Cassagnac le flétrit et en montre les viletés. Nous ne doutons pas qu'au contraire il est un tissu d'erreurs, et ne fait pas plus à la Révolution qu'un coup d'ongle sur du granit. Les pages sur la Révolution d'Angleterre sont fort belles. Le critique loue la forme biographique employée par Guizot : « La biographie est le dernier mot de l'histoire. » C'est que
les plus grands événements cachent cette toute petit. créature : l'homme. « 11 n'y a, au fond de L'histoire, qui des cadavres qui se remuèrent quelques jours, d Suive de hauts et véridiques aperçus sur la méthode historique. Le chapitre ultéri >ur se maintient dans C'est à propos de la Grèce antique, où Lerminiera su séparer Part de l'histoire, qui, chez les i \\ -em >le
au thyrae de leurs prétresses, pour emprunter une
image juste au symbolisme qu'ils aimaient
mot : symbolisme, employé dès 1853 : les disciples
Mallarmé n'ont pas inventé leur titre. Barbey d'Aurevilly
marque la différence profond-' entre la G ■ pu* toute imitation est insensée, tandis qu'au sujet d'un autre livre : les Césars ^ il indique que l'auteur, bien que très insuffisant comme juge politique, montre en décrivant la famille romaine, plus tard fortifiée par le christianisme, le lien qui nous mut encore à Rome; centralisatioD du pouvoir familial, p ivernemental.1
On voit ensuite que Macaulay, ce talent brillant en di vues de détail, est inférieur dans sa vue emble sur r Angleterre depuis Jacques //. <m rapprend le nom
de Pierre Clément, qui, dans son ouvrage sur ./</> i Cœur el Charles VIL met en grand honneur la belle Ogura du génial commerçant, que Charles Vil, roi sans vertu, ondamner comme concussionnaire. Notoi
sur deux essais médiocres: « L'histoire se rabougrise
dans toutes ces divisions » ... « Il y a moins de grands historiens que de grands hommes. » Charles Weiss, dans sa Révocation de ledit de Nantes, redit que ce fut une faute économique. Soit, riposte le critique ; mais ce qui domine surtout dans cet acte, c'est la question d'unité de l'Etat. Soit, dirai-je à mon tour, mais ce fut une faute même contre l'unité de l'Etat, au point de vue despotique, puisque, du jour où il n'y eut plus qu'un roi et la France, il suffit de frapper le roi pour faire la France libre. Viennent divers ouvrages, offrant peu d'intérêt. Le volume s'achève avec le Roi René, travail consciencieux de Lecoy de la Marche, qui ranime avec droiture cette triste destinée ; la Cour de France au moment de la Révolution, ce ce monstre » que le critique attaque une fois de plus ; Léon XIII et le Vatican , de Louis Texte, biographie que résume Barbey d'Aurevilly, en prédisant que ce pontificat, « c'est peut-être le dernier combat que livrera l'Eglise. » Vue singulièrement juste, pages amères et de haute et claire vision sur les profonds déchirements de notre temps. — En ce livre comme dans les autres recueils, le point de vue, sauf à propos d'Innocent III, est immuablement catholique et monarchique. La haute histoire est celle principalement des auteurs ayant cette opinion, et la basse, celle des écrivains révolutionnaires. Ce principe personnel admis ou écarté, il reste de grandes et saines idées sur la
iw'thode historique, que Barbey d'Aurevilly pr basée sur la biographie, mais qu'il exige aussi fortiûéc d'un jugement habile et dominateur. Puis, toujours, h polémiste est un restituteur du principe d'autorité. Riea qu'au style de M. d'Aurevilly, a noté Alcide Dusollier (Nos gens de lettres), rien qu'au tour de sa phras emploi du mot, on le reconnaît tout de suit.' autoritaire ; il prodigue les expressions hautaines, les compara impitoyables; les substantifs, bous cette plume, prennent des airs souverains de commandement, el parfois de 1 »ravad«'. d
A côté de la Grande Histoire Les ÛEcv*ks Kl les Hommks. 21* volume, Lemerre, 1000 . — Si les sujets de ce recueil sont à côté de la grande histoire, certains aperçus qui les emaillenl y rentrent profondément, a Dans l'histoire, dit lf critique aux consommateurs de m. unis détails, rien n'est isolé, tout se tient, tout B'encnaim le devoir de l'historien est de montrer ces enchaînements des jointures, ces articulations qui constituent l'ensemble de l'histoire ot de son unit»''. » Il QOUS parle de Law, produit normal d'un temps pire que lui, « puisqu'il l'a gouverné • ; d-' la Chine, sujet encore mystérieux, qui n'a guère tenté que des compilateurs : de l'empire : depuis le congrès de Vienne, autre mystère, pr<> st police '-t n diplomatie : • question qui contient, en ce moment, L'avenir du monde,., Dai ingulier,
inachevé et vieux déjà, le creuset est prêt, la matière chauffe : un peuple viendra, sans doute, mais il n'est pas venu. » C'était écrit en 1854 ; la prévision s'accomplit aujourd'hui. Un remarquable chapitre remet à leur place inférieure les bavardages de Tallemant des Réaux ; c'est l'occasion de fortes et saines idées sur son temps et sur la façon d'entendre l'histoire. A propos de la Société française pendant la Révolution, des Goncourt, il montre que notre époque considère Irop cette société à Paris seulement ; on oublie la France, que les Mémoires du 18e siècle avaient déjà tant négligée. Voici de nouveau l'empire chinois, bien observé par l'abbé Hue, et le christianisme en cet extrême-orient : de curieuses réflexions qui seront justes tant que la Chine ne sera pas transformée ; puis, le Sahara algérien, de vive actualité ; les Kœnigsmark, épisode de l'histoire du Hanovre ; l'Ancien Régime et la Révolution, de Tocqueville, n'offrant rien d'éclairé, de net, pas de conclusion : « C'est toujours de haut que les révolutions descendent, et les gouvernements se trahissent longtemps eux-mêmes avant d'être trahis par les peuples, d Cette vérité serait parfaite si Barbey d'Aurevilly avait écrit : ce renversés par les peuples. » Il nous entretient de l'insurrection fédéraliste normande en 1793 ; des Philippiques de La Grange-Chancel, ce faux Ju vénal de la Régence ; de deux livres d'Amédée Renée, peintre pénétrant, brillant
parfois, vivant toujours : Louis XVI et sa cour, et Mathilde.de Toscane, l'auxiliaire du pape Grégoire VII contre l'empire allemand. Le polémiste en veut aux Bourbons ; il est satisfait de Capefigue, qui a montré Henri IV moins grand et moins bon, donc plus vrai, dit-il. Et il reste immuable en sa fidélité à l'absolu Joseph de Maistre. Au sujet des Royalistes et Républicains, de Thureau-Dangin, livre petit, succès d'un jour, il observe qu'aucun exemple, aucun ei ment
ne peut faire renoncer les partis à leurs ambitions, si folles et pernicieuses qu'elles soient. Quelques chapitres encore, sur les civilisations : le motde l'orgueil moderne ; la Diplomatie, chose inférieure, qui pourra disparaître sans laisser de regretfl ; des papiers inédits qui noua révèlent l'homme en Saint-Simon ; le marquis de (îrignan, par Frédéric Ifasson, puis, le temps exécrable de Philippe II, que ce ranatfcfue aurait seul sauvé du mépris de l'histoire! — et voila un curieux volume de plus inscrit dans la galerie célèbre.
Femmes et Moralistes (Les OKuvres et les
Hommes, 28" volume, Lamarre, 1900). — Les premières
s sont a Mercier : « un La Bruyère de bas étage,
qui m manque ai de perçant dans l'observation, ni de
dans le style i. ; un excentrique qui inventor
qui, pareil a §on temps, était le descripteur qu'il lui fallait. Madame île La Fayette eut de la j
histoire d'Henriette d'Angleterre. Avec le 19e siècle, nous retrouvons le lourd matérialisme ; s'il s'occupe de la femme et l'enfant, c'est poussé par la manie d'économie politique, du bien-être mis au-dessus du bien moral. Mais voici un superbe chapitre sur Madame de Maintenon et sa fondation de Saint-Cyr, « la hauteur de sa raison, la fermeté de son esprit, les qualités décisives et souveraines dont elle était douée » ; cette noble figure est dégagée des inimitiés de Saint-Simon et des philosophes du 18e siècle ; c'est une des femmes les plus supérieures de tous les temps : <r Pourquoi ne le dirions-nous pas ? insiste l'écrivain en ce bel article. La critique doit-elle s'arrêter à l'épiderme des choses? N'a-t-elle pas une initiative à prendre contre les préjugés d'opinion, les injustices et les jugements absurdes entretenus par les livres ou que les livres ne redressent pas ? » Il rappelle combien le dogme le gouverne, lorsqu'il abîme de fond en comble les Lettres portugaises attribuées à une religieuse passionnée, et qu'au contraire il exalte sans limites Sainte Thérèse et ses œuvres. Michelet, dans ses Femmes de la Révolution, est resté le partisan, le propagandiste qu'il fut toute sa vie. Les Femmes de l'Evangile eussent été un beau sujet à lui opposer ; mais ce livre du Père Ventura n'est guère qu'un recueil d'homélies. Quant aux Femmes d'Amérique, racontées par certain auteur agenouillé devant le veau d'or et n'adrai-
rant les Américaine! que pour leur amour du lucre, sont-elles matérielles a ce point qu'elle '.itéraient
un pareil éloge? Un retour au 17* siècle nous montre La Bruyère, une des réputations les moins contesté cependant elle attend encore le critique qui établh mesure juste. Mis en présence d'un livre sur Lais de Corinthe et Ninon de Lenclos, le polémiste déclare qu'il ne Tant parler qu'eu moraliste et eu observateur m des célèbres courtisanes qui ont fait boire les grands nommes ou les sots de leur temps dai breuvoir de
bétes à cornes qu'on appelle la niupe d«' . p II
remet à leur place ces créatures sans esprit, sans pei
de désordre, pauvres idoles devant lesquelles
ourbent tant d'es le mais. Des livres, des
études, se Buccèdent, ranimant les œuvres <>t les écrivains du second empire : les nièces de Mazarin, Madame de Montmorency, par Amédée Renée; m Antoinette, par les Oonoourt, qui, après avoir peint de menus détails du 1S* nède, ont été ici touchés parle sujet et se sont haussés jusqu'à l'histoire ; des mes
>spectives, très touillées, sur Vauvenargue d'antres, actuelles, sur Francis Wey, Madame de S prude sous ses ans de page, honnête sans .'Mort, raine, mutine, apricieuse, coquette d'esprit, de coiffure,
lage, et même de maternité, fui une i
Jules Vallès, ce peintre amer, féroce, accom-
pagne ici un Henri Rochefort qui, dans ses Français de la Décadence, est comique, sans gaieté : de bonnes pages différencient la gaieté, svelte, prompte, pétillante, rose, si française, et le comique, gaieté réfléchie, qui peut être grave ; c'est même parfois le meilleur comique. Rochefort a la plaisanterie anglaise, crue et froide, mordante et exagérée. Encore quelques auteurs : Dumas fils; Blaze de Bury, dilettante imaginatif, dans ses Femmes au temps d'Auguste ; les Goncourt et leur livre pailleté, étincelant, sur la Femme au 18e siècle ; un plumitif qui a ramené au jour cette légende du moyen-âge : la papesse Jeanne, — et nous possédons, une fois de plus, la certitude que le critique serre toujours de près la vérité, car il a pour critérium ceci, qui est juste: le matérialisme mène notre temps à l'abîme, tandis que les hautes croyances d'autrefois donnaient tout : la beauté, le jugement, le goût, ces forces intellectuelles et morales qui élèvent les sociétés.
Au cours de cette année, le Mercure de France publia des lettres de Barbey d'Aurevilly à Baudelaire, et le Deuxième Mémorandum (1838) fut édité par P.-V. Stock, avec, à la suite, le Mémorandum de 18Gi. En novembre, parut un nouveau recueil de critique.
Poésie et Poètes (Les OEuvres et les Hommes, 23e volume, Lemerre, 190G). — Alfred de Vigny fut mieux qu'un poète; il fut une poésie, et cette poésie se
retrouve en sa prose. Toutefois, Cinq- Mort, premier eflort du prosateur, est 110 roman bien plus inspiré par W'alter Scutt que vraiment Bpontané. Mais Stella apparaît comme « une de ces choses dont les foules ne voient pas tout de suite la valeur t qu'il s'agit do pu
d'êtres exceptionnels, dont « la cause est plaides dans un langage exquis contre la société » ; le critique reproche à Vigny de D'avoir pas accusé l'esprit humain, plutôt que les gouvernements : cependant les chefs son( plus responsables que les foul< [u'il aime, i
humour inspirée, son art savant et volontaire, SOU tragique et son comique froids et saisissants. Vigny, daus Grandeur et Servitude militaires ^ '*st influencé par le scepticisme du siècle ; mais il s le charme de la pi! est le Ha<ine de la pitié, plus tendre que l'autre, « car la pitié est plus tendre que l'amour, puisqu'ell u sa
sœur, ou sa fille, ou sa mère. » Le Journal d'un /<
pensées et fragments de mémoires, « intime, vécu... miettes d'une vie exquise et malheureuse », nous l'a fait mieux connaître ; ou évoque la métaphysique de il : le problème de la destinée humaine lut leur grand.- anxiété a tous drux. Vigny môme est plu
on cri toutefois fut moins poignant, parce qu'il
« avait apprivoisé le désespoir, l'avait rendu GOB
aimable. » — Si le W siècle abonde en poésie, il déborda
véritablement de van ; en voici quelqu<
mables, du comte de Gramont, « sans fougue, mais non sans élévation et sans profondeur»; de Bathild Bouniol, Emile Augier, Louis Bouilhet, qui a de l'accent ; de Reboul, de Charles Monselet, ce « panier fleuri » d'érudition littéraire, à propos duquel Barbey d'Aurevilly écrit d'excellentes pages de défense de la critique, en réponse à des assertions légères de ce poète très fugitif ; Théodore de Banville, « le poète du rythme », artiste surtout, qui « infusa dans la poésie quelque chose de fin, de délicat et d'aimablement enfant. » Banville nous apprend mieux qu'un autre « comment les écoles finissent », ces écoles qui l'ont rendu froid, monotone, et que le polémiste combat avec vigueur : « La vraie poésie est essentiellement individuelle et solitaire. » Charles Baudelaire, en ses Paradis artificiels, est « le poète de l'ironie retorse. » ; il a, par lui-même et par Edgar Poe, « l'art amer et hypocrite de la mystification implacable » ; mais il met si bien en scène son idée, ce Satan qui va jusqu'à être moraliste, puisque c'est plus comique ainsi ! Maurice de Guérin (Reliquiœ), « ce rêveur triste, chaste et doux, n'a soutTert que de la pensée... il a eu le mal de l'idéal » ; le critique nous ranime rame panthéiste, la fanulté picturale de Guérin, que Sainte-Beuve, dans la préface, a montré mollement, « en un profil fuyant et énervé. » Voici des vers encore, de Lefèvre-Deumier, Henri Cantel, Louis Wihl, Roger
de Beauvoir, talent fraternel de celui de Musset, mais qui aurait dû abandonner les castagnettes de sa jeunes pour la poésie des sentiments. Gérard de Nerval, gloire romanesque, bohème amateur, imagination plus savant-' <jue dévorante, fut la dupe d'une érudition tu nette ; I»' rêve emporta le rêveur : « Le vrai poète est toujours le maître de son rêve » ; sur cette valeur trop grandie, sont rectifiées les opinions de Julei Janin et de Gautier. Passent encore les visages de Gustave RousseJot ; Jules de Gères, un cœur humain; Achille du Clésieui ; Auguste Vacquerie, du Hugot tout net, et c'est conta* an en un très curieux article, qui pourrait s'intituler : I»1 pastiche de soi-même, signé par un autre. La Biographie d'Alfred de Musset, par son frère, est trop a: ténu sans rien de neuf, de profond ; d'ailleurs, « Musset exhale son histoire avec ses soupirs, et quand il a chanté, toute son histoire est tinie », observe le critique, qui ajoute un court mais expressif parallèle avec Byrou. La /nust moderne, de Maurice Bouchor, lui plaît ; sous des surchargea, il y voit un vrai poète : de L'athéisme qui souffre, se désespère, chose jusqu'ici peu cono
Belmontet, d'une fougue âpre et non sans fierté, par Poésies de l'empirt', a évoqué ce temps épique qui a influencé tant de poètes du il)" siècle. José Maria
de Heredia, comme lea Parnassiens, releva deÛauti
mais sa couleur flambe et fume. — Un autre poète, et
non des moins beaux, s'affirme à chaque page du recueil : c'est son auteur lui-même. Devant la poésie, Barbey d'Aurevilly oublie volontiers la cause défendue âprement ailleurs ; c'est là qu'on le reconnaît bien, dans sa nature essentielle d'écrivain de race, c'est-à-dire d'enthousiaste. « La poésie est une superbe force personnelle qui subsiste quelque soit l'emploi qu'on en fait, » dit-il alors sans réserves. Certes, si comprendre est égaler, il atteint les plus grands de ceux qu'il comprend si bien ; mais il fait mieux encore, dès qu'il reconnaît la plus belle des muses : il aime.
Dans son livre sur Eugénie de Guérin intime , publié en 1907, le comte de Golleville a consacré toute une partie à Barbey d'Aurevilly, que la lecture du Journal d'Eugénie avait singulièrement remué. « Je veux remplacer Maurice, lui écrivait-il. Je veux que vous ayez le fil de mon âme, je veux que vous puissiez vous dire ma sœur de prédestination autant que d'adoption volontaire et réfléchie. » C'est pour lui qu'elle continua son journal : « ... Il faut bien que vous vous soyez fait mon frère! A un frère on dit tout, tout ce qui vient en pensée. > Il est redevenu religieux par raison, mais elle lui voudrait aussi la foi du cœur. Golleville lui attribue même cette conversion. Celle-ci eut plusieurs causes; toutefois on peut décider avec lui qu'Eugénie fut la cause persuasive.
Je signale une notice de G. Walch, et des poésie- Barbey d'Aurevilly qu'il a reproduites, dans son Anthologie des Poètes français contemporains , et une édition de Léa parla Société normande du Livre illustré. C'est la nouvelle parue dans la Revue de Caen en 1832. Une préface de Louise Read évoque bien cette « œuvre de jeunesse, marquée déjà de la aÎDcérité qui caractérisera P.urbey d'Aurevilly et équilibrera si merveilleusement sa raison et son imagination, i Elle donne plusieurs lettres inédites du « jeune impatient d'alors », et les vers qu'il inscrivit plus tard sur le portrait d'adolescent publié dans cette jolie réimpression :
Ce fut m. h, comme au boit le jour. Ce fut L*aui
I\iv il.- vie alors, Je foulais tout aux pil
Peut-être que mou bout se reconnaît anc<
Mais mon co'iir... .si vous !■• voyi.-/. !
Au cours du deuxième semestre de 1967, parurent les Lettres à une amie Société du Mercure de France), i le
Qe voulais pas donner ces lettres maintenant, inscrivit
Louise Read dans an Avant-Propos; je les réservais
pour le temps plus ou moins prochain <>ù d'autres achèveraient sans moi la tâche interrompue. Il me faut
lei aux affectueuses instances d'amis plus pressés, mieux avertis pont être. Après ceux de jeunesse et du
milieu de la vie, ces lettres, d'une si confiante intimité, ne sont-elles pas le Mémorandum des dernières heures? » — Les cent quatre lettres vont du 4 juillet 1880 au 1er décembre 1887. Barbey d'Aurevilly écrit de Valognes, le 1G septembre 1880 : « ... Les départs sont tristes, les arrivées encore plus, quand surtout il n'y a personne pour vous recevoir. Or, je suis Yisolé. » Il lui parle, les années suivantes, de ses ouvrages en cours, de la presse, de plusieurs écrivains, de ses amis surtout, en touches rapides, sans s'attarder. Sauf qu'il se dit devenu modeste, il n'a pas varié : actif, robuste, un peu anxieux, et toujours dans son fier isolement intellectuel des choses vulgaires poursuivies par tant de gens, le tout confié en mots vifs à « la plus profonde et la dernière de mes amitiés », et sans phrases : <r ...Les lettres, ce n'est pas de la copie littéraire ; c'est, entre amis, de se voir vivre. »
En 1908, ont reparu chez P.-V. Stock les deux premières séries du Théâtre contemporain (Edition du Centenaire), avec une préface de Lucien Descaves, et la librairie Sansot et Cle a publié des Lettres à J. Barbey d'Aurevilly, de Maurice de Guérin. Ces lettres sont précédées d'une Notice, reproduction de l'article que fit paraître Barbey d'Aurevilly au Pays du 1er février 1861, sur Reliquiœ. « Il aimait beaucoup de choses avant la gloire, remarque le critique ; car pour les esprits très
hauts et tr«\s purs, il y a beaucoup de ces choses-là qui doiventpasseravantelle... Il n'a souffert que delapens mal très précis, mais exceptionnel : le mal de l'idéal. •
A propos de la réédition du Théâtre contemporain^ Henri de Régnier a donné un article judicieux lu Journal des DibaU du '•*> août. Quelque temps auparavant, le Mercure dr France avait édité VEtprit de J . Barbey d'Aurevilly, Dictionnaire de pensées, traits, portraits et jugements tirés de son œuvre critique, avec une prêt par Octave Uzanne . Ce travail adroit et patient rassemble cent suixante-deux portraits, et deux cent six jugements sur l'histoire, la philosophie, la politique, l'art et la littérature. Voilà une intelligente vulgarisation de l'œuvre de Barbey d'Aurevilly ; elle est due a M. Léon
Bordellet. Puis, ce sont les Lettrée de ./. Barbey d'Aurevilly à Frebutien^ éditées chez Blaizot, et un nouveau recueil de critique qui paraît a l'instant, — I l'instant du centenaire de la naissance.
Voyageurs et Romanciers lié OBovbm et les Hommes, ^te volume, Lemerre, lin 1908). — Dans I Lettrtê satiriques, llippolyte Babou a montré de l'esprit, mais de l'esprit qui le D088ède plus qu'il ne le possède. À propos de Feuillet de Couches, le critique DOU1 prouve que 1 • conte doit être cueilli dans la vie et non dans les livres, là voici d- la littérature de \<>yages, genre pittoresque, fl I la portée de tous les médh
Eugène Fromentin y met du naturel, de l'esprit : pourtant son récit sur le Sahel ne laissera pas plus de trace que celui de Maxime Du Camp sur la Hollande, car c'est le genre même qui est devenu banal, éphémère. Dans le roman, Francis Wey, esprit dédaigneux de l'improvisation, veut « que toute œuvre ait ses escarpements et son labeur »; il soigne le détail, « sans lequel il n'y aurait pas d'artiste ; il n'y aurait que des penseurs. » Les derniers romans d'Ernest Feydeau n'ont plus l'effort concentré de Fanny ; il persiste à voir la beauté de l'art dans la seule exactitude, cette nomenclature ennuyeuse et parfois répugnante. Un nouvel ouvrage de George Sand, réponse démocratique au vague catholicisant Octave Feuillet, tous deux faibles, sans coloris, continue de révéler que « l'inspiration de 1830 est désormais épuisée. » Ecartons l'abbé Michon, et un de ses romans à tapage, nul comme tous les livres n'ayant que cette visée, et parvenons à Hugo. 11 s'agit de V Homme qui rit, où il ne bâtit pas ; il plaque : « accent, style, manière, aujourd'hui décadents, d'une dépravation systématique.» Et ces longues dissertations ! « Hugo ne s'ennuie jamais quand il s'entend parler. » Dans Quatre-vingt-treize, il a su, il a osé célébrer l'héroïsme d'un émigré, d'un Vendéen ; ce livre est d'un intérêt souvent très pathétique et très profond, gâté cependant par la manie des dissertations. « La puissance de Hugo est plus dans les
images et dans les mots que dans les choses. > Lu Fête votive de Léon Cladel suscite un fier article ; je l'ai signale" lors des Dernière* polémique* d'où cette belle étude est tirée. Avec le comte de Gobineau, des bergeries sans banalité, de la misanthrophie qui voit clair, et M"" Paul de Molènes, talent original, fortifié d'observation, orné de grâce sentimentale, nous quittons le recueil où le polémiste s'est montré, une fois de plus, invinciblement pareil a lui-même.
La célébration du centenaire, au pays natal, vient de susciter un iïssai sur JuUt-Kmidèt Barbey d'A umilly, étude descriptive, dont l'auteur, Pierre de Cnsenoy, dégage surtout le catholicisme de l'écrivain. Et au début de 1900, devant la popularité s'affirment enfin autour du nom de Barbey d'Aurevilly, un Comité annonce qu'au printemps un monument va s'ériger à Saint-Sauveur-le- Vicomte.
La somme d'ouvrages parus depuis la mort de Barbey d'Aurevilly est considérable. Vraiment, s'est on aperçu, dans le public, de la disparition de l'homme, quand la présence de l'écrivain est si réelle, si prol<> <m ne
saurait trop reconnaître le zèle courageux de l'amie fidèle, et cette modestie à s*effacer tellement derrière l'œuvre, qu'il semble que celle-ci continue par la seule for«-e acquise. Ce chapitre lui doit tant, que s»m dernier mot ne peut être que le nom de M"* Louise Ke.ul.
Barbey d'Aurevilly avait le souci, très évident, d'une mission à remplir. Cette attitude, organisée autant que vocative, n'a jamais faibli. Il la voulait même dans ses ouvrages : ce L'écrivain, disait-il, calcule ses effets pour ses livres comme le comédien pour la scène. » (Littérature épislolaire, Lamennais). Mais une sincérité intime non moins fondamentale que la recherche de l'effet extérieur, l'emportait vers les vérités artistiques jusqu'au fond des abîmes de la pensée, jusqu'à ces extrêmes limites où nous devons avouer notre ignorance. Il nous rapportait, de ces fonds inexplorés, des preuves qu'il les avait atteints, comme celle-ci : « En art comme en religion, il y a des mystères impénétrables aux artistes les plus aigus comme aux théologiens les plus subtils, et c'est même là ce qui fait la divinité du génie. » [Sensations d'art, J.-M. Millet). Il allait toujours vers l'art affirmatif quoique varié, bouillonnant quoique ordonné, vers l'art des passions fortes, à facettes brillantes et résonnantes, et son impulsion naturelle vous y entraîne avec lui. Quant à l'argile de la pensée, à la forme du vase, il ne
s'en inquiétait que pour Lui-même et dans son temps : « La langue de l'avenir vers lequel nous dérivons, je l'ignore et ne m'en soucie. * [Littérature étrang Shakespeare). Ce qui lui importait, ainsi qu'a nous. c'était le rond, les idées ; la langue littéraire IV. m. de Villon à Lamartine, de Ralx de Ronsard
à Baudelaire, de Racine à Verlaine, nous suffit, et il est probable que l'avenir aura des missions plus importantes que uVs renouvellements de prosodie et < î • ^ métrique. D'être ainsi orient»'' vers le destin principal des bommes, lui SUSCite de ces mots spontanés autant que jus'
cri pathétique chez l'écrivain, c'est L'expression ; ce n'est plus l'art, c'est le génie ! » Philosophât ti Ecrivains religieux rie, Pascal). On comprend de que,
pour lui, le but de l'art ne soit pas un simple arrai ment de lignes OU de phrases, mais « la beaut»'1 morale et sensible. »
Une nature ainsi constituée doit être amoureuse d'> ie. Ed Barbey d'Aurevilly, cet amour éclate avec Le plus bel enthousiasme : « Ni peinture, ni musique, ni statut», ni monument en pierre ou en prose, ne valent cette chose surhumainement adorable: de beaux vei [tiques on les Jttg itelle , il p
même Bubjugué par Le lyrisme : « La poésie lyrique l'emporte de toute sa hauteur et de toute son Intensité ïuv les délie i, les mollesses et Les gi
mélancoliques ou riantes, de la poésie élégiaque et de la poésie bucolique. » (Les Poètes, 2e série, André Chénier). Et son admiration devient un véritable culte : « Le poète n'est peut-être que l'expression la plus intense de toutes les espèces de génies. » (Historiens politiques et littéraires, Ferrari). Il en oublie le don religieux, ou, sans doute, le reconnaît trop sublime pour n'être que génial.
Qu'au lieu de beaux vers, il aperçoive une page philosophique, et sa pensée se fronce. Voilà le plaisir changé en douleur. Ceci n'est pas exagéré : il souffre dans sa volonté d'affirmer la foi indiscutable et de toujours rencontrer la philosophie discuteuse. Il ne croit pas à celle-ci, il nie sa nécessité autant que sa valeur : « Moi, dit-il, qui suis athée à la philosophie comme les athées le sont à Dieu. » (Philosophes et Ecrivains religieux, 2e série, Athanase Renard). Il a porté de rudes coups à tous les philosophes, principalement à ceux d'Allemagne, où, tous les dix ans, s'en dresse un dans une gloire retentissante et menteuse, pour être culbuté bientôt par un autre qui subira prochainement le même sort. Ce qui est exact : nous en sommes à Nietzsche, à l'heure actuelle ; qui nous vantera-t-on dans cinq ans ? Ce sera un des bons résultats de la campagne littéraire de Barbey d'Aurevilly, d'avoir montré la banalité de ces philosophes d'outre-Rhin et de leurs ouvrages énormes,
298 BABBEY D'AUREVILLY
>. ennuyeux. Il combat la science de la sa^ jusque même en la moral-' philosophique : • La morale ne peut pas exister par elle-même, et où elle est seule, principes tirés de soi, sans le Dieu personnel et rémunérateur qui punit ou qui récompense, el puisqu'un'' • intolérable dérision. - Philoiophes
et Ecrivains religieu Martin).
Il aime l'histoire, mais s'y montre tant. Il
démonte les historiens du I i fait remarquer,
chez la plupart, de grandes l'ai! . des incapacités
telles, que certaines célébrités ne tiendront pas derant un siècle de postérité. Cependant, il leur reconnaît des facultés d'investigation : « La gloire et le mérite de l'historien moderne n'est pas seulement de décrire, romme ces grands enfanta d'anciens, les faits et leagi des héros, mais de pénétrer dans l'Ame de ces homm Sensaiiont d'histoire y Napoléon . Mais il estime, non sans raison, que l'histoire est souvent faussée par la
ion : « La vérité, il n'y a plus que ce dernier | faire en histoire, i Historiens politiques ti littéraires qu'il reproche surtout aux historiens modernes, «'est le manque de foi, cette lumière qui éclairerait tout : i Dans l'histoire, l'action de Dieu est latente : on l'oublie <'t l'on croit a la force causatrice ^'^ hommes, i Historiens politiques et littéraires ^ Vmédée Thierry l rappelle qu'il n'admi ' humain.' : mais il admet la
responsabilité, ce qui est une contradiction. D'ailleurs, la nécessité pour lui, — il faut bien qu'il y vienne ! — de reconnaître partout l'autorité divine, le mène jusqu'à dire du puissant effort populaire sous la Révolution : « Excité par la Providence, seul, ce terrible souffle de l'esprit du peuple mit à flot ces chétifs brûlots humains, porte-noms, porte-enseignes et porte-flammes d'une Révolution signée : Dieu ! » [Historiens politiques et lit ter aires, Mkhelet). Les événements allant de la prise de la Bastille au Dix-Huit brumaire, accomplis par la volonté de Dieu, voilà un fait surnaturel que les sectaires du catholicisme (il a aussi les siens) proclameront difficilement, mais on y reconnaît que Barbey d'Aurevilly comprend et juge l'histoire largement, et d'assez haut pour échapper souvent aux mesquineries des partis, pour indiquer souvent la bonne voie historique.
Ces incursions fréquentes dans les domaines des philosophes et des historiens, devaient conduire aux politiques. La politique est une science ou une action, et parfois les deux ; science, elle résulte de la philosophie et de l'histoire, et devait tenter Barbey d'Aurevilly. Il en fit peu, extérieurement, mais en traita volontiers dans ses œuvres. Selon ses principes, il la préféra soumise entière à la volonté divine, qui semble laisser les nations suivre leur fantaisie, mais reparaît aux jours fatidiques: « C'est cette réserve de Dieu, quand les peuples sont à
300 l'AUP.EY D'AUREVILLY
bout de malheurs et de fautes, et qui est peut-être toute la question des temps modernes dans ce <ju'ils ont de passé déjà et ce qui leur reste d'avenir, i ite
ii.'. i ii. deur qu'il n'est pas permis aux
esprits fermes en politique de méconnaître. » Mémoire* historique* et littéraires, Saint-Simon . On voit si les politiques contemporains agissenl d'après »!•' telles croyances, et le fossé creusé entre ''ux et liarbey d'Aurevilly de bien la physionomie solitaire et
tircilleuse <!■' celui-ci, son aspect — a ce partisan Je l'autorité — de ré^ olté I
Critique, il a traité tout manifestations de la
pensée, il a creusé el taillé dans tous les genres, t\\ passion, reprochant d'ailleurs aux esprits froids leur indifférence, que l'on prend souvent pour de la justice : " Pour qui ne tient à rien, il «ist aisé d'être impartial ! » Sensations (Thistoin oire Vil). H veut d'abord
.'■valu. m- un livre, un objet d'art, sous l'angle des facull et des lois spirituelles, avec une intelligente pénétration dans la pensée de l'auteur, de l'artiste : ■ l'observation qui cherche «it l'intuition qui devine. » Poésie et 1 bfonselet). s.- soustraire a toutes influences lui semble non moins nécessaire. « La critique, 'lit -il, est le jugement d'un esprit ferme el sur les oeuvres de l'esprit,
d'après la connaissance des lois qui le régissent et les
principes qui en déroulent. » I.rs Critiques, Jules
Janin). Il admet cependant — et comment sa nature passionnée ne l'eût-elle pas admis ? — que l'admiration ne gêne pas le vrai critique ; au contraire : «... L'enthousiasme, une des facultés premières du critique, aussi nécessaire au critique que sa sagacité, mais à la condition que cet enthousiasme n'aveuglera jamais la sagacité de sa flamme. » (Sensations d'art, Courbet). Il démolit cette analyse endormante, à peu près inutile, qui se voue à disséquer, à triturer, à effilocher un livre, une œuvre, par la méthode universitaire, par ces déductions, comparaisons et explications à perte de vue dont il ne peut rien subsister, et que leur savoir apparent ne destine qu'à deux ou trois centaines de confrères accoutumés à ces jeux de rhétorique. Il préfère la vie, et « Tordre chronologique, le seul qui mette bien l'œuvre d'un homme dans sa véritable lumière et nous donne les développements successifs de son génie... L'ordre chronologique est comme une sorte de biographie de la pensée. » (Littérature étrangère, Shakespeare). Il goûte peu les anecdotiers, aime à reconstituer plutôt l'écrivain au moyen de l'œuvre : « La critique littéraire, quand elle entre dans l'homme par ses œuvres, est au-dessus, pour le connaître, de toutes les anecdotes de la biogragraphie. » (Les Critiques ou les Juges jugés, Nisard). Or, les critiques faisaient, et font encore, généralement le contraire, c'est-à-dire du commérage, allant volontiers
jusqu'aux révélations scandaleuses ; ils se < ondamnent eux-mêmes, parées petit- i une courte postérité.
Barbey d'Aurevilly regrette aussi l'encre perdue a critiquer des médiocres ; c'est peu, que d'aborder les bons auteurs, « Sprèfl avoir peint tant d'esprits dont les proportions ne fout du peintre qui les reproduit qu'un faiseur de pastels nu de miniatures, quelle que soil d'ailleurs la supériorité de son art... » Le* Critique* t Sainte-Beuve. Ou peut lui faire entendre le même •t ! Heureusement, lui comme Sainte-Beuve, a peinl mieux que d<^ médiocres, et quand il a dû présente! derniers, sa personnalité nombreuse et substantielle a trouvé toujours moyen, en présence même d«' riens, de dire des choses a retenir. C'est alors, souvent, qu'il recomposait l'ouvrage sur de bonnes et vraies « La critique, observait-il à CS sujet, ivfait a sa manière ce que l'artiste n'a pas su faire, et, in. elle devient inventive, elle crée. » G<rth>> ri Diderot } DiJerot, la Critique). Mais en général, il la voulait dogmatique : i i.i critique »'st la Bile légitime de l'intelligence savante t, dans une société chrétienne «'t francs
elle a pour blason la CTOix, la balance laive. i
Critique* i Villemain). La balance, oui, puisqu'il •'agi! il-* récompenser ou de punir ; mais avec la croix et l.> glaive, voilà Barbey d'Aurevilly spécialisé, obligé (compenser les auteurs catholiques et monarchi
et de punir les autres. Il est vrai que son ferme tempérament d'artiste sincère, de lecteur enthousiaste des poètes, d'approbateur de toute passion franche comme de toute vie droite, l'emportait presque toujours hors de sa spécialité, pour le montrer la balance seule à la main.
Cette figure simple et fière, altière et sérieuse, avec généralement une pose et généralement, aussi, une ironie suspendue au fil du regard sur tout le monde, puis, sincère, quoi qu'on ait dit, jusqu'à compromettre sans cesse son existence, se détache nettement dans les lettres françaises. Cependant la race originelle persistait là-dessous. Dans notre nation fondue, unifiée jusqu'à l'effacement de la plupart des saillies raciques, Barbey d'Aurevilly a gardé en lui la sève normande. Son œuvre est de celles qui ont préludé aux renaissances régionales. « La province où l'on est né, dit-il, patrie concentrée, patrie dans la patrie, peut-èlre plus profonde et plus chère encore que l'autre patrie... » Philosophes et écrivains religieux, Buffon). 11 a même prétendu : « Romans, impressions écrites, souvenirs, travaux, tout doit être normand pour moi et se rattacher à la Normandie. ï> Ce qu'il a bien en lui, c'est l'impulsion conquérante de l'ancien Normand. Il songeait à lui, à ses désirs de domination, en affirmant : « L'unité humaine seule1 est toute puissante. » [Le Théâtre contemporain.
•mité du Théâtre-Français). Ce robuste acharné, toute sa vi.\ à l'unique besogne de combattre littérairement, devait prononcer encore : « [/homme n'est jamais Fort que dans une chose. » [Sensation* d'art, Millet . Ne pensez-vous pas à Corneille, son compatriote ■ EU
entiments-là comme cette rigueur soutenue ne sontils pas des producteurs d< autorité qu'il aimait ? Une telle nature <i-t <li ;i l'action bien plus qu'à la pensée. S'il veut célébrer l'héroïsme, il le compare à la poésie qu'il préfère à tant de cho aussi des poètes, les po l'action. • Philosophes et Ecrivains religieux, Pascal . I! a «lit aussi, lui qui désira toujours agir : i L'action est la vraie grandeur de l'homme; l'action l'emporte sur la pensée de tout.- la beauté de la volonté accomplie, i Mais son ame liée aux traditions, autant que la vocation littéraire si exigeante de solitude, l'attachaient au rivage : «... Cette abominable faculté d'adhérence m'a toujours rail iffrir et ne' rend tous les départs quelconques insupp
Ah ! ai on pouvait voyager sans partir '. tiv a
■ >ût 1875 . Et maint. Min au port, au port
qui lui pèse mais auquel il s'efforce de s'accoutum
se cherche, s'invente des môtta eut orga en lui
et autour de lui ce qu'il ne peut organiser publiquement :
i • ne que de la régularité, de l'exactitude, de
i lus la \ ins les relations des hommes».
(Lettre à Léon Bloy, 18 septembre 1875). Ainsi, sous la forêt vierge de ses productions, sous l'aspect outrancier de sa vie et de son style, la vérité rigoureuse de son être s'affirme, s'établit, s'arc-boute, base solide et ordonnée qui fera l'œuvre durable. D'abord, il reconnaît aux esprits supérieurs le privilège et la faculté, dont il a usé, de s'occuper de toutes choses humaines : « Le génie a le droit de parler de ce que tout le monde sait, parce qu'il y ajoute quelque chose que ne sait pas tout le monde. » (Journalistes et Polémistes). Mais il sait ce qui manque au génie, et peut-être songeait-il aussi à lui, en écrivant mélancoliquement : « Pourquoi le génie ne sejuge-t-ilpas ? pourquoi ne sait-il pas s'employer dans toute la largeur de son étoffe?... Le génie voit tout, excepté lui, et c'est ainsi qu'il préfère tant de choses inférieures à son trésor, pour lui seul invisible. » (Littérature étrangère, Henri Heine). D'ailleurs, comme tous les vrais forts, que leur force soit intellectuelle ou physique, il revient à la modestie, jusqu'à s'annihiler sous l'ordre divin : « La personnalité ne s'atteint pas parce qu'on la vise ; Dieu vous l'envoie ; on l'a ou on ne l'a pas. » (Journalistes et Polémistes, Edmond About). Il invite la collectivité, avec lui-même, à perdre cette présomption qui nous fait croire à la plus grande importance de notre temps, lorsqu'il dit : «... L'antiquité, sous laquelle nous nous débattons tous. » (Les Poètes,
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série, La Fontaine . El voyez comme il se sent atteint au cœur, el comme il l'avoue : • L'homme D'est jam
jez intellectuel pour pouvoir se passer de sentiments, el les plus forts sont les sentiments blessés. Orgueil renforcé ? ou profonde modestie ? Les deux, plutôt. En tout cas, il faut qu'il sache bien, soit par une bonhomie .1.' sa nature, cette bonhomie qu'il aimait trop pour n'en rien posséder, s<ut par sa réflexion d'artiste, la valeur