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CHAPITRE IV

l'effort moral (1850-1858)

1<> Influence de Bonald. — Guerre à V individualisme.

Nous avons à étudier maintenant chez Barbey d'Aurevilly un effort de rénovation morale qu'il poursuivit durant quelques années avec un réel courage, sous l'influence de sa conversion religieuse, et peut-être aussi, pour une part, sous l'impulsion de ses espérances politiques. Les principes nouveaux qu'il affiche à cette époque ont été empruntés à la doctrine de Bonald, car ce penseur fut étudié par lui avec soin, en compagnie de Maistre, de Chateaubriand et de Lamennais, dans Les prophètes du passé ^ sorte de profession de foi religieuse et sociale qu'il publia au lendemain des événements de 1848. Bien plus, dans l'article que Sainte-Beuve, alors assez bienveillant à d'Aurevilly, s'empressa de consacrer à

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ce livre, c'est ia figure de Boriald seule qui attira le critique des Lundis et lui fournit la matière de son essai : en sorte que Barbey, quelle que fût son admiration pour le philosophe du Traditionnalisme, se trouva cette fois beaucoup trop sacrifié par son hypocrite confrère à ce malencontreux « prophète du passé ».

On sait que Donald, qui reprend aujourd'hui quelque autorité sur une jeunesse à juste titre effrayée des résultats du romantisme moral, aperçut l'un des premiers, il y a cent ans, les dangers de cette doctrine issue de Rousseau et dont les fruits immédiats furent les excès de la Révolution française, car les réformes durables de cette époque viennent plutôt du mouvement politique et économique qui a rempli le xviii° siècle tout entier. Averti par ce spectacle instructif, Donald a éloquemment réfuté le principe du romantisme moral, le préjugé mystique de la boiité naturelle qui confère à Thomme sans culture le privilège de l'alliance et de l'inspiration divine. Pour sa part, il oppose volontiers l'état natif de la race humaine à son état naturel, ce dernier n'étant à ses yeux que l'état social achevé vers lequel l'humanité est en marche sous la conduite de la Providence : en sorte qu'il peut parler, lui aussi, d'obéir à la Nature, mais dans un tout autre sens que les moralistes romantiques. Obéir à la nature, c'est pour Donald s'inspirer de l'expérience

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sociale conservée par la Tradition qui représente en quelque sorte les archives de la raison humaine. En ceci, il a fait œuvre parfaitement saine et mérite d'être écouté avec déférence et intérêt.

Par malheur, il a réintroduit, de façon assez inattendue, un mysticisme presque naïf à la base même de sa propre théorie sociale qui s'annonçait si largement rationnelle. Il a cru devoir enseigner la révélation directe du langage par la Divinité à l'Humanité, lors de la création, et cette première révélation implique à son avis celle des formules sociales accomplies vers lesquelles tend depuis ce moment le genre humain sous l'impulsion de la Providence. En sorte que Dieu, dans ce système, semble avoir voulu de toute éternité pour l'homme, le régime monarchique et un gouvernement analogue à celui de la maison de Bourbon. C'est beaucoup s'avancer, comme on le voit : aussi le catholicisme n'a-t-il jamais sanctionné ces affirmations excessives. Peu après la publication des Prophètes du passée par Barbey d'Aurevilly, deux ecclésiastiques distingués, le Père Chastel et l'abbé Maret, prirent successivement la plume, en 1854 et 1856, pour combattre les conclusions excessives de Bonald et défendre contre lui les droits de l'esprit moderne.

Tout au contraire d'Aurevilly qui, vers 1850, entend bien conclure à son tour en légitimiste intransigeant, emprunte à son maître avant le

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reste ses enseignements mystiques les plus discutables. Il s'empresse de proclamer après lui que la vérité politique ne saurait être que divine et directement révélée : il croit à une législation pi^îmi' tive d'origine céleste qui aurait été imprimée par la main de Dieu dans les formes essentielles du langage. L'homme, expose-t-il dans un naïf sophisme verbal, est « une créature de vérité » ; il faut donc que la vérité sociale, sa substance nécessaire, lui ait été fournie dès l'origine. Ou encore Dieu n'étant et ne pouvant être injuste pour aucune génération humaine n'a certes pas attendu le cours des siècles pour donner à sa cr^éature de choix la suffisance delà vérité : les vérités de tous les temps ne sauraient donc être que déductions de la vérité première. C'est pourquoi le progrès, tel que Tentend l'imagination moderne, est une pure rêverie. Concevrait-on, en effet, que la création pût être rebâtie sur des notions nouvelles après quelques misérables siècles écoulés? Non ! le passé contient tout entière la vérité sociale et l'enseigne seul. Aussi, Barbey a-t-il choisi comme épigraphe de son livre doctrinal, Les prophètes du passé, cet aphorisme caractéristique : « Id verum est quod priifSj illudvero adulterum qiiod posterius; cela seul est vrai qui fut d'abord : cela est, au contraire, adultéré qui vint en second lieu ! )) Affirmation qui conduit à retourner vers la « bonté naturelle » et à retomber dans toutes

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les illusions du mysticisme social, en opposant seulement le droit divin des rois au droit divin des peuples.

Si toutefois Barbey emprunte à Donald son mysticisme monarchique, il est équitable d'ajouter qu'il va, pour un temps, faire croisade avec ce ferme penseur contre V individualisme anarchique de notre âge, et contre T « égotisme », ce principe secret ou avoué de la morale romantique. L'individunlisme qui, dit-il, « pond ses affreux petits c< œufs dans tous les nids de l'esprit humain », est la pire corruption de l'époque, une véritable pourriture qui ronge et dévore un siècle vaniteux et malade. Descartes, dans la philosophie, Robinson Grusoé dans la vie romanesque, Jean-Jacques Rousseau et, après lui. Déranger dans la politique, sont les pères de cette doctrine antisociale qui accumule les ruines autour de ses adeptes. Quoiqu'on pense d'ordinaire, le xvii* siècle fut déjà, sur cette voie néfaste, le précurseur du

viir, et celui-ci à son tour, en jetant dans le monde son successeur, le xix', lui a, écrit énergiquement Barbey, a imprimé sur la tête le terrible « coup de pouce du chirurgien qui gauchit le cer- (' veau de l'enfant et décide de sa triste destinée I »

D'Aurevilly rend volontiers le protestantisme responsable des désordres sociaux qu'il déplore : il a toujours regretté la promulgation de l'Edit de Nantes, applaudi sa Révocation, et même (après

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sa conversion au bonapartisme) assuré qu'une dynastie des Guise remplaçant celle des Valois, eût été plus salutaire à la France que ses souverains Bourbons, entachés par Henri IV de protestantisme originel ! A Ten croire, le protestantisme serait le père du Cartésianisme, lui-même géniteur de TEncyclopédie, de la Révolution, de TEconomisme et du Socialisme, toutes nouveautés qu'il condamne pêle-mêle, sans distinguer suffisamment à notre avis leurs inspirations et leurs tendances, souvent fort divergentes. Il les suspecte d'individualisme, et c'est assez pour le détourner d'elles avec répulsion.

Les Etats-Unis de l'Amérique du Nord ont le fâcheux privilège de synthétiser à ses yeux toutes ces dispositions modernes qu'il abhorre. Aussi un Yankee, Edgar Poe lui a-t-il inspiré sa profession de foi la plus emportée contre l'Individualisme moderne. Il considère comme le Roi des Bohèmes l'original auteur des Histoires extraordinaires, et tandis que, balzacien, il applaudissait jadis et applaudira plus tard encore le Prince de la Bohème dorée dans la Comédie humaine^ Rusticoli de la Palférine, il condamne à cette heure de sagesse la Bohême envisagée comme expression du romantisme moral. Dans Edgard Poe, son représentant par excellence à ses yeux, il réprouve donc régoïsme sensuel et orgueilleux, l'immoralité dans les faits quand elle n'est pas dans la peinture

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et dans rindécence du détail, le mépris réfléchi de toute tradition, la recherche de l'émotion à tout prix, et même « le pourlèchement presque bestial de la forme seuJe ! »

Là-dessus, le traducteur de Poe, Baudelaire, — qui est l'ami de Barbey et dont les Fleurs du mal ont été précédemment goûtées et défendues par le critique catholique, — Baudelaire s'étonne et s*irrite d'une semblable palinodie. Un peu embarrassé devant une réclamation assez logique en somme, d'Aurevilly répond par des lignes cordiales où l'on voit nettement le moraliste rationnel se débattre contre le mystique esthéticien dans son cœur : « Eh ! de quoi donc avez-vous peur et vous «étonnez-vous, ami? Vous savez mes opinions « littéraires sur Poe. Je ne me déjuge point litlé- « rairement. Quant à mes opinions morales et non c littéraires^ vous savez ce que je suis. Du point de « vue de cette moralité qui est pour moi le « sommet du haut duquel il faut embrasser et « juger la vie, j'ai regardé Poe, je l'ai trouvé cou- « pable, et je l'ai dit... Il est Bohème, et de tous « les littérateurs dignes de ce nom, il est le plus a fort, le plus poète, le plus grand à sa manière, « et voilà pourquoi à mes yeux il en est le Roi ! — «Bohème! si vous lisiez, mes articles du Réveil (c qui ont une unité sous leur variété apparente, « vous sauriez ce que je mets sous ce mot : l'indi- « vidualité, l'absence de principes sociaux... Mon

(L ami calmez-vous. Je montre des entrailles pour a votre homme de génie tout en le condamnant, (( car vous savez si j'aime l'esprit! »

Cette page qui est de mai 1858, résume admirablement la lutte à cette heure engagée entre la raisonducritiqueet ses préférences subconscientes ou instinctives : mais c'en est un des derniers témoignages, car il est alors à la veille de rompre avec Trébutien, son bon génie, pour marcher dans la voie où l'appelle Baudelaire, ce « diable de velours » dont l'une de ses Diaboliques précisément, Le dessous de cartes d'une partie de whist, lui avait valu l'attention sympathique et la dangereuse déférence.

2° Apologie de la raison et du goût.

N'anticipons pas toutefois et insistons d'abord sur ces années de ferme contenance durant lesquelles il tenta sincèrement de mettre ses écrits en accord avec ses doctrines. C'est alors seulement qu'il ose regarder en face pour les condamner sans réserves les dispositions d'esprit qu'il a tant caressées jadis et qu'il reviendra bientôt à excuser derechef. Nous voyons la raison et le goût prendre un haut rang dans son estime : avec Schiller, il définit l'imagination comme « le singe de l'intelligence » ce qui est un aperçu profond sur le caractère réflexe et fuyant de l'activité subconsciente

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L'ii noire drae. Il déplore la misère d'uQ siècle qui voit la raison épouvanlablement affaiblie dans son sein : il entreprend le panégyrique du bons sens qui, dit-il, en s'élevant d'un degré de plus, serait le génie et qui selon Donald, en doit du moins remplir les intervalles : définition bien différente de celle qu'il proposera plus tard pour le génie vraiment digne de ce nom. 11 morigène impitoyablement George Sand qui a témoigné quelque dédain aux œuvres déduites, travaillées, voulues. La conscience réfléchie de la chose qu'on fait, riposte-t-il aussitôt, la caresse féconde de l'étude qui approfondit la beauté, le calcul de la route qu'on doit suivre pour atteindre le but qu'on veut frapper, toutes ces choses grandes et difficiles qui seraient l'orgueil et la force des plus nobles esprits, ne sont pas du « génie i& pour cette fille du romantisme parce que ce n'est pas assez « source jaillissante » ! Elle est bien difficile en vérité. Et notre adorateur de Byron va jusqu'à écrire avec conviction que, pour goûter le xvii* siècle classique et pour le comprendre dans sa haute tenue morale, il faut être toi peu plus qu'un poète qui se contente trop volontiers de métaphores ou d'images brillantes.

Poursuivant sur lui-même avec constance vers cette époque tout un travail d'éducation et de réforme, Barbey cherche à déraciner un travers qui lui a été fréquemment reproché depuis sa jeu-

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nesse, le défaut de mesure et de goût dans sa pensée comme dans l'expression de cette pensée : 11 s'applique donc à modérer les élans de son imagination impétueuse. « Je me surveille, Tréc( butien, écrit-il. Le goût moderne est une déli- « catesse d'hôpital... Mon article a un bon sens « qui vous étonnera peut-être :

Le bon sens du maraud quelquefois m'épouvante ! »

Et un autre jour : « Merci de m'avoir dit la vé- « rite. A vous tous tant que vous êtes^ mes amis, « faites-moi le goût que je n'ai pas, et, par les « conseils au moins, cotisez-vous pour m'en c( donner ! » Puis^ un peu plus tard encore : « Donc « corrigez ! Ah ! j'ai beaucoup de peine à me faire « du goût : il traîne toujours dans ma toilette « quelque bout de mes gilets rouges d'autrefois! » Enfm, il entreprendra et élaborera lentement son Chevalier des Touches, le plus mesuré de ses romans, — travail qui lui est, pour cette raison, beaucoup plus pénible à soutenir que la rédaction du Prêtre Marie commencé également vers cette époque et qui coule de source. Mais il s'agit pour lui « de « ployer, dit-il, sa diable de nature rebelle à cer- « taines choses pour lesquelles elle n'a pas (Tinsc( tinct ». Et il ajoute avec énergie : « Il faut que « cet insurgé d'esprit finisse par obéir : il le « faut ! »

L'inspiration toute rationnelle de sa pensée au

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lendemaia de sa conversion se fait jour aussi de façon fort caractéristique dans quelques-uns des portraits littéraires qu'il traça vers cette époque où son activité critique fut infatigable; et, tout d'abord, dans ses commentaires d'occasion sur les trois inspirateurs favoris de sa dandyque jeunesse : Byron, Beyle, et Balzac. Ce dernier, Balzac, demeure seul sans éclipse au zénith de l'admiration de Barbey, parce que, catholique et monarchiste de doctrine, il peut être avoué sans danger par le nouveau converti comme son patron. Mais Stendhal est nécessairement atteint par le changement d'orientation morale qui s'est produit chez l'auteur de Brummell. Une première étude de Barbey converti sur l'œuvre stendhalienne fut jugée par Trébutien beaucoup trop indulgente, comme nous l'avons déjà dit, bien que Ton y trouve de sérieuses réserves. Deux ans après, d'Aurevilly commente en ces termes dans une de ses lettres un second essai sur le même sujet — essai qu'il sent bien devoir être encore insuffisant pour satisfaire son Mentor de Normandie — : « 11 est un grand jugece ment, cet article, à travers une grande affection, a car ce diabolique Stendhal est ma dépravation a intellectuelle : c'est un peu ma Vellini, Je l'ai « toujours aimé, ce brigand-là, ce qui ne m'a pas « empêché de lui dire qu'il est un brigand, digne « de toutes les corde- de la critique et de leurs « nœuds. » Il écrit encore de Stendhal que ce fut

un « scélérat d'idées » bien que ses noirceurs et ses perversités ne l'empêchent pas de jeter une lueur soml)re et dure au premier rang des puissances littéraires de son époque. Entin, — si nous osons cette citation hardie, — Beyle se voit un jour traité de « crapule de génie » par son persistant admirateur, expression qui traduit clairement la réprobation morale associée à la complaisance artistique.

Le plus éprouvé des trois favoris^ c'est à ce moment Byron. Son fervent de la veille et du lendemain le nomme sans hésiter ce a grand inquiet» qui tua tant de chevaux sous lui pour fatiguer et forcer à dormir cette âme immortelle qui ne voulait pas fermer l'œil et lui causait le même mal qu'un glaive faussé dans une blessure. Il l'appelle un Titan de doute, d'incrédulité et d'orgueil, un grand boileux d'esprit comme il Tétait de corps. Byron a pu, dit-il encore, attaquer le Cant chez ses compatriotes, mais au total, la France eût mieux valu vers le même temps si elle eût été aussi « hypocrite » que l'Angleterre, puisque, suivant un mot célèbre, l'hypocrisie est du moins un hommage que le vice rend à la vertu ! Et nous voilà bien loin comme on le voit de l'anglophobie du Brummell. D'Aurevilly ne va pas cependant jusqu'à reprocher directement à Byron les scandales de sa vie, mais aussitôt qu'il n'est plus ébloui malgré lui par l'éclat de ce nom radieux, lorsqu'il

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parle derselsou, par exemple, il écrira sans hésiter que ce héros du devoir guerrier oublia trop facilement le devoir conjugal à l'égard de sa femme dont il brisa le cœur et le devoir social à l'égard de son pays dont il choqua les mœurs, alors que l'opinion de ses compatriotes était pourtant le meilleur de sa gloire. Tous reproches qui pourraient s'appliquer textuellement à Byron !

Enlin, parlant un jour à Trébutien du Byronlen furieux qu'il a été dix années de sa vie, il semble se croire à peu près dégagé de cette influence lorsqu'il ajoute : « Byron et Alfieri m'ont empoi- « sonné mes dix premières années de jeunesse : « ils ont été ma morphine et mon émétique et a quoique je sois à ce qu'il me semble, bien guéri « de ces deux empoisonnements, cependant, par- « fois, je retrouve en moi quelque bouton byroc nien qui repousse I » Et il conclut cet examen de conscience sur son byronisme d'antan par ces paroles significatives : « Je jie me saute pas du tout (( au cou dans le passé. J'étais fort insupportable, « tourmenté et tourmentant comme un homme « qui, pour éviter d'être commun, eut franchi a tous les sauts de loup que le monde appelle « les convenances, la morale et la dignité ! »

3° Moralistes romantiques exécutés. En compagnie de ses trois grands inspirateurs

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— qu'il n'a jamais qu'à demi reniés malgré tout,

— avec Byron, Beyle et Balznc, c'est une véritable théorie de moralistes romantiques qui défilent à cette heure au tribunal de son catholicisme rationnel pouren sortir plus durement condamnés que les précédents. A leur tête^ voici leur chef de file, Jean- Jacques Rousseau que Barbey a toujours fait profession de mépriser d'ailleurs : le dandy de 1836 avait déjà « en détestation et en dégoût » cette mauvaise tête démagogique qui, dit-il, n'a jamais vu le monde que comme il l'avait aperçu d'abord debout derrière la chaise des gentilshommes à qui il tendit un moment des assiettes. Voltaire qui s'y connaissait en bassesse, appelait Rousseau le laquais de Diogène et Collé, l'auteur trop gaulois de La vérité dans le vin, Collé qui valait beaucoup mieux que ses écrits parla du Genevois a comme un honnête homme a le droit (( de parler d'un drôle ! » — Ce sont là des injures plutôt que des arguments, à vrai dire ; mais le disciple de Ronald a d'autres griefs contre Rousseau que les piètres aventures de sa vagabonde jeunesse ou de sa maturité déséquilibrée. Il sait reconnaître le fondateur d'une religion nouvelle dans le père de cette doctrine subtile d'impérialisme mystique qui est la théorie de la bonté naturelle ou de la moralité de la nature. Par son éloquence entraînante et sa sophistique à demisincère, Jean-Jacques a, dit-il, fait un sort à cette

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