‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglais (volume 2)Chapitre 14 sur 22 · DE THOMAS PAINE · texte numérisé non relu

DE THOMAS PAINE

Messieurs du jury,

Qu'il me soit permis de vous demander quelques instans d'attention pour une cause qui, considérée en elle-même, nie paraît simple et claire : si certaines circonstances n'eussent donné à ce procès un éclat peu ordinaire, je me serais conduit aujourd'hui comme en la dernière occasion où je fus appelé à parler devant le jury, dans une cause toute pareille , me contentant de vous lire les passages que j'ai choisis , et les abandonnant^ votre jugement- mais le niai qu'a produit ce livre, ensuile les conséquences qui ont suivi sa publication , et que personne n'ignore, m'obligent à vous adresser, à l'ouverture des déi. 16

»fs BARREAU ANGLAIS.

bats, quelques mots de plus que je n'eusse dit en toute autre

occasion.

D'abord, vous me permettrez, sans me reprocher, j'espère, de parler de moi (chose peu intéressante et toujours odieuse) , de détruire une fausse rumeur qui a frappé mes oreilles : on a dit que cette poursuite n'obtenait pas mon approbation; j'ai entendu de toutes parts répéter ce bruit; voici ma réponse : je croirais mériter detre chassé honteusement du poste honorable que j'occupe pour le service de sa majesté et pour celui de mes compatriotes, si j'eusse hésité un seul instant de déférer a un jury de son pays un homme que je regarde comme coupable d'un crime si énorme.

Messieurs, cet ouvrage n'est pas le premier de cette nature qu'ait publié l'accusé; il avait été précédé d'un autre sur le même sujet , et traitant en quelque sorte des mêmes matières ; ce premier écrit, quoiqu'extrêmement répréhensible, et tel peut-être qu'il n'eut pas dû rester impuni , je le laissai néanmoins circuler, d'après ce principe, qu'il n'est pas toujours convenable et prudent à un accusateur public de se montrer trop rigoureux dans ses poursuites, et de laisser soupçonner qu'il a voulu empêcher une discussion quelconque d'être soumise au public, bien que dans son opinion elle pût être inconvenante et même illégale : d'ailleurs, quelque reproche qu'on pût adresser a ce livre ( et , à mon avis, il en méritait de graves), les circonstances au milieu desquelles il parut me firent croire qu'il ne sortirait pas du cercle des lecteurs judicieux , et qu'ainsi il serait aisément réfuté par tout homme entre les mains duquel le hasard le ferait tomber.

Mais lorsque je vis que l'on publiait un second ouvrage, plus coupable encore que le premier, qu'on le répandait en tout lieu, sous toutes les formes, dans toutes les dimensions, et avec une incroyable industrie; lorsque je vis qu'on le mettait à la portée de toutes sortes de gens , qu'on allait

ERSKINE. 2/h3

même jusqu'à en envelopper les bonbons des enfans, dans l'espoir qu'ils le liraient; lorsqu'on employait tout le zèle dont je vous parle a le faire parvenir par force jusqu'à cette partie du public que l'on ne pouvait supposer assez versée dans le sujet dont il traitait pour qu'elle pût en corriger les erreurs , je crus nécessaire a la première occasion , c'est-à-dire le premier jour de la session qui suivit cette publication, d'inscrire sur les registres de la cour un acte d'accusation contre son auteur.

Maintenant, messieurs, qu'il me soit permis d'établir ce que je reproche a cet ouvrage, et quelle est l'intention que j'impute à son auteur : appliquez-lui toutes les suppositions que l'esprit humain pourra inventer , et voyez si vous n'êtes pas convaincus qu'il justifie en tout son contenu l'interprétation que mon devoir me force de lui donner.

En premier lieu , messieurs , je lui impute l'intention préméditée de rabaisser et d'avilir la constitution de notre pays, non pas telle qu'elle avait été établie , ce que je n'admettrai jamais, mais telle qu'elle a été expliquée et réformée par notre révolution : si l'on attaque le système de gouvernement sous lequel nous vivons aujourd'hui , avec des invectives , avec de faux principes , avec des phrases toutes faites , que l'on offre a ces hommes curieux de connaître la nature de notre constitution, mais faciles à égarer , n'est-ce pas leur inspirer de la défiance et même de la haine ( car tel est le but où tend ce livre) pour ce qui fait le salut du public et de tout ce qui leur est cher ?

Je lui impute l'intention préméditée de déraciner du cœur du peuple anglais l'enthousiasme qui l'anima toujours pour sa constitution, c'est-à-dire d'avoir fait ainsi le plus>grand mal qu'un homme puisse causer à tout ce que renferme notre ordre social, tel qu'il est.

En second lieu , je lui impute d'avoir formellement repré-

a44 BARREAU ANGLAIS,

sente le pouvoir royal de ce pays^ tel qu'il est établi et limité, comme une oppressive et abominable tyrannie.

En troisième lieu, d'avoir écrit que toute la législature de ce pays est directement une usurpation.

Que les lois de ce royaume, ces lois qui jusqu'ici ont fait notre orgueil, sont toutes, sans exception , fondées sur une autorité usurpée, et par conséquent nulles en elles-mêmes, ou , pour me servir de ses propres expressions, qu'il n'y a que peu ou point de lois dans ce pays.

Faut-il donc, messieurs, apprendre à une nation de dix a douze millions d'ames , faut-il apprendre aux plus basses classes du peuple, comme aux plus élevées, qu'il n'y a plus dans cette société d'autre lien qui les retienne que le peu de principes de religion et de morale qu'il plaira a chaque individu de conserver pour son compte?

Messieurs, sommes-nous donc de féroces brigands? n'avonsnous plus de lois pour protéger nos propriétés, nos personnes, nos réputations? le bras de chaque homme est-il déchaîné? et chacun peut-il faire ce qu'il lui plaît dans la société? en sommes-nous revenus à ce sauvage état de nature? Je vous fais cette question; vous, messieurs, vous savez quelle est la réponse : mais qu'un homme prêche une pareille doctrine à des gens qui ne peuvent lui répondre, comme vous pourriez le faire, vous et tous ceux qui m'écoutent , dirons-nous qu'il discute une question de théorie ? peut-on rien ajouter à ces calomnies contre notre constitution, et contre les différens pouvoirs d'un gouvernement constitué comme le nôtre ? quoi de plus odieux que ces imputations contre le système de lois qui nous lie les uns aux autres , lorsqu'on les représente comme nulles , lorsqu'on affirme qu'en réalité nous n'avons point de lois !

Messieurs, dans les différens passages que je vous lirai, je lui impute aussi d'avoir usé d'un artifice grossier, il est vrai,

ERSKINE. 245 pour ceux qui peuvent l'observer, mais extrêmement dange*reux pour ceux dont l'esprit n'est pas assez éclairé pour le découvrir. Cet artifice, qui a pour but d'exciter la haine, est celui-ci : l'auteur a réuni toutes les objections que l'on peut faire contre la monarchie considérée seule et séparément , comme aussi contre l'aristocratie pure et simple; il ne dit jamais un seul mot de ces deux principes combinés avec le principe démocratique, se gardant également bien de rappeler aucune des circonstances défavorables au plus mauvais de tousles gouvernemens , la démocratie pure qui conduit nécessairement à la tyrannie démocratique; tel est cet artifice grossier : et lorsque vous en viendrez à disséquer ce livre avec autant de soin que je l'ai fait moi-même, il vous sera facile, comme à tout lecteur, de le découvrir.

Messieurs, a quelles personnes sont adressées les doctrines que renferme ce livre? au peuple ignorant et crédule, aux gens sans espoir, sans aveu; et a de pareilles gens, tout gouvernement est odieux. Rien ne flatte plus leurs oreilles que cette doctrine commode qu'il n'y a ni lois , ni gouvernement parmi nous.

Il existe des gens ignorans et crédules dans tous les pays; et plus ils ont un cœur droit et simple , plus ils sont une proie facile a tout homme astucieux qui a la cruauté de les? tromper.

Messieurs, lorsque vous jugerez l'intention criminelle que j'impute à cet auteur , veuillez bien prendre en considération le style , le ton , aussi bien que le sujet de l'ouvrage : le style est insidieux et plein d'art ; le ton est , en beaucoup de passages, arrogant et dédaigneux; un argument concis; mais saillant, de manière à frapper le peuple : quant au sujet, je ne crains pas, en mon ame et conscience, de l'appeler une trahison; je sais que rigoureusement parlant, et selon les lois

de notre pays , ce n'en est point une ; mais , messieurs , pesez les malheurs qui résultent pour la société, d'une trahison proprement dite, et comparez-les avec ceux qu'entraîne la propagation de cette doctrine.

Dans ie cas de la plus coupable trahison , dût-elle même amener la mort du prince assis sur le trône , la loi a trouvé le moyen de réparer ce désastre et d'épargner a notre pays des calamités sans fin. A plusieurs époques de notre histoire , vous pouvez aisément vous le rappeler, le règne d'un hon prince a été interrompu par la violence ; événement déplorable, mais moins funeste peut-être que la divulgation de ces principes; car le vide est aussitôt rempli par la constitution du pays, lors même que la dernière des trahisons aurait été commise.

Mais quelle est la puissance sur terre qui pourrait remplir le vide d'une constitution, œuvre de tant de siècles, qui, non-seulement depuis la conquête des Normands, mais depuis un temps presque immémorial, s'est élevée progressivement jusqu'à ce qu'elle ait été consommée par notre révolution, et qui brille aujourd'hui de tout son éclat?

Ajoutez que cet homme croit devoir attribuer à l'existence de cette constitution tous les maux inséparables de la société et de la nature humaine : tous ces maux sont imputés par lui à cette constitution scandaleuse, usurpée, sous l'empire de laquelle nous, sujets de ce pays, avons eu jusqu'ici la folie de nous croire heureux et libres.

Il me semble , messieurs , qu'il n'est pas bien malaisé de distinguer une discussion sage et loyale , d'un écrit dont ie but est de calomnier nos lois et d'ébranler la soumission des sujets anglais a leur constitution; c'est une opération de simple bon sens , qui par conséquent, ne sera pas difficile a un jury de la cité de Londres; ainsi vous voudrez bien,

messieurs, considérer si l'ensemble de ce livre, ou, pour mieux dire, si les passages sur lesquels je vais appeler votre attention, ne sont pas destinés, non a discuter et a convaincre, mais a enflammer; non a raisonner sur un sujet quelconque, mais à dogmatiser, et à dogmatiser, messieurs, de telle sorte, et au milieu dételles circonstances, qu'il ne peut plus, je pense, rester le plus léger doute dans votre esprit sur ce qui se passait dans Tame de celui qui écrivait ce livre.

Qu'il me soit permis maintenant de vous dire quelques mots sur les passages que j'en ai extraits, en commençant d'abord par vous les faire connaître; j'ai cru cette méthode beaucoup plus convenable et plus utile pour le public : j'ai choisi (pour ne pas charger inutilement le registre) six ou sept passages seulement entre ceux qui attaquent le plus directement les bases de notre constitution : le premier de ces passages est a la page 21 , où l'on trouve cette doctrine.

« Tout gouvernement héréditaire est de sa nature tyrannie ; une couronne héréditaire, ou un trône héréditaire , ou quel que soit le nom qu'on veuille lui donner, tout cela ne signifie rien autre chose sinon que le genre humain est une propriété héréditaire : hériter du gouvernement, c'est hériter du peuple, comme d'un troupeau de bétail. »

Maintenant , messieurs , quel est le sens de ce passage : « tout gouvernement héréditaire est de sa nature tyrannie....? » Ainsi donc aucune espèce de qualification , pas même la subordination aux lois du pays, ces lois qui sont au-dessus de tout, à nos yeux, ne peuvent le sauver du reproche de tyrannie; le pouvoir royal n'étant ni "plus ni moins qu'un dépôt dans l'intérêt des sujets de ce pays, la personne qui est revêtue des fonctions royales, n'est autre chose que le chef du pouvoir exécutif, placé comme au sommet de toutes les magistratures.

s£8 BARREAU ANGLAIS.

Mais, sans rien approfondir, Fauteur établit indistinctement que , dans toutes circonstances, un gouvernement héréditaire est de sa nature tyrannie : n'est-ce pas dire aux sujets de ce pays qu'ils ne sont que des esclaves ? Certainement, s'ils vivent sous un gouvernement tyrannique , la conséquence est nécessaire.

C'est là , messieurs , c'est là un de ces axiomes dont on farcit la tête de tout homme accessible à la séduction, une de ces phrases qui doivent nécessairement le conduire à dire : le moment est venu où je me sens opprimé, je ne puis le souffrir plus long-temps.

« Une couronne héréditaire ( et la nôtre étant héréditaire est par conséquent comprise dans cette proposition générale) , ou quel que soit le nom qu'on veuille lui donner.... » est-ce là discuter? Ce sont ces expressions outrageantes, injurieuses, qu'on emploie pour désigner ce que nous ne considérons qu'avec le plus profond respect, le représentant de toute la magistrature et de la loi ! « tout cela ne signifie autre chose, sinon que le genre humain est une propriété héréditaire : hériter du gouvernement, c'est hériter d'un peuple comme d'un troupeau de bétail. »

Quoi donc ! messieurs , doit-on dire au peuple anglais , sans plus de cérémonie , qu'il est l'héritage de son roi , qu'il en est de lui comme d'un troupeau de bétail ! je vous laisse a juger si cette odieuse et abominable fausseté ne crie pas vengeance.

Messieurs, voici quelle est la vérité; c'est précisément le contraire : le roi de ce pays hérite d'une charge sous l'empire de la loi; il n'hérite pas des personnes , nous ne sommes point réduits à un état de servage : la doctrine directement opposée à celle de cet écrit est précisément la vérité sur cette matière ; le roi hérite d'une charge : quant à l'héritage

ERSKINE. 2^9 de ses sujets, aucun, vous le savez, ne lui appartient ; je rougis d'insister sur ce point.

A la page 47* dans laquelle l'auteur parle du congrès de Philadelphie , qui fut réuni , en 1 787 , parce que le gouvernement de ce pays était extrêmement défectueux à son origine , il dit :

« Cette convention se réunit a Philadelphie , au mois de mai 1787; le général Washington en fut élu président : il n'était, à cette époque , lié avec aucun des gouvernemens de l'état, ni avec le congrès ; il déposa sa commission quand la guerre fut terminée, et depuis lors il a vécu comme simple citoyen.

« La convention examina à fond toutes les questions ; et , après de longs débats et de profondes recherches, les membres tombèrent d'accord sur les différens points d'une constitution fédérative ; la question qui s'éleva ensuite fut de trouver les moyens de la mettre en pratique et de lui donner autorité. »

Quelle est la conclusion de tout cela? Ils convinrent certainement des bases de leur constitution fédérale en 1787. Un homme qui n'aurait eu d'autre but que d'écrire l'histoire, se serait contenté de rappeler ce qui eut lieu en cette occasion y mais afin de rattacher la discussion ( si l'on peut toutefois se servir de ce mot ) aux événemens qui se sont passés en ce pays, l'auteur ajoute d'un ton plein d'exaltation et demépris :

u Dans ce dessein , ils n'eurent pas recours , comme une cabale de courtisans, a un stathouder hollandais ou a un électeur d'Allemagne, mais ils ne consultèrent que les vœux et les intérêts de leur pays. »

Ici , notre révolution et Pacte d'accession sont désignés ouvertement comme si l'on n'eût consulté ni les intérêts ni les vœux de la nation , comme si cette révolution n'avait été

que l'œuvre de quelques courtisans. Doit-on souffrir de pareilles imputations dans ce pays? C'est ce que votre verdict déclarera. Ce qui prouve combien ce passage était inutile, si l'auteur n'eût eu dessein de calomnier , c'est que cette phrase supprimée, le récit n'en eût pas moins été complet. Je vais vous lire les trois ou quatre lignes suivantes pour vous en convaincre : « La question qui s'éleva ensuite, fut de chercher le moyen de la mettre en pratique, et de lui donner autorité. » Le passage qui se rencontre après celui que j'attaque comme séditieux est ainsi conçu :

« Ils décrétèrent d'abord que la constitution proposée serait publiée; que chaque état élirait une convention pour la prendre en considération, la ratifier ou la rejeter...., » et ainsi de suite; et pour vous faire comprendre ce que j'entends lorsque je parle de ces axiomes adroitement mêlés dans le récit, j'appelle votre attention sur celui que je vous signale en ce moment comme un de ceux qui n'ont aucun rapport avec le sujet que traitait l'écrivain.

Celte phrase n'est-elle pas placée entre deux autres relatives au même fait dans l'intention évidente de nuire? Messieurs, tout l'artifice de ce livre consiste en ceci : les divers passages, dirigés contre le gouvernement de notre pays , sont répandus de distance en distance; et, pour apercevoir tout ce qu'ils ont de criminel, il est assez souvent nécessaire de les rapprocher des morceaux précédens; lorsqu'on les réunit, ils rendent manifeste l'intention de l'écrivain; il faut donc les extraire de ce livre pour connaître toute leur substance : isolés, ces passages seraient fort nuisibles; en les lisant réunis, on voit plus clairement encore tout le mal qu'ils peuvent faire. Le morceau suivant, sur lequel je vous dois quelques observations, se trouve a la page 52. L'auteur s'exprime en ces termes :

ÉRSKINE. i>.5i «L'histoire des Edouard et des Henri, et jusqu'au commencement des Stuart , nous fournit autant d'exemples de tyrannie que l'on peut en exercer dans les limites auxquelles la nation l'a restreinte. Les Stuart voulurent franchir ces limites, et leur sort est connu. Dans tous ces exemples , on ne voit rien d'une constitution, mais seulement des restrictions a un pouvoir usurpé. »

Ainsi, messieurs, depuis le règne des Edouard et des Henri jusqu'à la révolution, notre gouvernement n'a été qu'une tyrannie toujours croissante : pas un seul pas fait vers la liberté, jusqu'à ce que les Stuart, ayant franchi la ligne tracée , une révolution devint nécessaire. J'aurais cru du moins que parmi les Edouard, l'auteur aurait épargné l'illustre fondateur de notre jurisprudence, Edouard ier, ainsi que plusieurs autres princes, la gloire et l'orgueil de ce pays, tous pleins de respect pour ses libertés et sa constitution. Loin de là, messieurs, il s'efforce de persuader au peuple que, jusqu'à nos jours, il n'a existé qu'une tyrannie progressive- qu'il n'y a eu, pour toute constitution , que des restrictions à un pouvoir envahi - que tout pouvoir qui a existé depuis lors , n'a été qu'une usurpation. Il continue en ces termes :

« Après lui , un autre Guillaume , issu d'une même souche, et tirant ses prétentions de la même origine, s'empara du pouvoir. De deux maux, Jacques et Guillaume, la

nation préféra celui qu'elle croyait le moindre » Ainsi, la

délivrance de ce pays par le prince d'Orange n'a été pour nous que le moindre des deuxmaux ! « .... puisque telles étaient les circonstances qu'il fallait en supporter un. Ici paraît l'acte appelé le bill des droits. Qu'est-ce autre chose qu'un marché que passent ensemble les différentes parties du gouvernement pour s'en partager le pouvoir, les profils et les privilèges? Vous aurez tant, et moi j'aurai le reste. Et quant à la nation, on lui dit : pour votre part, vous aurez le droit de

faire des pétitions. Cela étant , le bill des droits ne devrait-il pas être plutôt appelé un bill d'injustices et d'insultes? Quant à ce qu'on appelle le parlement , convention, qu'étaitce autre chose qu'un corps qui s'était constitué lui-même, et avait ainsi créé l'autorité en vertu de laquelle il agissait; qu'une réunion de quelques hommes qui s'étaient donné ce nom, plusieurs n'ayant jamais été élus, aucun ne l'ayant été dans cette vue?

« Depuis le règne de Guillaume, il s'établit une sorte de gouvernement fondé sur cette coalition née du bill des droits, et plus encore depuis la corruption introduite par les intrigues de Wallpoile dans la succession de Hanovre ; on ne peut lui donner d'autre nom que celui de despotisme légal. »

Telle est la désignation que cet écrivain donne à cette constitution sur laquelle reposent la propriété, la vie, les libertés et les privilèges des habitans de ce pays. Je m'étonne en vérité, messieurs, qu'un sujet anglais (car cet homme l'était et l'est encore ) , ait pu proférer une pareille calomnie , et que (pour me servir des expressions d'un de nos poètes), lorsqu'il prononça ces paroles , elles ne se soient point arrêtées dans son gosier. Quel est donc ce bill des droits? on ne peut le lire trop souvent ; je n'y joindrai aucun commentaire , vos raisons et vos cœurs suppléeront à mon silence. Messieurs, vous avez une postérité sur laquelle doivent se tourner vos regards : sera-t-il donc permis à des misérables , tels que Ton en trouve dans tous les pays , d'attaquer les droits et les privilèges que vous devez lui transmettre intacts?

Ne veillerez-vous pas à ce que ces droits soient conservés à votre postérité; la liberté n'est-elle pas un dépôt entre vos mains ? Oui , elle est un dépôt entre vos mains , comme l'exécution des lois est un dépôt entre les mains de la couronne : chaque institution a son protecteur dans cette société ; vous êtes les protecteurs du bill des droits. ,

Le voici, messieurs, ce bill des droits; il énonce « que îe prétendu pouvoir de suspendre les lois ou l'exécution des lois par l'autorité royale , sans le consentement du parlement , est illégal; i

« Que le prétendu pouvoir de dispenser des lois ou de i'exécutiou des lois en vertu de l'autorité royale , tel qu'il a été usurpé et exercé en ces derniers temps, est illégal. »

C'est-à-dire que la loi est au-dessus de tout.

« Que lever de l'argent en faveur ou pour l'usage de la couronne, sous prétexte d'une prérogative quelconque , sans le consentement du parlement, pendant plus long-temps et d'une autre manière qu'il n'est ou sera consenti, est illégal ;

« Que tout sujet anglais a droit d'adresser une pétition au roi ; que tout emprisonnement ou poursuite, a raison de ces pétitions, est illégal. »

Tout ce que vous avez gagné par le bill des droits, selon îa doctrine de cet homme, c'est que les communes de ce pays ont la faculté de faire des pétitions; nous savons tous que cet article est relatif au procès des sept évêques , la plus scandaleuse violation des droits des sujets de ce royaume : ainsi l'auteur affirme faussement et malicieusement, selon les termes de l'information , qui sont en cette occasion parfaitement exacts , que tout ce qu'obtinrent les sujets de ce pays fut la faculté de présenter des pétitions; il est au contraire expressément déclaré que ce droit est pour nous un droit imprescriptible, qu'il le fut toujours , et que cette disposition est relative, ainsi que je viens de le dire, à îa scandaleuse violation qui en avait eu lieu dans une occasion récente.

« Que lever et maintenir une armée dans le royaume en temps de paix , sans le consentement du parlement, est contraire a la loi ;

« Que tout sujet protestant peut avoir des armes pour sa

défense, suivant sa condition et ainsi qu'il est permis par la

loi y

« Que les élections des membres du parlement doivent être libres ;

« Que la liberté des discours, des débats ou des actes du parlement ne doit donner lieu a aucune accusation ou interrogatoire devant aucune cour ou dans un autre lieu quelconque "hors du parlement ;

« Qu'on ne doit point exiger des cautions excessives , imposer des amendes excessives , ni infliger des punitions cruelles et inusitées ;

a Que les jurés doivent être dûment inscrits et leur noms renvoyés a la cour 1 ;

« Que les jurés qui prononcent dans les jugemens de haute trahison doivent être propriétaires d'une franche terre (freeholders ) ;

« Que toute concession ou promesse d'amende ou de confiscation sur un particulier , avant qu'il soit convaincu , est illégale et nulle ; \

« Qu'afin de redresser tous les torts, amender, consolider et conserver les lois , le parlement doit être assemblé fréquemment. » ç

Plus loin , messieurs , ce bill continue en disant : « Afin de ratifier, confirmer et affermir ladite déclaration, ainsi que les articles , clauses , sujets et choses y contenus , en lui donnant force d'une loi dûment établie par l'autorité du parlement, ordonnez, nous vous en prions, qu'il soit déclaré et promulgué : que tous

1 Le sheriff chargé de nommer le jury, inscrit le nom des personnes qui doivent le composer sur un panel , feuille de -parchemin de forme oblongue, annexe ce panel au writ de venire facias, et renvoie le tout à la cour de laquelle est émané ce writ ; c'est ce qui s^ppelle, en anglais, to return , retourner la liste du jury.

et chacun des droits et libertés énoncés et réclamés dans ladite déclaration sont les véritables, anciens et imprescriptibles droits et libertés de ce royaume ; qu'il sera tenu , accordé, adjugé, cru et admis en être ainsi, et que tous et chacun des droits particuliers susmentionnés, seront fermement, strictement maintenus et observés , tels qu'ils sont exprimés dans ladite déclaration ; que tous officiers et ministres quelconques serviront leurs majestés et leurs successeurs conformément à cette déclaration dans tous les temps à venir. »

Tel est , messieurs, ce bill d'injustices et d'insultes ; ce serait le profaner que d'y ajouter un seul mot.

Maintenant, messieurs, je vous le demande, parler comme le fait cet homme, est-ce raisonner ou discuter ? n'y a-t-il pas de sa part une déception, et une déception qui résulte de la plus abominable et de la plus complète réticence? rapportet-il un seul mot de ce biil? Le pauvre ouvrier auquel ce passage s'adresse , auquel on dit qu'il a été trompé, insulté dans notre révolution, a-t-il près de lui ce statut pour le lire? n'eut-il pas été convenable au moins de le faire connaître tel qu'il est ? Mais , loin de la , les absens ont toujours tort (pour me servir d'une expression vulgaire) , et l'on persuade aux gens du peuple que le bill des droits est un bill d'injustices et d'insultes.

Passons maintenant à autre chose : si vous voulez consulter la page 56, vous verrez qu'elle est écrite dans le même esprit et dans le même but; l'écrivain s'exprime en ces termes : « L'attention du gouvernement d'Angleterre » ici se place une réflexion injurieuse « (car j'aime mieux, dit-il, lui donner ce nom que l'appeler le gouvernement anglais) , depuis ses liaisons politiques avec l'Allemagne, paraît être si complètement absorbée par les affaires étrangères et par les moyens de lever de nouveaux impôts, qu'il semble ne point exister^ pour autre chose. »

a 56 BARREAU ANGLAIS.

Ainsi notre gouvernement n'existe plus pour protéger nos vies et nos biens ; mais le gouvernement, c'est-à-dire la constitution de ce pays , le roi , les pairs et les communes , n'existent que pour servir d'instrumens a lever les impôts ! Discuter toutes ces assertions, serait occuper votre temps inutilement ; veuillez seulement faire attention au ton tranchant avec lequel l'auteur affirme toutes ces choses ; plus loin il ajoute : « Toutes les affaires domestiques sont négligées : quant à des lois régulières , il existe à peine quelque chose qui y ressemble. »;

Je parle au milieu de la cité de Londres ; je m'adresse à des gens notables de cette cité - pour décider si le parlement, depuis notre révolution , s'est ou non occupé de nos affaires domestiques, je crois pouvoir en appeler a la prospérité toujours croissante de ce pays , depuis le moment où l'on a chassé de dessus sa poitrine ce vampire qui y avait pesé jusqu'alors.

Nous allons passer maintenant à la page 63 : après avoir ainsi examiné notre constitution en grand , l'auteur commence à la disséquer par parties ; il examine séparément tous les élémens qui la composent. A la page 63 , nous trouvons énoncé comme un principe ce qui suit :

« Quant aux deux chambres dont le parlement d'Angleterre est composé , elles semblent dans le fait n'en former qu'une seule , et n'avoir , comme corps législatif, aucun caractère qui leur soit propre; le ministère , quel qu'il soit , les touche avec une baguette soporifique, et elles s'endorment dans l'obéissance. »

Ainsi, messieurs, voila une autre assertion, sans une seule preuve a l'appui : l'auteur veut persuader aux sujets de ce pays qu'il n'y a ni énergie, ni activité dans les élémens aristocratiques et démocratiques de notre constitution; que leurs représentans s'endorment sur leurs intérêts , qu'il vaudrait autant n'avoir que des tableaux ou des statues; et non-seu-

lement leur dit qu'il en est ainsi maintenant, il ajoute qu'il est dans la nature des choses qu'il en soit ainsi.

« Mais si nous faisons attention aux talens qui distinguent les deux chambres , la différence paraît si grande qu'elle démontre combien il est absurde de placer le pouvoir là où il y a incapacité absolue d'en user. Quelque pitoyable que soit l'état de la représentation nationale en Angleterre, elle est encore énergique comparée à la chambre des lords. Cette prétendue chambre est si peu considérée que le peuple, s'informe à peine de ce qu'elle fait; elle paraît entièrement soumise à une influence supérieure et tout à fait étrangère aux intérêts généraux de la nation. »

Voilà , messieurs , avec quel mépris cet homme parle de la partie aristocratique de notre constitution et de notre gouvernement; cette partie essentiellement bienfaisante, et que son immense intérêt a la conservation de notre pays en rend le plus ferme boulevard. Je ne puis vous supposer si ignorans de l'histoire de notre pays , que vous ne connaissiez les grands et beaux caractères qui ont illustré cette chambre* Ce passage ne désigne aucune période de temps déterminée ; certainement, il ne peut se rapporter a l'époque actuelle; l'auteur a voulu sans doute parler de toutes les époques; il pense que la nature de notre gouvernement doit rendre ce vice éternel. Cette calomnie contre cette illustre portion de notre législature (quelle que soit l'époque à laquelle elle se rapporte), écrite avec le ton du dédain , est bien éloignée de l'examen sage et modéré que l'on pourrait faire de cette question « si l'élément aristocratique , dans un gouvernement , est bon ou mauvais, » et ce passagen'a d'autre but que d'égarer la raison et d'enflammer les passions.

Messieurs, si vous examinez ensuite la page 107 , vous y verrez comment l'auteur, après avoir ainsi traité. les deux élémens de notre législature, en vient à la couronne elle-

même ; il dit , et ces mots sont pleins de vérité en ce qu'ils s'appliquent à lui-même : « Après avoir jeté un coup d'œil rapide sur quelques-uns des défauts des deux chambres du parlement , j'en viens à ce qu'on appelle la couronne ; je serai href à ce sujet.

«La couronne n'est autre chose qu'une charge honorifique d'un million sterling d'appointemens ; ses fonctions consistent à recevoir de l'argent; que celui qui l'occupe soit sage ou fou, sensé ou insensé, naturel ou étranger, peu importe; tous les ministres mettent en pratique ce que M. Burke écrit: qu'il faut abrutir le peuple, le retenir dans une superstitieuse ignorance au moyen de quelque fantôme ; que ce que l'on appelle la couronne remplit merveilleusement ce but , et que dès-lors elle répond à tout ce qu'on peut en attendre ; c'est plus qu'on n'en pourrait dire sur les deux autres branches de la législature.

« Les chances de hasards auxquelles cette charge est exposée dans tous les pays ( l'auteur ajoute ceci entre autres choses ) résultent , non de ce qui peut arriver à un seul homme , mais de ce qui peut arriver à la nation , le danger de recouvrer son bon sens. »

Ainsi, messieurs, nous avons été insensés pendant sept ou huit cents ans. Je ne dirai qu'un mot sur ce passage : si notre démence a duré si long-temps, Dieu fasse qu'elle soit éternelle !

A la page 116, on lit les paroles suivantes: «Je me trouvais par hasard en Angleterre lors de la célébration de la fête séculaire de la révolution de 1688 : le caractère de Guillaume et Marie m'a toujours paru souverainement odieux; Tun voulut faire périr son oncle , et l'autre son père pour s'emparer du pouvoir ; cependant , comme la nation était disposée à penser quelque chose de cet événement , je fus choqué de lui en voir faire honneur à un homme qui l'avait entre-

ERSKINE. 2 5g

pris par speculation, et qui, outre ce qu'il gagna d'autre part, se fit payer 600,000 liv. sterl. pour les dépenses de la petite flotte qu'il avait amenée de Hollande. George ier joua le même rôle que Guillaume, et acheta le duché de Bremen pour une sommede25o,ooo l.st. qu'il avait extorquée a l'Angleterre , en sus de ses appointemens de roi ; ayant ainsi acquis ces domaines aux dépens de l'Angleterre, il les ajouta à ses possessions du Hanovre pour son intérêt particulier. Dans le fait, toute nation qui ne se gouverne pas par ellemême, fait un marché de dupes, et l'Angleterre a été la proie des fripons depuis la révolution. »

Ainsi , messieurs , ce que l'auteur appelle lui-même un gouvernement national est quelque chose d'extrêmement différent d'une nation qui a consenti, depuis un temps immémorial^ à être gouvernée par une démocratie , une aristocratie et un magistrat suprême et héréditaire chargé du pouvoir exécutif, et surtout par une loi souveraine à laquelle tous sont forcés d'obéir ; un pareil gouvernement n'est pas, à ses yeux, le gouvernement du peuple, c'est un marché de dupes et non un gouvernement.

Tels sont , messieurs , les passages que j'ai choisis dans ce livre comme renfermant les doctrines les plus offensives, et qui tendent directement a renverser de fond en comble le gouvernement de ce pays. Je vous demande pardon , mais j'en ai omis un qui contient une invitation plus directe encore que tous ceux que j'ai lus. C'est à la page 161 ; il y est dit :

« Cette fraude, cette hypocrisie, ces supercheries des gouvérnemens commencent maintenant à être trop connues pour pouvoir durer long-temps - la farce de l'aristocratie et de la monarchie de tous les pays a le sort de celle de la chevalerie, et M. Burke se prépare déjà pour ses funérailles ; laissez-les s'avancer paisiblement vers la tombe où sont ensevelies tant d'autres folies , et le temps n'est pas loin où l'Angleterre se

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rira d'elle - même pour avoir envoyé chercher en Hollande , dans le Hanovre ou le Brunswick, des hommes à un million sterling par an , qui ne connaissaient ni ses lois, ni son langage, ni ses intérêts, et qui avaient a peine assez d'intelligence pour remplir dignement une place de bedeau de paroisse. »

Messieurs, voilà ce qu'on dit de Guillaume m, des illustres princes de la maison de Brunswick, George ier et George n, et même de notre souverain actuel. . ( ■

« Si le gouvernement doit être confié a de pareilles mains , c'est une chose simple et facile, et l'on trouvera pour cela des matériaux dans, la première ville ou le premier village d'Angleterre. »

Messieurs, vous savez que, d'après nos principes politiques et constitutionnels, hors les cas d'une d^ire nécessité, nous évitons toujours de troubler Tordre de succession au trône, et l'on a cru sagement devoir respecter cet ordre établi, lors même qu'un étranger serait appelé à la couronne des trois royaumes. Ce passage tendrait a insinuer que tels sont les vices inévitables d'une monarchic héréditaire, qu'ils doivent l'emporter sur ses avantages. Or, en est-il ainsi? Je le demande a tous ceux qui m'écoutent, l'histoire n'atteste-t-elle pas que, dans une monarchie élective, le trône est rarement occupé par un homme investi de quelque considération? La raison en est évidente - il advient le plus souvent qu'après que des factions turbulentes ont long-temps désolé leur pays, l'une d'elles (et c'est ce qui a eu lieu dans toutes les occasions que ma mémoire peut me rappeler) donne la couronne à un homme qu'elle espère pouvoir faire servir d'instrument à ses volontés. Lorsqu'une guerre civile survient, ce qui est presque inévitable dans une monarchie élective , les factions ne voulant pas vider le différent à main armée, choisissent un homme faible que chacun accepte dans l'espoir de renforcer son parti, jusqu'à ce que de nouvelles circonstances aient ra-

mené une nouvelle guerre civile. Tel est , je crois , l'état de la question relativement à la monarchie élective. Ces inconvéniens surpassent de bien loin les chances quelquefois fâcheuses de l'hérédité, et les infirmités auxquelles un prince est sujet, car c'est a cela que cet homme entend faire allusion.

L'auteur a-t-il établi ses doctrines avec quelque sorte de bonne foi? a-t-il rappelé les innombrables ressources que nous possédons contre les vices inséparables de notre gouvernement? a-t-il parlé des nombreux conseils qui environnent le monarque, son conseil de parlement , son conseil de juges en matière de lois , son conseil privé? a-t-il parlé de la responsabilitédetousces conseils, responsabilité morale pour les uns, personnelle pour les autres? a-t-il parlé de la responsabilité des agens immédiats du gouvernement exécutif? a-t-il parlé de la nomination des régens? a-t-il rappelé toutes ces circonstances indispensables lorsqu'on veut discuter franchement les objections qui s'élèvent contre une monarchie héréditaire? Ce silence qu'est-il autre chose qu'une réticence coupable, une erreur volontaire pour exciter le mécontentement parmi la multitude ignorante?

Messieurs , il se présente a ma pensée une illustre exception que j'ai omis de vous citer lorsque j'ai avancé que le choix du prince, dans une monarchie élective , tombait ordinairement sur un homme peu digne de gouverner : il est un homme dont aucune infortune , aucun malheur, aucune provocation, aucun revers, n'ont pu ébranler la grande ame; dont le courage a semblé croître en proportion des calamités sous le poids desquelles il était accablé 5 quoiqu'il ne soit pas un grand prince, dans une certaine acception de ce mot, on ne peut s'empêcher de reconnaître en lui un grand homme dont le nom passera à la postérité la plus reculée • je veux parler du présent roi de Pologne. Ne croyez pas , messieurs , que je fasse ici mention de cet illustre caractère sans néces»

a62 BARREAU ANGLAIS,

site ; tous ceux qui m'écoutent savent qu'il fit la plus grande partie de son éducation dans ce pays; il avait approfondi notre constitution; il avait étudié les dispositions de cet acte que cet homme appelle un bill d'injures et d'insultes , sans que son ame en fût avilie, car je le crois un prince juste, sage et doué des plus belles facultés ; c'est encore ici qu'il put apprendre comment on gouverne un peuple libre, et il lit cette étude sous un prince de la maison de Brunswick.

Messieurs, après tout ce que je viens de vous exposer, je vais, faute d'expressions convenables (car je sens combien les miennes sont faibles) emprunter celles d'un autre. Je me suis formé sur ce livre une opinion entièrement semblable a la sienne ; vous l'exposer dans toute son étendue , serait une entreprise au-dessus de mes forces ; je vais doncfaire parler un habile écrivain qui , redoutant l'impression que ce livre pouvait faire sur les dernières classes du peuple en; Amérique, l'a réfuté victorieusement. Cet homme, et j'ai quelques motifs de le penser ainsi , n'est pas le magistrat suprême de son pays , mais il est le second membre du pouvoir exécutif, c'est-à-dire le second dans l'exercice du pouvoir royal en ce pays.4 il répond avec beaucoup de soin a tout ce qu'a dit M. Paine sur l'Amérique; mais, en vous rappelant ses paroles, je dois vous prévenir que telle est aussi mon opinion sur ce livre qui vous est déféré, opinion que je vous propose humblement d'examiner et d'adopter. Il dit : « Son intention évidente paraît être de persuader au peuple de la Grande-Bretagne qu'il ne possède ni liberté ni constitution , et qu'ij n'y a d'autre moyen de les fonder l'une et l'autre que de renverser leur gouvernement, et d'imiter l'exemple de la France. »

Messieurs, le passage suivant que je vous prie de considérer comme l'expression de ma pensée (et plût au ciel que j e pusse la développer aussi bien ! ), est ainsi conçu : « M . Paine tranche le nœud gordien; il déclare le parlement de 1688,

ERSK1NE. 263 usurpateur de ses pouvoirs, lui reproche d'avoir follement envoyé chercher un roi en Hollande, nie l'existence de la constitution anglaise, et invite le peuple d'Angleterre a renverser son gouvernement actuel pour en élever un autre sur les bases plus larges de la souveraineté du peuple , et d'un gouvernement par représentation. Comme M. Paine a combattu tous les principes de notre révolution , qu'il a ébranlé jusque dans leurs fondemens toutes les doctrines sur lesquelles repose la constitution anglaise, en niant son existence , il devient nécessaire d'examiner son ouvrage d'après les bases qu'il a luimême posées. Si l'on juge de cette production par sa tendance apparente, on peut la regarder comme un manifeste adressé à la nation anglaise pour lui prouver qu'elle a le droit d'établir une nouvelle constitution , que ce droit il lui 1 est expédient d'en user immédiatement , et qu'en établissant cette constitution , elle n'a rien de mieux a faire que d'imiter le modèle qui lui est offert par l'assemblée nationale de France. Quelque irrégulière que soit cette production , c'est a ces deux points que peuvent être, ramenés tous les argumens qu'elle renferme. Si cette discussion n'intéressait que la nation anglaise, on pourrait la laisser agir et raisonner pour elle-même; mais elle touche à la fois tout le genre humain, et les citoyens américains sont appelés par une puissante autorité (l'auteur veut désigner par là une personne d'un rang éminent dans ce pays qui a publié une opinion sur ce livre ) à se rallier autour des étendards de ce champion de la révolution. Je vais donc examiner les raisons, etc.» et il continue.

Messieurs , qu'il me soit permis de vous citer encore quelques fragmens de cet ouvrage : « Lorsque M. Paine invitait le peuple anglais à renverser le gouvernement établi , et à se donner une autre constitution, il aurait dû lui donner quelques raisons plausibles, et non pas d'impertinentes saillies. »

Ce que je vous ai lu aujourd'hui vous permettra de juger si ce reproche est fondé. « Il aurait dû lui développer la nature des abus qui pèsent sur lui, démontrer l'impossibilité de réformer le gouvernement avec son organisation présente, indiquer quelque moyen possible d'user de ses droits primitifs gans amener une dissolution totale de la société, prouver quels grands avantages devaient retirer les nations d'une telle révolution , sans en déguiser les dangers immenses et les épouvantables difficultés. »

En voilà assez , je pense , sur les passages eux-mêmes et sur l'interprétation que j'ai soumise a votre jugement.

Je vais m'occuper maintenant, des preuves sur lesquelles l'accusation est fondée ; elles démontrent évidemment et par les aveux réitérés de M. Paine, et par des lettres écrites de sa main , non-seulement qu'il a publié cet ouvrage , mais encore quelle fut son intention en le publiant : je vous produirai surtout une lettre que cet homme m'a adressée a moi-même, dans laquelle il s'avoue hautement l'auteur de ce livre, je prouverai que cette lettre est de sa main. Cette pièce démontre en outre d'une manière évidente que son intention, en le publiant, fut de calomnier notre constitution et d'insulter notre pays.

Je serai dans la nécessité de vous lire deux lettres dans lesquelles cet homme s'avoue l'auteur de cet écrit 3 l'une de ces lettres est adressée à une personne nommée Jourdan ; elle est conçue en ces termes :

Du 16 février 1792 (ce fut le jour auquel ce livre fut publié).

« Pour votre satisfaction et pour la mienne, je vous envoie u la lettre ci-incluse, quoique je n'aie pas lieu d'appréhender « que vous ayez occasion d'en faire usage 5 s'il en était autre- « ment, veuillez m'écrire deux mots sous l'enveloppe de

ERSKINE. 265 « M. Johnson Saint-Paul Churchyard qui rue la fera tenir; « sur votre avis , je viendrai répondre personnellement de « mon ouvrage ; écrivez-moi aussi pour M. Horne Tooke. »

La lettre incluse est celle-ci; elle est adressée au même M. Jourdan , libraire.

« Monsieur , si quelques personnes , en vertu de quelque « autorité que ce soit, dirige contre vous des poursuites re- « lativement a l'auteur ou a l'éditeur des Droits de l'homme , « veuillez bien me désigner comme l'auteur et l'éditeur de cet « ouvrage , et montrer cette lettre pour en faire foi ; aussitôt « que vous m'aurez donné avis de ces poursuites, je paraîtrai « moi-même pour y répondre personnellement. »

Messieurs , quant a la lettre qui m'a été écrite, elle est ainsi conçue :

M. Erskine. Milord, le procureur -général parle d'une lettre écrite par M. Paine, de laquelle il résulte qu'il est l'auteur de ce livre. Je voudrais savoir si monsieur le procureur-général entend lire une lettre qui pourrait former le sujet d'une poursuite distincte et séparée : je n'ai pas l'intention de contester la publication de cette lettre, je veux seulement demander si monsieur le procureur -général croit compatible avec la situation dans laquelle il est placé en ce moment, de lire une lettre écrite long-temps après la publication de l'ouvrage incriminé, et- qui renferme, à ce que j'ai compris (et dans le cas où je me serais trompé, je retire mon objection) des expressions dont le caractère est évidemment séditieux, et que, dans ma défense, je serai forcé de reconnaître comme telles. Ainsi donc, si cette lettre est étrangère au procès , sa seigneurie souffrira-t-elle que l'on détourne l'attention du jury de ce qui fait l'objet essentiel de

cette poursuite, pour l'occuper d'un fait qui pourrait être ensuite l'objet d'une accusation distincte et séparée , et qui le serait certainement si l'accusé pouvait être atteint par les lois de ce pays ?

Lord Kenjon. Si cette lettre tend à prouver que le prévenu est l'auteur de cette publication , je ne puis repousser ce témoignage.

Monsieur le procureur- général. La lettre est ainsi conçue :

Paris , il novembre, Tan ier de la république.

« Monsieur, comme il ne peut exister de ressentiment per- « sonnel entre deux étrangers , je vous écris cette lettre comme « à un homme contre lequel je n'éprouve aucune animosité.

« Vous avez , en votre qualité de procureur-général , com- « mencé une poursuite contre moi pour avoir publié les Droits « de l'homme. Si les devoirs que m'impose mon titre de « membre de la convention nationale de France ne m'eussent u appelé hors de l'Angleterre , je me serais présenté pour « démontrer l'injustice de votre accusation , non pas dans mon « intérêt, car je m'en inquiète peu, mais dans l'intérêt des « principes que j'ai proclamés dans cet ouvrage.

« Les devoirs que j'ai à remplir maintenant sont d'une trop « haute importance pour que je puisse m'occuper de votre « procès; lorsque j'en aurai le loisir , je ne ferai nulle diffi- « culte de me mesurer avec vous ; mais , dans la position où « je me trouve , que vous continuiez vos poursuites , que vous « obteniez ou non un verdict , tout cela m'est parfaitement « indifférent comme individu ; si vous obtenez un verdict « ( et je vous en fais par avance mes félicitations ) , il ne pourra « m'atteindre ni dans ma personne, ni dans mes biens , ni « dans ma réputation, si ce n'est pour accroître cette dernière; « quant a vous-même, autant vaudrait-il obtenir un verdict

ERSKÏNE. 267 « contre un homme dans la lune que contre moi; je ne « vois pas non plus comment vous pouvez continuer a me « poursuivre comme l'un des sujets de votre pays qui se serait « absenté pour échapper a l'accusation. Ce qui s'est passé a « Douvres prouve que mon départ de l'Angleterre ne fut pas «< un secret.

« Mon absence forcée de votre pays permet de juger contre » qui votre poursuite est dirigée, si c'est contre Thomas Paine « ou contre les droits qu'a le peuple anglais d'approfondir le « système et les principes de son gouvernement; car, comme <i< je ne puis être maintenant l'objet d'une action criminelle, « la continuation de ce procès prouve quel en est le motif; « ce motif, c'est de porter atteinte aux libertés du peuple « anglais ; c'est contre ses droits , et non contre moi , qu'un « verdict pourrait avoir quelque effet; soyez donc assez bon « pour apprendre au jury (si toutefois vous persistez a lui « soumettre cette cause ) qui est-ce que vous poursuivez , et « sur qui tombera son verdict. »

Messieurs, j'accomplirai ce vœu ; je poursuis l'auteur et son ouvrage, et si le succès couronne mes efforts, il ne rentrera dans ce pays que pour y languir dans les fers, car je veux le faire proscrire.

« Mais il est d'autres motifs qui m'engagent à vous écrire « cette lettre ; et quelqu'interprétation que vous leur don- « niez, soyez persuadé qu'ils partent d'un cœur pur. Les « circonstances, monsieur, deviennent trop sérieuses pour « jouer avec des condamnations et se rire des droits du peu- « pie; les terribles exemples que l'on a faits ici sur des « hommes qui se croyaient , il y a encore moins d'un an , aussi « certains de leur existence qu'aucun de ceux qui me pour- « suivent , juges , jurés, et même procureur-général , devraient « faire quelqu'impression sur des hommes placés dans votre « situation, n

Messieurs , Thomas Paine connaît mal la nature humaine. Des hommes qui , comme vous et moi , vivent tranquillement , soumis aux lois du pays qu'ils habitent, exerçant les diverses fonctions qui leur sont dévolues , paisiblement et non sans gloire peut-être, de pareils hommes, appelés a penser, habitués a réfléchir , ne sont pas facilement ébranlés par des menaces ;je ne puis me persuader que des sujets anglais, exerçant des fonctions publiques , comme vous et moi , a la face de tous leurs concitoyens , aient la faiblesse de reculer devant leurs devoirs. Tout ce que je puis dire à M. Paine, c'est que, s'il existe ici dans Londres quelque assassin à ses gages , et Ton pourrait le supposer non sans fondement, ou bien quelque assassin aux gages des personnes avec lesquelles il est lié , qu'ils apprennent, s'ils sont ici présens, qu'a mes yeux il est aussi beau de mourir en faisant son devoir , que de mourir dans son lit consumé par une lente maladie, et que , pour n'être pas un incendiaire , on n'est pas un lâche.

Il ajoute : « Le gouvernement d'Angleterre est le plus grand « ouvrage de fraude et de corruption qui ait existé depuis qu'il « y a des gouvernemens ; vous ne pouvez le nier, à moins que « l'habitude de le voir ne vous ait aveuglé. » Sur mon honneur, messieurs, je suis aveugle, et je ne m'en plains point. « Mais « quoique vous persistiez à ne pas le voir, le peuple s'éclaire « chaque jour , et ses progrès surpassent tout ce que vous pou- « vez croire, tout ce que la raison permet de supposer de tatt lens a M. Guelph ou à ses libertins de fils pour gouverner « une nation. »

Sur ce passage, messieurs, j'ai a vous dire ceci : qu'il est scandaleux, plein de faussetés et d'abominables calomnies. Quoi ! messieurs , non content des doctrines politiques qu'il vient propager en ce pays, M. Paine veut-il aussi nous prêcher cette étrange morale que la haine doit durer toujours? Faibles créatures 7 dont la fugitive existence est entre les

ERSKINE. 2G9 mains d'un être bon , patient , miséricordieux ! veut-il donc nous persuader que la mémoire de quelques erreurs de jeunesse, desquelles la royauté elle-même n'est pas exemple, doit vivre éternellement dans un implacable souvenir, et qu'elles doivent être jugées irrémissibles? Faut-il donc les confondre toutes par ces calomnieuses expressions qui révoltent l'oreille et déchirent le cœur de tout Anglais qui les entend ? Il n'y a qu'un barbare qui ait pu écrire ces odieuses paroles entièrement étrangères à l'objet pour lequel il m'adressait sa lettre. S'il a voulu me causer une vive douleur , qu'il jouisse de son infernal succès. Cet homme a-t-il donc voulu détruire ce grand principe qui supplée à toutes les lois humaines et a toutes les constitutions : « Juge les autres comme tu voudrais être jugé toi-même. » C'est la le bill d'injures et d'insultes de notre sainte religion. Je dois présumer qu'il l'a jugé tel, lorsque je vois qu'il a eu la barbarie de m'adresser ces paroles , et de me les adresser de manière qu'il m'était impossible d'éviter de les lire.

Messieurs , il n'est peut-être pas dans le monde de plus heureuse analogie , de règle plus sûre pour juger des objets d'ordre public , que de les comparer à ce qui se passe dans la vie domestique. Une famille est un petit royaume; un royaume est une grande famille. Supposé que cet événement fût arrivé dans la vie privée, jugez du bon cœur de cet homme qui vient répandre dans le sein du serviteur fidèle d'un bon maître , et cela par l'inévitable, voie de la poste publique, des calomnies atroces contre ce maître et contre ses enfans ; mettez la main sur vos consciences, et dites ce que vous pensez du cœur de cet homme Je vois votre réponse,

Il a, messsieurs, l'audace d'ajouter : « Je vous parle comme « un homme doit parler a un autre.» Meparle~t-il de ces augustes personnages comme un homme doit en parler à un autre ? S'il m'eût adressé de vive voix ces paroles, je ne sais si;mécon-

27o BARREAU ANGLAIS,

naissant les devoirs de ma charge et la dignité de mon rang , je n'eusse pas , dans une juste indignation , violé la paix publique que je suis chargé de maintenir. Il ajoute : « Ce que je dis, « d'autres commencent aie penser : vous ne pourrez obtenir un « verdict ( et si vous l'obtenez , peu importe ) sans séduire le « jury : nous n'ignorons ni l'un ni l'autre comment cela se prate tique -, j'ai de très-bonnes raisons pour le croire. » Mentiris impudentissimè ! non, je ne connus jamais de pareilles fourberies 5 je ne sais qu'une chose, c'est qu'elles n'eurent jamais lieu , qu'elles ne peuvent avoir lieu ; je sais que la vérité est directement le contraire de ce que dit cet homme; je sais aussi que cette lettre qui renferme d'aussi atroces faussetés, était destinée a être publiée, et c'est le motif pour lequel je m'y suis apesanti si long- temps.

« Je suis allé dans les cafés et dans tous les lieux où j'ai pu « paraître inconnu pour m'enquérir de l'opinion publique. » Est-ce donc dans des cabarets, dans des tavernes qu'il faut aller recueillir l'expression des volontés publiques ? c'est , messieurs, ce que je vous laisse à juger. « Je n'ai jamais « entendu douze hommes réunis condamner mon livre, et j'en « ai souvent rencontré plus dé douze qui l'approuvaient : c'est « la , je pense , un moyen infaillible de s'assurer de l'esprit pute blic. Ne travaillez donc pas, monsieur, a jeter douze jurés « dans une situation qui pourrait bientôt leur devenir fatale. » Bientôt leur devenir fatale ! Ces paroles s'appliquent assez d'elles-mêmes. Il continue ainsi :

« Je ne dis point ceci par politique (et pourquoi donc?) , « mais plutôt ( messieurs, devinez, je vous le donne en cent) « par bienveillance ; mais si vous croyez devoir poursuivre ce « procès , je vous supplie de lire cette lettre a l'audience, après « quoi les juges et les jurés feront ce qui leur plaira ; comme « je ne me crois pas le véritable objet des poursuites , quelle « que soit leur issue, je n'en serai pas touché ; quoique étran*

ERSKINE. 371 « géra votre pays, je prendrai part ainsi qu'un autre à la « souscription ouverte pour soutenir les droits de la nation « contre cette accusation , et ce n'est que dans cet unique but « que je le ferai ». Th. Paine.

Ainsi , messieurs , c'est une défense payée par souscription que vous allez entendre.

P. S. «Pavais intention, si je me fusse trouvé en Angle- « terre , de publier l'information avec mes remarques. Cette « publication eût été convenable avant le jugement- mais, « absorbé par d'autres occupations , je me réserve de le faire « après la décision rendue, et alors je pourrai répondre en « détail a tout ce que vous aurez avancé. » Fasse le ciel qu'il n'omette aucune des paroles que j'ai prononcées aujourd'hui , ou que je prononcerai daps le cours des débats! Je méprise ces ridicules menaces comme celles plus sanglantes qu'il faisait tout à l'heure.

Messieurs, je crois inutile de rien ajouter à ce que je viens de dire ; selon que vous serez d'opinion que la tendance nécessairement criminelle, et l'intention de ce livre est ou n'est pas telle que je me suis efforcé de vous le démontrer , vous prononcerez votre verdict. Mes fonctions m'imposaient l'obligation de traduire devant un jury un homme coupable d'un crime si énorme. Quel que soit l'événement, j'ai fait mon devoir. Je suis satisfait d'avoir placé notre illustre et florissante patrie sous la puissante égide de votre protection.

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