ACCUSÉ DE LIBELLE
En Tannée 1783, peu de temps après la conclusion de la désastreuse guerre d'Amérique, toute l'attention publique se tourna vers la nécessité d'une réforme dans la representation nationale. Plusieurs sociétés se réunirent dans les différentes parties de TAngleterre et du pays de Galles pour la provoquer : le duc de Richmond et M. Pitt, alors ministre , se mirent à leur tête et soumirent celte question au parlement.
Pour rendre ce grand objet d'intérêt national intel* ligible à toutes les classes du peuple, sir William Jones ,
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alors l'un des avocats les plus distingués du barreau de Londres, depuis l'un des juges de la cour suprême du Bengale , composa un dialogue entre un gentilhomme et un fermier. Ce dialogue , écrit avec beaucoup de simplicité , lui parut un moyen sûr de faire comprendre aux hommes les plus ignorans le grand principe de la société et du gouvernement, et de leur démontrer les vices de la représentation du peuple de la Grande- Bretagne.
Sir William Jones ayant épousé Tune des sœurs du doyen de Saint- Asaph, celui-ci prit dès-lors intérêt au succès de ce dialogue , et il le recommanda vivement à un comité des principaux habitans du Flintshire , qui s'était réuni dans l'intention de demander la réforme parlementaire : ce dialogue y fut lu, et son approbation votée unanimement.
Le parti de la cour, de son côté, reprocha violemment au comité la faveur qu'il accordait à ce dialogue ; alors le doyen de Saint-Asaph, considérant, comme il le dit lui-même, que le meilleur moyen de justifier cet ouvrage, et ceux que l'on attaquait pour l'avoir approuvé, était de le faire connaître, afin que le public pût juger le différent ; le fit imprimer, et plaça en tête un avertissement ainsi conçu :
tr II a paru nécessaire d'opposer une courte défense aux attaques violentes et mal fondées dont le comité de Flintshire a été l'objet, pour avoir témoigné son approbation au dialogue suivant, qui a été publiquement noirci des plus injurieuses épithètes : l'on a cru que la plus sûre voie de venger ce petit traité dq l'injuste
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caractère qu'on lui impute , est de le produire au grand jour. Les amis de la revolution reconnaîtront aussitôt qu'il ne renferme aucun principe qui ne soit appuyé des plus respectables autorités , aussi bien que des raisonnemens les plus incontestables.
« Si la doctrine qu'il effleure légèrement, ainsi qu'il convenait à un dialogue , est fausse , séditieuse , diabolique, lord Somers fut un incendiaire, Locke un traître, et le parlement-convention une assemblée de démons ; mais si ces noms font la gloire et l'orgueil de l'Angleterre , si cette convention affermit pour jamais notre liberté et notre bonbeur , alors les doctrines proclamées dans ce livre ne sont pas seulement justes et raisonnables , mais constitutionnelles et salutaires; et ceux-là seuls méritent des injures et reproebes , qui se sont si grossièrement mépris dans leur application. »
Le dialogue ajant été publié , M. Fitz Maurice , frère du marquis de Lansdowne , accusa le doyen de libelle à la grande session de Debinghsbire. La cause devait être jugée aux assises de Wrexham, dans l'été de 1785, mais le demandeur sollicita sa remise à la session suivante, se fondant sur la circulation de certains écrits qui tendaient à établir quelques préventions sur le procès. Aux assises tenues à Wrexham, le printemps suivant, la cause devait être jugée de nouveau , et le défendeur se présenta pour la seconde fois, assisté de son conseil ; mais elle fut évoquée , par la partie poursuivante, à la cour du banc du roi , et elle fut enfin jugée à Shrewsbury , comme étant le comté d'Angleterre le pins voisin.
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L'acte d'accusation portait : « que William Davies Shipley, ci-devant de Llannerch Park, dans la paroisse deHenllan, dans le comte de Denbigh, ecclésiastique, étant une personne de dispositions perverses et turbulentes, et voulant méchamment exciter et répandre parmi les sujets du royaume des me'contentemens et des soupçons contre le roi notre sire et son gouvernement, ainsi que la haine et la déloyauté contre notre sire le roi régnant ; soulever de très-dangereuses séditions et des tumultes dans l'intérieur du royaume j répandre contre le gouvernement de ce royaume de grandes calomnies ; lui attirer la honte et la défaveur , pousser les sujets du roi, notre sire , à tenter par la violence et la force des armes, de faire des changemens dans le gouvernement de l'état et la constitution de ce royaume ; avait , en la vingt-troisième année du règne de notre souverain lord George m, présentement roi de la Grande-Bretagne, et dans la ville de Wrexham, comté de Denbigh sus-mentionné , méchamment et séditieusement publié ou fait publier un libelle malicieux , séditieux ? calomnieux sur et concernant la personne dudit roi , notre sire, et le gouvernement de son royaume, dans la forme d'un dialogue entre un prétendu gentilhomme et un prétendu fermier ; dans lequel prétendu dialogue Jes paroles attribuées au prétendu gentilhomme sont désignées par la lettre G , celles attribuées au prétendu fermier sont désignées par la lettre F; lequel dialogue est intitulé Principes du gouvernement en foinne de dialogue entre un gentilhomme et un fermier , dans lequel sont comprises des choses fausses , méchantes , mali-
EXPOSÉ. io5 cieuses, séditieuses, calomnieuses , ainsi qu'il suit, etc. »
L'acte d'accusation rapportait ensuite, mot pour mot, le dialogue suivant, sans aucune explication ni inductions autres que celles ci-dessus mentionne'es , c'est-àdire que la lettre G , dans tout le dialogue , signifiait gentilhomme, et la lettre F fermier, que le mot roi ( lorsqu'il se rencontrait) signifiait le roi de la Grande- Bretagne , et le mot parlement (lorsqu'il se rencontrait) le parlement de ce royaurne. Aussi le dialogue , tel qu'il suit, composait dans le fait tout l'acte d'accusation, sauf que l'on n'avait pas répété à chaque interlocution que F signifiait fermier , et P parlement.