‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglais (volume 3)Chapitre 15 sur 35 · SECOND · texte numérisé non relu

SECOND

POUR

HENRI ET JOHN SHEARES

Prononcé à Dublin, au mois àc juillet 1798, devant une commission spéciale.

Le jeudi, 12 juillet, les prëvenits ayant comparu à la barre , le procureur- general fil l'expose de la cause et appela les témoins ; l'alderman Alexandre de'posa avoir trouve l'écrit suivxmt dans une boîte ouverte suiune table dans le salon de la naaisondeM. JohnSheares , M. Henri Slieares étant present.

L'écrit trouve par l'alderman Alexandre fut lu comme il suit : les mots en italique étaient souli^jnes , ceux entre parenthèses étaient effaces avec une plume.

Irlandais ,

(Votre pays est libre, tous ces monstres qui ont usurpe votre gouvernement pour opprimer son peuple , sont dans nos mains, excepte ceux qui ont)

Votre pays est libre , et vous allez être venge's j il n est plus, ce vil gouvernement qui vous a si long-temps et si cruellement opprimes : quelques-uns de ces monstres les plus atroces ont déjà paye leurs forfaits de leur vie , et tout le reste est entre nos mains (attendant son sort.) Le drapeau national flotte en ce moment sur les ruines du despotisme, et celle capitale qui , il y a peu d'beures encore, elait (le théâtre) témoin des excès (des imaginations), des complots et des crimes de vos tyrans, est maintenant la citadelle du patriotisme triomphant et de la vertu. Levez- vous donc , enfans unis de l'Irlande , levez-vous comme une grande et puissante nation de'terminée à (vivre) être libie ou mourir! Armez-vous par tous les moyens qui sont en votre pouvoir j considérez (qu'en desarmant votre ennemi) qu'à chaque ennemi que vous de'sarmez vous armez un ami et doublez ainsi votre puissance j quand il s'agit de la liberté , l'inaction est lâcheté, et le lâche perdra la propriété qu'il n'a pas* ou le courage de défendre; qu on lui enlève ses armes, qu'on les donne à ces vaillans hommes qui en manquent et qui sauront s'en servir! Oui, Irlandais, nous jurons par cette éternelle justice dont nous dèfendoiis la caus(^ que le brave citoyen qui survivra à la glojieuse lutt<' qui s'engage, ou la famille de celui qui y succombera , recevra des mains d'une nation reconnaissante des re-

28o EXPOSE.

compenses prises sur les biens que nos ennemis ont abdiques entre ses mains; que son nom sera inscrit dans les archives nationales de la revolution irlandaise comme un glorieux exemple pour toute la postérité'; mais nous jurons également que tout pillage sera puni de la mort ou de l'infamie.

Nous jurons aussi que nous ne déposerons pas l'epee jusqu'à ce que tout habitant de ce pays ait recouvré cette égalité de droits que Dieu et ja nature ont donnée à tous les hommes , jusqu'à ce qu'un ordre de choses soit établi, dans lequel nulle supériorité ne soit reconnue entre les enfans d'Erin , excepté celle de la vertu et du talent.

(Quant à ces misérables qui tournent leurs armes contre leur patrie, la vengeance nationale les attend; traitez-les sans quartier, à moins qu'ils ne prouvent leur repentir par une prompte désertion. En abandonnant l'étendard de l'esclavage pour celui de la liberté , à l'ombre duquel leurs erreurs disparaîtront , ils pourront partager la gloire et les avantages qui attendent les vaillantes bandes irlandaises.)

Une foule de militaires ressentent l'amour de la liberté brûler dans leur ame et se sont (déjà rangés sous l'étendard national; recevez à bras ouverts ceux qui suivront ce glorieux exemple, ils peuvent rendre de signalés services à la cause de la liberté; ils seront récompensés selon leur mérite; mais quant au misérable qui tourne son épée vers sa patrie, que la vengeance nationale s'apesantisse sur lui , qu'il ne lui soit fait aucun quartier. Deux autres crimes demandent )

Que toute l'énergie de vos amcs se réveille; faites pa-

EXPOSÉ. 281 raître tons ces taleDS qu'un gouvernement vicieux condamnait à l'obscurité, et, sous la conduite des chefs que vous vous serez choisis , marchez d'un pas ferme à la victoire: méprisez le vain éclat d'une soldatesque mercenaire. Elle ne pourra soutenir le choc vigoureux, d'hommes libres; (attaquez-les corps à corps, et faitesleur voir quelle force donne la cause de la liberté. ) Leurs ornemens et leurs armes vous appartiendront bientôt , et le gouvernement anglais , auquel nous vouons une éternelle haine , apprendra que les trésors qu'il prodigue à ses esclaves pour les exciter à massacrer le peuple irlandais , ne servent qu'à nous donner les moyens de tourner leurs armes contre lui.

Attaquez-les jour et nuit et sur tous (es points , profitez de tous les avantages naturels de votre pays , qui sont innombrables et que vous connaissez mieujc queux; où vous ne pourrez leur opposer une résistance ouverte , fatiguez leurs derrières et leurs flancs ; enlevez leurs provisions et leurs magasins; empêchez-les , autant que possible, de réunir leurs forces ; que tout le temps qui ne sera point employé à combattre pour votre pays , soit consacré à préparer les moyens de la guerre , car la guerre, la guerre seule doit occuper maintenant toutes les ames et tous les bras en Irlande, jusqu'à ce que son sol si long-temps opprimé soit purgé de tous ses ennemis.

Vengeance, Irlandais, vengeance contre vos oppresseurs ; rappelez-vous combien d'entre vos amis ont péri par leurs ordres impitoyables ; souvenez-vous de leurs toitures, de leurs incendies, de leurs pillages, de leurs

massacres militaiies et de leurs meurtres judiciaires; souvenez-vous de Orrî

Les moyens invoque's à l'appui de Taccusation , ainsi que les témoins appelés par les prévenus ayant ete entendus , Curran prit la parole vers les minuit.

Milords, dit-il, avant de m'adresser à la cour ou au jury , je desire faire une observation préliminaire : ce sera seulement une observation j ce sera si l'on veut une requête, une demande, pour moi, peu importe; mais je me sens maintenant hors d'ëtat de remplir le devoir qui m'est deVolu, je succombe sous le poids qu'il m'impose; nous connaissons tous le caractère du jury; l'intervalle de sa separation sera très-court , si toutefois on juge nécessaire qu'il se sépare; mais je proteste que je succombe sous le poids de cette affaire : s'il faut que je continue , la cour aura sans doute quelque indulgence pour moi, et le jury pareillement; je continuerai jusqu'à ce que mes forces m'aient entièrement abandonne; mais après une seance de seize heures consécutives , interrompue seulement pendant vingt minutes, il me semble que l'on peut espérer sans indiscrétion qu'un intervalle de quelques instans me sera accorde pour me reposer, ou plutôt pour recueillir mes forces.

Lord Carletou. Que dites- vous , M. le procureur-général?

Le procureur-f^êncral. Je vois , milord, tant d'inconvéniens à ajourner ces sortes d'affaii es , que je ne puis y consentir; les défenseurs des prévenus ne peuvent être

EXPOSÉ. o83 plus fatigueVqiie ceux de la couronne 5 s'ils veulent ne point parler -sur les preuves produites , nous renoncerons de notre côte à notre droit de les discuter, et nous laisserons la cour prononcer en le'tat de la cause j ils ont déjà pris deux fois la parole (M. Ponsonby avait aussi parle'), et laisser leur discours sans réponse, est, ce me semble, une assez belle concession.

Lord Carleton. Nous désirerions vivement pouvoir nous rendre à vos désirs, je suis moi-même aussi fatigue que qui que ce soit , mais nous croyons qu'il est indispensable d'achever la discussion.

Sur cette declaration , Curran prit la parole et prononça le discours suivant :

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