i liAllREAU ANGIAIS
ont été publiés dans ce dessein , ce qui prouve invinciblement que ce fait n'a pas été considéré comme compris dans la clause relative au complot contre la vie du roi.
Maintenant , messieurs , veuillez examiner quelles sont les preuves que l'on vous a produites au soutien de l'acte d'accusation. Je ne crois pas devoir fatiguer votre attention en vous rappelant en détail les dépositions du capitaine Armstrong ; il vous a fait un récit que nous aurons occasion d'examiner sous le rapport de la foi qui lui est due; il vous a fait connaître la manière dont il fut introduit d'abord , auprès de M. Henri Sheares, puis auprès de son frère, et vous a ensuite rappelé une conversation que vous n'avez pas sans doute oubliée , tant elle a été étrange; mais dans tout le cours de la déposition, loin de faire la moindre observation, ou de dire le moindre mot sur les relations qui auraient pu exister avec les puissances en guerre avec le roi, il a expressément affirmé que l'insurrection, quels qu'en fussent les auteurs, devait être une insurrection intérieure, indépendante de toute intervention étrangère.
Je suis donc autorisé à soutenir qu'un tel complot ne rentre pas dans les termes de la première clause du statut ; il ne rentre pas non plus dans ceux de la seconde, relative aux personnes qui s'unissent aux ennemis du roi, car c'est de ses ennemis étrangers qu'il s'agit ; et, loin que Ton ait prouvé l'existence d'aucune relation avec eux, il est démontré que les prisonniers partageaient contre eux l'aversion commune.
Adhérer aux ennemis du roi, signifie, coopérer, entretenir des intelligences avec eux, leur envoyer des provisions ou des armes, mais jamais on n'a décidé qu'un fait constitua le crime d'adhérer aux ennemis du roi lorsqu'il ne leur procurait aucun avantage. Dans le procès de Jackson , Hensey et lord Preston , les prévenus avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour leur donner des secours : il en a été de même en celui
CURRAN. 293 deQuigley; mais en outre, je dois répéter qu'il est complètement inutile que la loi soit interprétée différemment ; car soulever la guerre est en soi-même un crime : quelle nécessité y a-t-il donc d'employer l'interprétation pour établir qu'exciter la guerre ou conspirer pour l'exciter, doit rentrer dans les dispositions d'une autre clause également pénale, mais non pas si étendue?
Supposez , messieurs , que je ne sois point fondé dans l'une et l'autre proposition de mon argument 3 supposez, en admettant la vérité des témoignages produits, que les prisonniers ont conspiré la mort du roi, comme aussi d'adhérer a ses ennemis , sur quoi fonderez-vous votre verdict ? sur vos sermens ; mais vosserraens sur quoi seront-ils fondés? sur celui des témoins ; et le serment des témoins, sur quoi? sur ceci, et sur ceci seulement: qu'ils croient a l'existence d'un Dieu éternel, d'une intelligence suprême qui infligera d'éternelles punitions aux offenses , ou récompensera la vertu d'une éternelle félicité ; mais lorsque le témoin croit qu'il ne possède qu'une ame périssable, qu'il n'existe rien en lui sur quoi puissent s'exercer les jugemens de Dieu, le nombre de ses Climes ne le touche point; il ne se laisse point troubler par les terreurs d'une conscience éteinte, qui seules pourraient vous sauver de la crainte de rendre un verdict fondé sur le parjure. Supposez qu'il regarde son corps comme animé par un mouvement purement machinal, je ne sais vraiment en quel langage exprimer ses croyances ; supposez que, dans son opinion, cet admirable système formé par la main du Tout- Puissant ne soit que folie ou aveuglement , comparé a la manière dont il dit avoir été créé , dont il pense que son abominable cœur conçoit ses idées, ou sa langue les communique; supposez, dis-je, que telles soient ses croyances: qu'est-ce qu'un parjure à ses yeux? 11 n'a pas besoin de religion s'il espère que son misérable corps trouvera un éternel refuge dans le tombeau , et que son dernier souffle restituera
BARREAU ANGLAIS, son ame au néant ; il rit a la pensée d'une éternelle justice, et vous dit que la tombe dans laquelle il descend, forme un impénétrable rempart entre lui et les vengeances d'un Dieu justement irrité.
Ne ressentez-vous pas, ô mes compatriotes, une sorte de consolation anticipée en pensant que cette religion qui nous reçoit dans ses bras dès notre entrée a la vie^ qui nous donne la force de soutenir les coups de l'affliction pendant toute sa durée, et nous rend plus chers les uns aux autres, nous apprend , lorsque nous voyons nos amis rendus a la terre, que ce n'est là qu'un sommeil passager, duquel nous nous réveillerons a un éternel bonheur? Mais quelle communauté de senlîmens peut vous unir, quelle confiance pouvezvous donner a ce vil esclave qui règle sa conduite sur cette opinion, qu'il n'est qu'un vain jouet du hasard, que rien n'existe au-delà de la tombe, et pour lequel, ce qui fait la terreur et en même temps l'espérance des plus vertueux, est un objet de mépris ou de désespoir?
Daignez avoir pour moi quelque indulgence , ô mes compatriotes ! Mais je sens que mon cœur m'entraîne; le méchant seul peut être toujours froid. Quelle est la loi de notre pays? Si le témoin lie croit point en Dieu ou à une vie future, vous lie pouvez recevoir son serment : sur quoi le prêtera-t-il? Sur ces feuilles saintes; autant vaudrait-il le faire jurer sur un morceau de bois ou une pièce de monnaie. La cérémonie de baiser ce livre n'est qu'un symbole extérieur par lequel l'homme prend l'engagement, et dit : que Dieu me soit en aide comme je dirai la vérité; il est dès ce moment lié envers la divinité sous la condition de dire la vérité, et il n'attend de miséricorde du ciel qu'autant qu'il aura rempli son devoir; mais l'incrédule, comment lier son ame? Vous devez repousser son témoignage, car il n'a ni conscience, ni espérance, ni punition qui le retienne.
CURRAN. 295 Or, quelles sont les preuves produites sur cet infortuné jeune homme? Qu'a dit son propre parent, M. SherAvinglon ? Il lui parlait librement ; il le connaissait depuis long-temps : que vous a-t-il dit de son caractère ? Les OEuvres de Thomas Paine étaient sa religion et sa philosophie ; c'est la qu'il puisait ses principes de politique; c'est a ce blasphémateur de son Dieu et de son roi qu'il empruntait ses idées religieuses ; il vous a attesté lui-même qu'il a entrepris de lire ses deux abominables traités, ce livre affreux de C À^e de la raison^ composé pour les intelligences étroites ou dépravées; pourquoi ne pas apprécier ce témoin sur les vulgaires maximes de ce misérable , ce grossier, ce vil déserteur de son pays et de son Dieu ?
N'est-il pas déplorable de voir un homme, travaillé d'une maladie incurable, se glorifier lui-même de ses infirmités? «Voulez-vous savoir, dit-il, mes sentimens sur la politique? Je les ai puisés dans Thomas Paine; je déteste toute espèce de lois , et si l'on ne pouvait trouver un autre bourreau , j'irais moi-même enfoncer le poignard dans le coeur de George m, parce qu'il est roi et parce qu'il est mon roi. Je jure, par le saint évangile de Paine, que je regarderais comme une œuvre méritoire de plonger un couteau dans son cœur, lui auquel j'ai engagé une ame que je ne puis aliéner, n
Est-ce là l'effusion passagère d'un jeune fou , incapable même de comprendre ce qu'il dit? Si c'était un propos tenu au milieu d'une réunion de jeunes filles pour leur donner un échantillon de son audace , en reniant noblement sa religion , on pourrait l'excuser peut-être : on s'oublie quelquefois en pareille occasion; un blasphème ou un obscène langage passe pour esprit en certaines compagnies; mais ce n'était point à une jeune fille, et pour l'étonner, qu'il tenait ce langage, c'était à l'un de ses parens , à un homme d'une loyauté éprouvée. J'avoue qu'en théorie je désapprouve ses principes de cou-
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duite , lorsqu'il vous a parlé de passer son épée au travers du corps de celui qui proclamait ces maximes; mais j'ai admiré la vertueuse et énergique indignation de ce brave militaire. Si M. Sherwington a dit vrai, le capitaine Armstrong doit être un parjure. Toute la cause est la; vous ne pouvez la placer ailleurs ; je la soumets a votre bon sens. J'oppose ici confiance a confiance^ l'un ou l'autre des deux doit être un parjure; lequel choisirez-vous? et si le capitaine Armstrong est indigne de tonte croyance , pouvez-vous prononcer un verdict de sang sur son témoignage ?
Messieurs, je vais plus loin : je connais votre horreur du crime et la chaleur de votre dévouement , et c'est par ces motifs que je vous respecte et vous honore. Eh bien ! je vous le demande, rejeteriez-vous un pareil téuioin, ou bien consentiriez vous , sur la foi d'un pareil homme, h repousser un ami qui jouissait de votre estime, ou l'enfant qui obtenait tout votre amour? Supposez qu'il vînt vous faire lui-même ce récit : Je me suis introduit auprès de votre ami ou bien de votre enfant ; je me suis adressé a lui sous le voile de l'amitié, avec le sourire de l'abandon ; j'ai captivé sa confiance pour la trahir, puis je vous ai calomnié; j'ai vomi l'injure contre vous pour l'enûammer ; et je lui ai dit : votre père ne vous aime pas; qu'ensuite il vînt vous apprendre qu'il a irrité votre fils et trompé votre ami , et qu'il ajoutât : je vous demande maintenant de porter le dernier coup par une nouvelle cruauté ; consentiriez-vous , par cela seul, à retirer votre affection à l'enfant ou à l'ami que vous avez chéri si long-temps? Non , vous ne préjugeriez point leur cause , mais vous examineriez jusqu'à quel point le récit de cet homme peut être cro3'able , vous ne i'écouteriez qu'avec méfiance et avec hésitation.
Le capitaine Armstrong vous dit: « Byrne était mon libraire'; c'est de lui que j'achetai mon petit manuel de blasphèmes et d'obscénités avec lequel je me délassais. » « Voudriez-vous
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permeltre, lui dit ce dernier, qu'on vous présente M. Sheares? sans désigner lequel. » Que fit-il alors? Il ne jugea pas à propos d'y consentir jusqu'à ce qu'il eût vu le capitaine Clibborn. Vous a-t-il donné une seule raison qui lui permît de supposer pourquoi M. Sheares désirait lui être présenté, aucune raison de supposer quels étaient les principes de Byrne, aucun motif qui pût lui faire imaginer que sa connaissance pût le conduire à quelques démarches inconsidérées? Il est essentiel de rappeler qu'il vous a affirmé n'avoir jamais parlé politique avec Byrne : il ignorait donc les principes de Byrne, et Byrne ignorait les siens; mais la proposision fut faiie, et il en fut si alarmé qu'il ne voulut pas répondre jusqu'à ce qu'il eût vu le capitaine. Cela n'est-il pas tout à fait incroyable? Il est une circonstance qui m'a fait croire qu'il a joué le rôle d'un délateur public. A peine sa déposition a-t-elle été terminée qu'un témoin est venu pour attes.ter qu'il faut en croire à son témoignage. C'est la première fois que Ton voit un témoin inquiet sur la mesure de confiance qu'il mérite , envoyer une personne pour justifier son caractère.
Voyez comme il y a réussi! il rapporta le tout au capitaine Clibborn; il le voyait tous les soirs lorsqu'il revenait chargé , comme la diligente abeille, des indices qu'il avait recueillis. Que répondre à cela? Que le témoin est indigne de toute croyance. Mes cliens soutiennent que leur vie ne peut être mise à la discrétion d'un pareil homme : il est démontré être un délateur; il a désigné par avance sa victime. Vous connaissez trop bien le monde pour ne savoir pas que tout mensonge est mêlé d'un peu de vérité ; les récits d'un parjure ne sont jamais faux en tout point ; aussi je suis tout dispose à croire que ce témoin a.eu le courage , lorsqu'il se voyait environné de la jeune famille de mon client, qu'il était reçu sous son toit hospitalier, qu'il voyait sa respectable mère soutenue par la piété de son fils, et ses enfans réchauffés par la tendresse de leur père ,
2jS n\T\RE/VU ANGLAIS,
qu'il a cu, dis- je, le courage de contempler d'un air tranquille les calamités qu'il leur préparait, en les jetant au milieu des orages du monde , privés des secours qu'ils peuvent attendre de la tendresse d'un père; tant d'horreurs peuvent-elles exister, et ne pas réveiller la vengeance d'un Dieu éternel ? Mais quoi ! cet homme espère qu'elle ne pourra l'atteindre au-delà du tombeau, et dès-lors je conçois cet excès de méchancetés -, car , messieurs , lorsque la raison se dépouille de tout principe de morale et de religion, Tame n'est plus qu'un vaste et sombre désert que ne vivifie plus un seul rayon de tendresse ou d'humanité. La férocité entre dans le cœur de rhomme dès l'instant où toute croyance à un Dieu juste en est effacée. Oui, je puis croire que le témoin ( dans quel intérêt, dans quelle espérance, je l'ignore , vous le savez peutêtre ) a médité le projet d'envoyer ces deux hommes à la mort , et de condamner leurs enfans a la honte et à la misère ; qu'il a pu tromper l'hospitalité reçue pour assurer le succès de son œuvre en mêlant a ses faussetés quelques étincelles de vérité recueillies sous le toit domestique.
Je vous ai parlé de l'invraisemblance de son récit; y ajouterez-vous foi , messieurs ? La défense de mon client consiste à dire que le témoin est un parjure. Vous êtes appelés, au nom de Dieu tout-puissant que vous révérez, mais qu'il méprise , à juger s'il n'est pas quelque motif qui puisse le sauver de la bassesse de son accusateur.
J'examine maintenant son témoignage en lui-même; je pourrais m'en écarter, mais c'est mon devoir de m'y attacher scrupuleusement. Il vous a dit : « Byrne me fit une communication importante; je n'y étais point accoutumé; je ne lui avais jamais parlé ^ et cependant celte personne , avec laquelle je n'avais eu aucune relation , me présenta a Slieares. Voilà , ajoula-t-il, un véritable frère. Vous voyez, messieurs, que je répète fidèlement ses paroles : il ne parla jamais à
CURRAN. 299 Byrne de politique. Comment Byrne avait-il connu ses principes? Etait-ce par inspiration? « V oiis pouvez avoir toute confiance en lui. » Je ne demande point si cela est vrai, mais jedis que cela est notoirement faux : je ne vous demande pas de déclarer qu'il y a doute, car il s*ogit d'une cause de sang, de la vie ou de la mort d'un homme et de la désolation d'une famille entière; non , messieurs , je dédaigne d'avoir recours a de pareils argumens ; je veux concentrer toute votre attention sur un seul point pour vous démontrer, plus clair que le jour, que rien ne peut vous empêcher de reconnaître l'évidence du parjure, non point parce que sa déposition peut être fausse, mais bien parce qu'il est impossible qu'elle soit vraie. Je place dans la balance de la justice, d'un côté, cet exécrable parjure, de l'autre, la vie, la fortune, la réputation de la famille entière de mon client; veuillez la tenir d'une main ferme; et que vos éternelles destinées soient pesées comme vous pèserez aujourd'hui celles de mon client.
Ce n'est pas sur son invraisemblance seule que je me fonde pour vous demander de rejeter la déposition de cet homme ; j'invoque à mon aide le témoignage de son propre parent , M. Shervvington, celui de M. Drought , de M. Bride et de M. Graydon ; avant de croire M. Armstrong, vous devez déclarer tous ces témoins parjures. Mais quel est son intérêt à se parjurer? L'espoir d'une récompense, et il est venu ici tenant en main ses feuilles de papier. En voici une, elle parle de trahison; en voici une autre, l'accusé devient plus pâle; en voici une troisième, elle ouvre une autre veine. Sherwington avait-il rien de pareil qui pût le tenter ? Non , écartez de ce brave soldat une pareille imputation : il a fait un bien bel éloge de l'intégrité du roi son maître, lorsqu'il n'a pas craint , dans un moment comme celui-ci , de venir prêter son témoignage : Je n'aurai point voulu ^ a-til dit, paraître ici pour cent guinées. entendant ces mots , je n'ai pu m'empêcher de m'écrier
3oo lîARKEAU ANGLAIS,
dans reffusion de mon cœur : puissent les bénédictions du ciel s'épancher sur votre tête , et puissiez-vous n'avoir jamais besoin de cent guinées !
Voici une autre circonstance : j'ai cru m'a percevoir qu'elle frappait votre attention, milords; c'est l'horrible récit des trois domestiques qu'il rencontra sur la roule ; ils n'avaient aucune relation avec les rebelles; dans le cas contraire, ils eussent dû subir un jugement sommaire; il pend l'un d'entre eux , lue le second , et inflige la torture au troisième pour lui arracher un aveu. Milords , n'éprouvez-vous aucune émotion à ce récit ? Nos lois ont prohibé la torture comme moyen de preuve. Lorsqu'un féroce assassin eut fait une tentative contre la vie du souverain , on proposa de le mettre h la torture pour découvrir ses complices. Je ne sais si je dois plus admirer la terrible et profonde leçon donnée par Felson , ou la doctrine professée par les juges d'alors. Non , dit-il , ne me mettez point à la torture , car, dans le délire de ma douleur , je pourrais peut-être vous accuser vous-mêmes. Et que répondirent les juges? La loi et la constitution de l'Angleterre défendent d'infliger la torture à aucun homme , et d'employer la douleur pour arracher la vérité. Appliquez cette remarque à la cause. Si ce malheureux a pu craindre de se voir exposé a des tourmens pour lui arracher une déposition , que celle crainte soit l'excuse de son avilissement, et pardonnonslui d'avoir cherché a éviter la douleur par l'infamie.
Mais il est une autre observation plus applicable encore. M. Drought lui dit : « Pensez-vous que vous pourrez éviter la vengeance éternelle? Oh! monsieur, lui répondit-il, je croyais que vous connaissiez trop bien mes idées pour me parler ainsi. )> Dieu toul-puissant ! est-ce donc sur le témoignage d'un pareil homme qu'on oserait envoyer l'un de nos compatriotes a la raort^, lui qui, après avoir pendu un malheureux paysan pour satisfaire son caprice, peut encore re-
CURRAN. 3oi pousser la remontrance qu'on lui en fait par un sourire, et ajouter: vous connaissez mes idées sur l'avenir? S'il lui en coûte si peu pour immoler un homme sans jugement, sans cérémonie, quels remords pourra-t-il ressentir lorsqu'il vous aura rendu les instrumens de sa férocité ? Il tue un misérable au moment peut-être oii il cherchait du pain pour ses enfans ; il le tue sans accusation , sans jugement ; lui en coûtera-t-il davantage de sacrifier d'autres victimes, lorsqu'il ne voit, dans la mort , qu'un éternel sommeil et l'anéantissement? Ces victimes sont en ce moment conduites à une exécution publique; il les a désignées pour le tombeau ; il ne gémira point sur ce qui est son propre ouvrage ; elles traversent les ombres de la mort, tandis que lui se glorifie dans l'attente de son anéantissement.
Messieurs, je n'ai pas la force de poursuivre ces observalions; mais je crois pouvoir dire que si vous pesez les témoignages dans une balance égale, vous prononcerez en faveur des prévenus.
Mais il est encore un point sur lequel je dois appeler votre attention. Dans une affaire ordinaire, eussé-je joui de toutes mes forces , je n'en aurais point dit autant. Quelque faible que je sois, je dois en celle-ci ajouter encore quelques mots : il est démontré que les preuves orales doivent être écartées de la cause (que l'on attribue la conduite d'Armstrong à la passion ou a tout ce que l'on voudra) , mais on ne peut repousser les preuves écrites. Ces preuves exigent une observation ou deux. Quant à M. Henri Sheares, cet écrit, lors même qu'il serait prouvé de quel main il est émané, ne doit pas s'appliquer à lui. Je ne dis pas qu'il n'était point admissible 3 les écrits de Sydney , trouvés dans son bureau , furent lus contre lui. Euton raison? Quelques-uns le prétendent. Je ne veux point examiner ici cette question , mais je soutiens que la déposition de M. Dwyer n'a pas suffisamment prouvé que celle feuille
3o2 BARREAU ANGLAIS,
fût de l'écriture de John; je ne dis point qu'elle ne l'a pas prouvé jusqu'à l'évidence, mais bien que jamais plus insi- £?nifiantes preuves n'établirent de quelle main un écrit est émané; car qui vous garantit que le témoin na point été induit en erreur?
Un écrit inédit ne peut être un acte apparent de trahison : tel est le sentiment exprès de Haie et de Foster , et nombre de décisions ont établi qu'un écrit ne peut être considéré comme un acte apparent s'il n'a été publié ; mais s'il a quelque relation à un acte apparent prouvé, il peut être soumis au jury comme moyen de considération : en la cause, il ne peut avoir aucune relation aux actes appareils allégués; il ne pouvait être destiné a la publication qu'autant que cette malheureuse révolution aurait eu lieu; par conséquent, il ne pouvait être destiné, a créer une insurrection.
Messieurs , je ne suis point le défenseur de John Sheares, mais je me rendrais coupable de cruauté si je ne vous faisais point une autre observation. Cet écrit pouvait être une composition de pure fantaisie , la traduction de quelque discours inséré dans les journaux d'un autre pays : la manière dont on l'a trouvé , peut rendre cette supposition probable. Un écrit , destiné a préparer un aussi important événement , n'aurait point été laissé dans un bureau sans être fermé , dans une pièce près de la porte d'entrée. Cette extrême négligence prouve deux choses , d'abord qu'Henri Sheares ignorait l'existence de cet écrit, car il lui était facile de le détruire, l'alderman Alexandre vous l'a attesté ; puis , qu'il ignorait que son irère eût un pareil dessein; car si ce papier eût été écrit dans ce but, il est impossible qu'il ne lui eût pas été communiqué.
Il est une circonstance sur laquelle je veux également appeler l'attention de vos seigneuries : on n'a produit qu'un seul témoin sur chaque acte apparent de trahison ; nulle décision n'a encore été rendue sur celle question en ce pays. Le procès de
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Jakson est le premier dans lequel elle se soit présentée. Lord Clonmell effleura ce point ; mais je soutiens qu'un jury ne peut déclarer un homme coupable sur la foi d'un seul témoin. L'opinion de Foster est qu'en vertu de la loi commune , un seul témoin, s'il mérite croyance, est suffisant. Lord Coke est d'avis que deux sont nécessaires j ce sont là de grands noms. Personne ne professe plus de vénération que moi pour les ouvrages de Foster. Je ne prétends pas le comparer à la réputation obscurcie de Coke ; j'aimerais mieux m'en tenir sur le compte de lord Coke, à ce qu'en dit Foster, qu'il fut un des plus profonds jurisconsultes qui existèrent jamais en Augleterre. Au milieu des extravagantes fureurs du règne des Tudors , il avait été émis , sur les hautes trahisons , des doctrines qui inondèrent l'Angleterre de sang. Les interprétations des avocats de la couronne, et les honteuses complais sauces du jury sacrifièrent une foule d'innocens ; il devint nécessaire de réprimer ces excès par les statuts d'Edouard vi. Il y a donc toute raison de croire, d'après Thisloire de ces temps , que lord Coke avait raison de dire que ce ne fut point là un statut nouveau , mais Lien la loi commune remise en vigueur par un acte déclaratif. Une loi de Philippe et de Marie fut ensuite publiée : quelques-uns la regardent comme annulant le statut d'Edouard vi ; d'autres pensent différemment. Je rappelle cette diversité d'opinions dans l'espoir qu'en une question aussi nouvelle la balance de la justice fléchira en faveur du prisonnier, et que la cour admettra que le statut de la septième année du règne de Guillaume m n'a point établi un droit nouveau , mais corrigé l'abus ancien. Quel était l'état de l'Angleterre? Le parlement avait déclaré que le roi avait abdiqué le trône; des accusations, des jurés timides et l'arbitraire interprétation des juges condamnaient à i'échafaud ceux qui devaient protéger la couronne , ceux qui prévoyaient qu'après la destruction des chaumières , les palais seraient
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menaces. Ce n'était donc point alors publier un droit, c'était une mesure de prudence commandée par les circonstances j c'était un principe puisé dans la constitution. Je connais les amères critiques de Burnet sur ce statut. Foster le reprit d'un ton plus modeste; mais que dit Blackstone ? Cet auteur d'une si grande autorité, d'un sens si droit, d'une science si profonde, diffère-t-il de Montesquieu le philosophe français?
ce Dans les cas de haute trahison, le serment de l'accusé doit balancer la déposition d'un seul témoin , et c'est là peutêtre une des raisons pour lesquelles la loi exige un double témoignage pour le condamner , quoique la principale, sans doute, soit d'empêcher qu'un sujet soit sacrifié à une conspiration supposée; car , dans tous les siècles , ce fut la l'instrument d'oppression des tyrans. »
Messieurs, je ne prétends point que vous soyez liés par un acte d'un parlement anglais; vous pouvez condamner sur le témoignage d'un seul témoin; vous êtes certainement trop fiers pour écouter les sages conseils d'une loi anglaise, généreuse , indépendante I vous pouvez, pour lui rendre hommage, immoler un homme avec toutes les formes judiciaires; pour satisfaire TOtre fierté, vous prononcerez qu'on peut faire légalement ici ce qui serait un meurtre en Angleterre; vous tremperez vos mains dans le sang, parce que vous êtes trop fiers pour vous soumettre à un acte d'un parlement étranger; et lorsque vous avez devant les yeux ce qui peut vous sauver des abus de l'arbitraire, vous refusez de vous en prévaloir par cela seul que c'est un acte d'un parlement étranger. Est-ce la l'indépendance d'un jury irlandais? Vit-on jamais le cœur d'un Anglais se révolter en entendant ces paroles? « Vil Breton ! tu ne peux condamner un homme sur le parjure d'un seul témoin, parce que tu es lié par les entraves de l'acte du parlement, » Si le pouvoir cherche à frapper ses victimes par la raainde la justice, unactedu parlement vous
CURRAN. 3o5 sauverait du parjure dicté par la plus odieuse méchanceté : ne parlez point de votre orgueilleuse obéissance à la loi, mais regrettez de vous voir enchaînés par l'irrésistible puissance de la raison; quedis-je! déplorez la condition du Tout-Puissant auteur de la nature, qui, soumis lui-même à ses propres attributs, ne peut penser ce qui n'est pas vrai, ni faire ce qui n'est pas juste; allez donc, et jouissez de votre indépendance. Sur la rive opposée, votre verdict, rendu sur la déposition d'un seul témoin, serait un meurtre. Ici, vous pouvez assassiner un innocent sans reproche, parce qu'il n'est point d'acte du parlement pour sauver l'accusé de son parjure délateur. En Angleterre, un jury ne pourrait prononcer une semence de condamnation sur la foi du plus honnête des hommes s'il se présentait seul ; et cependant qu'y a-t-il de commun entre le plus honnête des hommes et le vil délateur dont chaque mot atteste le parjure?
Je parle ici pour votre pays et pour vos enfans; faites que mes paroles ne soient pas vaines; je ne suis point venu jouer l'avocat , vous le savez; votre conscience vous l'atteste; voici la question que je soumets a la cour : le statut de la septième année du règne de Henri m n'est-il pas légalement applicable a ce pays ? déclarerez-vous positivement que ses dispositions forment la loi commune , ou bien qu'il a établi un droit nouveau ? direz-vous que la conduite d'un jury ne doit point être influencée par l'exemple d'une grande nation, la seule, dans toute l'Europe , où la liberté réside?
Ke pensez pas que l'homme qui vante la liberté fredonne une vaine chanson : pour un moment, ce peut être la chanson d'un oiseau captif, je le sais; mais maintenant vous êtes placés comme dans un isthme étroit où la liberté a trouvé un asile ; regardez autour de vous, regardez l'état du pays, ces tribunaux qu'une cruelle nécessité a introduits ; regardez les lois reprenant leur empire, et admettant les fonctions d'un jury.
3o6 BARREAU ANGLAIS.
Cette pensée me ranime ; il me semble voir les vénérables ombres de Holt et de Haie abaissant leurs regards vers nous , et nous encourageant à continuer. Pensez-vous donc que de rigoureux verdicts soient nécessaires, qu'assez de sang n'ait pointété répandu , qu'il ne soil pas temps de resserrer les liens delà société, et de réunir ses élémens épars pour leur donner de la force? Vous ferez beaucoup plus pour la tranquillité publique en rendant un verdict modéré. Soyez en garde contre les sanguinaires excès du préjugé ou de la vengeance, et quoique vous pensiez qu'un grand devoir est imposé à la justice publique , ne souffrez pas cependant qu'une victime innocente soit immolée.
Messieurs, je vous ai fatigués, mon devoir me l'imposait ; le danger de mon client résultait de cet épuisement que vous avez eu la force de surmonter, j'en suis certain. Dans celle confiance, je l'abandonne a votre équité. Puisse cette justice et cette miséricorde avec laquelle vous le traiterez aujourd'hui vous être un jour rendue ! J'espère que celle heureuse compensation ne sera pas différée jusqu'à la vie a venir qui n'est qu'une illusion aux yeux du témoin , mais que vous jouirez bientôt des bienfaits dont votre patrie vous sera redevable.
M. le premier avocat-général répliqua.
M. Henri Sheares. Je désirerais ajouter un mot.
Lord Carleton, Cela n'est pas régulier ; vous ne pouvez parler après les avocats de la couronne; je vous ai demandé tout a l'heure si vous désiriez dire quelquechosej vous l'avez refusé, cependant expliquez-vous.
3L fleuri Sheares, Milords, après l'habile et éloquente défense qui vous a été présentée par mon avocat , il me siérait mal d'y rien ajouter ; mais il est un point sur lequel il ne me paraît pas que l'on ait suffisamment insisté , c'est celui relatif k cet écrit. Je proteste solennellement, milords, que je
CURRAN. 3o7 ne le connaissais point; l'avoir connu et ne l'avoir point détruit lorsque le magistrat vint en ma maison, eût été une si évidente folie que l'on ne peut m'en supposer capable. Quand Talderman frappa a ma porte, je lui demandai ce qu'il désirait; lorsqu'on lui eut ouvert, il répondit qu'il voulait voir mes papiers; je lui indiquai le lieu où ils se trouvaient. Milords, est-il possible que j'eusse pu compromettre ma sûreté et celle de tout ce qui m'est cher par une si insigne folie? Lorsque tout ce qui m'environnait était pour moi une source de bonheur, aurais-je pu le sacrifier en laissant un pareil document dans un bureau ouvert ?
Milords, je vous demande pardon; je vous remercie de votre indulgence; il serait inconvenant pour moi d'en user plus long-temps. La déposition du capitaine Armstrong est une des plus ingénieuses et des plus méchantes calomnies que jamais j'aie entendues. Milords , j'aurais cru ne pouvoir jamais être accusé sur la foi d'un écrit ainsi trouvé.
Lord Carleton ayant donné son opinion , le jury demanda les papiers, lesquels, du consentement des prisonniers, lui furent remis.
Le jury se retira dans le lieu de ses délibérations, et dixsept minutes après , il rendit un verdict qui déclara les deux prévenus coupables.
Aussitôt que le verdict fut prononcé, les deux prisonniers se jetèrent dans les bras l'un de l'autre.
Comme il était alors environ huit heures du matin du vendredi suivant, la cour s'ajourna à trois heures.
La cour ayant repris séance à l'heure indiquée, le greffier de la couronne lut l'acte d'accusation, et demanda aux prévenus s'ils avaient quelque chose a dire pour empêcher la condamnation à mort et l'exécution conformément a la loi.
M. Henri Sheaves. Milords, comme rien ne pouvait me faire redouter celte mort a laquelle je suis condamné, je soU
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licite de votre bonté un délai suffisant pour m'y préparer moi et nia famille; j'ai une femme et six enfans, j'espère que vous ne me refuserez point un temps raisonnable pour mettre en ordre mes affaires et de régler mes dernières dispositions. (Ici les larmes étouffèrent sa voix , et il ne put continuer. )
M. John Sheares. Milords, permettez-moi de dire quelques mots avant de prononcer la sentence. Il est un poids qui m'oppresse plus douloureusement encore que la sentence que va rendre la cour. Ce poids m'a accablé depuis le premier moment où j'ai entendu lire l'acte d'accusation. Il me devient plus pénible maintenant que l'accusation a été confirmée par le jugement ; il me serait insupportable si je ne trouvais l'occasion d'en soulager mon ame. Ne croyez pas, milords , que je vienne me livrer a des déclamations contre le verdict du jury, je veux seulement rappeler h votre souvenir celle partie des charges produites contre moi qui m'affecte si douloureusement. Cette imputation me touche plus particulièrement en ce qu'elle paraît avoir été fondée sur un écrit émané de ma main , c'est celle d'avoir excité le peuple de l'Irlande à ne faire aucun quartier aux troupes qui combattent pour sa défense. Milords , qu'il me soit permis de proclamer : et s'il est, au milieu de cette nombreuse foule, quelqu'un d'entre mes connaissances, je ne dis point de mes intimes amis , mais simplement de mes connaissances, qui ne puisse attester que mes paroles sont la vérité > que je sois réputé , ce que je ne suis point , le plus vil de tous les imposteurs. Je dis donc que si quelqu'un d'entre mes connaissances a pu croire'que j'aie donné l'ordre de ne faire aucun quartier à un ennemi soumis et sans défense, ce n'est pas seulement la mort que je mérite , mais il n'est si cruel tourment qui pût égaler la noirceur d'un tel crime. Milords, je veux non-seulement me laver d'une telle imputation , mais je déclare , en présence de ce Dieu devant lequel je dois bientôt paraître , qu'un
CURRAN. 3o9 principe qui fut toujours cher à mon cœur est celui-ci : que nul être humain ne doit souffrir la mort sinon dans le cas d'absolue nécessité.
Milords, en vous faisant cette de'claration , je ressens une consolation que rien antre chose ne pouvait me donner ; car ce n'est point seulement pour moi une justification personnelle, mais lorsque je scelle de mon sang un témoignage que l'on ne peut soupçonner de fausseté , ce que je dis pourra faire quelque impression sur l'esprit de ces hommes qui ne partagent par mes principes. Je déclare devant Dieu qu'après l'assassinat, je ne connais pas de crime qui puisse égaler celui que l'on m'impute. Je ne vois aucune différence entre un assassin et celui qui enfonce sa baïonnette dans le cœur d'un ennemi qui se rend. Je supplie la cour de croire cela de moi; je supplie mon paj^s de croire cela de moi , je suis certain que Dieu le croira.
Maintenant, milords, je n'ai rien à demander a la cour , mon pays a décidé que je suis coupable; la loi ordonne que je meure, me voici prêt à mourir.
Mais il est une faveur qui n'est point relative h moi. Milords , j'ai un frère qui me fut toujours plus cher que moimême, ce n'est point l'affection que je lui porte qui m'a fait prendre la parole; il est homme , et , par conséquent , j'espère , préparé a mourir s'il se trouvait dans la même position que moi, quoique je ne sois pas sans aucuns liens qui m'attachent a la terre; mais lui, des liens beaucoup plus chers ie retiennent. Je ne viens point vous demander de le sauver de la mort, mais, je vous en supplie, que le mari, le père, le frère et le fils , tous réunis en une même personne, obtiennent non point un pardon, il n'est pas au pouvoir de la cour de l'accorder, mais un délai qu'elle fixera dans son humanité , dans sa «liscrélion. Vous avez entendu , milords, que ses afiaires particulières exigent quelques arrangemens ; j'ai un nouveau motif de vous
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faire cette demande : si tous deux nous étions frappés en même temps, une respectable mère, une sœur chérie, la plus tendre des épouses avec ses six enfans resteraient sans protection et sans appui : vos seigneuries n'ignorent pas que tous les enfans de notre pauvre mère lui ont été enlevés , deux ont péri au service du roi, et le dernier très-récemment j je demande seulement qu'en prononçant sur mon sort avec toute l'indulgence que la justice et l'intérêt public peuvent permettre, on accorde un délai a mon frère, afin que notre famille puisse s'armer d'assez de force pour supporter lout son malheur ; c'est là tout ce que je désire; je conserverai le souvenir de cette faveur jusqu'à mon dernier soupir, et j'offrirai pour vous mes prières à ce Dieu tout-puissant qui nous a donné à tous la sensibilité pour compatir à l'infortune : c'est là tout ce que je demande; je n'ai rien autre chose à dire.
Lord Carleton prononça la sentence de mort.
3f. le procureur- général. J'accorderais avec une véritable satisfaction le délai qu'on me demande si les circonstances le permettaient : mais , milord , j'ai un grand devoir public à remplir; je requiers que l'exécution des condamnés ait lieu demain malin.
La cour. Accordé.
Les prisonniers furent, conformément à leur jugement, exécutés le samedi \f\ juillet 1798, à Dublin, dans Green- Slreet, en face de la prison.
POUR
M. NAPPER TANDY,
PRONONCÉ EN LA COUR JiV BANC DU ROI, LE 19 MAI 1800,