SUR SON EXTRADITION
De tous temps , l'extradiliori fut regardée comme un des plus odieux abus de la force contre la faiblesse. Cet acte de violence ne peut avoir lieu sans blesser les droits les plus saints , ceux du malheur et de l'hospitalité'. En outre, il révèle dans le gouvernement qui la sollicite une ardeur de vengeance , et dans celui qui l'accOrde une lâcheté qui les couvrent l'un et lautre d'un égal déshonneur.
L'offense faite à une société n'est-ellc donc pas assez punie par l'exil éternel du coupable. Et au milieu des
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tempêtes dont toutes les nations sont tour à tour agitées, ne peut-il exister aucun port de refuge pour les vaincus!
Aussi , tout gouvernement sage et humain s'est religieusement interdit de la demander , tout gouvernement non encore avili s'est fait une loi de la refuser.
Mais l'influence des grandes puissances a trop souvent arraché à la faiblesse des petits états ces concessions honteuses.
Le gouvernement anglais , dont la conduite est presque toujours si différente de ses maximes, n'a pas craint plus d'une fois d'exiger de pareilles complaisances de ceux de ses alliés qu'il jugeait n'être pas assez forts pour les refuser,
La cause en laquelle fut prononcé le plaidoyer que l'on va lire en est un éclatant exemple.
M. Napper-Tandy , l'un des membres les plus distingués de la société des Irlandais unis, avait été mis en accusation en 1795 comme coupable de haute trahison. 11 s'enfuit en France , et entra au service de la république française.
Un acte d'amnistie générale qui fut publié en faveur des personnes qui avaient pris part à la rébellion de 1798 l'excepta spécialement.
Le gouvernement anglais qui , sans doute , attachait beaucoup de prix à ressaisir cet homme, qu'il regardait comme l'un des plus ardcns instigateurs des troubles de l'Irlande, mit en œuvre tous les moyens que lui donnait son influence extérieure.
Le malheureux fugitit s était réfugie a Hambourg, espérant trouver au sein de cette ville libre un asyle in-
EXPOSÉ. 3i3 violable. Le ministère anglais Vy fit arrêter; on le chargea de chaînes , et il fut conduit en Angleterre pour être mis en jugement.
Néanmoins , les espérances du pouvoir furent trompées par l'impartialité du jury , et le pre' venu fut acquitte'.
POUR
M. NAPPER TANDY,
PRONONCÉ EN LA COUR DU BANC DU ROI , liE 19 MAI l80O,