BAiUŒAU AiSGLAlS
restrictions et ces exclusions s'offrent au. calholique romain dans toutes les parlies de i'irlaiide, elles lèsent ses intérêts et blessent ses sentimens en mille manières cju'ignore mon honorable ami.
Mais supposez qu'il en soit autrement ; supposez les classes élevées seules intéressées dans la question actuelle des caihnliques 5 supposez que seules elles soient affectées de ces incapacités j le procureur-général connaît- il donc si peu la nature humaine , pour ne pas sentir que les hommes du dernier rang feront cause commune avec les premiers ordres de leur secîe, même dans les sujets qui ne sont pour eux qu'un objet de spéculation ou de faste? Dans mon opinion, n'y eûtil d'autre différence entre le protestant et le catholique qu'u-ne défense imposée a ce dernier de porter une dentelle à son habit, ou d'avoir un laquais a livrée, cette ridicule distinction serait ressentie par le dernier paysan, et pourrait, dans quelque moment de crise, produire les plus désastreuses conséquences.
Je ne crains donc pas d'affirmer que nul homme de bonne foi qui comprendra la question des catholiques , et connaîtra la condition des membres de cette religion , ne pensera que îeur pétition soit une pure forme et ne niera l'utilité d'une délégation pour atteindre le but louable et constitutionnel qu'elle se propose. Supposez qu'il fût vrai que toute espèce de restriction pût être anéantie par la révocation de l'acte d'épreuves , et que cette révocation pût avoir lieu en deux lignes, s'en suit-il que nulle mesure ne doit ou ne peut être adoptée pour engager le gouvernement ou le parlement à publier ce bill si simple et si court? est-il donc impossible que des doutes existent sur la variété et l'étendue de ces restrictions , que de fausses opinions prévalent sur les fondeinens d'après lesquels elles furent imposées, et les conséquences probables de leur abolition?
BUKKOWES. f,2?i
Messieurs, iion-seulement ces choses sont possibles j elles existent, et quoique la libérale tolérance des protestans ait provoqué de grandes concessions depuis quelque temps, quoique des préjugés enracinés aient éié détruits , quoique les catholiques romains aient obtenu des faveurs accordées dans le but d'elïacer les animosités passées , quoique beaucoup ait été fait, il reste encore beaucoup à faire; et jusqu'à ce que tout soit achevé, nous ne pourrons ressentir celte confiance d'un peuple bien uni, ni inspirer cette terreur dont un tel accord devrait toujours frapper tout étranger qui voudrait nous envahir : loin donc de contrarier les vues de ce comité délégué^ tout bon Irlandais devrait le favoriser de ses vœux , afin de travailler à détruire toute distinction et toute restriction, d'inviter les catholiques romains nos frères à participer à nos droits civils, de les lier par leur intérêt, leur reconnaissance et leur affection à unir nos cœurs et nos bras pour la défense de nos droits communs et de notre patrie commune.
En abandonnant ce sujet si stérile en preuves légales, et si fécond en observations, j'avais presque oublié un point de la plus haute importance : je crois fermement que si l'acte des conventions était interprété sainement, l'objet avoué des efforts des catholiques les placerait hors des termes du statut, et qu'ils ne devraient point être considérés ou traités comme des hommes travaillant a changer ce qui est établi par les lois de l'église ou de l'état. Rappelez - vous , messieurs, qu'ils ne cherchent point a innover ou détruire; ils ne cherchent point b renverser la constitution de nos communs ancêtres, ils demandent seulement a être reçus et traités comme copropriétaires et cohéritiers de nuire noble constitution ; ils veulent élargir sa base et ajouter de nouveaux soutiens a l'édifice de la liberté et de la loi. INe croyez pas qu'ils veulent transférer le pouvoir , obtenir quelques privî-
leges : non, messieurs; ils demandent seulement les capacités de tous les autres sujets, et laissent le droit de les conférer à ceux qui en sont revêtus; ils veulent rendre inébranlable la prérofi^ative de la couronne, donner aux électeurs une plus grande étendue dans leur choix, et établir le plus sûr principe de toute constitution libre, l'alliance entre la propriété et le pouvoir.
Dans tout état bien constitué , la propriété et le pouvoir sont unis dans toutes les branches du gouvernement; les séparer, c'est semer le trouble et la discorde; ces deux élémens gravitent sans cesse l'un vers l'autre par une loi aussi invariable que celle qui fait mouvoir le monde physique ; il ne peut y avoir de tranquillité tant qu'il existe entre eux une séparation forcée; ils doivent finir, ils finiront toujours par se réunir; ou la propriété se saisira du pouvoir, ou le pouvoir s'emparera de la propriété : dans un despotisme pur, il n'y a qu'un propriétaire; ainsi, dans le fait, les catholiques romains désirent, non-seulement les jouissances, mais les garanties de la propriété ; non-seulement ce qui orne, mais ce qui assure leurs acquisitions : est-il juste, est- il sage, en quelque temps et dans quelque pays que ce soit, de déshériter la propriété et le rang de leurs avantages légitimes et constitution- ,nels? est-il raisonnable ou politique de permettre a la grande majorité d'une nation d'accumuler des biens sans bornes , d'acquérir des terres sans limites, et de lui fermer les avenues de tous les honneurs et de toutes les distinctions de l'état? l'ambition est une passion naturelle à l'homme, et si l'on ôte aux grands proprétaires et h leurs enfans tout moyen légitime de satisfaire cet indestructible désir, on les poussera nécessairement a des entreprises également dangereuses à la société et à eux-mêmes : dans un pays ainsi désorganisé, si jamïiis une lutte s'engage entre le peuple et les grands, si jamais la fièvre ré-
BURPxOWES. /^2r> publicaine agite la contrée , le talent et la richesse se précipiteront dans les rangs des amis du trouble et du désordre pour les discipliner et les conduire.
Ces observations , vraies dans tous les temps, ont reçu une nouvelle force depuis l'union : si l'on considère la grande lutte dans laquelle ces îles unies sont engagées, le plus ardent désir de tout bon citoyen doit être de rendre cette alliatice universelle, afin de faire concourir tous les cœurs et tous les bras à repousser l'ennemi commun; tel était l'objet avoué de Pbomme d'état qui proposa cette mesure de laquelle l'émancipation catholique devait être une partie. Le vœu de ceux qui s'y opposaient, et de personne plus que moi, est que le but qu'il se proposait pût être atteint; mais tant que les catholiques romains seront exclus de toutes les charges, de tous les honneurs et de tous les pouvoirs de l'état, cette fusion politique peut-elle avoir lieu ? les catholiques romains pourront-ils jamais ressentir ses avantages? 11 est possible, en fait, qu'ils voient une union législative exister entre les deux nations; mais tout homme qui voudra les enflammer, ne leur persuadera-t-il pas sans peine, leurs propres pensées ne leur persuaderont-elles pas que PIrlande est plus que jamais une province; la législation exclusive des protestans ne sera-t-elie pas regardée par eux comme leur asservissement ?
Au contraire, en repoussant la poursuite dirigée contre M. Sheridan, nous consolidons cette union entre les deux peuples, qui n'est encore qu'un vain nom; nous donnons à lu couronne le moyen d'exciter le zèle et de récompenser les efforts de ses sujets catholiques dans toutes les parties de l'état; UQus enlevons à l'ennemi un formidable renfort de haine €t d'irritation; nous intéressons toutes les propriétés , tous les talens, tous les sentimens à la défense de la cause commune : j'en appelle a mon honorable adversaire lui-même, ce que je dis n'esl-il pas fondé sur la nature et sur la vérité? il
[yi^ BARREAU AINGLAIS,
possède une grande fortune et une illustre renommée; il a des enfans qui hériteront de ses biens et qui sans doute marcheront sur ses traces : serall-il satisfait de leur laisser son patrimoine sans aucun des privilèges qui s'y attachent? se"rait-ii content si tout ce qui excite et légitime l'ambition leur était refusé j si l'ardeur qui les anime ne pouvait se développer hans péril? je ne puis le croire; je sais que sa vieille fidélité et sa raison supérieure l'éloigneraient de toute trahison et même de toute sédition; mais il porterait avec douleur des entraves qui enlèveraient h ses propriétés plus de la moitié de leur valeur , et il gémirait de n'avoir point déployé sCs lalens et élevé sa famille sur quelqu'autre sol.
Le procureur-général s'est étendu fort au long sur la défense, je dirai même sur le panégyrique du gouvernement de sa majesté en Irlande, sur celui de sa proclamation dirigée (je ne crains pas de l'affirmer, quoique mon adversaire le nie) contre le peuple catholique romain d'Irlande, ainsi que sur celui de cette poursuite provoquée ouvertement par l'état : j'applaudis au courage avec lequel il a franchement avoué qu'il a lui-même conseillé ces actes, tout en gémissant sur rimprudence d'un semblable conseil, de quelque part qu'il vienne : son propre langage, a mon sens, a démontré combien cette mesure est a la fois injuste et impolitique; il vous a dit qu'une suite de libelles virulens, trop criminels même pour les presses séditieuses de cette ville (ce sont ses propres termes), était lue journellement et publiquement dans un comité avec lequel il n'a pas même tenté d'établir par aucune preuve que le comité des catholiques romains eût aucune relation; il s'est fort étendu sur la patience et la longanimité du gouvernement anglais, long-temps spectateur i ndifférent de ces outrages , et attendant la dissolution volontaire de cette réunion; il a plus qu'insinué que'cette assemblée méditait une irabi^on, et il s'est efforcé d'exciter V05
BLiiUlOVVES. /^27 alarmes et vos préjugés par la peinliue qu'il a tracée de leur conduite et de leur dessein.
Messieurs, est-il possible d'entendre ces paroles sans s'apercevoir combien elles sont peu loyales? le comité que Ton attaque doit-il être condamné, puni , parce qu'il a existé un autre comité dont les membres étaient turbulens et séditieux? l'adverî^aire ne doit même pas être écoulé, lorsqu'il vous révèle des faits qui, s'ils ont eu lieu, auraient appelé et doivent sans doute avoir appelé toute la sévérité des lois. Mais, supposez que tout ce qu'on vous a dit sqit parfaitenient vrai , qu'il n'y a rien d'exagéré , quelle induction raisonnable peut-on en tirer ? qu'un autre comité, duquel faisaient partie les Fingals, les Southwells, les Barnwells , lesBellews et les Byrnes, tous les prélats catholiques et les pairs catholiques , ces individus et ces classes des catholiques romains auxquels le précédent gouvernement irlandais accordait une confiance sans bornes , doit être dénoncé et dispersé sans qu'aucun acte , sans que l'expression d'aucun sentiment en ait donné le motif? non , certainement : mais bien que le gouvernement qui laisserait ces outrages impunis (si toutefois ils ont existé), et frapperait ceux qui n'ont commis, qui n'ont pu commettre aucune offense, serait lui-même l'objet de la plus juste condamnation.
Mais il est une induction plus directe et plus alarmante encore, en laquelle les catholiques et les prolesîans, soit d'Angleterre, soit d'Irlande, sont également intéressés ; c'est que le gouvernement ne persécute point le crime, mais veut abolir nos privilèges; que peu lui importe de punir un coupable, mais qu'il ne peut souffrir que le droit de pétition puisse exister de manière a constater invariablement les scntiraens de tout le peuple : si tel est son but (et qui pourrait en douter?), il a été conséquent à lui même et il a agi sans feinte 5 il a attaqué les droits du peuple dani leur plus fort
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retranchement; il les a attaqués la où ils sont le plus inexpugnables; il a couru la chance d'une défaite; mais s'il gagne la victoire, les franc4iises populaires sont h jamais détruites , le précèdent rendu en ce jour sera invoqué contre toute espèce de délégation; et quand la force concentrée sera dispersée, il sera peu difficile de repousser et d'anéantir les pétitions individuelles : c'est vous, messieurs du jury, que je conjure de nous protéger contre de telles conséquences; le gouvernement irlandais, au lieu de vouloir vous faire sanctionner ses actes, devrait, dans mon opinion, venir dire comme un pêcheur : j'ai négligé ce que j'aurais dû faire , et j\'ii fait ce dont j'aurais dû m'abstenir. Sa conduite ressemble a celle d'un spadassin ivre qui, trop énervé par les fumées du vin pour ressentir une injure réelle ou imaginaire, aussitôt qu'il a recouvré une étincelle de raison , court sur la grande route pour frapper tous ceux qu'il rencontre, nobles, prélats ou paysans.
Je crains , milords, d'avoir étrangement abusé de vos momens; mais je n'ai fait que suivre l'exemple de mon honorable et savant ami, qui s'est montré si abondant sur des questions générales , et si stérile sur la question du procès , et dont l'immense discours est si disproportionné avec la faiblesse des preuves qu'il contient : je crains néanmoins de l'avoir surpassé en prolixité; ce qu'il faut attribuer plutôt à la concision de son talent qu'à nul désir de ma part de m'étendre inutilement sur aucun des points de la cause. En vérité , lorsque je passe en revue les faits que l'on vous a prouvés , je ue puis dissimuler mon étonnement de voir le docteur Sheridan conduit devant un tribunal : écartez de vos esprits les invectives que l'on a répandues contre une foule d'autres personnes; fermez vos cœurs a cet appel que l'on a fait a vos passions ; rendez au défendeur la justice de ne pas présumer qu'il doit avoir formé de mauvais desseins, parce qu'il est
BURRO WES. /^29 caiholiqiie romain , et de ne pas lui imputer tous les faits séditieux dont ont pu se rendre coupables les hommes de sa religion; car qui d'entre vous, messieurs, pourrait résister a cette épreuve? jugez-le comme tout homme doit être jugé, parses propres actes attestés par les preuves produites contre lui, et voyez quelles sont ces preuves.
Deux témoins ont été examinés- ils ont juré que le docteur Sheridan présidait une réunion de catholiques romains qui élurent cinq personnes pour préparer une pétition et pour les représenter y ajoutent-ils, dans un comité catholique: l'un d'eux a ensuite rétracté le mot représenter ^ comme ne faisant point partie de la résolution adoptée, et a juré positivement qu'il n'en faisait point partie; l'autie vous a dit qu'il n'était pas certain que le mol représenter eût été employé, ils ont reconnu tous deux avoir celte résolution par écrit, et l'avoir communiquée par écrit a celui qui dirige la poursuite.
Je ne crois pas que le mot représenter doive exercer aucune influence sur la décision : si les délégués ont été nommés pour représenter le peuple , dans le sens criminel de ce mot, nulle expression employée, ne peut changer l'offense et protéger le coupable ; et si la délégation est innocente dans, son objet, nuls termes ne peuvent la rendre criminelle : je soupçonne fortement que ceux qui ont dirigé l'enquête et ont supprimé cet écrit, sont d'une opinion différente; mais si ce mot est considéré comme important, il est impossible que d'après les preuves produites vous puissiez le regarder comme ayant été employé. S'il faut en croire les témoins , il paraît que Ton ne s'occupa de nulle autre affaire que de la pétition qu'il fallait dresser; l'un d'eux a juré qu'il croyait que l'on n'avait nul autre projet en vue, et que la pétition , lorsqu'elle aurait été dressée, devait être soumise a tous les
4?.o BARREAU ANGLAIS.
catholiques inflividuelleiiient , pour être adoptée et sîcfnée par eux.
Si la s'arrêtaient les preuves produites, le procureur-général pourrait-il dire que M. Sheridan s'est rendu coupable aux termes de l'acte des conventions? on doit le pens^er, puisqu'il n'a tracé aucune ligne de démarcation , et qu'il a dirigé ses arguuiens et sa poursuite contre toute délégation ou députation nommée dans le dessein de dresser une pétition : ainsi, ce qui est expressément protégé par cet acte , serait, en admettant son interprétation , ce qui constitue le crime. IVIais Penquête ne s'est point arrêtée la : M. ïiuddleston, dont je ne veux point attaquer le témoignage, vous a récité de mémoire la résolution suivante, comme ayant été admise dans l'une des assemblées de l'association.
« Avons résolu que ledit comité se compose des pairs catholiques et de leurs fils aînés, des baronnets catholiques, des prélats de l'église catholique en Irlande, comme aussi de dix personnes qui seront nommées par les catholiques dans chaque comté en Irlande, de ceux d'entre les délégués de 1 793 qui ont survécu comme constituant une partie intégrante de ce nombre, et en outre de cinq personnes qui seront nommées par les catholiques de chaque paroisse, a Dublin. »
D'abord , je ne crois pas que ces résolutions soient suffisamment prouvées par un témoignage oral, lorsqu'il paraît qu'elles ont été rédigées par écrit , pour être admises comme l'acte de celte association, et qu'elles puissent être invoquées contre des personnes non présentes : mais j'écarte celte objection , et je soutiens fermement que dans ces résolutions, ou dans un comité formé d'après elles, il n'y a rien de séditieux, d'illégal ou de contraire a l'acte de convention; et si tout ce que j'ai dit n'est point erroné , j'ai déjà établi qu'une pareille assemblée n'est point, ainsi qu'on le prétend, illégale,
BUKRO^YKS. ai jnJépendammcnt (]e tout proj'n secret ou criminel, et de lout discours séditieux prononcé dans ses réunions-, oui, je le répète, l'on ne peut trop le répéter ni l'inculquer en vos ames, décider autrement, ce serait frapper à mort le droit de pétition , ce serait violer ouvertement l'exceplion toute constitutionnelle que renferme l'acte de convention.
Toutes les résolutions dont on a fait preuve sont précisément conformes a ce dont les comités n'ont cessé de s'occuper depuis [tuv formation ; je ne puisy découvrir un seul point qui dénote un objet injuste , un motif criminel ou un but illégal. La résolution qui établit les parties constituantes du comité a donné lieu à d'étranges erreurs: comment peut-on sou-lenir de bonne foi cette partie de la cause? Un comité est formé pour réunir des renseigneraens, préparer une pétition , rassembler les argumens dont elle doit se composer , rechercher les obstacles quil faut vaincre , combattre les diflicultés, solliciter des secours, travailler enfin par tous les moyens raisonnables et légitimes au succès de cette pétition ; les incapacités que l'on veut faire cesser affectent les communes , affectent les habiîans des comtés, en un mot, toutes les classes de la société des catholiques romains : et l'on vient nous objecter que ce sont la des députés de tous les ordres ; et Ton tire une objection de ce que les personnes qui ontsur- \écu au comité de 179^ , si favorisé par le gouvernement et le parlement, sont membres du nouveau comité : on leur donne le nom à' étals- généraux j on les représente comme envahissant des fonctions législatives et du gouvernement ; c'est la une cruelle raillerie : si telle est leur constitution ou leur vue , ils sont coupables de haute trahison, et doivent être poursuivis comme tels; mais admetîra~t-on cette charge, ce grief, sur une simple assertion ? cette assemblée sera-t-elle jugée illégale, parce qu'elle a reçu dans son sein des pairs et des prélats qui ont toujours été considérés comme un contre-
BARREAU ANGLAIS, poids à l'entraînement populaire? si les prélats et les pairs eussent été omis , les clameurs élevées contre le comité eussent été bien plus violentes et plus plausibles j mais l'unique effet que le nombre et la constitution du comité puissent avoir, est de devenir un élément de décision dans une question soumise à un jury, sï toutefois il peut s'en élever sur l'objet réel et le but d'un pareil comité. Le docteur Sheridan offre de soumettre une pareille question a quelque jury que ce soit: ses adversaires se gardent bien de faire une pareille proposition; mais ils sollicitent de vous un verdict sans autre fondement qu'une imputation générale et dénuée de preuves , et une application évidemment fausse de l'acte d'accusation.
Messieurs du jury, je n'ai pas tout dit sur cet inépuisable sujet; cependant j'abandonne mon client a votre décision , sur la foi des seuls arguraens que je vous ai présentés, vous suppliant de nouveau de lire attentivement l'accusation sur laquelle vous allez prononcer , et de la comparer avec les preuves que vous avez entendues , et non avec les calomnies qui ont été répandues de toutes parts : pour déclarer le prévenu coupable , vous devez prononcer sous serment, et dans les termes même de l'acte d'accusation , que le comité catholique est un comité de personnes professant la religion catholique romaine , nommé pour se réunir et exercer un droit et une autorité comme représentant les habitans d'Irlande attachés à cette religion, sous prétention de préparer une pétition pour le parlement. Vous devez, en fait , convaincre les catholiques romains de ce royaume d'une offense voisine de la trahison : nulle preuve ne vous y autorise, et vous ne pouvez raisonnablement désirer de créer ou de suppléer cette preuve; les catholiques de nos jours ont de grandes obligations aux proleslans leurs frères; croyez-moi, ils sentent tout ce qu'ils leur doivent et n'en sont pas moins dignes de voir cette dette s'accroître par l'ardeur qu'ils déploient a solliciter une en-
BURROWES. 433 tière emancipation et le partage de tous vos droits constitutionnels ; un homme sage ne désira jamais, a aucune époque, contrarier cette louable impulsion : qui donc serait assez fou pour lui résister dans un moment où tout ce qui nous est cher est en péril, alors qu'il est indispensable de réunir tous nos efforts pour le salut commun?
Messieurs, les catholiques romains, vos frères, attendent avec une inquiétude mortelle un verdict qui intéresse Pensemble de leurs principes et de leur conduite : il n'est pas une cité, une ville, un village, un hameau en Irlande dans lequel son résultat ne soit en ce moment l'objet de latiention générale ; ils ne peuvent demeurer indifférons à la vérité ou à la fausseté d'une accusation dirigée par le gouvernement contre tout le corps dont ils font partie; notre ennemi commun désire avec ardeur que l'accusation soit reconnue vraie, il en tirerait les plus grands avantages ; ce serait peut-être même pour lui un motif d'agir au moment oii un verdict protestant aurait été prononcé contre les catholiques.
Messieurs, proclamez un verdict de non coupable; rendez la force a vos concitoyens, et trompez l'espoir de notre en* nemi commun; n'appréhendez pas, messieurs, qu'un si heureux résultat soit suivi d'une exaltation immodérée ou d'un éclat dangereux nuls mauvais sentimens ne peuvent se mêler a la joie pure que répandra partout un tel événement ; que si quelques craintes pouvaient exister., les respectables citoyens qui sont impliqués dans l'accusation modéreraient le triomphe et assureraient la tranquillité du pays. Le vaillant Fingall vous le garantit; il se porte caution de la bonne conduite de ses frères : vous savez si l'on peut se fier ii lui, vous savez qu'à l'heure du danger son épée combat les rebelles de toutes les croyances ; il a méprisé une faussé et passagère popularité; il s'est montre l'un des plus dignes sou- 2. 28
tiens du trône; il ne voucirait pas souiller ce titre; il ne Ta
jamais souillé par aucun acte séditieux , ni par aucun excès.
Puisse le Dieu de justice et de vérité subjuguer vos préjugés, réveiller vos consciences et éclairer vos raisons ! puisset-il vous inspirer un verdict qui tranquillise notre patrie, qui réunisse son peuple , épouvante l'étranger , et donne aux trois royaumes cette attitude imposante qui ôte a tout ennemi du dehors la pensée de venir souiller nos rivages.
PLAIDOYER DE M. BURROWES,
EN LA CAUSE