‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglais (volume 3)Chapitre 3 sur 35 · DÉFENDEUR · texte numérisé non relu

DÉFENDEUR

Prononcé aux assises d'Ennis, comté de Clare, le 27 juillet 1804.

Le plaidoyer que Ton va lire , est relatif à une cause d'adultère qui fit en Irlande beaucoup de scandale et d éclat. Les causes de ce genre sont très-multiplie'es chez nos voisins, et c'est là peut-être Tune des plus sensibles différences qui existent entre leur caractère et le nôtre.

En France, une opinion publique, toujours defavo-

rable au mari offense, le ridicule qui le menace, et l'indulgence de la loi concourent à écarter des tribunaux ces sortes de plainte; en outre la délicatesse française sent très-bien que ce n'est point avec des arrêts que rbonneur se repare , que les douleurs domestiques ne doivent pas sortir de la maison , et qu elles s'enveniment en se divulguant.

En Anelelerre , il en va tout différemment : le desordre jetë dans une famille bien unie, ne paraît à personne un objet de moquerie, et le jury , juge souverain en cette matière , se montre toujours armé d'une grande sévérité.

Mais le peuple anglais se retrouve tout entier dans la nature de la peine infligée au coupable. Ce n'est point un châtiment prononcé dans l'intérêt de la société; la loi accorde tout simplement au mari offensé une indemnité pécuniaire , telle qu'il aurait droit d'en réclamer pour tout autre dommage , pour la dévastation de son champ , pour l'enlèvement de son bœuf ou de son âne.

Ce genre de peine , source quelquefois de honteux calculs , provoque le plus souvent les plus scandaleux débats; en outre, il a singulièrement multiplié les accusations d'adultère chez un peuple où l'argent compense tout.

Il est cependant quelques-unes de ces causes dignes d'inspirer un véritable intérêt ; de ce nombre , est celle dans laquelle fut prononcé le plaidoyer que l'on va lire.

Le plaignant était un jeune ministre, de mœurs austères et d'un caractère honorable. Le séducteur de sa femme, son ami, son hôte, n'avait pu commettre ce

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crime sans violer tons les sentimens de di^licalesse et triionneur.

Cette cause convenait merveilleusement au talent de Curran j il put y déployer toutes les richesses de son imagination et toute la chaleur de son ame. Il dépeignit avec énergie tout ce que ce crime avait de hideux, et répandit sur le ravisseur, homme déjà fameux par ])ln9 d'une seduction , un torrent d'amëres invectives qui excitèrent contre lui le plus profond mépris.

Le re'sultat fut favorable à son client , et le jury adjugea au plaignant des dommages-intérêts considerables.

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