‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglais (volume 3)Chapitre 5 sur 35 · HAUTE TRAHISON · texte numérisé non relu

HAUTE TRAHISON

Pour faire connaître Fobjet de cet important procès il suffira de rapporter ici un extrait de lacté d'accusation tel qu'il fut soumis au jury : on y trouvera énume'rees avec soin toutes les charges qui s'élevaient contre l'accuse.

Il est dit que, « le 3o avril de la trente-septième année du règne de sa majesté , et divers autres jours , Patrick Finney trama et imagina la mort du roi , et forma 1« criminel projet de le tuer et le mettre à mort.

« Que les actes apparens étaient ceux-ci : i '^. de s'être associé à des personnes exerçant les pouvoirs du gpu-

veinement en France au cas où elles envahiraient le royaume d'Irlande ; 2^. de s'être réuni avec les conspirateurs susdësignës pour délibérer sur les mojeîis de lier cette association ; 5°. de s'être associe avec le gouvernement français 5 4''. d'avoir délibère d'envoyer une ou plusieurs personnes en France, afin de provoquer une invasion en Irlande et y appeler la guerre , comme aussi de demander , lever et recevoir de l'argent pour defrayer les personnes qui devaient être envoyées y 5^. d'avoir envoyé en France quatre personnes inconnues pour exciter le gouvernement français à faire une invasion en Irlande, et y porter la guerre j 6^. d avoir reçu de l'argent pour payer leur dépense ; 7®. d'avoir , lédit Patrick Finney^ fait partie des Irlandais unis avec l'intention de prêter secours au gouvernement français, et se'tant réuni avec cinquante-huit autres traîtres, de s'être divises en quatre sections, composées chacune de douze membres sous la denomination à^assemblées ha^ ronialesj dans le dessein d'exciter la guerre au cas d'une invasion de l'Irlande par la France , et d'avoir conspire d'attaquer le château de Dublin pour priver sa majesté des munitions qu'il renferme j 8^. d'avoir , ledit Finney, pour faciliter cette attaque cruelle, ordonne' à d'autres traîtres de reconnaître White's Court et d'en instruire les différentes sections , afin que leurs secre'taires pussent en faire leur rapport à l'assemblée baroniale 5 9^. d'avoir entretenu des relations avec les personnes exerçant le pouvoir en France , et d'avoir, avec cinquantehuit autres conspirateurs divises en quatre sections , forme une confederation et un complot pour attaquer

EXPOSÉ. 55 les magasins d'artillerie 3 10*^. d'avoir délibère sur les moyens de faciliter une invasion ; 1 1®. d'avoir délibère' sur les moyens d'exciter une revoke dans l'intérieur en cas d'une invasion , 12^. d'avoir conspire' d'assister les personnes exerçant les pouvoirs du gouvernement français en cas d'une invasion à main armée. »

Telles e'taient les charges qui s^e'levaient contre Taccuse'j elles étaient toutes fondées sur la déposition d'un de ces infâmes délateurs qu'on ne voit paraître que trop souvent dans des momens de trouble , et qui sont la honte de l'humanité et du gouvernement qui les emploie.

Curran attaqua le misérable qui s'était chargé de ce rôle odieux avec une énergie qui atterra son audace. Il démasqua toutes ses fourberies , et arracha au jurj , quelque suspect qu'il fût de partialité , un verdict favorable à son client.

Cette décision sauva la vie à quinze autres prisonniers dont le sort dépendait de ce jugement 5 elle nous prouve qu'il ne faut jamais désespérer d'une cause quelque prévenus que soient les juges , car il est dans la vérité une irrésistible puissance à laquelle les ames même les plus corrompues sont contraintes de se soumettre , et qui les entraîne en dépit d'elles.

Ce discours de Curran est regardé comme l'une de ses plus remarquables productions ; le défaut de liaison que l'on reconnaît quelquefois entre les diverses pallies, nous porte à croire qu'il n'a pas été très-fidèlement recueilli. Tel qu'il est, on y rencontre cependant encore de grandes beautés. L'amère raillerie y est heu-

reiisement employee j la chaleur de la discussion ne s y refroidit pas un seul instant 3 en un mot, il n'est, sous aucun rapport , indigne de la reputation de ce célèbre avocat.

POUR

PATRICK FINNEY,

Prononcé le 16 janvier 1798.

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