LE 24 MAI
Lorsque milord chancelier, qui en cette occasion remplissait les fonctions de grand sénéchal d'Angleterre , entra dans la cour, il était précédé de six sergens d'armes avec leurs masses. Sir Georges Coppin portait ses lettres-patentes, sir Richard Coningsby son Lâton blanc, M. Manwaring son grand sceau : il alla prendre place a l'extrémité de la salle, sur un siège d'honneur. De l'un et l'autre côté siégeaient les pairs j au-dessous se trouvaient les juges; a l'extrémité et audessous des juges, les avocats du roi. D'un côté Finch, le conservateur des registres d' attainder , le greffier de la couronne et son député étaient placés au milieu de la cour ; près de lui se tenait le sergent crieur j sir Richard Coningsby, sir George Coppin , le porteur du sceau, etc. , étaient placés aux pieds du lord grand sénéchal. L'accusée se tenait derrière les avocats du roi , le lieutenant de la tour dans une petite place près de la barre.
92 BAKUEAU ANGLAIS.
Le silence aj^ant été ordonné, sir George Coppin se lève et remet à genoux ses lettres-patentes au lord grand sénéchal : celui-ci les reçoit et les baise, puis les rend a M. Fenshaw, qui les prend a genoux ; alors le sergent crieur fait une proclamation au nom du lord grand sénéchal , pour ordonner le silence M. Fenshaw lit la commission en date du i^' de mai ; ensuite il est fait une autre proclamation de silence, afin de certifier a milord le grand sénéchal que Weston a été condamné comme coupable du meurtre de sir Thomas Overbury. Alors le lord chef de justice exbibe une cédule endossée d'un certificat des quatre juges du banc du roi et des autres commissaires , laquelle cédule Fenshaw, se tournant vers le grand sénéchal, lit k haute voix. Une troisième proclamation de silence a lieu pour certifier les autres accusations ; milord Coke délivre une autre cédule endossée du certificat de l'accusation de milady Sommerset , ce que Fenshaw lit comme auparavant. Une quatrième proclamation a lieu pour Walter, le sergent d'armes, afin de délivrer les ordres pour les pairs de Frances^ comtesse de Sommerset, qu'il remet a M. Fenshaw après avoir fait trois révérences au lord grand sénéchal : celui ci lit l'endossement. Une cinquième proclamation a lieu pour appeler les lords sommés par Tordre du grand sénéchal à répondre par leurs noms , ce qu'ils firent en commençant par le premier : k mesure que chacun d'eux était nommé, il était son chapeau, et demeurait debout jusqu'à ce qu'on eût nommé le suivant. Une sixième proclamation eut lieu pour le lieutenant de la Tour, afin d'exhiber son ordre et conduire son prisonnier a la barre* ce qu'il fit : il donna son ordre au sergent, qui le transmit a M. Fenshaw; celui-ci, comme précédemment, donna lecture de l'endossement.
* Cette proclamation se fait en prononçant ce mot, oyez, qui signifie écoute^ que les Anglais prononcent maintenant ainsi, o-yez^ qui signifie o-ouil
PROCÈS DE LADY SOMMERSET. ^3 Milord le grand sénéchal. Milords, vous êtes appelés ici en ee jour pour juger comme pairs Frances, comtesse de Sommerset.
M. Fenshaw. Frances, comtesse de Soramerset, lève la main : elle tint la main levée jusqu'à ce que M. le lieutenant lui eût dit quelle pouvait la baisser; on lut ensuite l'acte d'accusation.
M. Fenshaw. Frances , comtesse de Sommerset , que distu? es-tu coupable de cette félonie et de ce meurtre? ou n'es-tu pas coupable?
Lady Sommerset, faisant une révérence au lord grand sénéchal, répondit a voix basse et en tremblant : Je suis coupable.
Lady Sommerset , sur son accusation s'étant déclarée coupable , le procureur-général parla en ces termes :
Qu'il me soit permis de dire à votre grâce, milord grand sénéchal d'Angleterre, combien je suis satisfait d'entendre l'aveu plein de franchise de cette dame; il y a beaucoup de noblesse en cette confession ; ceux qui ont été précédemment accusés ont persisté dans leur dénégation , comme Weston , Elwes, Franklin et Turner : la défense adoptée par celte dame atteste son humilité et son repentir; certes elle ne peut qu'être un spectacle de pitié, soit que vous considériez son sexe, soit que vous considériez son illustre famille. Mais ce jour et celui qui doit suivre sont destinés a satisfaire la justice , la miséricorde siège dans le fond du sanctuaire : ainsi je me contenterai de demander aujourd'hui que son aveu soit inscrit sur les registres, et que le jugement soit prononcé : puisque les pairs sont réunis, il est de leur honneur de proclamer la justice du roi.
C'est la seconde fois depuis l'avéneraent de notre souverain et dans l'espace de treize ans, qu'un pair a été mis en jugement, et dans l'une et l'autre de ces deux circonstances,
votre grâce a rempli les fondions de grand sénéchal. Le premier jugement fut celui de Grey et Cobham, bien que condamnés, cependant leur exécution n'a point eu lieu ; le sang d'aucune illustre famille n'a encore coulé depuis le règne de sa majesté. La première condamnation avait pour but de venger une trahison soulevée parmi les mécontens; celle-ci, de punir une offense privée sur des coupables comblés des faveurs du prince; et par conséquent elle mérite d'être inscrite sur vos registres en caractères ineffaçables. Si notre souverain est le meilleur des maîtres , il est aussi le plus justes des rois; il peut aussi bien aplanir une montagne qu'élever une vallée : c'est la une utile leçon h donner aux pairs du royaume ; il est le premier a poursuivre ceux qui ne respectent pas la vie de ses sujets.
Ce dont j'ai k parler doit se restreindre à ce qui eut lieu soit dans les cachots de la Tour, soit publiquement. Je n'entrerai point dans le détail des premiers faits, parce que je ne veux ni chagriner la noble dame ici présente , ni préjudicier à son époux absent ; rien ne m'en fait un devoir et mon humanité mêle défend. Quant à ce qui a eu lieu publiquement, vous allez apprendre ce que le roi et ses ministres ont si dignement fait dans cette grande œuvre de justice.
Overbury est mort empoisonné, le 1 5 septembre 1 6x3, dans la tour de Londres. A peine avait-il expiré qu'une rumeur secrète, qui était la voix de Dieu, insinua que d'étranges circonstances avaient accompagné sa mort. En même temps on fit courir un autre bruit; il était mort, disait-on , d'une maladie honteuse , si honteuse que je n'ose la nommer. Deux ans après le sang d'Overbury cria vengeance , la voix de Dieu ne fut point écoutée ; gloria Deicelare^ regis perscriiîare rem : La gloire de Dieu consiste à cacher une chose, celle d'un roi à la découvrir. Cependant Dieu a tellement aveuglé ces deux grands criminels et leurs instruraens , que