‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglaisChapitre 13 sur 42 · PROCÈS DE LADY SOMMERSET · texte numérisé non relu

PROCÈS DE LADY SOMMERSET

l'un ne regarda pas même autour de lui , et l'autre ne prit pas la fuite : mais , comme il y a toujours quelque chose d'étrange dans la découverte d'un meurtre, la découverte de celui-ci fut presque miraculeuse.

Milord Shrewsbury, que Dieu a rappelé a lui, recommanda sir Jervis Elwes h un conseiller d'état, et ce fut par lui que sir Jerwis , à cause des rapports favorables qui lui avaient été faits de sa loyauté et de ses mérites, désira lui être présenté. Le conseiller répondit qu'il s'en tiendrait fort honoré; mais il pèse sur lui, ajouta-t-il, quelques soupçons relatifs à la mort d'Overbury : je désirerais qu'il pût s'en disculper , et donner quelque satisfaction sur ce point. Lord Shrewsbury rapporta cette réponse a Elwes, qui en fut frappé; il avoua que quelques projets avaient été formés contre Overbury, mais qu'ils étaient demeurés sans effets , ayant été déjoués par lui. Ce conseiller, réfléchissant attentivement à ces paroles , fit part au roi de cette découverte : aussitôt on donna ordre à Elwes de consigner par écrit tout ce qu'il savait; il obéit , mais avec une grande réserve pour ne point se compromettre. Le roi, désirant pénétrer la vérité de cette affaire, donna ordre qu'on instruisît, et s'en remit a plusieurs d'entre ses conseillers. Ils arrachèrent quelques aveux de Weston ; alors on confia le soin de poursuivre ces recberches a lord Coke , qui y travailla avec ardeur : il fit deux ou trois cents interrogatoires; mais, lorsqu'il s'aperçut que cette affaire pouvait compromettre de grands personnages , il demanda qu'on lui adjoignît quelques autres juges :ce qui lui fut accordé ; on lui associa le lord chancelier, le lord sénéchal et lord Jones. Alors il n'y eut point de manœuvre que l'on n'employa pour empêcher la découverte de la vérité; on sollicita Weston de garder un silence obstiné; mais à la fin ou parvint à chasser le démon muet qui lui enchaînait la langue. Après lui viennent Elwes, Turner, Franklin, qui tous ont pris part a celte

çf BARREAU ANGLAIS,

sanglante tragédie, mais n*en étaient pas les auteurs : et maintenant que cette dame comparaît a son tour , elle rencontre la justice par suite de son aveu , qui est pour elle un fondement de miséricorde et de jugement. Cependant il est dit que la miséricorde et la vérité se rencontreront toujours ensemble : vous avez trouvé la vérité dans ses aveux; puisse-t-elle lui être un titre pour obtenir miséricorde ! mais nous devons laisser la miséricorde a celui auquel elle est réservée, et ce jour doit être consacré au jugement.

Maintenant , pour conclure et vous donner la raison des retards nombreux qu'a essuyés cette affaire, je vous dirai que le premier a été commandé par l'humanité; il fallait respecter la naissance de son enfant ; le second , par une raison d'état; le dernier avait de graves et importans motifs. Je désire en finissant vous donner lecture des ordres que le roi a écrits de sa propre main pour l'examen de cette affaire.

On lut les instructions du roi.

Ainsi il y a deux points a déterminer, et la vérité ne peut se rencontrer que dans l'un des deux : le premier, de savoir si lord et lady Sommerset ont été les instigateurs de la mort d'Overbury, ou bien, si ce crime ne leur a été imputé que pour les diffamer. Veuillez examiner le premier point avec attention, et si vous trouvez les prévenus innocens , alors je vous prierai de considérer l'autre avec le même soin, afin que de telles pratiques puissent être découvertes et ne demeurent pas impunies.

Fenshaw. Frances, comtesse de Sommerset^ lève la main : Tu as été accusée d'être complice de l'empoisonnement de Thomas Overbury , et tu as plaidé que tu étais coupable ; astu quelque chose à dire pour empêcher que le jugement soit prononcé contre toi?

La comtesse de Sommerset. Je ne puis qu'aggraver et non atténuer ma faute; je demande miséricorde ; daignez, mi-

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