PROCES DE ROBERT CARR
que je vais dire , votre seigneurie doit toujours avoir présentes trois pensées pour y répondre.
Lorsque j'exposerai les faits , vous pourrez songer à vos moyens de justification.
Lorsque je distribuerai nies preuves , vous pourrez préparer les réponses sans confusion.
Lorsque je produirai mes témoins et leurs interrogatoires, vous pourrez y réfléchir de nouveau et combiner votre défense.
Si j'en agis ainsi , c'est afin que votre mémoire ne soit pas surchargée par la multitude des faits , ni la confusion jetée dans vos pensées par le défaut d'ordre : il y a plus , lorsque votre seigneurie proposera ses réponses , je lui rappellerai , quand il en sera besoin , les omissions qu'elle pourra commettre.
J'expose donc en premier lieu , que sir Thomas Overbury a long-temps été uni par une étroite amitié avec lord Sommerset ; il était pour lui comme un oracle qui dirigeait toute sa conduite, si même il faut en croire ses yanteries, car il était rempli d'insolence, il prétendait que la fortune , la réputation et les mérites de ce gentilhomme étaient le fruit de ses conseils.
Celte amitié ne se bornait point à des conversations et à de simples intrigues de cour j elle allait jusqu'à lui faire dévoiler les secrets du royaume • milord Sommerset, occupant alors la place de secrétaire d'état, communiquait a Overbury des dépêches adressées au roi de toutes les parties de l'Espagne, de la France et des Pays-Bas, et cela non-seulement par lambeaux et par hasard , mais d'une manière régulière ; les dépêches lui étaient envoyées quelquefois ouvertes, quelquefois même encore scellées ; il les lisait, les copiait, en tenait registre selon qu'il le jugeait bon, de telle sorte qu'Overbury connaissait mieux les secrets de l'état que le conseil même. Ils en étaient venus à un tel degré d'intimité, qu'ils semblaient
io8 BARREAU ANGLAIS-
se jouer du monde entier, forts d'eux-mêmes; ils avaient des chilTres el un langage particulier pour désigner le roi , la reine et les principaux personnages du royaume; chose qui n'est d'usage qu'entre les princes et leurs alliés, ou dans les affaires qui se traitent contre eux , ou du moins relativement a eux.
Cependant, milord , comprenez bien ce que je veux dire.
Je ne veux point ici vous accuser de déloyauté; je veux seulement établir qu'il y avait un grand échange de secrets entre vous el sir Thomas Overbury; et qu'ils étaient relatifs a des affaires d'état et aux plus grands intérêts de ce royaume.
Mais , milords, comme il est de principe dans la nature que les choses les meilleures corrompues deviennent les pires, ainsi il advint que cet excès d'amitié se changea en une mortelle haine de la part de milord Soramerset.
J'ai entendu quelquefois milord le grand sénéchal de la cour dire a la chancellerie que la ruse, comme la gelée, ont toujours une mauvaise fin. A ces deux choses je pourrais en ajouter une troisième , qui est l'amitié des méchans ; entre eux il y a conspiration , jamais amitié : or il arriva, environ une année avant l'empoisonnement d'Overbury a la Tour, que le comte de Somraerset s'éprit d'un amour illégitime pour l'infortunée comtesse d'Essex, et désira s'unir à elle. Overbury attaqua vivement ce projet, sous prétexte de remplir les devoirs d'un véritable ami , regardant, disait-il, cette femme comme indigne de celte union ; mais, dans le vrai, Overbury, qui, pour parler franchement, étranger a tout sentiment de religion et de morale , ne respirait qu'ambition et vaine gloire, craignait de partager la faveur de milord Sommerset avec un des membres de la famille des Howars, contre laquelle il avait toujours nourri une haine profonde.
Milords , vous comprendrez que ce n'est pas la une vaine imputation, lorsque vous saurez qu'Overbury se vantait de
PROCÈS DE ROBERT CARR. log lui avoir conquis l'amour cle cette dame par ses lettres et ses artifices, tant il était au-dessus de tout scrupule sur ce point.
Et certes, milords , bien que le tragique événement de ce malheureux ait jusqu'à un certain point effacé ses fautes , cependant, comme il ne s'agit nullement ici de procéder, mais de découvrir la vérité en présence de la justice, il est important de dire, dans Pintérêt de la cause, qu'Overbury était un homme méchant et corrompu ; il ne faut pas en croire sur ce point les complaintes faites sur sa mort.
Lorsque Overbury se vit exposé a perdre les bonnes grâces du comte qu'il avait possédées pendant si long-temps, il travailla à le détourner de l'amour de cette dame ; le voyant inébranlable, il jugea nécessaire d'avoir recours à un remède violent. Croyant tenir en main la vie du comte, a cause des communications qu'il lui avait faites , il s'emporta violemment contre lui pour le faire désister de son projet, le menaçant de le trahir. De Ta résultèrent deux torrens de haine contre Overbury; l'un de la part de cette dame , parce qu^il traversait son amour et déshonorait son nom; l'autre, plus violent encore de la part de milord Sommerset , qui, effrayé de la profonde malice d'Overbury , craignait, s'il brisait avec lui, de le voir renverser tout l'édifice de sa fortune : à ces divers motifs se joignait l'ambition du lord Northampton , lequel aspirait à posséder seul les faveurs de milord Sommerset, et qui , connaissant toute la haine d'Overbury h son égard, désirait se défaire de cet homme : ainsi la mort d'Overbury fut résolue.
Deux moyens se présentaient d'accomplir ce projet, le meurtre et le poison. Quant au meurtre , après quelques propositions et quelques tentatives, ils y renoncèrent comme trop patent et sujet a mille chances; le poison leur paraissait une chose hasardeuse , qui demandait beaucoup de précautions, surtout avec un homme aussi méfiant que Overbury,
T I o BARREAU ANGLA IS.
h moins qu'ils ne le tinssent d'abord dans leurs mains. Ils résolurent donc de le faire tomber dans une embûche, certains alors de ne pas manquer leur but. Pour exécuter ce complot, on décida de le faire nommer a quelque honorable emploi au dehors, et de Tencourager sous main par l'influence de lord Sommerset à le refuser , afin de se servir ensuite de ce prétexte pour le faire emprisonner à la Tour comme coupable d'avoir méprisé l'autorité du roi , et la on pensait pouvoir accomplir en sûreté les projets que l'on tramait contre sa vie. Cependant cela ne suffisait pas aux assassins ; ils pensaient que , si le lieutenant de la Tour et le geôlier d'Overbury ne leur étaient pas dévoués , d'abord ils rencontreraient beaucoup d'obstacles, en second lieu, ils courraient risque d'être découverts j qu'en outre Overbury pourrait écrire a ses amis, et ainsi déconcerter tous leurs plans : leur premier soin fut donc de destituer le lieutenant de la Tour, Wade, et de lui substituer Eiwes, l'un des principaux auteurs de l'empoisonnement j de substituer à Garry ^ qui était alors geôlier, Weston, qui fut l'un des auteurs du crime 3 et cela fut fait comme en un clin d'œil.
Lorsqu'une fois ils tinrent ce malheureux renfermé en la Tour, d'où il ne pouvait s'échapper, où il ne pouvait recevoir de nourriture que de leurs mains , où il ne pouvait parler ni écrire que par leur intermédiaire , on crut le moment arrivé de jouer le dernier acte de cette tragédie.
Ce fut alors que Franklin, le pourvoyeur des poisons, en procura de six ou sept espèces différentes , pour être sûr d'atteindre le but désiré. Mistriss Turner, qui les composait, enseigna quels, ont un effet immédiat ; quels , un effet plus lent. Weston, chargé du rôle de bourreau, poursuivit sans relâche la victime avec ces poisons ; poison dans les viandes salées, poison dans les biscuits, poison dans les médecines et vomitifs^ jusqu'à ce qu'enfin son corps, comme celui de
PROCÈS DE ROBERT CARR. ht Bîithridate, fût devenu, pour ainsi dire, insensible a leurs attaques. Weston même avouait, lorsqu'on lui reprochait ses lenteurs à se défaire du prisonnier, que ce qu'il lui en avait donné aurait suffi pour empoisonner vingt hommes ; et enfin, comme l'événement traînait en longueur,Sommerset eut recours à divers expédiens pour éloigner la délivrance d'Overbury, lui promettant dans ses lettres d'obtenir sa liberté, le leurrant de mille autres fables, a peu près comme certaines gens qui occupent avec des contes d'enfans l'attention de ceux dont ils veulent vider les poches. Tel est le récit fidèle, quoique sommaire, du crime qui a été commis.
Relativement à la distribution des preuves, il est quatre chefs principaux qui démontrent votre culpabilité : deux sont antérieurs à l'emprisonnement 3 le troisième lui est inliérent ; le quatrième est postérieur, car il en est des preuves comme de la lumière; il est des lumières directes, il en est de réfléchies, et qui produisent une double clarté.
Le premier chef de preuves est que vous aviez contre Overbury un motif de haine, joint a un grand fond de méchanceté.
Le second, que vous avez été l'un des auteurs principaux du crime; c'est vous qui avez facilité l'empoisonnement , qui en avez préparé l'occasion, sans laquelle il n'aurait jamais eu lieu ; vous sembliez n'avoir pas d'autre but que cet empoisonnement.
Le troisième grief est que votre main a trempé dans cet empoisonnement : c'est vous qui avez commandé le poison , qui l'avez remis a celui qui devait en faire usage, qui attendiez incessamment la nouvelle de son succès, qui avez pressé révénem.ent trop lent au gré de vos désirs.
Enfin, après l'empoisonnement vous avez fait tout ce qui peut déceler une conscience coupable, soit pour apaiser ses remords, soit pour éviter la punition , ce qui peut se réduire à trois choses : vous avez supprimé autant qu'il était en vous
tous les témoignages ; vous avez dénaturé et antidaté tous les écrits qui pouvaient fournir quelque lumière sur l'empoisonnement 5 puis vous vous êtes réfugié vers Fautel du crime pour solliciter le pardon du meurtre.
Et maintenant, milord, c'est à vous que mon discours s'adresse, car je désirerais que vous puissiez détruire les charges qui s'élèvent contre votre personne, et vous justifier comple'tement. Je vais développer deux de ces chefs, et laisse le troisième a deux autres avocats du roi.
Relativement au premier chef, qui est la haine mortelle que vous entreteniez contre sir Thomas Overbury, jointe à la crainte qu'il vous inspirait , quoique vous l'ayez dissimulée avec beaucoup d'hypocrisie et d'adresse jusqu'à la fin , cependant je vous prouverai, milord grand sénéchal, que cette haine avait pour motif ce qui a coûté la vie à tant de gens , la crainte devoir découvrir ses secrets, secrets importans et dangereux par leur nature. Afin de le prouver, voici la marche que je suivrai : je montrerai d'abord qu'une rupture eut lieu entre milord et Overbury, qu'elle se manifesta par de violentes menaces et d'une et d'autre part.
Je vous démontrerai, en second lieu , que ces secrets étaient de la plus haute importance ; ils étaient tels que milord Sommerset jura que Overbury ne reparaîtrait plus jamais à la cour ni dans ce pays; qu'il s'était confié a lui a un tel point, qu'il fallait que l'un ou l'autre périsse. Overbury, de son côté, avait menacé milord que, soit qu'il vécût, soit qu'il mourût, la honte de milord serait éternelle, et qu'il le rendrait le plus abominable des hommes : ainsi ces secrets étaient de la plus haute importance.
En troisième lieu, je prouverai que toutes les affaires du roi avaient été confiées par milord a Overbury : et , ce qui laisse supposer une entière confiance, qu'il les lui transmettait par écritj que, comme les princes, il avait une écriture et un lan-
PROCÈS DE ROBERT CARR. ii3 gage particuliers. Enfin je vous prouverai que c'est un vain prétexte de dire que celte haine ne naquit que des propos offensans qu'il avait tenus contre lady Sommerset , ou de ses efforts pour rompre son mariage ; car Overbury favorisait luimême cet amour, etîord Sommersetparlait de cette dame avec aussi peu de réserve que Overbury : en outre, ce motif serait venu trop tard; déjà le mariage était arrêté; et, s'il ne s'était agi que d'empêcher Overbury de s'y opposer, il était facile d'envoyer Overbury au-delà de la mer ; l'occasion s'en était présentée, mais on ne voulut pas s'en servir.
En dernier lieu , pericuïum periculo vincitur. L'empoisonnement doit avoir eu d'autre motif qu'une querelle passagère : la cause doit toujours être en proportion avec l'effet. ^ Quant au second chef de preuves, lequel se compose des actes préparatoires ou intermédiaires , ces actes sont au nombre de huit, comme je vais vous l'expliquer.
lo. Il y eut divers projets pour se défaire d'Overbury, complotés entre la comtesse d'Essex , le comte de Sommerset et le comte de Northampton, avant qu'on s'arrêtât à l'empoisonnement; toujours les hommes , avant d'adopter une résolution coupable, ont coutume de délibérer; mais il devait mourir d'une manière ou d'autre.
20. Milord Sommerset fut l'auteur principal, je dois le dire, des embûches dressées avec tant de perfidie à Overbury pour le faire enfermer à la Tour ; hors de là il n'aurait point osé tenter rempoisonneraenl.
3<^. Ce fut milord Sommerset qui plaça à la Tour le lieutenant Elw^es, l'un des empoisonneurs.
4°. Ce fut lord Sommerset qui plaça Weston, le geôlier, l'un des principaux empoisonneurs, et déplaça Carry ^ dans les quinze jours qui suivii'ent l'emprisonnement d'Overbury : ces deux officiers furent les instrumens actifs de l'empoison- 3. 8
nement, el c'était la une opération qui était hors de la puissance de lady Somraerset.
5°. Mais parce qu'il fallait donner un motif a cet événement, et qu'on ne voulait pas que le poison opérât subitement; comme en outre la force d'Overbury et la coutume qu'il avait de prendre du poison contrarierait ses effets, il devint nécessaire de garder Overbury dans la Tour comme on l'y avait conduit. Lord Sommerset l'avait attiré dans le piège; ce fut lui qui l'y retint , l'amusant par de continuelles espérances de liberté, et éloignant tous les moyens de la lui faire obtenir.
6®. Non-seulement lord Sommerset fît enfermer Overbury dans la Tour, et fournit les moyens de l'y retenir, mais encore il le priva de toute communication au dehors, refusant a son père la faveur de le voir, éloignant tous ses serviteurs qui offraient de demeurer prisonniers avec lui , et se conduisant de manière a le séparer de tous ses amis, et à l'exposer a tous ses ennemis.
70. Tous les avertissemens que lady Sommerset recevait du lieutenant Weston sur l'état et la santé d'Overbury étaient aussitôt envoyés au comte, tant il lui tardait d'apprendre la uouvelle de sa mort.
8°. Enfin, de continuelles négociations furent employées a amuser Overbury, mais tout cela n'était que ruses; car il passera sous les yeux de vos seigneuries plusieurs lettres de lord Northampton, qui a pris beaucoup de part dans toute cette affaire; elles sont conçues en termes fort obscurs, et prouvent que l'on disait une chose, et que l'on en pensait une autre; il est même quelques passages que vos seigneuries, dans leur sagesse, discerneront comme ayant un trait direct a l'empoisonnement.
Maintenant, en produisant les preuves, voici la marche que je suivrai : les interrogatoires qui ont été reçus sous ser-
PROCÈS DE ROBERT CARR. ii5 menl vous seront lus; puis je ferai comparaître ici tous les témoins, afin qu'ils puissent prêter serment de nouveau, approuver ou dénier ce qu'ils entendront lire, modifier ou expliquer leurs dépositions, pour qu'en outre milord Sommerset et leurs seigneuries puissent leur faire toutes les questions qu'elles jugeront convenables.
Après ce discours , on lut divers interrogatoires , et les témoins appelés furent entendus; puis le sergent ès-lois Montague, prenant la parole, continua en ces termes :
Le sergent ès lois Montague. Je vais maintenant vous expliquer les faits qui sont inhérens au meurtre de sir Thomas OverLury.
Il est trois circonstances qui démontrent évidemment que milord Sommerset en a été le principal instigateur.
lo. Une poudre qui fut envoyée par vous a sir Thomas, laquelle était du poison et fut prise par lui ; 2®. il lui fut également envoyé par vous du poison en gâteau; 3o. vous attendiez avec impatience le succès de l'entreprise, et vous vous étonniez de ses lenteurs. M. le procureur-général a fait connaître hier comment cet empoisonnement s'est découvert ; je vais exposer comment le repentir de l'un des coupables en a dévoilé toutes les particularités. Franklin avoue que des poisons furent achetés dans ce dessein, et qu'il en fît l'essai avant qu'ils eussent été employés : quant à la poudre, elle fut envoyée dans une lettre écrite de la main de milord h Overbury, dans laquelle vous lui disiez que cette poudre lui causerait une légère indisposition (ce qui eut lieu a un très-haut degré), et que vous saisiriez cette occasion de parler au roi en sa faveur. Cette lettre lui fut envoyée par l'intermédiaire de Davis, et cette poudre ctait du poison. Quant aux gâteaux empoisonnés, d'abord vous lui en envoyâtes de bons, afin de déguiser les mauvais. Comme preuve qu'ils venaieut de vous, je produirai cette
,i6 BARREAU ANGLAIS,
lettre que lady Sommerset écrivait au lieutenant : « Je vous préviens que dans les gâlenux et les gelées il y a des lettres, mais non dans le vin: ainsi de l'un vous pouvez en prendre pour vous et en donner a votre femme et k vos enfans , mais de l'autre non. Donnez-lui ce soir les gâteaux et la gelée, et tout ira bien, n 11 paraît que par ce mot de lettres elle voulait désigner le poison.
Le troisième grief que j'invoque contre vous est que vous avez écrit à lady Sommerset pour lui exprimer votre étonneraent de ce que tout n'était pas achevé j alors elle fit venir Franklin et lui montra vos lettres* celui-ci les lut, et il se rappelle encore leurs termes : elle fit aussi venir Weston, pour lui enjoindre d'expédier le prisonnier prompiement; et celui-ci lui répondit que le poison qu'il avait déjà donné aurait suffi pour vingt hommes. Par toutes ces circonstances, milord, je prouverai que vous êtes aussi coupable qu'aucun de ceux qui ont été précédemment accusés; et Weston, dans son interrogatoire , a affirmé la vérité de tous ces faits.
Le sergent ès-lois Crew. Le rôle qui m'est réservé consiste a vous exposer les circonstances qui ont suivi le crime dès qu'il fut consommé. Nous voyons le coupable chercher , pour ainsi dire, a couvrir sa nudité avec des feuilles de figuier; il emploie diverses manœuvres, i^. pour supprimer tous les indices, 2°. pour détruire sa correspondance; pour obtenir un pardon, il sollicite des lettres de grâce plus étendues. Quant k vos manœuvres pour supprimer le témoignage de Franklin : En revenant de la cour vous apprîtes k lady Sommerset que Weston avait été arrêté; alors mistriss Turner envo3^a dire a Franklin de venir auprès de milady a une heure après minuit. Milady lui dit : Weston a tout avoué, nous serons tous pendus; et alors elle lui fit de nouveau jurer de garder le secret. Pendant le cours de cette couver-
PROCÈS DE ROBERT CARR. 117 sation elW entra dans une cbambre voisine pour parler avec quelqu'un (que Franklin croit être lord Sommerset); en revenant, elle apprit a celui-ci ce qu'il devait répondre s'il était interrogé, ajoutant que dans aucun cas il ne fallait avouer la connaître, elle, ni misiriss Turner - que les lords lui promettraient le pardon pour provoquer des aveux de sa part^ mais qu'il ne fallait en aucune manière se fier a leurs paroles ; car , s'il s'en rapportait a eux , il serait pendu.
Quant aux moyens employés pour supprimer les lettres, voici quels ils sont : Lawrence Davis, après la mort de son maître , offrit ses services a railord; mais ses offres furent rejelées. L'été dernier, craignant quelques révélations de sa part , railord lui envoya Rawlins , qui lui fit mille politesses , et le pria de lui remettre toute la correspondance qui avait eu lieu entre Overbury et lui. Davis la lui livra, et reçut trente livres.
Lorsque Westoii et mistriss Turner furent arrêtés, il y avait une malle dans laquelle se trouvaient renfermées plusieurs lettres^ Cette malle se trouvait déposée chez le maîdc du fils de Weston. Milord donna ordre à un constable de l'a faire ouvrir par force , et de lui envoyer les liasses de papier qui s'y trouvaient , prétendant que ces lettres et papiers appartenaient à mistriss Hide , sœur d^ mistriss Turner. Conformément k cet ordre, les lettres qui se trouvaient dans la malle lui furent apportées. Quaut a votre correspondance avec lord Korihampton , elle vous fut restituée après sa mort par sir Robert Cotton- la veille de votre emprisonnement vous la jetâtes au feu. Relativement aux lettres d'Overbuiy , sir Robert Cottou vous conseilla de ne pas les brûler , mais de les garder. Comme elles étaient toutes sans date, Cotton vous dît que vous pourriez leur donner celle qjii vous serait le plus avantageuse, et vous lui prescrivîtes de faire comme il l'eiitendrait. Il obéit, mais^ seulement après racctvsation d<i
ii8 BARREAU ANGLAIS.
Weston ; alors , sachant a quelle époque l'acte d'accusation disait qu'avait été donné le poison , il data quelques-unes de ces lettres de manière a déguiser la vérité, supprimant les une , dénaturant les^autres , selon que cela lui était plus avantageux.
Mon dernier grief est que milord sollicita son pardon , et fit rechercher les précédens du pardon le plus étendu qui jamais eût été accordé j dans quels motifs, si ce n'est pour se laver de ce meurtre?
Je vous reproche enfin la déclaration que vous avez envoyée au roi, dans laquelle vous semblez entretenir quelques doutes sur votre innocence, et vous expriniez l'espoir qu'il daignera étendre sur vous son pardon , en considération de la faveur dont il vous a honoré, et que, dans tous les cas, il daignera faire grâce à votre femme; mais vous n'avez jamais sollicité le pardon du roi , pour elle comme pour vous-même ; vous avez enfin demandé la faveur de disposer de vos terres en faveur de vos enfans.
Je vais maintenant produire les preuves de tout ce que j'ai dit. Alors on lut l'interrogatoire de Franklin , et Ton fit entendre plusieurs témoins, après quoi le procureur-général prenant la parole : « Il est d'usage dans une accusation, lorsque les avocats du roi et la défense du prisonnier ont été entendus, de récapituler en peu de mots ce qui a été dit; mais en cette cause nous avons observé un ordre si rigoureux dans la distribution de nos moyens, que je ne crois pas nécessaire de les répéter. Maintenant il ne reste rien k faire, sauf ce qu'il plaira aux pairs d'ordonner et au prisonnier de requérir avant que la sentence soit prononcée. »
Le comte de Sommerset. Milords , avant de vous retirer , qu'il me soit permis de vous recommander ma cause. De même que le roi m'a élevé jusqu'à vous , ainsi il m'a maintenant soumis a vos censures : mon sort sera peut-être le vôtre
PROCÈS DE KOBERT CARR. 119 lui jour; j'aime a croire que vous ne voudrez pas considérer de simples indices comme une preuve concluante : s'il en éiait ainsi , qui pourrait répondre de sa vie ? En même temps vous pouvez juger de Pexcellence de la justice du roi, qui ne fait acception de personne , et me livre entre vos mains pour subir une juste et impartiale censure ; quant a moi, je proteste que je n*ai facilité ni même connu le complot contre Overbury. Voila ce qu'avait besoin de vous dire un homme qui défend sa vie devant vous.
Les pairs ayant déclaré l'accusé coupable, le procureurgénéral prit la parole : « Milord grand-sénéchal, Robert, comte de Sommerset , a été mis en accusation, et cité devant vous, il s'en est remis au jugement de ses pairs, qui, tous à l'unanimité, l'ont déclaré coupable^ je requiers que vous prononciez le jugement.
M. Fenshaw. Robert , comte de Sommerset , lève la main , attendu que tu as été accusé, assigné, et que tu as plaidé non coupable d'un accessoire antérieur au fait, relativement au meurtre et k l'empoisonnement volontaire de sir Thomas Overbury, et que tu t'en es remis au jugement de tes pairs , qui t'ont déclaré coupable. Qu'as-lu à dire pour empêcher que la sentence soit prononcée contre toi?
Lord Sommerset. L'arrêt prononcé contre moi est juste, je désire seulement une mort convenable a mon rang; car comme Simcocks dit
Le lord grand-sénéchal. M\\oï A j vous n'avez plus à parler pour votre défense, mais seulement sur la question de savoir si le jugement doit être prononcé.
Lord Sommerset. Alors je me tais ; mais je vous supplie humblement, vous, milord grand - sénéchal , ainsi que le reste des lords, d'être mes intercesseurs auprès du roi pour obtenir miséricorde , si cela est nécessaire.
lao BAKREAU ANGLAIS.
Le grand-sénéchal prenant alors son bâton blanc , prononça la sentence.
Lord Sommerset. Miloids les pairs, je vous supplie, comme vous avez été mes juges aujourd'hui , de vouloir bien être mes intercesseurs.
Alors le grand-sénéclial brisa son bâton blanc. La cour fut dissoute , et le prisonnier reconduit à la Tour,
PROCES
DE
THOMAS WENTHWORTH,