‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglaisChapitre 18 sur 42 · KXPOSÉ · texte numérisé non relu

KXPOSÉ

Un certain lord Montnourris, pair du royaume, secretaire d'etat , garde du sceau prive , trésorier de la guerre, vice-lrësorier general, mais homme bas et vil, s'ëtant permis quelques propos insultans contre le lord lieutenant , Wenthwortli le fit condamner par une cour martiale, comme coupable de haute trahison, et obtint ensuite sa grâce : conduite impolilique qui laissait à un ennemi puissant le pouvoir de se venger. Cet acte de se vëri te excita contre lui de violentes animositës, et forma par la suite un des principaux griefs d'accusation.

Les soulèvemens qu'excitèrent les intrigues de cet homme irrite' forcèrent le lord lieutenant de venir à Londres pour se justifier : il soumit au roi, produisit au conseil, et publia un compte rendu de son administration , qui réduisit ses ennemis au silence et redoubla sa gloire avec sa popularité.

Wenthv\rorth, de retour en son gouvernement d'Irlande, y poursuivait le cours ds sa glorieuse administration , lorsque les révoltes de l'Ecosse vinrent troubler la tranquillité dont jouissaient alors les trois royaumes.

Une secte nouvelle , le presbytérianisme, s'était depuis peu de temps introduit dans les montagnes de la Calédonie, et y avait fait de rapides progrès, quelques séditions partielles avaient éclaté à Edimbourg , enfin l'insurrection devint générale : dix députés furent nommés par les diverses classes de l'état , et l'on vit éclore , ce fameux Covenant ' , qui devint le prétexte de tant d'agitations.

y Oêtait la profession de foi des presbytériens.

EXPOSÉ. 125 Lord Hamilton , envoyé pour apaiser la révolte, n j réussit pasj l'insurrection prit de nouvelles forces; le roi alla se mettre en personne à la tête des troupes qu'il avait re'unies pour soumettre les rebelles : une tentative faite par eux en Irlande vint écliouer contre le zèle et l'activité de Wenthv^orlh, enfui un simulacre de paix fut conclu à Berwick, le 17 juin 1639.

Cette trêve fut aussitôt violée que promise, et les troubles recommencèrent. Le roi , ne trouvant autour de lui nul ministre capable de faire face aux difficultés des circonstances , rappela Wenthworlh de son gouvernement d'L'lande pour s'aider de ses conseils.

Le premier mot du lord lieutenant , en arrivant à Londres , fut « la guerre avec l'Ecosse, et un parlement en Angleterre. » Les insolentes propositions faites par les députés des co^enantaires rendaient cette mesure indispensable : aussitôt l'armée est réorganisée; un parlement est convoqué en Angleterre; le comte de Strafford (c'était le nouveau titre dont la munificence rojale avait décoré Wenthwortb) va en Irlande en assembler un pareil, et revient en Angleterre quinze jours après en être parti.

Le parlement d'Angleterre, appelé le court parlement, répondit mal à l'attente qu'on en avait conçue; loin de prêter son appui au roi, il ne cberclia qu'à mettre à profit la difficulté des circonstances pour obtenir de nouvelles concessions : il fallut le dissoudre. Une sédition qui éclata dans Londres vint ajouter aux embarras que causaient les affaires de l'Ecosse ; le trouble croissant chaque jour , le comte de Strafford crut que des

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mesures vigoureuses étaient le seul moyen d'imposer aux rebelles. « Maintenant , disait-il au roi , que vous avez tente de tout concilier, et que vos efforts ont ete inutiles, eux-mêmes vous ont dégage des règles ordinaires; ils viennent envahir l'Angleterre, ils menacent nos biens et nos têtes ; le salut public devient la loi suprême : ne tirez jamais par la suite un exemple de ce que vous commande à present la nécessite; faites reparation aux lois le jour où la paix sera rétablie; mais aujourd'hui sauvez le trône, sauvez-vous; réduisez par tous les moyens ce royaume rebelle, et faites-y passer l'armée d'Irlande. »

Ce discours donnera bientôt sujet aux plus odieuses imputations contre le comte, et lui sera reproche comme une trahison ; cependant la suite des evënernens fit bien voir combien les mesures proposées par Strafford étaient urgentes : déjà les rebelles avaient passe la Tv\red à Newburn et défait l'armée royale sous le commandement de Conway; aussitôt Strafford va se mettre à la tête des troupes, ranime leur courage et arrête l'invasion de l'ennemi. Des négociations s'ouvrent de nouveau : Strafford s'oppose avec e'nergie aux pretentions des rebelles^; mais ses conseils sont inutiles, et Charles accepte, par le traite de Ripon, toutes les conditions qu'il plaît aux séditieux de lui imposer.

Bientôt après s'ouvrit en Angleterre ce trop fameux parlement connu sous le nom de long parlement. La faction puritaine dominait dans cette nouvelle assemblée ; à sa tête figurai^; le fameux Pym, l'ennemi le plus acharne de Strafford.

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Ne de parens obscurs , et eleve' dans le metier de praticien , Pjm avait ete porte à la chambre par la faveur du comte de Bedfort; son experience des affaires, une elocution facile, et une connaissance rare de la tactique parlementaire, lui acquirent bientqt une grande influence; mais un caractère arrogant, avare et cruel, corrompait en lui tous ces dons : dirige' par un pareil homme, le long parlement débuta par les plus violentes mesures.

La chambre des communes irlandaises, naguère si fidèle et si de'voue'e , changea tout à coup d'esprit, et se montra disposée à s'associer aux projets des communes anglaises.

Le premier coup à porter à la monarchie , c'était d'abattre Strafford, son plus ferme boulevard ; ce fut vers lui que se dirigèrent toutes les haines.

Sur une motion de Pym, les communes d'Angleterre de'cidèrent de mettre en délibération l'état pre'sent de l'Irlande ; c'était attaquer directement l'administration du lord lieutenant : les communes irlandaises , qui peu de temps auparavant ne trouvaient pas de termes assez forts pour exprimer le bonheur dont les avait comblées le gouvernement de Strafford , l'accusèrent d'avoir ëtë le tyran de l'Irlande , et nommèrent un comité pour rédiger des griefs.

Pendant que tout ceci se passait dans les deux parlemens, Strafford était à la tête de son armée dans le nord de l'Angleterre : parens , amis , tous le supplient de conjurer Forage en se retirant en pays étranger : la pensée de déserter, son innocence l'indignent, et il accourt

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a Londres; c'était le 6 novembre que la re'solution des communes sur les affaires de l'Irlande avait etë prise; le 1 1 , Strafford arrive à Londres à la pointe du jour; à trois heures après midi il est à la chambre des pairs; à trois heures et demie il voit entrer Pym , qui , suivi d'une deputation nombreuse, vient à la barre de la chambre haute accuser le comte de Strafford de trahison , au nom des communes , et demander qu'il soit à l'heure même conduit en prison.

Lorsque Pym, après avoir rempli sa mission, se fut retire, le comte de Strafford, debout, demande la parole; des cris confus s'élèvent du milieu de ses pairs, qui lui ordonnent de sortir : il declare qu'il a le droit d'être entendu , et qu'il ne sortira qu'après l'avoir ete'. Pendant un moment de silence qu'il obtient avec peine, il exprime son indignation et son mépris pour une calomnie aussi grossière que celle que l'on ose produire devant la chambre, et il en appelle à sa vie entière; il provoque et deTie l'examen le plus rigoureux, et re'clame sa liberté jusqu'à ce qu'on ait allègue contre lui quelques délits; il avertit les lords qu'ils vont prononcer sur leur propre sort autant que sur le sien; il les invite à bien peser ce qu'ils deviendront eux-mêmes le jour où sur une imputation générale, et sans être charge' d'aucun fait particulier , un pair du royaume aura ëte' jeté dans les fers : après ce peu de mots il sort de la chambre.

A peine ëtait-il sorti , et déjà les lords avaient résolu que le comte de Strafford serait mis sous la garde de l'huissier de la chambre , pour y rester jusqu'à ce que

EXPOSE. 129 les communes eussent produit les charges qu'elles avaient annoncées. On lefait rentrer : il reçoit l'ordre de se mettre à genoux pour entendre delà bouche du garde des sceaux l'arrête qui le privait de sa liberté 3 l'huissier s'empare aussitôt de sa personne. Pjm , introduit dans la chambre haute, est instruit de ce qui vient d'être decide, et reporte en triomphe aux communes ce premier succès : les pairs méritèrent dans ce moment le sort que leur réservait Cromwel.

Bientôt après Laud, cet ami constant de Strafford, et digne de lui, sinon par le génie et la prudence^ au moins par le courage et la pureté , fut dénonce par les commissaires d'Ecosse, accuse par les commîmes, et envojé à la Tour par les pairs.

Tandis que le noble comte était détenu , les comités des trois nations s'épuisaient en recherches et en inventions pour lui trouver des crimes j un bureau , mi-partie de lords et de membres des communes fut formé pour preparer les charges , examiner les témoins , et tâcher de ramasser, par une inquisition sans bornes^ de quoi former une accusation au moins spécieuse.

Enfin, après trois mois de comité, Pjm produisit devant les communes l'acte d'accusation contre lord Strafford , contenant vingt-huit chefs. Pym fut remercié solennellement, par la chambre , de toutes les peines quil avait prises pour les rassembler : ils furent communiqués à l'accusé, et on pressa les pairs d'arriver au jugement.

Les communes avaient été trois mois à composer leur accusation, le lord lieutenant eut huit jours pour la réfuter. La réponse qu'il écrivit n^en fut pas moins triomphante.

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T.e comte avait demande un conseil; les communes s'y opposaient, sur l'étrange fondement que leurs membres n'étaient pas faits pour plaider contre un auocat. La cliamhre haute accorda le conseil, mais le réduisit à parler sur la question de droit.

Dès la pointe du jour fatal la grande salle de Westminster, ainsi que ses avenues, étaient remplies d'un peuple immense; à quatre heures du matin les gardes en occupaient toutes les issues ; à sept, le comte de Strafford s'embarqua sur la Tamise, au pied de la tour de Londres ; six grandes barques portant cent rameurs et cent soldats armes de hallebardes le conduisirent à Westminster; deux cents fusiliers vinrent le recevoir sur le rivage; et le menèrent à la grande salle. Le roi avait expressément défendu que l'exécuteur de justice marchât devant lui avec sa hache , selon l'usage , l'huissier seul introduisit l'illustre accusé devant ses juges; le comte parut avec une contenance ferme et modeste, rendant avec reconnaissance les nombreux saints qu'il recevait sur son passage. Arrivé à la barre, il fléchit noblement le genou , sans paraître humilié de l'hommage qu'il rendait à la justice souveraine de son pays , et s'assit à un pupitre qui lui avait été préparé. Du coté opposé au sien se trouvaient placés le comité des treize , les envoyés d'Ecosse et d'Irlande, et au-dessus d'eux la chambre des communes tout entière ; en face , les pairs , ayant au milieu d'eux les douze grands juges du royaume, et à leur tête le grand sénéchal , environné de tous ses officiers; au fond, le trône, près duquel était un cabinet fermé où le roi devait lout e^itendre sans être vu : de

EXPOSÉ. r3i vastes amphitheatres destines au public remplissaient le reste de cet immense bâtiment.

Telles furent les circonstances qui précédèrent cette grande cause dont nous allons offrir Tanaljse à nos lecteurs.

PROCÈS

DE

THOMAS WENTHWORÏH,

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