‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglaisChapitre 21 sur 42 · PROCÈS DE CHARLES V · texte numérisé non relu

PROCÈS DE CHARLES V

Ce fut au mois de mars 1627 que Charles i^r monta sur le trône d'Angleterre. Son royaume , paisible et florissant en apparence , renfermait cependant de secrètes semences de discorde: déjà fermentait sourdement cet esprit d'indépendance et d'insubordination qui devait bientôt éclater d'une si terrible manière.

Charles commença son règne par les deux plus difficiles projets que l'on put concevoir : l'un , de secourir les protestans d'Allemagne contre l'empereur et le duc de Bavière J l'autre, de maintenir l'inte'grite de la prérogative royale sans une armée nationale permanente. Pourenvojer des troupes dans le Bas-Palatinat, de l'argent e'tait nécessaire 5 Charles convoqua les communes pour leur en demander ; celles-ci lui répondirent par une pétition contre les papistes. Fatigué de leurs délais , Charles les congédia , et eut recours à la voie d'un emprunt forcé, moyen odieux, quoique autorisé par de

exposé; 177 nombreux exemples 3 avec les sommes qu'il put ainsi recueillir , il eut une flotte et des soldats qui revinrent sans avoir rien fait.

Bientôt après , un nouveau parlement fut convoque. Au lieu de voter des subsides , il attaqua Buckingbam, le favori du roi. Cbarles, irrite, fit emprisonner deux membres de la cbambie basse et un membre de la cbambre baute. Trop faible pour soutenir ce coup d'autorité, il reîâcba les prisonniers. Le me'contentement ge'ne'ral , excite par cette conduite inbabile, s'accrut encore par le peu de succès de l'expédition de La Roclielîe. Une nouvelle assemblée des communes ayant etë reunie, elle força le roi de sanctionner le fameux bill des droits, et songeait à reprendre son accusation contre Buckingbam, lorsqu'un fanatique assassina ce ministre. Les re'sistances occasionees par la perception du droit de tonnage et de pundage que n'avaient point voté les communes , mais que l'usage autorisait à percevoir , amenèrent une nouvelle dissolution du parlement.

Bientôt les troubles religieux qui éclatèrent en Ecosse vinrent jeter Cbarles en de nouveaux ernbarras. Depuis long-temps le presbytérianisme dominait en ce pays. Les principes républicains de cette secte ne pouvaient s'accommoder avec les prétentions des rois d'Angleterre, qui soutenaient tenir de Dieu un pouvoir absolu. Jacques avait conçu le projet de la renverser, en rendant aux évêques leur ancienne influence. Héritier de ses projets, Charles crut parvenir à les exécuter , en introduisant en Ecosse la liturgie anglicane.

Cette tentative souleva tous les puritains : on cria au 3. 12

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papisme. L'Ecosse entière courut aux armes; Charles, de son côte', réunit une armée de vingt mille hommes; mais, au lieu de combattre, il demande une suspension d'armes. Les négociations entamées n'ayant eu aucun résultat , il fallut se re'soudre encore à la guerre. Les ressources que Charles trouva dans le généreux dévouement de sa noblesse étant insuffisantes , il devint nécessaire de convoquer un parlement. Cette nouvelle assemblée ne se montra pas plus traitable que les précédentes, le roi ne recueillit d'elle que des plaintes ; tous les droits que le souverain s'était arrogés furent déclarés abusifs , Charles se vit encore une fois contraint de la dissoudre.

Le roi continua à percevoir les taxes que le parlement avait déclarées illégales. Il faut être fort pour se passer du secours que l'on trouve dans le sentiment du droit, Charles ne l'était point; aussi tout se tournait contre lui : mal secouru par les Anglais, secrètement inquiété par les intrigues du cardinal de Richelieu, il ne put empêcher l'armée des puritains de pénétrer jusqu'à Newcastle. Pressé de toutes parts , il ne lui resta plus d'autre parti à prendre que de réunir les communes, espérant que la vue du danger présent les déterminerait à venir à son secours.

Ce fut alors que fut convoque ce parlement si fameux dans les annales de l'Angleterre, connu sous le nom du long parlement. Cette assemblée commença, comme toutes les autres, par demander la réparation des griefs; Charles, ne pouvant plus résister, accorda tout. Enhardies par cette condescendance , les communes travaillèrent ouvertement à établir leur autorité sur les

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debris de la puissance royale. La condamnation de Strafford , qui en était le plus ferme soutien , fut le premier coup porte à l'autorité souveraine. Les massacres de l'Irlande, dont Charles fut accusé d'être l'instigateur, ayant augmenté l'animosité contre lui, la chambre basse fit au roi la remontrance la plus terrible j elle lui signifia qu'il fallait désormais qu'il n'eût pour conseil que ceux que le parlement lui nommerait ; et , en cas de refus , elle le menaça de prendre des mesures.

Charles n'osait pas dissoudre le parlement, on ne lui eût pas obéi. Sur le conseil de l'un de ses favoris , le lord Digby, il voulut essayer d'un coup d'autorité. Il se rend lui-même dans la chambre des communes , pour y faire arrêter cinq de ses membres qu'il accusait de haute trahison 3 la chambre se récrie contre la violation de ses privilèges , et les cinq membres vont se réfugier dans la cité. Le roi va les réclamer en personne 3 le conseil de la ville ne lui répond que par des plaintes contre luimême. Charles, désespéré, se retire à Windsor, d'où il écrit à la chambre basse qu'il se désiste de ses procédures contre ses membres , et qu'il prendra autant de soin des privilèges du parlement que de sa propre vie. Dans un moment où il ne restait plus à Charles que l'influence morale du pouvoir, c'était compromettre toute sa puissance que de hasarder une démarche aussi mal soutenue.

Cependant les troubles allant toujours croissant, le roi prit la fuite vers le nord de l'Angleterre 5 les portes de la petite ville de Hull lui furent refusées par le gouverneur de cette place j bientôt les manifestes du roi et du parlement inondent l'Angleterre, les seigneurs atîa-

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clip's au roi se rendent auprès de lui, et il arbore son étendard roj^al à Noitingliam 3 mais cet e'tendard ne fut dahord entoure que de quelques milices sans armes. Enfin , avec les secours que lui fournit la reine sa femme , les prësens de l'université d'Oxford et ce que ses amis lui offrirent, il reunit une armée d'environ quatorze mille hommes, sous les ordres du prince Fvobert, frère de l'infortune Frederic, électeur palatin.

Les combats de Worcester et d'Edgehill furent d'abord favorables à la cause du roi ; il s'avança jusqu'auprès de Londres : les parlementaires ne se montrèrent pas décourages ; ils condamnèrent à mort, pour crime de haute trahison , tous sujets qui voudraient rendre au roi les villes. Charles et le prince Robert, quoique battus à Newburj, eurent pourtant l'avantage de la campagne.

Charles, voyant les parlemens d'Angleterre et d'Ecosse réunis contre lui, presse entre les armées de ces deux royaumes , crut devoir faire au moins une trêve avec les catholiques rebelles d'Irlande , afm d'engager à sa cause une partie des troupes anglaises qui servaient dans cette île. Cette politique lui re'ussit : alors le parlement l'accusa hautement d'avoir ëte l'auteur de la rebellion d'Irlande et des massacres. Malheureusement ces troupes nouvelles fureot entièrement défaites par le lord Fair- Fax, l'un des généraux parlementaires.

Charles marchait d'infortunes en infortunes j le prmce Robert est battu auprès d'York; le roi se retire dans Oxford , où il est bientôt assiège; la reine fuit en France ; le danger àii roi excite à la vérité ses amis à faire de nouveaux efforts; le siège d'Oxford est levé; de nou-

EXPOSÉ. i8i velles troupes rëiioies obtiennent quelques succès. Gelte apparence de fortune ne dura pas^ le parlement était toujours en état d'opposer au roi une arrnëe plus forte que la sienne; les généraux Essex , Manchester et Waller l'attaquent à Newbury, sur le chemin d'Oxford , et mettent son armée en déroute. Enfjo , la défaite de Nasebj vint mettre le comble à ses de'sastres»

Charles se retira dans Oxford avec les débris de son armëoet demanda la paix, qu'on était bien loin de lui accorder; il crut alors trouver sa sûreté dans l'armëe écossaise moins acharnée contre lui , il se livra entre ses mains; mais la chambre des communes ayant donne à ees troupes deux cent mille livres sterlings d'arrëriges, et lui en devant encore autant, le roi cessa dès-lors d'être libre.

Le i6 février i6/^5 , les Ecossais le livrèrent au commissaire dii parlement anglais : d'abord renferme à. Hoimby-Caslle , il fut ensuite conduit en son palais de Hampton-Court. C'est en cet ëtat que des négociations s'ouvrirent avec lui. Le royaume se trouvait alors divise' par plusieurs factions , et chacune d'elles désirait s'ctayer de son nom., Charles espéra quelque temps pouvoir tenir entre eux la balance; mais il fut bientôt détrompé, il apprit que les agitateurs le menaçaient, il résolut de s'échapper. Suivi seulement de deux de ses courtisans , il prit la fuite et se dirigea vers les rivages de la mer , où il espérait pouvoir s'embarquer pour la France; mais sa mauvaise fortune l'accompagnait encore, il ne trouva pas de vaisseau prêt au lieu désigné, eî se vit contraint d'aller se réfugier dans l'île de Wight. Le colonel Ham-

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mond, crëaUire de Cromwell, y commandait j les deux personnes qui avaient suivi le roi allèrent s'adresser à lui : le gouverneur, sans leur faire de promesse positive , demanda à être conduit vers le roij Charles, contraint de le suivre au château de Carisbrook , se trouva une seconde fois prisonnier.

Cependant les Ecossais, honteux d'avoir ainsi vendu leur roi , levèrent une armée en sa faveur , et les affaires du roi semblèrent un instant reprendre un favorable aspect. Cromwell, qui s'était déjà rendu maître de l'armée, marcha à leur rencontre et les défit à Preston.

Le parlement continuait toujours à traiter avec le roi , redoutant plus les projets ambitieux de ce general que les efforts du monarque; mais il e'tait trop tard : l'armée ' revint bientôt couronnée de ses succès accoutumes, et demanda justice contre le roi. Fairfax , influence par Cromwell, dont il n'était que l'instrument, transféra son royal prisonnier de l'île de Wight à Hurst-Castle. Le parlement essaya de se plaindre de ce proce'de arbitraire ; mais Cromwell , ayant conduit son armée dans Londres, lui imposa silence. L'un de ses colonels fit saisir cinquante d'entre les membres de la chambre, et les retint prisonniers. Le lendemain , on refusa l'entrée à cent autres , et ceux qui restèrent , composés d'un petit nombre de gens dévoués à Cromwell , se hâtèrent de déclarer illégal tout ce qu'avait fait précédemment la cliambre des communes , et de proclamer la conduite du général juste et nécessaire.

Ce parlement, si toutefois il mérite encore ce nom, n'était rien autre chose qu'un mélange des plus obscurs

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citoyens, esclaves de l'armée, dont les officiers qui en faisaient partie réglaient toute la conduite. On résolut donc unanimement , dans cette séditieuse assemblée , d'ériger une haute cour de justice , avec pouvoir de juger le roi pour crimes de haute trahison contre le royaume; on crut nécessaire pour la forme de demander le concours du petit nombre de lords qui restaient encore dans la chambre haute. Ceux-ci eurent encore assez de vertu pour repousser unanimement cette proposition. Ce refus ne refroidit pas l'ardeur des communes ; elles votèrent que le concours de la chambre des lords n'était pas nécessaire, elles déclarèrent que tout pouvoir émanait du peuple. Le colonel Harisson, fils d'un boucher, reçut ordre de conduire le roi de Hurst-Castle à Windsor. Lorsqu'il y fut arrivé , le conseil de guerre ordonna qu'il ne serait plus désormais traité avec la déférence due à la royauté. Charles se vit alors privé de tous ses serviteurs, exposé aux mépris des gens les plus vils. Du 6 au 20 juillet, le temps fut employé à préparer cette étonnante scène de crime. Cent cinquante personnes furent nommées juges en cette occasion , et un certain Bradshav7 , praticien , fut élu président de ce détestable synode.

Bientôt on conduisit le roi de Windsor à St.-James, et , dès le lendemain , on l'amena devant la haute cour à Westminster, pour y subir son jugement. Telles furent les circonstances qui précédèrent le mémorable procès dont nous allons offrir l'analyse à nos lecteurs „

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