‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglaisChapitre 27 sur 42 · PROCÈS DE CHARLES P · texte numérisé non relu

PROCÈS DE CHARLES P

îe déclarasse cpupable. Et corament voir sans éîonnement un homme nier pour le prévenu ce qu'il ne pourrait nier luimême? Combien de fois cette monstrueuse rébellion ne lui a-telle pas été reprochée ! et cependant a-t-il jamais osé la démentir formellement. Jamais une bête féroce ne fut conduite k rattache avec plus de répugnance qu'il ne fut poussé à se déclarer contre les rebelles ; et , lorsqu'il se résolut enfin à leur donner le nom de rebelles, il ne laissa imprimer que cinquante exemplaires de la proclamation ; depuis, il les appela cent fois ses sujets, ses fidèles sujets; il leur a fait faire des remercîmens. Incontestablement, si le roi n'eût été complice de tout le sang répandu, il aurait lancé des milliers de déclarations contre ces hommes altérés de meurtres , il aurait envoyé demander des secours a tous les princes de la terre; mais il craignait d'offenser les insurgés, car bientôt ils auraient produit la commission qu'il leur avait donnée, scellée de son sceau, commission dont le parlement possède une copie certifiée sous serment.

On objectera que le roi n'a donné aucune commission pour tuer ses sujets anglais , mais seulement pour prendre leurs forts , leurs châteaux , leurs villes, leurs armes, et venir lui porter des secours.

Voici ma réponse : Tout cela pouvait-il avoir lieu sans îe massacre des pauvres Anglais? Le roi leur a-t-il jamais donné le nom de rebelles, excepté dans les cinquante exemplaires de cette proclamation qui lui a été arrachée de force par les iraporlunités du parlement, tant le meurtre des protestans avait des charmes pour \u\ , et arrachée avec cette restriction qu'aucun de ces exemplaires ne serait publié sans de nouveaux ordres de sa part. Quant aux Ecossais, ils furent déclarés rebelles avant d'avoir tué un seul homme, avant quails eussent une armée , et des prières contre eux furent ordonnées dans toutes les églises 3 mais il n'en fut pas ainsi des Irlandais.

2Go BARPxEAU ANGLAIS.

Lorsque les rebelles étaient vaincus en Irlande, le roi, pour les favoriser , déclara la guerre, bien qu'un seul mot de sa bouche eût suffi pour la prévenir, appelant souvent Dieu a témoin qu'il aimerait autant faire la guerre a ses propres enfans; ce furent des papistes qui lui prêtèrent secours ; aussi la guerre n'était-elle qu'un jeu , et nous étions placés sans cesse dans une alternative d'avantages et de désavantages. Il ne fallait pas que le roi fût trop fort , de peur qu'il ne se vengeât ; le parlement ne devait pas Pêtre non plus , car alors les cbmmunes auraient voulu tout gouverner. Après le combat de Naseby le roi fit suspendre les hostilités en Irlande, et une foule d'Irlandais vinrent lui prêter leur assistence; les Anglais se mêlèrent avec les papistes , qui avaient à peine essuyé leur épée depuis qu'ils avaient tué leurs femmes et leurs enfans et s'étaient emparés de leurs biens.

Or, voici comme je raisonne : les rebelles savaient que le roi les avait déclarés traîtres ; cinquante exemplaires d'une proclamation l'avaient annoncé, et cependant la première clause du serment imposé par le conseil général des rebelles était de conserver au roi Charles une inaltérable foi, et de maintenir par tous les moyens possibles sa royale prérogative contre les puritains et le parlement d'Angleterre. Est-il un homme d'une si faible intelligence qui pense que si les rebelles avaient, sans l'ordre du roi, massacré tant de protestans; que si le roi les avait sérieusement déclarés rebelles , ils auraient après cela prêté un nouveau serment de maintenir sa prérogative? Non, ces sanglans démons avaient trop d'esprit pour se battre par pur jeu. Si le roi les eût sérieusement proclamés rebelles , ils auraient jeté le fourreau de leurs sabres, et ne se seraient point appelés , comme ils le firent, l'armée du roi et de la reine 5 et ce que disait le roi , qu'il irait en personne en Irlande pour étouffer la rébellion, est un bien pauvre argument pour démontrer qu'il n'était pas complice des massacres. Qui

. PROCÈS DE CHARLES 1". nGi sait même s'il n'avait pas l'espoir d^en revenir a la tête de vingt à trente mille rebelles pour détruire cette nation ? car, lorsque le comte de Leicester fut désigné par le parlement pour aller subjuguer les rebelles , le roi ne Tempêcha-t-il pas de partir ? les habillemensetles munitions envoyés par le parlement pour secourir les malheureux protestans ne furent-ils pas saisis par son ordre et par ses vaisseaux, et vendus ou échangés contre des armes pour renverser le parlement? Tout le monde ne sait-il pas que les rebelles d'Irlande délivrèrent des lettres de marques pour capturer les navires du parlement, mais non ceux du roi ? Moi-même j'ai souvent entendu rapporter par des témoins dignes de foi, que le roi avait dit que ce qui le peinait le plus, c'était que le sang des protestans ne coulait point en Angleterre et en Ecosse comme en Irlande. Enfin, lorsque cette horrible rébellion commença d'éclater, n'entendit-on pas les papistes proclamer leurs espérances de voir bientôt les rues de Londres inondées du sang des protestans? Néanmoins, je ne crois pas que le roi fût papiste , ou qu'il eût dessein d'introduire la suprématie du pape dans les choses spirituelles ; mais voici ce qui en était : Un parti jésuite dominait dans le conseil, et quelques protestans incertains, qui haïssaient moins les papistes que les puritains , se joignirent h eux , par la médiation de la reine, pour détruire les puritains, espérant que les papistes et les protestans laodiciens s'entendraient ensuite.

En ce qui concerne la trahison de La Rochelle et l'asservissement du parti protestant eu France , je confesse que j'ai ouï sur ce sujet tant et de si honteux reproches faits par ceux de Genève, et par les pasteurs protestans de France, que je ne puis m'empêcher de croire que le roi en ait été coupable. J'ai entendu les protestans de France se livrer à de violentes déclamations contre ]e roi et le duc de Buckingham, pour les avoir trahis à La Rochelle ; et quelques-uns d'entre eux ex-

262 BAPtREAU ANGLAIS,

primaient leur espoir que le ciel en punirait le roi d'Angleterre- en outre, Deodati, en ma présence, a souvent déclaré, en parlant d'Henri iv de France, que les papistes possédaient son corps, mais que les protestans avaient son cœur et son âme; que, quant au roi d'Angleterre, les protestans avaient son corps, mais les papistes son cœurj non que je pense qu'il crût a la transsubstantalion, mais parce qu'il préférait de bien loin un papiste a un puritain.

Je confesse que pendant long-temps j'ai pensé que le roi était séduit par de mauvais conseils; plusieurs croyaient que Buckingham et d'autres le menaient comme un enfant; mais certainement il avait trop de politique et d'astuce pour obéir à autre chose qu'à son propre jugement. Depuis les lettres de Noseby j'ai toujours été persuadé qu'il a joué le principal rôle dans toutes les affaires d'état; nul n'osait le contredire dans les desseins qu'il avait une fois résolus. Est-il un homme assez débonnaire pour penser que le duc de Pennington ait trahi La Rochelle sans son ordre? Ne Faut ait-il pas fait pendre au retour, s'il avait volontairement trangressé ses volontés? Tout le monde sait que dans ses jeunes années il montra beaucoup d'ardeur pour l'étude, de telle sorte que son père disait de lui qu'il fallait le faire évêque ; il avait incontestablement plus de dextérité au maniement des affaires d'état qu'aucun des rois de la chrétienté ; et si le ciel lui eût accordé sa grâce ^ comme il lui avait prodigué tous ses autres dons, il eût étonné le inonde comme un autre Salomon; mais tout son génie était comme une épée dans la main d'un fou , l'esprit de Dieu n'était point en lui; et toutes ses ruses et toute son adresse n'ont servi qu'a le couvrir de honte et de confusion. Ses conseillers n'osaient lui proposer que ce qu'ils savaient d'avance avoir été résolu dans sa tête; ils ne faisaient que préparer les matériaux de l'édifice, mais c'est lui qui en était l'architecte. Qu'ainsi l'on ne croie pas que le duc de Pen-

PROCÈS DE CHARLES l", 263 iiington , ou tout autre d'entre ses juges ou officiers, ail jamais violé la loi ou Fhonneur sans ses ordres !

D'après toutes ces considérations, je supplie vos seigneuries de prononcer un jugement tel qu'il convient a cette haute cour - ce n'est pas moi seulement, c'est le sang innocent qu'il a répandu dans ces trois royaumes qui demande justice contre lui ; ce sang se ranime , il élève la voix , il crie non pas mieux, mais plus haut que le sang d'Ahel ; car quelle proportion y a-t-il entre le sang de ce juste et celui de tant de mille personnes? Si le roi Achab et la reine Jesabel, pour avoir lue Naboth, furent justement mis à mort, quelle punition ne mérite pas celui qui a versé le sang de tant de mille personnes : ce sang a long-temps crié : Jusques a quand le parlement, jusques a quand l'armée différera-t-il de nous venger? Justice ne sera-t elle pas faite contre le grand auteur de toute injustice? Quand humiliera-t-on ce fier lion qui vous dit dans son orgueil : Qu'est-ce que la chambre des communes? qu'est-ce que l'armée? Comme ce Pharaon qui disait: Qui est le Seigneur? qui est Moïse? Je ne suis comptable de mon pouvoir a qui que ce soit sur terre. Ceux qui ont été sacrifiés a Brensford, ces milliers de sujets tués de sang froid h Bohon , à Liverpool dans le Lancashire, à Bartoml) et en plusieurs autres lieux, demandent nuit et jour justice contre lui; leurs femmes et leurs enfans vous crient : Justice contre le meurtrier! ou bien rendez-nous nos maris et nos pères! Et le peuple garda-l-il le silence, les pierres de ces voûtes crieraient justice contre cet homme!

Mais, milords, avant que le jugement soit prononcé, qu'il me soit permis de vous soumettre deux considérations : la première est relative au prisonnier ; lorsque je me rappelle qui il était, et combien de prières ont été faites pour lui, quoique je sache que l'univers entier ne pourrait le replacer au rang d'où il est déchu, ni sauver sa vie, parce que le Sei-

gneiir ne veut pas lui faire grâce de ses châlimens temporels^ cependant il est peut être dans les desseins de Dieu de donner en lui un nouvel exemple à son église de son inaltérable amour envers ses élus eu Jésus-Christ; alors je crains que le prévenu ne quitte celte vie sans s'êlre réconcilié avec les saints, qu'il a comblés de mépris à l'instigation des presbytériens , des anabaptistes et des indépendans. On ne peut nier qu'il n'ait passé toute sa vie dans un inconcevable orgueil, se faisait adorer comme un Dieu ; qu'il a exercé un pouvoir absolu sur cette terre ; d'un seul soufûe de sa bouche il cassait les parlemens; son refus suffisait pour arrêter tous les sages desseins de cette assemblée suprême ; il n'a pas été honoré comme les bons rois doivent l'être , mais il a reçu des adorations qui ne sont dues qu'à Dieu seul. Cet homme qui s'est appliqué sans relâche a renverser les droits de cette contrée détestait le Christ dans ses membres, buvait l'iniquilé comme l'eau , estimait le pauvre non plus que la semelle de ses souliers, écrasait tout homme animé de l'esprit public, regardait comme le plus excellent de tous les arts celui d'écarter les gens honnêtes et de donner pleine licence a ses courtisans de piller et d'opprimer le peuple de ces contrées. Mais il n'est péchés si énormes que ne puisse pardonner une miséricorde infinie; c'est pourquoi j'adresserai au ciel mes prières en faveur de ce malheureux, pour qu'il lui accorde de se repentir en cette vie et de croire en ce Christ qu'il a outragé dans ses saints; afin que celui qui a vécu comme un tyran puisse mourir converti , que les larmes de tous ceux qu'il a opprimés et affligés ne soient pas comme autant de serpens acharnés,à le déchirer. Tout le mal que je lui souhaite, c'est de pouvoir regarder sans crainte les saints face à face, car les saints doivent juger le monde ; mais lui et ses adherens doivent estimer indigne d'un véritable catholique romain de se repentir de ses fautes , se souciant davantage de la conte-

PROCÈS DE CHARLES 265 nance qu^'ls garderont sur l'échafaud que de ce qu'ils deviendront après leur mort. Cependant qu'il rae soit permis de lui dire, ainsi qu'à tous ses complices encore vivans , ces seules paroles : Charles Stuart , à moins que vous ne sortiez de ce monde réconcilié avec tous les saints que, soit malice, soit ignorance , vous avez méprisés , injuriés , persécutés , vous ne pouvez pas plus espérer de voir Dieu face à face, que moi de toucher le ciel avec le doigt; bientôt il serait trop tard de dire aux saints que vous avez insultés : Communiquezmoi votre sainteté, afin que je puisse soutenir le regard irrité du Seigneur; ils vous répondront : Retirez-vous , allez rejoindre les évêques prévaricateurs qui vous repaissaient de leurs conseils empoisonnés, allez dans les flammes éternelles.

Quant a moi, je n'ai pas plus de haine contre la personne du roi que contre mon père ; mais je déteste les principes de tyrannie qu'il a si long-temps pratiqués , à l'aide desquels il a changé les sources de la loi en des sources de sang. Ces principes odieux, j'espère que la cour (qui est le sanctuaire de la justice, le temple de la liberté) en fera prompte justice; afin que non- seulement ce lion qui a dévoré tant d'innocentes brebis soit frappé comme il le mérite, mais que le sceptre do fer qui a été si long-temps levé pour mettre en pièces cette pauvre nation comme un vase d'argile, soit arraché de la main de tons les tyrans, et que ma grande et chère cliente, la nation anglaise (dont je ne suis que l'avocat indigne ) puisse se désaltérer aux ondes pures de la liberté^ dont le glaive de sa glorieuse armée lui a ouvert la source. C'est dans cette espérance que je me suis empressé de remplir le devoir qui m'a clé confié , comme s'il m'eût été imposé par Dieu même , bien convaincu que depuis long-temps le prisonnier était condamné a mourir par la loi de Dieu (laquelle, étant plus nobie et plus ancienne qu'aucune loi humaine, lors même qu'il n'aurait existé aucun statut, aurait suffi pour le faire mettre à mort), et que

cette cour n'avait qu'à prononcer la sentence éciîte en haul contre lui. Quoique la faiblesse de mes talens ait dû me décourager, néanmoins j'ai considéré qu'il est deux choses qui , sur toutes les autres, peuvent rendre un homme éloquent : une tonne cause et de bons juges, la première nous garantit la juslice dans le ciel , la seconde, la justice sur cette terre ; j'ai pensé que le ciel pouvait user d'un aussi vil instrument que moi , afin de faire éclater davantage ses décrets souverains. Je siîis donc venu dans cette enceinte comme à un festin de noces j et, afin que la gloire de cette action revienne tout entière au Seigneur, je désire proclamer, en l'honneur de son saint nom, l'œuvre de sa toute-puissance sur mon esprit, comme une prière d'actions de grâces et l'hommage de ma foi j Lien convaincu que Dieu ne nous appelle jamais a l'accomplissement d'un devoir qui lui soit aussi agréable que celui dont va s'acquitter celte cour de justice, sans fortifier par sa isainte présence l'âme des honorables juges et de ceux qui les assistent. J'ai plus d'une fois porté la parole contre des criminels; alors je parlais avec tremblement, en pensant combien il serait plus doux pour moi de réclamer un acte de pardon qu'un acte de rigueur: mais maintenant mon âme se trouve placée dans une tout autre situation, la justice qui va se faire est pour l'homme de bien comme une nourriture qui fortifie ; c'est pour lui une satisfaction infinie de penser quel avantage en retirera la nation.

Maintenant , milords , je puis avec vérité conclure à ce que le prévenu ici présent soit déclaré coupable des plus «xécrabies trahisons , des plus énormes crimes qu'ait jamais commis aucun roi sur cette terre. De même que le peintre qui voudrait représenter une Vénus devrait emprunter aux plus belles d'entre les femmes les charmes qui les distinguent; ainsi la cruauté de Richard m, toutes les ruses, les trahisons, les fourberies qui jamais habiicrent dans le cœur de

PROCÈS DE CHARLES I". 267 ceux qui ont tenu le sceptre d'Angleterre se sont associées pour infecter ce sépulcre blanchi. Je vous supplie donc que , comme il s'est fait a lui-même un précédent en commettant ces horribles actes que les rois et les siècles passés n'ont jamais connus, dont la seule pensée les eût fait frémir; je supplie, dis-je, vos seigneuries en celte haute cour de donner aux autres royaumes, et pour les temps a venir, un exemple éclatant que les rois de la terre puissent comprendre , qui les frappe de crainte et arrête leurs mauvais desseins, afin que celui qui n'a point voulu être un modèle de vertu pendant sa vie, puisse être au moins par sa mort un illustre précédent de justice.

La façon en laquelle le roi fut mené à la mort et exécuté^ et ses dernières paroles.

Le mardi 3o janvier i648 , il fut conduit a pied sur les dix îieures du matin de sa maison de Saint-James a White-Hall par le parc ; il était escorté d'un régiment d'infanterie, duquel une partie marchait devant lui et l'autre après , les tambours battans, et les enseignes déployées; sa garde particulière armée de pertuisanes, et quelques-uns de ses gentilshommes, ayant la tête découverte , allaient les plus proches de sa personne devant et derrière ; le docteur Juxon et le colonel Thomiinson , qui commandait la garde, le suivaient immédiatement tête nue. Ils traversèrent ainsi le parc et montèrent dans la galerie de White-Hall, et de la dans la chambre proche de son cabinet en laquelle il avait autrefois coutume de coucher; il y demeura quelque temps occupé de dévolions, sans vouloir dîner, ayant auparavant reçu le sacrement; seulement sur le midi , une heure avant qu'il sortît en public , il prit un verre de vin, et mangea un morceau de pain.

De là il fut accompagné du docteur Juxon, et d'autres

2G8 BAFxRKAU ANGLAIS,

officiers qui avaient auparavant eu charge de sa garde et de se tenir auprès de sa personne, quelques mousquetaires étant en haie des deux côtés , a travers de la grand'salle des banquets, ' joignant laquelle était dressé l'échafaud, près de la porte de sa maison de White-Hall • et par Tune des fenêtres il passa sur ledit échafaud , qui était presque de la même hauteur, et était tendu et couvert de noir ; le billot de bois fort bas , et long d'environ d'un pied et demi , sur lequel se devait donner le coup , était îiu milieu , la hache dessus 3 la place et la rue où se faisait l'exécution , quoiqu'elles fussent fort spacieuses, étaient pleines d'infanterie dans des barrières qu'on avait faites à l'entour de l'échafaud , et de cavalerie parmi le peuple qui était en très-grand nombre audelà des barrières.

Le roi , étant venu sur l'échafaud , regarda fixement la pièce de bois sur laquelle on lui devait couper la tête , et demanda si elle n'était pas ordinairement plus relevée; puis se mit aussitôt à parler en cette sorte, adressant son discours au colonel Thomlinson au milieu de huit ou dix personnes de ses gardes et d'autres, et devant le docteur Juxon.

Je ne puis pas bien être entendu de celle multiude; c'est pourquoi je vous parlerai ici en peu de mots. Certes je me pourrais bien taire , si je ne craignais que mon silence fît penser à quelques-uns que je me reconnais coupable comme je me soumets au supplice: et pourtant je tiens être de mon devoir , premièrement envers Dieu, puis envers mon pays, de me justifier et faire voir que je suis autant homme de bien que bon chrétien et bon roi. Je commencerai premièrement par mon innocence , et certes je pense qu'il ne m'est pas beaucoup nécessaire d'insister long-temps là-

» Ci-cîevanl le lieu des grandes solennités , des festins , jeux et réjmu&sances de la cour, et où Ton donnait les audiences aux ambassadeurs.

PROCÈS DE CHARLES 269 dessus ; car , comme le monde sait , je n'ai pas commencé la guerre contre les deux chambres du parlement, et j'appelle Dieu à témoin, auquel il me faut bientôt rendre compte, que je n'ai jamais eu intention d'empiéter sur leurs privilèges ; elles ont commencé de le faire sur moi : c'est par la milice qu'elles ont commencé; elles ont reconnu qu'elle était en ma disposition, puis elles ont cru être a propos de me l'ôter; et, sans tant de paroles, si quelqu'un veut revoir les dates de leurs commissions et des miennes, comme aussi nos déclarations de part et d'autre, il reconnaîtra clairement qu'elles ont commencé ^ ces malheureux troubles, et que ce n'a pas été moi. Quant aux crimes, desquels je suis accusé, j'ai espérance en Dieu, qu'il m'en déclarera innocent ; je ne veux point ici accuser les deux chambres du parlement ; il n'est pas nécessaire d'en charger ni l'une ni l'autre, j'aime a croire qu'elles en sont toutes deux innocentes , car je pense que des méchans instrumens entre elles et moi ont été la cause principale de cette effusion de sang ; de sorte que je dirai , par forme de discours , que, comme je m'en trouve net, aussi j'espère, et prie Dieu qu'elles le soient : toutefois , quoi qu'il advienne , k Dieu ne plaise que je sois si mauvais chrétien que de ne confesser pas que les jugemens de Dieu dessus moi sont justes : souventes fois il satisfait à sa justice par unesentence injuste, cela arrive ordinairement ; je veux seulement dire qu'une sentence injuste, que je n'aie point empêchée ' , est a présent punie par une autre injuste sentence a l'encontre de moi. Ce que j'ai dit jusqu'ici est pour montrer que je suis innocent.

Maintenant je veux vous convaincre que je suis bon chrétien ; j'espère que voila » un homme de bien qui témoignera que j'ai pardonné à tout le monde , voire même en par-

' Du comte de Strafford , vice-roi d'Irlande. ^ Monlranl le docteur Juxon.

îiculîcr a ceux qui ont été les auteurs principaux de ma mort; Dieu connaît qui ils sont; je ne désire pas le savoir, et je prie Dieu qu'il leur pardonne. Mais ce n'est pas encore tout, ma cliarilé doit passer plus avant : je souhaite qu'ils s'en puissent repentir, car certes ils ont en ceci commis un grand péché : je prie Dieu avec Saint Etienne, que mon supplice ne leur soit point imputé. Je ne me contenterai pas de cela, mais je souhaiterai aussi qu'ils puissent prendre la bonne voie pour parvenir a la paix du royaume ; oui je souhaite de toutes les affections de mon âme ( et j'espère qu'il y en a ici ' qui feront passer ce souhait plus loin ) , qu'ils puissent s'employer pour procurer la paix du royaume. Maintenant, messieurs, il faut que je vous fasse voir que vous n'en êtes pas dans le bon chemin , et que je vous y remette. Premièrement vous n'en êtes pas dans le bon chemin , car certainement toutes les voies que vous avez tenues ci-devant, autant que je l'ai pu remarquer de toutes choses, sont les voies d'une conquête ; certes c'est un mauvais chemin , car a mon opinion, monsieur, il n'y a point de conquête qui soit juste, si ce n'est que la cause en soit juste, ou pour venger un tort récent, ou pour réclamer un droit : et alors même, si vous passez plus avant, la première querelle que vous faites rend a la fin injuste ce qui du commencement était juste. Si la conquête n'a d'autre motif que le plaisir de vaincre , c'est alors un grand vol et brigandage, comme un pirate dit a Alexandre, que ce roi était un grand voleur, et pour lui qu'il n'en était qu'un petit. Et ainsi, monsieur, je tiens que vous êtes hors du bon chemin ; mais, pour vous y remettre, croyezque vous n'irez jamais droit et que Dieu ne vous bénira jamais, jusqu'à ce que vous rendiez à Dieu ce qui lui est dû j au roi , c^'est-a-dire , a mes successeurs , ce qui leur appar-

» Se tournant vers quelques-uns qui écrivaient.

PPxOCES BE CHAPxLES ï'"*. 271 tient , et aussi à mon peuple ce qui est a lui; je suis autant porté pour son bien qu'aucun de vous. Il faut rendre a Dieu ce qui est à Dieu, en réglant droilement selon son écriture son église, laquelle est maintenant en grand désordre. De vous donner a présent un conseil particulier a ce sujet, je ne le puis faire; je vous dirai seulement qu'un synode national librement assemblé, et qui ait ses suffrages libres, y doit apporter l'ordre, quand on donnera la liberté a un chacun de dire nettement son opinion .

Quant au roi , je n'ai rien a vous dire ( alors se tournant vers un des assistans qui touchait la hache, il lui dit : ' Ne la gâtez pas , cela me ferait tort ). Quant au roi , les lois du pays vous informeront clairement là dessus; et pourtant, h cause que cela me concerne en mon particulier , je vous en parle seulement en passant.

Et quant au peuple, véritablement je désire sa liberté et la conservation de ses franchises autant qu'aucun autre; mais il faut que je vous dise qu'elles consistent à avoir un gouvernement , et des lois qui lui garantissent sa vie et la tranquille jouissance de ses biens, et non de prendre part a l'administration, monsieur, cela ne lui appartient pas; un sujet et un souverain sont des choses entièrement différentes ; et pourtant jusqu'à ce qu'ils fassent ce que je dis , et que vous remettiez le peuple en cette liberié-là , certainement il ne jouira jamais du repos.

Messieurs, c'est pour cela que je suis a présent ici : si j'eusse voulu consentira un gouvernement arbitraire, et à laisser changer les lois selon le pouvoir de l'épée, je n'aurais pas eu besoin d'y venir; c'est pourquoi je vous dis (et je prie Dieu qu'il ne vous soit point imputé) que je suis le martyr du peuple.

* Voulant dire qu'ail n'émoussât pas le taillant.

Certes, messieurs, je ne vous tiendrai guères plus longtemps, car je vous veux seulement ajouter que véritablement j'aurais désiré quelque peu de temps davantage , à cause que j'eusse bien voulu mettre ce que j'ai dit en un meilleur ordre, le digérant un peu mieux que je n'ai fait, et pourtant j'espère que vous m'excuserez.

J'ai déchargé ma conscience , et prie Dieu que vous preniez la meilleure voie pour le bien du peuple , et pour votre propre salut.

Le docteur. S'il plaît à votre majesté, encore que votre affection a la religion soit assez connue , toutefois on peut attendre de vous que vous disiez quelque chose sur ce sujetlà pour la satisfaction du monde.

Le roi. Je vous remercie de bon cœur , milord, car je Pavais oublié. Certes , messieurs , ma croyance en la religion est , comme je crois , très-bien connue de tout le monde ; et pourtant je déclare devant vous tous que je meurs chrétien selon la profession de l'Eglise d'Angleterre, ainsi que j'ai trouvé qu'elle a été laissée de mon père; et je crois que ' cet homme de bien le témoignera aussi; puis, se tournant vers le colonel Hacker, lui dit : Ayez soin, s'il vous plaît , qu'on ne me fasse pas languir en m'exécutant, je vous en prie, monsieur. Et comme un de la compagnie s'approchait de la hache, le roi lui dit : Prenez garde à la hache, je vous prie, prenez-y garde ; puis , parlant a l'exécuteur , dit : Je ne ferai qu'une fort courte prière , et quand j'étendrai mes mains

Après il appela le docteur pour lui donner son bonnet de nuit , et l'ayant mis il demanda a l'exécuteur si ses cheveux le gênaient, lequel le pria de les mettre sous son bonnet; ce que le roi fit avec l'aide de l'exécuteur et du docteur, lui disant et se tournant vers lui, j'ai une bonne cause, et un Dieu mise'ricordieux de mon côté.

' Marquant le docteur.

PROCÈS DE CHARLES t". 278

Le docteur. Sire , vous n'avez plus qu'une traite à faireelle est turbulente et pleine d'inquiétudes, mais elle est courte , et vous pouvez considérer qu'elle vous'portera bien loin : elle vous passera de la terre au ciel, et là vous trouverez un grand nombre de joies cordiales et de consolations.

Le roi. Je passe d'une couronne temporelle à une éternelle, c'est un bon échange. Alors il demanda à l'exécuteur , si ses cheveux étaient bien, puis ôta son manteau et son cordon bleu , les baillant au docteur, il lui dit ' , ne l'oubliez pas 5 après cela il ôta son pourpoint; et, étant en camisole, sentant qu'il faisait fort froid, il reprit son manteau, et, regardant le billot de bois, dit à l'exécuteur de l'affermir, lequel lui répondit qu'il était ferme 3 et , le roi disant qu'on l'aurait pu faire un peu plus haut, il lui repartit qu'il ne le devait pas être davantage.

Puis le roi ajouta, quaud j'étendrai mes mains, alors...

Et après avoir parlé deux ou trois paroles en soi-même , comme il était encore debout , et avait élevé ses yeux et ses mains en haut, il se coucha incontinent après sur le ventre, et mit son col sur le billot : l'exécuteur portant la main à ses cheveux pour les remettre sous son bonnet, le roi ' lui dit qu'il attendît le signal, ce qu'il promit de faire. Aussitôt après , le roi ayant étendu ses mains , l'exécuteur sépara d'un coup sa tête de son corps, et, l'ayant prompteraent relevée , îa montra au peuple, puis la remit auprès du corps , qui fut incontinent mis dedans un cercueil couvert de velours noir, porté ensuite en sa chambre à Whîte-Hall , où il fut montré quelque temps , et après transporté de la en la maison de Saint-Jacques pour être embaumé j il a été depuis enterre au château de Windsor.

Après l'exécution faite le sergent Dandy, étant escorté de

' On croit que c''élait d''envoyer Tordre au prince son fils. ^ Croyant qu'il allait donner le coup.

B/VRREAU ANGLAIS,

quelques compagnies de cavalerie, publia par ordre du parlement a son de trompe en divers quartiers de la ville , et devant le palais de Westminster , qu'aucune personne n'eût à déclarer le prince de Galle, ni aucun autre roi d'Angleterre ni d'Irlande j sous peine d'être coupable de haute trabison>

PROCÈS

EXPOSÉ

Cromwell avait cessé de vivre. Après un règne respecté au-dehors et paisible au-dedans, cet audacieux usurpateur avait, en mourant^ conservé encore assez d'influence pour transmettre la couronne à son fds Richard 3 mais ce fils ne possédait aucune des grandes qualités qui avaient élevé et soutenu son père. Son règne ne dura pas , bientôt Tliabileté de Monk , secondée par une secrète disposition des esprits, replaça le fils de Charles i^r sur le trône de la Grande-Bretagne.

Charles 11 rentra dans son royaume au milieu des plus favorables auspices j craignant dès l'abord de réduire tous ses ennemis au désespoir, ne voulant pas néanmoins laisser impunis les crimes énormes qui avaient été commis, il promulgua de Breda une déclaration insidieuse dans laquelle , en promettant amnistie à tous les coupables, il eut soin d'en excepter ceux que désignerait le parlement assemblé. Arrivé en Angic-^

276 EXPOSÉ

tcirc, il pnLlia que tous ceux des juges du feu roi qui ne se rendraient pas en prison dans quinze jours seraient absolument exclus de l'acte d'amnistie. Dix-neuf se rendirent, quelques-uns furent arrêtes , d'autres parvinrent à s'échapper.

Les communes paraissaient incliner davantage à la douceur que les lords. La chambre haute, irritée des mauvais traitemens qu'elle avait essujes, était résolue, outre les juges du roi, d'excepter de la loi d'amnistie tous ceux qui avaient siège dans la haute cour de justice j le comte de Bristol fit même la proposition que nul pardon ne fût accorde' à toute personne qui , de quelque manière que ce fût, aurait contribue à la mort du roi. Une exception aussi large, en laquelle se trouvaient compris tous ceux qui avaient servi le parlement, fut un signal d'alarme générale, et l'on commença à redouter que cette motion ne fût l'effet de quelque intrigue de cour 5 mais bientôt le roi dissipa ces craintes, il se rendit à la chambre des pairs , et proclama un acte d'amnistie dans les termes les plus formels. Il insista sur la nécessité de cette mesure et sur l'obligation de sa promesse. Cette promesse , dit-il , qu'il regarderait toujours comme sacrée, puisque c'était probablement à elle qu'il devait la satisfaction dont il jouissait maintenant, de retrouver son peuple réuni en parlement. Cette déclaration du roi fut reçue avec de grands applaudissemens et causa une satisfaction générale.

Après des sollicitations répétées , la loi d'amnistie passa aux deux chambres , et bientôt reçut l'assentiment du monarque. Ceux qui avaient trempé immédiatement

EXPOSÉ. 277 dans la moi l du. roi en furent exceptes 3 Cromwell , Ireton , Braclsliavv et plusieurs autres , qui avaient cessé de vivre , le furent également et leurs Liens confisqués; l'exception s'étendit aussi à Vane et Lambert; quoique n'étant pas régicides, on déclara Saint- Jean et dix-sept autres per-^ sonnes déchus du bénéfice de cet acte , dans le cas où ils auraient accepté un emploi public. Tous ceux qui avaient siégé dans une haute cour illégale furent proclamés incapables d'exercer aucune charge : telles furent toutes les sévérités qui suivirent de si violentes commotions qui avaient agité l'état.

Les régicides mis hors la loi d'amnistie ne tardèrent pas à être traduits en jugement. L'indignation qu'avait excitée le crime dont ils s'étaient rendus coupables , fit de leur condamnation un sujet de joie générale. Cependant les circonstances particulières de cette action , les préjugés du temps , aussi bien que la conduite des criminels , sera pour toute âme douée d'humanité une aboridante source de compassion et d'indulgence.

Les principaux d'entre les régicides qui subirent condamnation furent Harrison , Cook et Péters.

Harrison était fils d'un boucher ou d'un homme qui ti afiquait du bétail à Newcastle dans le Strafford-Shire; destiné au métier de procureur, il avait quitté cette carrière ingrate pour se jeter, au commencement des troubles, dans les affaires publiques. Porté rapidement aux premiers grades de l'armée, il devint l'intime ami de Cromwell et le confident de toutes ses pensées. Lorsqu'il vit ce général marcher vers le pouvoir absolu, il l'abandonna avec indignation et se fît chef de la secte

2^6 EXPOSÉ

des millëïiïiires. Enfin , il se fit baptiser une seconde fois pour attirer les analjaptistes dans son parti. Vers le temps de la restauration , Harrison était fort occupé à lever des troupes pour s y opposer 5 il fut arrêté , mis à la Tour, d'où on le transféra à Newgate lorsqu'on fut sur le point de procéder à son jugement.

Cook était d'une naissance obscure, et sans fortune; doué par la nature d'un esprit turbulent, il exerça d'abord la profession d'avocat. Comme il n'avait que des talens médiocres , il n'obtint d'abord que peu de succès ; alors il se lia avec les régicides , qui le firent solliciteurgénéral delà haute cour de justice. Pour prix des services qu'il leur rendit , il reçut d'eux une pension de trois cents livres sterling sur l'Irlande, et fut nommé chef de la juslice de ce royaume, où il demeura plusieurs années. ïl y était encore quand fut publiée la déclaration de Breda ; on le conduisit en Angleterre pour être jugé.

Péters était l'un de ces prédicateurs fanatiques si nombreux à cette époque ; il parcourut en celte qualité plusieurs contrées étrangères. Ce fut au commencement de la rébellion qu'il revint d'Amérique. Il allait visitant les armées , pour enflammer les soldats par ses brûlantes et mystiques déclamations. ïl conserva jusqu'à la fin son exaltation et son enthousiasme.

Tous les autres régicides étaient gens d'une condition obscure , la plupart égarés par les faux principes qui s'étaient répandus en Angleterre dans ces temps de troubles. Ils marchèrent tous au supplice avec l'intrépidité de martyrs.

Nous avons cru inutile de grossir notre collection du

procès de tous les regicides. Ceux de Harrison , de Cook et de Peters, nous ont paru devoir suffire pour faire connaître à nos lecteurs celte intéressante époque de Hiistoire d'Angleterre.

COMTÉ DE MIDDLESEX % 9 OCTOBRE l66o.

Les membres de la cour ayant pris place , on fit lecture de la commission d'o/er et de terminer'', donnée sous le grandsceau d'Angleterre, et par laquelle ladite cour était instituée.

Lorsque le crieur eut commandé le silence , sir Orlando Bridgeman, lord chef baron de la haute cour de l'échiquier j adressa au jury le discours suivant :

« Vous êtes la grande enquête du comté de Middlesex : vous avez entendu, par la commission qui vient de vous être lue^ que S. M. vous autorise à connaître de tout acte de trahison , de félonie et autres délits commis dans ce comté 3 mais comme elle est donnée pour une occasion spéciale, l'exécrable meurtre du roi Charles 1" , qui est maintenant dans le ciel , je ne vous fatiguerai point des détails d'une longue accusation. Celte commission est établie en vertu de Pacte d'amnistie. Vous verrez qu'il porte exception de plusieurs individus , lesquels

^ C'est le comté où est située la ville de Londres.

^ C'est une commission particulière du roi pour juger certaines causes, et spécialement les causes criminelles. Il est presque inutile de dire que les mots oyer et terminer ont été introduits dans la jurisprudence anglaise par Guillaume-le-Conqncrant .

PROCÈS DES RÉGICIDES. 281 (pour l'exécrable trahison qu'ils ont commise en condamnant à mort notredit souverain , et en signant le -warrant d'exécution) doivent être poursuivis comme traîtres, conformément aux lois d'Angleterre.

« Messieurs, vous voyez que les accusés doivent être juges selon la loi du pays : par le statut de la vingt-cinquième année du règne d'Edouard m, c'est un crime de haute trnhison d'imaginer et comploter la mort du roi. C'était la loi ancienne de la nation ; en nul autre cas , l'intention sans aucun effet n'était punie par nos lois. Nihil cfjîcit conatus ^ msi sequatiir affectus. Mais la vie du roi est si précieuse, que le simple dessein d'y attenter est déclaré trahison par ce statut. En voici la raison : par la mort du roi, la république est privée de son chef 5 et vous savez tous quelle masse inanimée est le tronc lorsque la tête en est séparée. Dans le cas du meurtre d'un simple particulier, le coupable expie son crime par la perte de la vie ; il y a la une sorte de compensation, vie pour vie. Mais, si Ton tue un roi, quelle réparation peut-il exister? le dessein d'attenter aux jours du roi est considérée par quelques personnes comme un acte apparent. La trahison, quoique non encore manifeste, est dans le cœur; mais quand ce poison s'échappe de l'âme, qu'il devient action, alors il y a haute trahison.

« Maintenant, qu'est-ce qu'un acte apparent de complot contre la vie du roi? c'est tout ce qui démontre l'existence de ce complot : de simples paroles, en plusieurs cas, en sont une preuve suffisante; elles dévoilent le fond du cœur. En second lieu, si un homme, si deux hommes conspirent de lever la guerre contre le roi (et ce que je dis doit s'entendre à la fois et du roi vivant et du roi mort ; car, si une trahison est commise contre la vie du roi, elle peut être punie par son successeur); lors , dis-je, qu'on ne s'est pas contenté de simples paroles, mais quand on a conspiré de lever la guenc

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