‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglaisChapitre 28 sur 42 · î B7\iU\EAU ANGLAIS · texte numérisé non relu

î B7\iU\EAU ANGLAIS

contre le roi, il esl une anuc disposition du statut qui déclare que lever la guerre contre le roi esl une trahison. Si des îioniines se réunissent et délibèrent ensemble, et cela pour tuer le roi ou le mettre a mort, cette délibération est iaconlestablement un acte apparent qui prouve le complot contre la vie du roi.

« Que direz-vous si des hommes ne se contentent pas de délibérer , de conspirer, s'ils prennent sur eux de juger, condamner, même de mettre a mort le roi? Certes, cela est bien loin du simple projet j ce n'est pas seulement déposer les œufs du basilic, c'est les couver jusqu'à ce que le serpent soit éclos. Je vous affirme, comme étant l'expression fidèle de la loi, que nulle autorité émanée, soit d'un seul individu, soit de plusieurs, soit du peuple en corps, soit de ses représentans , n'a de pouvoir coërcitif sur le roi d'Angleterre : ce n'est pas mon opinion que j'énonce , ce sont les propres expressions de la loi j telle était la trahison imputée sous le règne d'Edouard second dans le procès de Calvin : les prévenus avaient émis l'opinion que tout hommage et toute allégeance étaient dus au roi à raison de sa couronne; et de là ils tiraient cette exécrable induction, que, si le roi violait ses devoirs, comme il ne pouvait pas être réprimé par la loi, il devait l'être par voie d'emprisonnement ; mais cela fut jugé une horrible trahison par deux actes du parlement.

(( Messieurs, permettez-moi de vous exposer la doctrine de nos livres de lois, car ces livres (avec nos statuts) sont le fondement sur lequel nous devons nous appuyer dans toutes les questions de droit public.

« Comment les lois appellent-elles le roi? le lieutenant de Dieu , ainsi qu'on le voit au livre De Primo Henrici septimi. Ce livre dit que le roi vient immédiatement après Dieu , et n'a pas de supérieur. Le statut énonce que la couronne d'Angleterre est soumise a Dieu , eî non a d'autre puissance:

PROCÈS DES llÉGICiDES. n83 ie roi, proclament nos auteurs, n'est pas seulement caput populij la têie du peuple, mais caput rcipuhlicœ , la tête de la republique , des trois ordres; et c'est avec vérité que nos statuts parlent ainsi. L'expérience nous apprend que, lorsque nous parlons du roi , nous l'appelons notre souverain, c'esta-dire, notre chef suprême ; que, lorsque les lords et les communes lui adressent la parole, elles le font en ces termes : Les lords et les communes , vos fidèles sujets , vous supplient trèshumblement.

« Vous voyez par-là, messieurs , que le roi , placé immédiatement après Dieu , ne lire son autorité d'aucune autre personne : si le roi a une puissance impériale, s'il est ie chef de la république, si le corps politique lui doit obéissance, j'en tire avec vérité cette conséquence, qu'il doit être considéré comme son supérieur.

« Messieurs , ce n'est pas une chose nouvelle de parler d'un empereur ou d'une couronne impériale 5 ne vous méprenez pas sur mes paroles : autre chose est d'avoir une couronne impériale, autre d'exercer un pouvoir absolu. Le mot conroniie impériale a une signification déterminée; vous ie rencontrerez dans tous les statuts : ceux qui prêtent le serment d'allégeance et de suprématie jurent qu'ils défendront de tout leur pouvoir toutes juridictions et privileges appartenans au roi , ses héritiers ou successeurs, ou annexés a la couronne impériale de son royaume. Qu'est-ce une couronne impériale? c'est celle qui n'est soumise a aucun homme : Le roi de Pologne a une couronne; mais quelle est-elle? lors de son couronnement, le peuple lui impose la condition que, s'il ne gouverne pas conformément a telle règle , ses sujets seront affranchis de tout hommage et allégeance ; mais la couronne d'Angleterre est et fut toujours une couroinie impériale, et reçoit hommage à ce titre.

u Dieu me garde de vouloir entendre par-là un gouverne-

284 r,APvPvEAU ANGLAIS.

ment absolu ! autre chose est de posséder une moMniclile

absolue, autre est de posséder un gouvernement dans lequel

nul pouvoir ne peut être exercé sur la personne du roi ; car,

relativement aux choses et aux actions, elles sont soumises à

d'autres considérations^ comme je vous l'expliquerai tout a

l'heure.

u Messieurs, puisqu'il en est ainsi, considérez le serment de suprématie que la plupart des sujets ont prêié ou doivent prêter. Lorsqu'un homme entre dans le parlement , il lui est expressément enjoint par le statut de prêter le serment de suprématie : que dit ce serment? que le roi est l'unique chef suprême dans ce royaume; il est le chef suprême et l'unique chef suprême; dès-lors il n'a nul supérieur : j'insiste sur ce point , afin que personne ne puisse, par une fausse interprétation , colorer d'une apparence de justice les actes abo- . minables qui ont eu lieu 5 ils ont été commis sans autorité; mais, ainsi que je vous l'ai dit, quoique je soutienne et proclame ce point pour vous faire comprendre que le roi , ne se trouvant soumis immédiatement qu'à Dieu, n'était punissable par aucun de ses sujets , cependant je ne dois pas vous laisser ignorer que nos lois contiennent cette excellente restriction , qu'en toutes choses le roi ne doit gouverner que par les lois • c'est là une garantie et pour la sûreté de sa personne et pour celle de ses sujets.

« Il est trois objets dont les lois s'occupent spécialement; les personnes , les choses et les actions : quant a la personne du roi , il est le chef suprême de l'état ; il n'est soumis a aucun pouvoir coërcitif : la loi a déclaré que le roi ne peut faire mal 3 c'est la un principe souvent répété dans nos livres de lois : s'il ne peut faire de mal, il ne peut jamais être puni. Un roi est soumis à toutes les infirmités et toutes les faiblesses humaines, mais il ne peut par lui-même commettre d'injustice considérable ; il doit agir par des ministres , des

PROCES DES RÉGICIDES. 205 agens et des însîrumens; et, quoique la loi ait pourvu à la sûreté du roi, cependant si aucun de ses ministres fait mal, quoique par son ordre, il est punissable : le roi ne peut arrêter un homme, comme il ne peut être arrêté lui-même; mais, s'il me fait arrêter par un autre, j'ai un recours contre l'homme qui m'arrête, quoique je n'en aie point contre le roi; pareillement il ne peut ra'enlever ma propriété. En voilh assez sur la personne du roi; elle est inviolable : Ta ne toucheras point Point du Seigneur.

(f J'en viens aux choses : si le roi réclame un droite il doit procéder conformément à la loi; le roi est soumis aux lois : en ce cas, ses possessions seront jugées par des jurés; s'il veut faire condamner un homme pour la mort de son père, vous voyez qu'il est obligé d'avoir recours aux lois ; la loi est la règle de toutes ses actions c'est par cette règle qu'il est lui-même jugé.

(( Quant aux actions, et j'entends parler de ces actions par lesquelles on poursuit un droit ou un titre, le roi ne peut prononcer en personne entre un homme et un autre ; il doit faire parses juges qui ont prêté serment : il en est ainsi dans tous les cas possibles; si le roi veut réclamer un droit, il faut qu'il porte sa demande devant ses juges. Quoique nous vivions dans une monarchie absolue, cependant elle est si loin de blesser les privilèges du peuple, que le peuple, relativement a ses propriétés, sa liberté, sa vie, a tout autant de droit que le roi : prendre part au gouvernement n'est pas ce qui constitue la liberté et le bonheur du peuple, mais bien d'avoir sa vie, ses libertés, ses biens pleinement garantis sous l'autorité du gouvernement établi.

« Messieurs, j'ai lout dit sur ce point pour vous montrer que le pouvoir suprême résidant aux mains du roi, le roi est immédiatement sous la puissance de Dieu, ne devant à nul autre l'autorité dont il est revêtu : il est vrai (le ciel en soit

28r> BARREAU ANGLAIS,

béni ) que lious jouissons de libertés aussi élcnducs qu'aucune nation clirétienue ; mais faisons-en hommage à qui il appartient : nous les devons aux concessions de nos princes, concessions qui nous ont été confirmées par notre roi présent.

(c Messieurs , je me suis peut-être trop étendu sur ce point , et cependant je ne puis reconnaître avoir rien dit de trop , puisque mes paroles tendent à éclaircir de fausses interprétations, tant d'opinions erronées ayant été proclamées. Pour revenir plus directement a la cause, lorsque nous considérons que cet horrible meurtre ( à peine puis-je en parler : vojc faucïlms liœret ) , lorsque nous considérons que quelques membres de la chambre des communes , lesquels avaient prêté serment d'allégeance, c'est-a-dire, de défendre le roi et ses héritiers contre toute conspiration et tentative quelconque ; lors , dis-je , que quelques membres de la /chambre des communes, qui n'en formaient pas la huitième partie^ ont usurpé la puissance, et quelle puissance! celle de faire des lois, chose inouie jusqu'alors; et quelles lois! une loi pour ériger une haute cour de justice et disposer de la vie des hommes; et de quelle vie! de celle de leur souverain, de ce roi qui dès le commencement de ce parlement avait redressé tous les abus imaginables, aboli la chambre étoilée, fait dans l'île de Wriqt des concessions supérieures a tout ce que le peuple pouvait désirer; lors, dis-je, que ce petit nombre de membres des communes, non-seulement k l'absence du reste, mais les ayant exclus; non-seulement les ayant exclus, mais ayant repoussé les lords de la chambre haute; lors, dis-je, que ce petit nombre de membres ont usurpé cette autorité et se sont arrogé le droit de juger leur souverain , de le mettre à mort; de le mettre à mort eh sa qualité de roi , et cela devant la porte de son palais, devant ce lieu où il avait coutume de recevoir les ambassadeurs, lorsqu'ils ont osé le tuer à la face du soleil ^ c'est la un tel excès d'abomination , qu'en vérité je ne sais com-

PROCÈS DES RÉGÎCIDKS. 287 ment Pexprimer : nulle histoire, nui roman, nulle tragédie fabuleuse n'offrit jamais rien de semblable,

« Messieurs , si quelqu'un venait aujourd'hui s'appuyer sur la prétendue autorité de cette chambre, loin d'excuser son crime, ce serait de sa part l'aggraver encore. Je n'ai plus qu'un mot a ajouter sur ce point (peut-être aurais je dû vous le dire en commençant) : si deux ou plusieurs personnes trament et imaginent la mort du roi, si elles vont jusqu'à la mettre en délibération ; si elles prononcent un jugement, si elles l'exécutent; si elles mettent le roi à mort , alors elies sont coupables; la première circonstance suffisait pour constituer une trahison.

« Un bill vous sera présenté contre les accusés pour avoir tramé et imaginé la mort du roi, un bill pourra également vous être présenté contre plusieurs d'entre eux pour avoir levé la guerre contre le roi , ce qui est un autre chef du statut d'Edouard m ; ce statut n'était que déclaratif de la loi commune , ce n'était point une loi nouvelle : par cette loi , lever la guerre contre le roi est déclaré une trahison ; mais lever Ixi guerre contre l'autorité du roi est également une trahison. Si des sujets du royaume prenaient les armes pour une entreprise qui intéressât le public ; si c'était pour chasser les étrangers, ne fût-ce que pour renverser les ministres, que pour faire changer une loi, pour réformer la religion; dans tous ces cas , si ces personnes s'étaient réunies avec un appareil militaire pour accomplir aucun de ces actes ^ il y aurait trahison; ce serait lever la guerre contre le roi : que sera-ce, lorsque des sujets lèvent la guerre, non- seulement contre le roi, mais contre la loi et toutes les lois; qu'ils veulent les renverser pour en établir de nouvelles; si aucun de ces cas se présente, vous savez ce que la loi prescrit.

« Pour conclure : vous êtes appelés à demander compic du sang, du sang royal, ce sacré sang qui, comme celui des

288 EyVKREAU ANGLAIS,

saints sur l'aiiîel , crie : Quousque , Domine? jusqu'à quand , Seigneur? ce sang crie vengeance, et ne peut être apaisé que par un sanglant sacrifice.

« Rappelez-vous ceci, et j'ai fini ; je n'insisterai pas sur vos sermens; vous êtes gens d'honneur; vous savez tous à quoi ils vous engagent. Ce que je vous dirai , c'est qu'absoudre celui qui a versé le sang, c'est être aussi coupable que le meurtrier , c'est se charger de son crime a bon escient ; n'oublions pas que le sceau de la réprobation est toujours empreint sur la postérité de ces juifs qui se sont écriés : Que son sang retombe sur nous et, sur nos descendans !

(( Que Dieu conserve le roi! Amen ! Amen! »

Après ce discours on procéda a l'appel des témoins, et on leur fit prêter serment.

Le grand jury ayant rendu l'accusation hilla vera, la cour s'ajourna pour le lo octobre, à VOld-Bailej,

Le 10 octobre 1660, la cour étant formée, et l'ordre de faire silence ayant été donné, on lut de nouveau la commission à'ojer et de terminer ; après quoi sir Hardress Wah ler, Thomas Harrison , et William Heveningham furent amenés à la barre. 11 leur fut ordonné de lever la main , ce que firent sir Hardress JValler et M. Heveningham ; mais Harrison répondit : w Me voici » , et dit ensuite : « Milord , je voudrais parler. «

Le président. Levez d'abord la main , vous serez entendu quand il en sera temps. M. Harrison , il faut que d'abord vous leviez la main. ( l'accusé la lève ).

On lut ensuite l'acte d'accusation portant que , de concert nvec d'autres , l'accusé n'ayant point la crainte de Dieu devant les yeux, et étant poussé par le démon, a malicieusement, traîtreusement, en félonie, contre Tobéissance qu'il lui devait, siégé pour juger, et a condamné le feu souverain seigneur et !oi 5 Charles d'heureuse mémoire , et a aussi , le 3o janvier

PROCÈS DES RÉGICIDES. 289 1643, signé et scellé l'ordre d'exécuter sadite sacrée majesté dlicareuse mémoire, etc.

Le clerc de la couronne. Que dis-tu , sir Hardress Waller? Es-tu coupable ou non coupable de Pacte de trahison qui t'est imputé, et pour lequel tu es mis en jugement ?

Sir H* Waller, Milord , je n'ose dire non coupable ; mais , puisque dans une affaire de cette nature , nous n'avons ni avis ni conseil , et n'étant pas capable de parler sur des matières de loi.....

Le premier juge . Je suis fâché de vous interrompre; mais il faut que je lofasse. Vous avez entendu l'acte d'accusation, ■et v^us devez déclarer si vous êtes coupable ou 72072 coupable ; il n'y a pas de milieu : coupable ou 72072 coupable. Telle est la loij elle est la même pour tous. Etes-vous coupable ou ?2072 coupable? ,

Sir Lf. JVallcr. Je puis me reconnaître coupable de quelques particularités de l'accusation , mais non de tout ce qu'elle ^contient; car autrement je blesserais ma conscience.

Le clerc. Etes-vous coupable ou 72022 coupable ?

Sir H. Waller. Si j'avais la liberté de...

Le procureur- général. Vous avez la liberté que tout sujet peut avoir ou requérir. Tout homme présent h la barre ne peut faire d'autre réponse à l'accusation que coupable ou 7202* coupable; c'est la règle pour tout le monde. Votre déclaration doit être simple et précise, coupable ou non coupable.

Sir H. Waller, Milord, je désire avoir quelque temps pour considérer la cliose ; car c'est une grande surprise.

Le procureur- général. Vous avez eu assez de temps pour cela. Vous devez suivre la marche que prescrit la cour : coupable ou 72072 coupable.

Le clerc. Que dites-vous , sir H. Waller ? êtes-vous coupable ou 72072 coupable ?

Sir H. Waller. Je n'ose dire 72022 coupable.

2çy^ BARREAU ANGLAIS.

Lo chrrc. Vous avouez donc?

Sir IL Waller. Je désirerais d'être entendu.

Le procureur- général. Votre déclaration doit être précise : coujmhle ou iioii coupable 7

Sir IL JValler. Serai-je entendu, milord?

Le pr our eur- général. Oui durant le procès. Vous n'avez que deux partis à prendre, la dénégation ou l'aveu. Sir lïardress Waller , nous ne voulons pas vous tromper. Si vous dites que vous êtes coupable, il n'y aura plus a prononcer que le jugement. Si vous dites que vous n'êtes pas coupable^ on entendra votre défense. Ainsi, consultez-vous; dites que vous n'êtes pas coupable , ou avouez que vous l'êtes.

Sir II. JValler. Milord , cela me jette dans un grand embarras. J'ouvrirai mon cœur...

Le procureur- gènérûL Vous devez dire coupable ou non coupable.

Sir H. Waller. Milord , ma condition diffère de celle des autres. Je suis comme un étranger. J'ai été trente ans transporté en Irlande, ce qui fait que je ne suis point instruit des matières de droit dans ce pays.

Le procureur- général. Vous devez suivre la loi : coupable ou non coupable.

Sir H. Waller. Je n'ose dire non coupable.

Le procureur-général. Vous avez trois partis a prendre. Ou vous déclarer coupable^ et en ce cas il ne restera plus qu'a prononcer le jugement^ ou vous déclarer non coupable ^ et ensuite vous serez entendu; ou vous taire, et vous serez jugé comme muet volontaire, ce qui sera comme si vous aviez avoué.

Sir H. Waller. Ayant déclaré que je n'ose dire non coupable^ je dois dire coupable.

Le clerc. Vous dites que vous êtes coupable? Vous confessez le contenu de l'accusalion.

PROCÈS DES RÉGÎCIDES. 2^1

Sî'r H. Waller. Oui.

Le clerc. Thomas Harrisofl , que dis-tu ? es-tu coupable ou noJi coupable du crime de trahison pour lequel tu es mis en jugement?

Thomas Harrison. Milord, puis-je parler?

Le procureur- général. Vous ne pouvez répondre a présent que coupable ou non coupable. M. Harrisoîî, vous venez d'entendre ce qu'on a dit. Nous ne pouvons changer la règle pour vous. Si vous dites 720/2 coupable., vous serez entendu tout au long. Si vous dites coupable ^ vous savez ce qui restera a faire.

Thomas Harrison. Me permettra-t-on de répondre dans les termes que je voudrai?

Le premier juge. li ne peut y avoir de réponse que celle qui est prescrite par la loi. Il en est de même pour vous que pour les autres , et qu'il en serait pour moi si j'étais dans votre position. Vous devez àive coupable ou 72072 coupable j et, dans le premier cas^ il n'y aura plus qu'à juger. Ce doit être la même règle pour l'un que pour l'autre.

Thomas Harrison. Vous m'expliquez fort bien votre règle, mais j'ai k vous dire quelque chose qui intéresse tout autant vos seigneuries que moi-même.

Le procureur- général. Vous devez dire coupable ou 72072 coupable. Si vous dites autrement, c'est comme si vous ne disiez rien, et alors on procédera au jugement. La loi prescrit les termes, c'est sur elle que vous devez former votre réponse : coupable ou 72072 coupable.

Th. Harrison. Milord, j'ai été tenu au secret près de trois mois. Vous me demandez une réponse. Je n'ai su que j'étais en jugement qu'hier soir, à neuf heures, et j'ai été transféré de la Tour ici, ce matin a six heures.

Le procureur-général. Vous devez faire une réponse précise. Vous ne pouvez dire qu'elle est inopinée. C'est perdre

le temps mal à propos. Vous interrompez la cour. Nous ne (levons pas permettre que vous fassiez ici de discours. Vous devez dire coupable ou non coupable.

Le clerc. Etes-vous coupable, ou n*êtes-vous pas coupablel Th. Harrison. Je désire consulter la loi. C'est un cas particulier.

Le procureur- général. La loi ne vous accorde autre chose que dire si vous êtes coupable ou non coupable.

Th. Harrison. Conseillez-moi en cela.

Tje clerc. Th. Harrison, Etes-vous co///7aZ>/e ou non coupable ?

Th. Harrison. Je rendrais volontiers compte de mes actions...

clerc. Etes-vous coupable ou non coupablel

LjO procureur-général. Vous devez avoir connaissance des formes de la loi. Vous ne prouverez pas qu'il ait jamais été permis à un homme traduit à la barre pour félonie ou trahison , de discourir ainsi , ou de répondre autre chose que coupable ou non coupable.

Lae solliciteur-général. Laissez-le parler , railord ; il sait si bien son affaire , qu'il pense qu'il ne courÊ- pas plus de risque a braver la cour qu'à se soumettre a son autorité.

Le procureur-général. Vous passerez pour muet volontaire, et il sera procédé au jugement.

Le clerc. Etes-vous coupable ow non coupable ?

Th. Harrison. Me refuserez-vous quelque satisfaction?

Xe procureur- général. Etes-vous coupable ou Vton coupabld ?

Th. Harrison. Donnez-moi votre avis.

Le procureur- général. Nous vous l'avons déjà donné. Il n'y en a pas d'autre Vous serez entendu tout au long

lorsque Taffaiie sera entamée»

Th, Harrison, Vous refusez de me conseiller ? en ce cas , je (lis non coupable.

Le clerc. C'est là votre réponse ? Vous dites non coupable ? Tli. Harrison. Oui.

Le clerc. Comment voulez-vous être jugé?

Jli. Harrison. Conformément à la loi de Dieu....

Le clerc. Est-ce par Dieu et par votre pays ?

Le premier juge. Si vous ne parlez pas de votre pays > ce sera comme si vous n'aviez rien dit.

Le clerc. Comment voulez-vous être jugé?

TJi. Harrison. Je me soumets à ce que vous désirez.

Le procureur -général. Vous êtes versé dans les formes de procéder. Vous savez que vous devez vous eu remettre au jugement de Dieu et de votre pays ; sans cela, je vous le répèle, ce sera comme si vous n^aviez rien dit.

Th. Harrison. On vous a donné de fausses informations sur mon compte.

Le procureur- général. Vous avez répondu non coupable. Ce qui vous reste a dire, c'est , si vous voulez être jugé pai Dieu ou par votre pays, sinon vous serez déclaré muet volontaire.

Leclerc. Comment voulez-vous être jugé?

Th. Harrison. Je veux être jugé selon la coutume.

Le clerc. Est-ce par Dieu et par votre pays? il faut que vous articuliez ces propres paroles.

Tli. Harrison, Ce sont de vaines paroles.

Le procureur-général. Nous vous avons donné une liberté qui n'est pas ordinaire. Si vous voulez qu'on examine votre affaire , il faut vous en rapporter à Dieu et à votre pays.

Le clerc. Comment voulez-vous être jugé?

Th. Harrison. Je demande à être jugé comme vous diies^ scion la loi de Dieu et celle de mon pays.

Lo clerc. Que Dieu vous soît en aide!

Le clerc. William Heveningliam , lève la main. Es-lu coupable ou Jion coupable de la trahison dont lu es accusé , et pour laquelle tu es mis en jugement?

TVdliam lieveniii^liam. Non coupable.

Le clerc. Gomment voulez -vous être jugé ?

JVilliam He^^eiiiiigliam. Par Dieu et par mon pays.

IjC elerc. Que Dieu vous soit en aide !

Après que Thomas Harrison et William Heveningbam eureni été emmenés, sir Hardress TF aller présenta à la cour, qui la reçut, mais qui ne la lut point, une pétition adressée au roi et aux deux chambres du parlement.

Tous les autres régicides furent successivement traduits a la barre, et se déclarèrent non-coupables ^ en faisant peu ou point d'observations, à Texception de Flewood , qui , se déclarant coupable^ remit a la cour une pétition qu'il dit adressée au roi et aux deux chambres j la cour les reçut, puis on les, fit retirer.

Le II octobre 1660, la copr étant assemblée, ou ordonna au geôlier d'amener a la barre Thomas Harrison ^ Adrian Scroop j John Carew y John Jones ^ Gregory Clément et Thomas Scot, qui bientôt comparurent 3 et l'on commanda de

faire silence.

procureur-général. Prisonniers, qui êtes à la barre, si TOUS désirez du papier , des plumes et de l'encre , on vous en donnera ; et, si vous voulez récuser quelque juré, vous pourrez ie faire avant qu^il ait prêté serment.

Le premier juré étant appelé, on lui dit de regarder les prisonniers et de mettre la main sur l'Evangile. Ensuite on lui lit le serment, qui est ainsi conçu : « Vous examiner z soigneusement les faits , et vous direz vérité , entre notre souverain s€i-gneiir et roi, et les prisonniers qui sont a la barre ^

que vo^s aurez à ji'^er selon votre conscience. Que Dieu vous soit secourable !

Après h récusation de Irente-cinq jurés, et la prestation du serment par ceux qui furent maintenus; après l'appel des témoins et toutes les formalités d'usage, Taccusation fut développée par sir Heneage Finch, solliciteur-général, qui prononça le discours suivant :

« Nous mettons en jugement, devant vos seigneuries, les meurtriers d'un roi.

w Ou pourrait croire que les lois divines et humaines ont tellement pourvu a la sûreté des têtes couronnées, que les enfans de la violence ne sauraient jamais les approcher ni les blesser. La seule pensée d'un pareil attentat a éîé considérée par toutes les lois, dans tous les siècles et parmi toutes les nations , comme la plus impardonnable offense. Milord , c'est là ce qui conduisit les deux eunuques de la cour de Perse à une juste destruction : volueruntinsurgere , dit le texte, cela seul fut suffisant pour les faire condamner. Il en était ainsi par la loi romaine , comme observe Tacite : qui délibérant desclverunt. Douter ou hésiter, quand il s'agit de ses devoirs de fidélité, c'est trahison, c'est apostasie. D'après ce principe, le statut, en vertu duquel vous devez procéder , porte ces propres paroles : Si queîquun imagine ou médite la mort du roij etc. Les rois, qui sont les vicaires de Dieu sur la terre, mt une telle ressemblance avec la majesté divine, que leurs sujets leur sont comptables des mouvemens mêmes de leur cœur , non qu'un autre que Dieu puisse y lire. Mais quand un cœur pervers se manifeste au dehors par des expressions qui dévoilent sa pensée, c'est la pensée même qui constitue la trahison, les actes apparens n'en sont que la preuve. '

(( Il ne s'agit pas en cela de l'intérêt seul de la personne dti roij la loi juge que de la vie du monarque dépendent les

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lois , les libertés , les biens , les propriétés , les richesses , la tranquillité , et , en somme , la gloire de la nation.

« Cette prévoyance de la loi a été justifiée par une triste expérience. Quand le roi, de bien heureuse mémoire (dont nous poursuivons les meurtriers) , nous fut enlevé avant le temps, la religion et la justice furent ensevelies dans le même tombeau que lui ; elles y dormiraient encore, si le miraculeux retour de notre gracieux souverain ne les eût fait revivre.

Lord Cocke , dans son commentaire sur ce statut, émet une opinion qui a quelque chose d'étrange ; il semble penser que c'eût été ajoutera la perfection de cette loi que de limiter le temps de la poursuite : certes, ce qui se pas se aujourd'hui a pleinement réfuté cette opinion, car il s'agit d'une trahison qui a si long-temps bravé la loi et la justice de ce royaume^ que, s'il y eût eu un temps limité pour la poursuite , il fût devenu impossible de la punir ^ et, si cette trahison eût conquis l'impunité, peut-être aurait-elle fait retomber sur toute la nation le sang innocent , et attiré sur nous la vengeance qu'il réclame.

« La base de cette accusation est d'ai^oir imaginé la mort du roi. Quant au reste , s'être emparé de sa personne , s'être formé en cour de justice, avoir jugé et tué le roi, ce sont autant d'actes apparens qui démontrent l'intention. Nous ne sommes pas obligés de prouver que chacun des accusés a coopéré à chacun de ces actes; car celui qui a participé à un seul est , aux yeux de la loi, coupable de tout le reste , comme s'il avait porté le coup fatal. De plus, si nous pouvons démontrer la réalité d'actes apparens , autres que ceux qui sont rapportés dans l'accusation , comme par exemple d^avoir excité les soldats a crier justice, justice ! de les y avoir engagés sous prétexte de religion , ou de s'être rendu coupable die quelquesunes de ces scélératesses dont l'histoire sera a jamais infâme ^ ce sera prouver suffisammen le crime d'avoir imaginé et médité la mort du rcû.

PROCÈS DES PxÉGICIDES. 297

« La fin de Tncte JVcusation porte que le crime a été commis au grand déplaisir de Dieu et à la honte du peuple d'Angleterre. C'est une vérité si connue, qu'aucune circojtslance aggravante ne peut la rendre plus évidente , et qu*aucune excuse ne peut ^obscurcir.

« Quant au fait en lui-même et a tous ses accessoires, il est inutile de l'expliquer en détail; car ces choses ne se sont pas passées dans l'ombre. Le cœur de tout véritable Anglais est comme un sanglant registre de cette abominable histoire : je crois néanmoins , pour aider les preuves que nous produirons , devoir vous retracer ce fait en peu de mots. /

« Je dirai donc qu'en Tannée i648 (ce fut l'année fatale de la mort du roi, et nous ne remonterons pas plus loin), tot^t ce qui pouvait être fait par un parlement pour sauver la vie du roi fut mis en œuvre.

« Le parlement fit les premières ouvertures d'un traité , en dépit de l'armée ; et , tandis que ces.fils de Satan étaient occupés au service, dans une partie éloignée du royaume, il en pressa la conclusion autant que possible ; les concessions proposées par sa majesté étaient des bases suffisantes pour un traité de paix, et cela, nonobstant les remontrances de l'armée et d'une partie de la chambre des communes, que l'armée s'était asservie; et, lorsque le parlement ne put plus rien faire pour son roi, il demeura si fidèle à ses obligations, qu'il résolut de tomber avec lui; ce qu'il fit : car l'armée, voyant que le traité allait être conclu , se hâta de venir le rompre; elle se saisit violemment delà personne sacrée du roi et le conduisit à Londres : la elle envahit par force le parlement ; elle chassa quelques-uns de ses membres, en emprisonna plusieurs autres, et donna le nom de parlement aux misérables restes de cette assemblée : ceux-ci, après avoir déjà poushé l'audace jusqu'à dissoudre la chambre des lords, passèrent

2cv8 nARi\E/VC; ANGLAIS,

line loi , érigèrent , grand Dieu ! une haute cour de justice , comme ils rappelaient, ou plutôt une boucherie de justice; ils nommèrent des juges , des avocats, des officiers , des ministres pour prononcer sur la vie du roi; puis ils firent comparaître à leur barre leur souverain, leur maître , pour l'accuser, le juger, le condamner, le tuer (j'ai presque dit le crucifier); et tout cela contre les plus évidentes lumières de îa raison, la plus profonde conviction de la conscience auxquelles un homme ait jamais résisté. Et cependant telles étaient alors la majesté et l'innocence de notre gracieux souverain , que le peuple l'accompagnait de ses larmes et de ses acclaîoations, faisant entendre ce cri : que Dieuconseive le roi! ca présence de soldats prêts à faire feu sur tout homme qui eût manifesté une contenance triste, ou proféré une parole d'affection : tel fut même le petit nombre de soldats que l'on put engager a approuver cette conduite de la chambre et a crier justice, que leurs ofâfbiers étaient contraints d'employer envers eux la séduction de l'argent ou la violence des coups.

« Les acteurs de cette tragédie sont en grand nombre, en si grand nombre que leurs noms formeraient une légion : Lorsque l'on examine l'action qu'ils ont commise , on ne peut la considérer que comme une scélératesse qui renferme tout ce que pouvait inventer de plus détestable un conseil d'Iîomraes, ou plutôt de démons. Mais si quelque chose peut offrir un caractère encore plus odieux que l'effusion d'un sang si sacré, dont ils sont tous souillés, il me semble q;ue c'est l'impudence de ceux qui l'ont répandu. C'est au nom du Seigneur qu'ils ont immolé l'oint du Seigneur; c'est au nom de son peuple qu'ils ont égorgé un roi qui en était adoré; celui qu'ils ont eu la criminelle audace d'emprisonner comme l'auteur de la guerre ils l'ont mis a mort parce qu'il nous aurait rendu la paix ;. qiielrfsiesmns d'entre eux ont

PROCÈS DES ilÉGlCîDES, ' 299 poussé le mépris et l'insolence jusqu'à cracher à la face de îiotre souverain seigneur. Et , lorsqu'ils ont eu éteint de la sorte la lumière d'Israël, les ténèbres et le désordre se sont répandus sur toute cette terre. A la nouvelle de ce grand attentat, nombre de sujets et quelques protestons des nations étrangères sont tombés morts , comme si cet excellent prince eût été, en un sens naturel, de même qu'en un sens spirituel , le souffle qui devait nous animer tous.

u Les juges et officiers de cette prétendue cour étaient au nombre d'environ quatre-vingts. Vingt-quatre ou vingt-cinq sont morts et sont allés au lieu qu 'ils ont mérité dliahiter. Le Dieu des vengeances s'est chargé du châtiment ; qui sait si ce n'est pas pour en exercer la plus terrible partie qu'il les a laissés mourir en paix? Six ou sept;, qui sont censés avoir péché avec moins de malice , vivent encore ; mais ils sont réservés à un repentir cruel par des châîimens a venir : quelque dix-huit ou dix-neuf ont échappé a la justice et errent dans l'univers, portant sur le front le signe de réprobation de Caïn , et craignant perpétuellement que chaque œil qui les voit , chaque main qui les rencontre ne les accable. Vingt-neuf attendent à présent ce que votre justice doit prononcer sur eux. Le premier est le prisonnier que vous voyez à la barre. Il mérite bien cette distinction; car, si quelqu'un doit être considéré comme le directeur et le chef de l'entreprise, c'est cet homme : c'est lui qui a amené, de Windsor, le roi prisonnier; vous apprendrez, quand il en sera temps , combien peu de respect il lui a montré , lui refusant même ces marques de civilité qui se doivent à tout le monde. Il a siégé pour le juger; il l'a condamné; il a signé et l'ordre destiné a convoquer la prétendue cour et l'ordre sanglant pour trancher la tête sacrée de sa majesté. Nous produirons contre lui, comme contre tous les autres, fîeux sortes de témoignages, 1'^ Des témoins qui déposeront

3oo Î^ARREAU ANGLAIS,

de vive voix et vous prouveront que tous les accusés ont siégé dans cette cour, à la barre de laquelle le roi a été traduit. Nous prouverons que l'ordre par lequel celle prétendue cour a été réunie n'a eu son exécution que lorsqu'il a été revêtu de la signature et du sceau de la plupart des soi-disant juges, parmi lesquels on reconnaît la signature du prisonnier qui est présentement a la barre. Nous montrerons aussi sa signature au bas de l'ordre sanglant donné pour séparer du cor^s la tête sacrée de notre bien-airaé souverain. Enfin, nous ferons voir également différens traits de la malice du prévenu. Après avoir produit nos témoignages de vive voix , nous aurons recours , s'il est nécessaire, aux actes du parlement , dont nous avons les originaux ou du moins des copies très-autben tiques. »

Sir Edward Turner^ procureur de son altesse le duc d'Yorck (qui fut depuis Jacques i®^') , prit la parole, et dit :

« Milords, le sujet qui nous rassemble me rappelle l'bis- \ toire du bon roi Araazias. On lit dans l'Ecriture-Sainte que le roi Joas , son père , fut assassiné, et assassiné par ses proprès sujets; mais que, lorsque Amazias eut recouvré la couronne, il fit mourir les meurtriers de ce prince. Il se rendit a Edom , dans la vallée de Sel , et là il les fit égorger au nombre de dix mille. Ce qui nous occupe ea ce moment ressemble beaucoup à ce trait. Celui-ci , qui fut le père naturel de notre bon et gracieux roi , et qui était notre père politique , auquel nous devions respect et allégeance , a été mis à mort par ses sujets. Mais, milords, ce n'a pas été un crime national. Notre bon et gracieux souverain nous a rendu la justice de nous disculper parmi les nations étrangères 5 et aujourd'hui qu'il est rentré parmi nous plein de gloire et de puis sance , il se conduit d'après la même pensée. C'est pourquoi il n'est pas question de tuer des milliers d'hommes; il s'agit seulement de rechercher la conduite de ces mccrcansy qui ont

PROCÈS DES RÉGICIDES. 3oi commis Toffense, et qui auraient enveloppé la nation dans une commune infamie.

« Messieurs les jurés, votre temps est trop précieux pour que je vous retrace Thistoire de cette sanglante tragédie. Il suffira de vous dire que ce n'a été qu'une poignée d'hommes , comparativement a toute la nation, qui ont conçu et tramé ce détestable complot de bouleverser nos lois et de renverser notre gouvernement. En exécution de ce dessein, ils ont cornmencé par répandre des maximes jésuitiques et de damnablcs principes pour égarer le peuple. Les esprits une fois troublés, ils ont facilement fait prendre les armes. Bientôt enivrés par leurs succès et abreuvés du sang de quantité de loyaux sujet?, ils ont eu soif du sang royal. On trouve dans l'histoire, j'en conviens , que quelque rois , avant cette époque, ont été mis ;i mort par leurs sujets. Il y en a même eu chez notre nation , tels que Richard ii et Edouard m. Les auteurs de ces meurtres les ont du moins commis en secret, tandis que ceux-ci ont tué leur roi h la face du soleil et du peuple : mais c'était ce peuple qu'ils avaient corrompu, en le faisant participer a leurs vols et a leurs infamies. Ils prétendent que c'est par voie de justice qu'ils ont immolé leur roi - mais vous savez qu'au- , cune justice ne peut s'exécuter sur la personne du monarque. « Tu ne toucheras pas a mon oint , » a dit le Seigneur luimême.

« On lit dans l'histoire que les Romains n'avaient point porté de loi contre les parricides , pensant qu'il ne pouvait se rencontrer aucun être assez dénaturé, assez pervers pour attenter a la vie de l'auteur de ses jours. Un tel forfait ayant été commis , les Romains ne surent d'abord comment le punir. Puis voici ce qu'ils firent : ils renfermèrent le coupable dans un sac de cuir oii l'eau ne pouvait pénétrer ; ils le jetèrent à la mer, voulant faire entendre par-là que celui qui avait commis un si grand crime était indigne de mar-

<:Iier sur ia lenc^ de respirer Tair ^ d'avoii l'usage d'aucuïi

des quatre élémens^ et qu'il fallait le faire mourir de faim.

« Messieurs les jurés, le parricide et le régicide ne diffèrent point de leur nature, mais seulement par le plus ou le moins d'énormité. Commettre un parricide, c'est tuer le père d'une personne ou de quelques personnes; commettre un régicide, c'est luer le père de la patrie. Quel châtiment peut égaler cette offense? Messieurs les jurés, le prisonnier que vous voyez a la barre est accusé de ce crime ; mais , avant qu'on vous en fournisse la preuve, je dois vous dire , avec la permission de la cour, que, bien que l'acte d'accusation contienne beaucoup de circonstances et de gradations dans la trahison, cependant tramer et imaginer la mort du roi est ce qui constitue le crime auquel nous appliquerons nos preuves, vu que, selon la loi commune et le statut de la 25^ année du règne d'Edouard m , c'est ce qui forme la base de la trahison. Les autres particularités de l'accusation ne sont qu'autant de circonstances pour prouver les actes apparens. Ainsi les délibérations, les actes par lesquels on s'est arrogé le pouvoir de faire le procès au roi , par lesquels on l'a condamné, et l'on a porté le coup fatal, lie sont que de simples démonstrations des actes publics qui prouvent la criminelle pensée de la trahison.

(t II nous suffira donc, et leurs seigneuries en diront tout autant , de prouver la pensée et le dessein de mettre à mort le roi , sans qu'il soit nécessaire de prouver toutes les particularités relatées dans l'acte d'accusation. Non que je veuille insinuer qu'il en est que nous ne pourrons pas prouver, jedis seulement qu'il n'est pas nécessaire que nous les prouvions toutes, qu'une seule suffit pour faire déclarer le prisonnier coupable. Je ne veux pas vous retenir plus long-temps sous le portique de l'accusation : il est temps que vous pénétriez dans les fonds de l'édifice. Nous allons produire nos témoins; ils prouveront, je n'en doute pas, que l'homme présent à

PROCÈS DES RÉGÎCIBES. 3o3 votre barre est le premier, et l'un des plus criminels d'entre ceux sur le sort desquels vous devez prononcer. » Le premier témoin est appelé.

Thomas Harrison. Lorsque j'ai comparu hier devant vos seigneuries, j'ai voulu faire quelques observations très-importantes au sujet de la juridiction de la cour; mais on m'a déclaré que je devais dire coupable ou non coupable^ et que ce que j'aurais à ajouter serait écouté dans le temps convenable. Je demande si ce temps n'est pas veim ; car je veux suivre la meilleure voie, et je n'ai pas envie de rien faire qui puisse vous déplaire.

Le premier juge. Ce qui vous a été promis hier , à Dieu ne plaise que nous ne le tenions pas! Mais je pense qu'il vaut mieux que vous entendiez les témoins d'abord ; ce que vous aurez a dire sera ensuite écouté tout au long.

Th. Harrison. Cela me suffit.

On appelle comme témoins George Masterson , Stephefi Kirk , Francis Hearn , William Clark , Robert Cojtmorc et James JYutlj , et on leur fait prêter serment.

avocat du roi. M. Masterson^ le prisonnier qui est h la barre a-t-il ou n'a-t-il pas siégé dans ce qu'ils appelaient la haute- cour de justice pour juger le roi? Dites aux lords et jurés ce que vous savez à cet égard.

M, Masterson. Milords et messieurs les jurés^ j'ai vu, le 27 janvier i648, le prisonnier qui est a la barre siéger dans ce qu'ils appelaient la haute cour de justice pour juger le roi.

L'avocat du roi. Etait-ce le jour que la sentence fut portée contre le roi?

M, Masterson. Ce fut le jour même de la sentence, le 27 janvier 1648.

V avocat du ro/. Savez-vous quelque autre chose?

M. Masterson. Je me rappelle que, lorsque le clerc de la

3o; BARREAU ANGLAIS,

cour, comme ils le nommaient , eut lu la sentence portée contre le roi , et eut dit que c'était l'acte de toute la cour, j'ai vu le prisonnier qui est à la barre se lever ainsi que les autres; et, à ce qne j'ai compris, c'était pour y donner son adhésion.

Plusieurs autres témoins déposent également avoir vu le y)révenu siéger en la haute cour de justice, et aller chercher le roi à Windsor. On produisit -également les deux ordres signés de la main du prévenu.

M. Wiudliam. Messieurs les jurés, n(^us avons fourni uns preuves. L'objet principal de l'accusation est d'avoir imaginé et médité la mort de sa sacrée majesté, le feu roi, de glorieuse mémoire. C'est la que gît la trahison, selon le statut de la vingt-cinquième année du règne d'Edouard m. Ce n'est pas d'avoir tué le roi qu'il s'agit, c'est d'avoir imaginé et médité sa mort. Tout le reste ne forme que des actes apparens. L'intention défaire mourir le roi, une fois mise au jour, il y a traîiison, quoiqu'elle n'ait été suivie-d'aucun acte. Or, nous avons fourni !a preuve complète de cette intention. Nous vous avons démontré que les coupables ont délibéré entre eux, acte apparent qui suffirait pour les faire condamner^ quand même il n'y en aurait pas d'autre. Dès ce moment il y a eu trahison, selon la lettre de la loi commune; lors même que les conjurés ne seraient pas allés plus loin , il y aurait toujours en trahison. Pensez-vous que , s'ils avaient acquitté le roi , ils n'auraient pas été criminels? Non; quand même ils auraient absous S. M. , ils n'en auraient pas moins été coupables de trahison. S'arroger le pouvoir de mettre le roi à mort, c'est un acte apparent qui prouve une intention criminelle. Vous voyez que le prisonnier n'a pas été un acteur ordinaire dans cette scène ; il a mis la main a tout : s'emparer de la personne de S. M. ; retenir le roi prisonnier ; le conduire à Londres et lui donner des gardes, c'est lui qui a tout fait. Vous reconnaîtrez aussi sa mécliancelé par ces mots « Kendcz-le bien

PROCÈS DES RÉGICIDES. 3o5 noir 5 » car il savait que son innocence brillerait du plus vif éclat, si on ne le noircissait par d'odieuses imputations. Le prisonnier a siégé plusieurs fois comme son juge 3 il l'a condamné 3 il s'est levé en signe d'adhésion h la sentence ; il a signé l'ordre d'exécution, et vous savez ce qui s'en est suivi. Il n'est pas possible, je crois, de fournir sur un fait des preuves plus positives que celles que nous venons de rapporter.

( Les spectateurs font entendre quelques murmures d'approbation. )

Le premier juge. Messieurs , ces murmures offensent la dignité de la cour j il faut laisser parler librement le prisonnier et les gens du roi. De tels signes conviennent mieux a un théâtre qu'à une cour de justice.

Th. Harrison. Il est temps, milords, que je parle pour ma défense. Mes savans adversaires ont-ils achevé tout ce avaient à dire ?

U avocat du roi. Nous n'avons rien a ajouter, a moins que le prisonnier ne nous en fournisse l'occasion.

Th. Harrison. Milords, l'objet qui vous occupe n'est pas une chose qui se soit passée en secret. Je crois que le bruit en a retenti dans toute la terre. Quelques-uns , je pense, ont ressenti au fond de leur âme la terreur qu'inspire la présence de Dieu , qui alors était avec ses serviteurs ( quoiqu'il lui plaise de nous faire souffrir à notre tour), et peuvent témoigner que la chose ne s'est pas faite dans l'ombre.

J'ai désiré que Dieu , qui scrute tous les cœurs , et pour qui vous et toutes les nations n'êtes pas plus qu'une goutte d'eau dans l'immense Océan, daignât m'éclairer. Je le lui ai demandé plusieurs fois par mes prières et par mes larmes. J'ai cru qu'il l'avait fait. J'ai cru que dans les événemens qui se sont passés, quelque étonnans qu'ils fussent et qu'ils doivent paraître long>temps, le doigt de Dieu s'était fait sentir plus que les hommes ne le pensent. Je proteste que de mon propre

3o6 BARREAU ANGLAIS, mouvement je ne ferais pas le moindre mal au dernier des humains. Voilà ce que j'avais à dire a vos seigneuries. Vous savez quels débats ont eu lieu dans cette nation depuis un certain nombre d'années. Plusieurs de ceux qui siègent a présent comme juges ont été précédemment aussi actifs

Le procureur- général. Veuillez, M. Harrison, vous abstenir de toute réflexion sur la cour; tel n'est pas l'objet en question.

Tli. Harrison. n'ai pas suivi mon propre jugement ; j'ai agi comme en vertu d'un ordre dicté a ma conscience par le Seigneur. Lorsque j'ai vu changer ceux qui m'étaient aussi cher que la prunelle demon œil, je les ai abhorrés, et ils m'ont emprisonné durant nombre d'années. Plutôt que de varier comme plusieurs qui ont mis la main à cette œuvre, j'ai préféré me voir séparé de ma femme et de ma famille, ne voulant pas montrer la moindre condescendance , quoiqu'on m'ait dit : « Asseyez vous à ma droite, » et autres choses semblables. Ainsi j'ai prouvé que je n'ai pas agi par un motif d'intérêt. Il est possible que je me sois trompé, mais j'ai flit ce que m'a conseillé mon jugement, désirant que la volonté de Dieu , telle qu'il l'a révélée dans ses saintes écritures , me servît de guide.

J'eslime que ce qui s'est passé a été fait au nom du parlement d'Angleterre, par son pouvoir et son autorité, et je crois qu'il est de mon devoir de vous dire que cette cour ou toute autre au-dessous de la haute-cour de parlement, n'a nul droit d'examiner ses actes. Il y a ici plusieurs jurisconsultes , pour abréger , je désire qu'on me désigne pour conseil un homme, versé dans la science des lois, qui puisse me donner assistance en cette matière, et me prêter les secours que me promet la loi du pays. J'ai dit que ce qui a été fait Ta été sous l'autorité du parlement, lequel était alors l'autorité suprême , et que ceux qui ont agi sous celte autorité ne doi-

vent pas être recherchés par une autorité inférieure. Je pense qu'il y en a beaucoup d'exemples. On peut dire une infinité de choses pour prouver que, selon les lois de la nation, c'était un véritable parlement; quant au reproche d'avoir usurpé l'autorité, je réponds que c'est ayant la crainte du Seigneur sous les yeux que nous avons agi.

Le procureur-général. Cessez ce langage. Voyez où vous êtes, monsieur! Vous êtes dans une assemblée de chrétiens. Ferez vous Dieu le cortiplice de vos meurtres et de vos trahisons ? Songez où vous êtes : des chrétiens ne peuvent entendre de pareilles choses. Nous vous permettons de dire ce que vous pourrez pour votre défense , et nous avons fait preuve de beaucoup de patience en écoutant ce que vous avez avancé, en vous laissant attaquer autrui, blasphémer Dieu, et commettre ainsi une nouvelle trahison. Quant h votre demande d'un conseil , voici le cas pour lequel on en donne un : lorsqu'un homme veut plaider un point de droit, comme il faut qu'il ^ le plaide selon les formes, on lui accorde un avocat. Dites d'abord sur quoi vous voulez parler, et vous aurez la réponse de la cour.

Le lord Finch, Quoiqu'on ait bien voulu vous laisser une grande latitude , on ne doit pas vous permettre de rendre Dieu complice d'une si damnable trahison.

Th. Harrison. J'ai deux choses a vous dire pour ma défense en matière de droit : l'une, que ce qui a été fait Ta été par ordre d'un parlement d'Angleterre, des communes d'Angleterre assemblées en parlement, et qu%n conséquence tout ce qui a été exécuté d'après leur ordre ou sous leur autorité , ne peut être recherché par vous qui êtes inférieurs en pouvoir à cette haute-cour de parlement. La seconde est que si quelqu'un a agi par obéissance envers cette autorité on ne peut le lui imputer , sans quoi nous serions dans la situation la plus misérable, ayant été forcés d'obéir à ceux qui avaient

3o8 BARREAU ANGLAIS,

la puissance , et étant aujourd'hui punis pour avoir obéi, Wons ne sommes pas juges de ce qui est légal ou illégal. Je désire, milords, que quelque homme versé dans les lois puisse parler en ma faveur sur ces deux points : cela intéresse tous mes concitoyens. Il y a des cas semblables. Vous Savez ce qui s'est passé sous le règne de Richard ii, lorsque l'on mit en question les actes du parlement : j'espère donc que Yous voudrez bien permettre que j'aie un conseil 3 car cela, je le répète, intéresse tous mes concilcryens.

L'avocat du roi. Vous vous trompez, si vous faites un ^ppel à vos concitoyens. Ils élèveront la voix contre vous et vous couvriront de confusion.

Th. //armo7z. Quelques-uns, oui, milords; mais d'autres, non.

Le sollicileur-général. Ces deux points , milords , n'eu font qu'un ; et c'est une nouvelle trahison pour laquelle le prisonnier mériterait la mort quand il n'y aurait point d'autre accusation. Ce n'est point ici le cas pour lequel un conseil puisse être donné. On n'en donne point pour un cas qui n'est pas souteuable. Loin que ce fût l'acte du suprême parlement du peuple d'Angleterre , rien ne déchira plus le cœur de ce peuple que cet acte sanguinaire. Mais, pour que personne ne se laisse abuser par les insinuations d'un homme qui est possédé du démon, je dirai que les lords et les communes ne constituent point seuls un parlement ; que le roi et les lords ne peuvent rien faire sans le consentement des communes, ni le roi et les communes sans les lords , ni les lords et les communes sans le roi, et particulièrement contre le roi. S'ils agissent contre lui, ils doivent en répondre sur leurs têtes: car le loi ne peut être soumis h aucune force coërcitive; et le prisonnier est fort à blâmer d'avoir voulu justifier son action, comme si c'était celle des communes d'Angleterre. Prétendta-t-il qu'une chambre, que dis-je? la huitième partie d'une

PROCÈS DES RÉGICIDES. 3og

ciiambre (car elle était réduite a cela ) puisse condamner le roi , lorsque les deux chambres ne peuvent condamner un seul' îiomme malgré le roi ? Je désire , milords , cju'une sentence soit rendue à ce sujet.

Le lord chef Baron. Vos deux questions n'en font vraiment qu'une. Vous voulez vous appuyersur l'autorité du parlement, et, quand vous venez au fait, vous dites les communes d'Angleterre 5 mais elles ne font qu'une des chambres du parlement. Qu'est-ce que le par lement ? C'est le roi, les lords elles communes. Où avez- vous lu queles communes d'Angleterre soient un parlement d'Angleterre? que les communes seules forment la puissance législative? Appelez-vous parlement ceux qui siéj^jèreni lorsque la chambre fut purgée, comme on le disaiç alors. Celui qui soutient une telle autorité commet une double offense. Voyez donc ce qu'est votre justificalion. S'il y avait seulement du doute, nous vous servirions nous-mêmes d'avocats. Ce que vous dites de Ja conviction de voire conscience me rappelle ces paroles de TEcrilure : Ils penseront honorer Dieu lorsqu'ils vous tueront : selon les paroles de l'apôtre St. Jean : il aurait un grand ionds de charité, celui qui pourrail croire que vous avez agi par principe de conscience • vous vous êtes fait pour ainsi dire l'avocat de cette affaire. Rciidons~le le plus noir que nous pourrons, avez-vous dit. Je lïW point touché les preuves produites , je ne veux point m'en occuper maintenant : je dis seulement que vous vous justifiez par la conviclion de votre conscience, et que vous vous appuyez sur l'autorité. A-t-on jamais vu sans le soleil , queles communes, que dis-je, qu'un petit nombre de membres des communes se soient appelés le parlement d'Angleterre? Nous avons été assez abusés par des noms et par des mots. Ce que vous dites n'a pas la moindre ombre de fondement. J'espère que mes confrères seront de même avis , et qu^aucun d'eux lie voudra reconnaître que celte assemblée^ quelle qu'elle piît

3io BARREAU ANGLAIS,

être, fût le parlement d'Angleterre. Il y a une autre circon- Êlance aggravante. Au temps où cette prétendue autorité s'empara de la puissance, la chambre des pairs était assemblée. Vous n'avez pas usé de ce pouvoir usurpé pour dissoudre les lords; mais vous avez agi en dépit d'eux; vous avez envoyé une ordonnance aux lords, el ils l'ont rejetée; alors les membres des communes prirent tout sur elles. La justification que vous présentez tend a la subversion des lois , car usurper le pouvoir du peuple sans son consentement, c'est ce qui ne s'était point encore vu. Mais si le parlement d'Angleterre se composait du roi, des lords et des communes, parler de ce prétendu pouvoir, c'est aggraver votre crime : apprenez que ni individu, ni communes, ni le peuple, soit en corps, sois par ses représentans , n'a de pouvoir coërcilif sur la personne du roi , aussi les moyens de justification que vous avez présentés doivent être repoussés.

31. Amiesley. Je puis d'autant mieux donner mon opinion sur cette affaire, que j'étais l'uri de ceux qui auraient dû faire partie de ce parlement dont parie le prisonnier. Je faisais partie de cette majorité corrompue , comme ils disaient, qui fut exclue de la chambre. Le prisonnier doit se rappeler que les deux chambres avaient des gardes de leur propre choix qu'ils furent relevés de force par lui et par ses complices, et qu'ils furent remplacés par d'autres qui , loin de prendre la défense des membres exclus, les menacèrent. Cependant les lords et les communes d'Angleterre, assemblés en parlement, alors que la chambre des communes était complète, avaient décidé que le traité de l'île de Wight pouvait servir de base a une pacification. La majorité de la chambre des communes ayant ordonné que sa résolution serait communiqué aux lords, le jour où elle devait le faire,des troupes furent mises à la porte de la même chambre, où elles ne laissèrent entrer que ceux qu'elles voulurent. Tous les membres disposés à la paix et qui se

PROCÈS DES RÉGICIDES. 3ii rappelaient ce qu'ils devaient au roi , furent arrêté par le prévenu et ses satellites. Cela fait , ils ne laissèrent entrer que ceux qui se trouvaient disposés à répudier leur serment d'allégeance envers le roi, puis ils annulèrent ce vote, dont la discussion avait duré douze ou quatorze heures. Appeler une telle assemblée, chambre des comnaunes, et bien plus encore la dire Tautoriié suprême de la nation, c'est, le prévenu ne l'ignore pas, un crime contre la loi du pays ; car la chambre des communes seule ne peut pas prêter serment ; elle n'a nul pouvoir de vie et de mort : le prévenu sait bien qu'un acte du parlement peut seul faire loi , et qu'il n'y a d'acte du parlement que celui qui est consenti par le roi, les lords et les communes. Je m'étonne d'ouïr une pareille justification dans la bouche d'un homme qui connaît si bien les lois j nulle cour ne pourrait décider que ce fût là un parlement, la majorité de la chambre le désavoue j on a déjà discouru sur ce point, J'ajouterai seulement qu'un homme qui connaissait si bien les lois sera, j'espère, puni pour les avoir transgressées.

ÂI. Hollis, Vous saviez bien que vous ne pouviez accomplir l'acte détestable que vous avez commis , tant que vous n'auriez pas dissous le parlement ! Cette chambre des communes, dont vous prétendez avoir tenu vos pouvoirs, vous savez bien comment vous en avez usé envers elle , quand vous en avez chassé l'orateur. Ne faites donc pas le parlement complice de vos noirs attentats. Il en fut innocent. Vous savez vous même quelle estime vous en aviez lorsque vous dispersiez ses membres et les forciez de se cacher pour se dérober k votre fureur. Ne faites pas le parlement complice de vos crimes. Le parlement se compose de trois branches 5 on ne doit point admettre qu'une des deux chambres puisse être considérée comme une autorité suprême. Vous savez quelles lois a faites ce croupion que vous avez laissé. Vous savez qu'un acte du parlement ne peatavoir|forcede loi que lorsqu'il est consenti par le roi^ p^ar

3i2 BARÏIEAU ANGLAIS.

les lords et les communes! C'est tout'comme si vous vouliez faire Dieu le complice de vos crimes^ comme si vous vouliez imputer voire opinion au peuple- mais votre défense est rejetée.

( Toute la cour adhère à cette déclaration. )

Th. Harrison, Je puis m'être trompé. On dit que les deux points n'en font qu'un; je crois cependant qu'il n'en est pas ainsi ; je dis que ce qui a ce qui a été fait, l'a été par obéissance envers l'autorité. Qu'on ait agi en vertu d'un ordre de la chambre des communes soumise a la force , la cour n'est pas juge de cette force. Je dis que ce qui a été fait , l'a été par une branche du parlement ; cela ne peut pas être mis en doute.

Le prociireur-géjiéral. Ce n'était pas une branche , ce n'en était qu'une partie , la huitième partie.

HoUis. Ce n'était pas une chambre des communes , c'était line réunion formée par la puissance de l'épée. Pv'abusez pas le peuple en disant que cela s'est fait par l'autorité suprême.

L'avocat du roi. Milords , quand c'eût été une chambre des communes , ni une chambre des communes , ni une chambre des pairs j ni l'une et l'autre réunies, aucune autorité sur la terre enfin, n'aurait pu donner le pouvoir de mettre à mort le roi. Ce qu'allègue le prisonnier est une trahison; c'est la preuve évidente du crime don! il est accusé, et l'on peut dire, d'après cela, que ce qu'il a fait il le ferait encore.

Le lord chef Baron répète les argumens qu'on vient de lire.

Le juge Mallet, J'ai été membre du parlement aussi longtemps que qui que ce soit ici présent, et je n'ai jamais entendu prétendre que la chambre des communes ait juridiction sur d'autres que ses membres. On m'a raconté l'histoire d'un muet de naissance, dont le père fut tué par un inconnu \ le

PROCÈS DES RÉGICIDES. 3i3 siniet , ayant par hasard reconnu le meurtrier, s'écrîa mîracuîeusement : Voila celui qui a tué mon père! Monsieur^ le roi est ie père de la patrie, pater patrice, comme le dit sir Edouard Coke, il est le chef de la république^ caput reipuhlicœ, Qu'avez-vous fait^ monsieur? Vous avez tranché la tête de toute la république, et vous nous avez ravi notre père, celui qui gouvernait ce royaume! Vous trouverez ces principes dans le livre du plus grand des jurisconsultes , sir Edouard Coke. Il est inutile de rien dire de plus sur cette affaire. La défense du prisonnier est déraisonnable et mal fondée^ elle doit être rejetée.

Le juge Hide. Je ne vous importunerai pas par un long discours. Je suis affligé qu'un homme ail eu l'audace de parler comme vous Tavez fait ( s'adressant au prisonnier). Vous devez savoir et personne n'ignore que le roi est au-dessus des deux chambres- elles peuvent lui faire des propositions de loi, mais les lois sont faites par lui, et non par elles. Votre défense est vaine, illégale, méchamment faite; elle doit être rejetée. Quant h un conseil, on n'en accorde point dans le cas où vous êtes.

Sir William Wild II s'agissait de savoir si c'était une matière de droit ou de fait. Vos seigneuries ont déclaré que c'était une matière de droit; la justification du prisonnier est une aussi grande trahison que celle dont il est accusé; quant au fait, il l'a reconnu. Je vous prie donc, milord, de mettre les jurés en état de prononcer leur verdict. Le prévenu a oublié la barbarie de ses complices : ils n'ont pas voulu en- . tendre leur roi I

Le procureur- général. Il ne peut être donné d'avocat pour justifier une trahison Avez-vous autre chose à dire ?

Harrison. Nonobstant l'opinion d'un si grand nombre de savans hommes , que les rois d'Angleterre ne sont aucunen^ent responsables envers le parlement, les lords et les communes

ayant déclaré au commencement de la guerre que c'était le

roi qui avait levé l'étendard , le Dieu des Dieux

Le procureur-général. Voulez -vous vous rendre si odieux que vous ne preniez aucun soin des paroles qui tombent de votre bouche ; celles-ci ne doivent pas être souffertes.

Th. Harrison. Je ne voudrais rien dire qui pût offenser qui que ce fût* mais je sais que Dieu ne fait acception de personne ; le roi ayant levé l'étendard contre le peuple

Le procureur- général. En vérité , M. Harrison , on ne peut souffrir cela ; un tel langage ne vous convient pas.

Th. Harrison. Avec votre permission, il me convient. J'aurais eu horreur de forcer le roi a rendre compte de sa conduite, si le sang des Anglais n'avait pas été versé.

L'avocat du roi. Je crois qu'il faut l'envoyer à Bedlam » avant de le conduire a la potence. On ne doit pas souffrir de pareilles choses. C'est un nouvel acte d'accusation contre le roi, pour justifier leur trahison.

Le solliciteur- général. Milords, je vous en prie, faites délibérer les jurés.

Sir Edward Turner. Milords , cet homme a la peste. Il est à craindre qu'il ne la communique a ceux qui l'environnent. Disons-lui ce qu'on avait coutume d'écrire sur une maison infectée, que Dieu ait pitié de vous ! et qu'on l'emmène.

Le lord premier juge. M. Harrison, nous sommes encore prêts a vous entendre j mais de telles faussetés ne peuvent être souffertes ; après le blasphème contre Dieu , il n'y a rieii de pire que ce que vous^vez dit. Vous avez abusé de la permission qui vous a été donnée de parler. Cherchez à atténuer vos crimes, mais que ce ne soit pas comme auparavant.

Th. Harrison. Je ne dois pas parler de façon à plaire aux hommes 5 mais si l'on me refuse la liberté que tout Anglais

\ Maison des fous située près de Londres.

PROCÈS DES RÉGICIDES. 3x5 Le procureur-général. Vous avez eu plus de liberté que ne doit en attendre un homme qui est dans votre situation, et j'aurais désiré que vous en eussiez fait un bon usage: renfermez-vous dans la cause, et dites alors ce que vous voudrez.

Th. Harrison. Milords, un des témoins a rapporté que j'étais de la commission qui a dressé l'acte d'accusation, et que j'avais dit : « Rendons- le bien noir. « La chose est de toute fausseté. J'aurais eu horreur de rien faire de pareil. Il y a eu un petit colloque entre le roi et moi. Le roi me dit qu'on lui avait rapporté que je devais me rendre à Tîle de Wight pour Tinsulier. Je lui répondis que la seule pensée d'une pareille chose m'eût fait horreur. On a prétendu que je m'étais conduit grossièrement envers lui , en l'amenant à Londres. Ce n'est point moi qui l'y ai amené. J'ai eu l'ordre du général de l'aller chercher à Hurt-Casile. Je ne me souviens pas de lui avoir fait aucun mauvais traitement.

Le procureur- général. Les jurés examineront la déposition du témoin et votre réponse. Si vous n'avez rien de plus a dire, nous n'aurons plus qu'a nous adresser aux jurés. La fin de votre discours n'a pour but que de corrompre le peuple. Th. Harrison. Cette supposition est peu charitable. Le lord chef Baron. M. Harrison , je vais m'adresser aux jurés, si vous ne dites rien déplus quant au fait.

Th. Harrison. Je répète, milords, que j'ai agi en vertu d'une autorité suprême. J'en appelle a votre conscience 5 celte cour ne peut me juger.

Le lord chef Baron. M. Harrison , vous en appelez à notre conscience. Nous la consulterons, et, par la grâce de Dieu , ce que nous ferons sera conforme a la justice. Nous consentons a en répondre devant le tribunal de Dieu.

Th. Harrison. Milords, j'ai été retenu six mois prisonnier au secret , et je n'ai pu consulter un avocat. J'ai ici quelques actes de ce parlement , de cette chambre des communes, que

3i6 BARREAU ANGLAIS,

vos seigneuries ne veulent pas reconnaître, et que je reconnais. .....

Le lord cliej Baron. Ils ne vous serviront de rien. Vous savez quelle est l'opinion de la cour sur celle autorité : tous ses membres sont unanimes sur ce point.

(( Messieurs les jurés, le prisonnier que vous voyez 'a la {( barre est accusé d'avoir imaginé et médité la mort de noire u souverain , le feu roi Charles 1°''. de bienheureuse mémoire* u L'acte d'accusation renferme diverses choses qui ne sont u rapportées que comme des preuves, ce ne sont que des « actes apparens. La première est que les coupables se sont ce concertés pour savoir comment ils parviendraient à mettre le « roi a mort , et cela seul suffirait pour démontrer que Taccusau lion est fondée ; car la seule pensée est réputée trahison par « la loi. Mais comme le crime de méditer la mort de son roi u est renfermé au fond du cœur où Dieu seul peut pénétrer, i< quelque trahison que ce soit , il faut des actes apparens « pour la prouver. Le premier de ces actes est celui par lequel u on s'est réuni, on a consulté et proposé de mettre le roi u a mort. Le second est plus patent encore , c'est celui par « lequel les coupables se sont constitués juges du roi. Le u troisième est la sentence qu'ils ont rendue contre lui. Un de « ces actes suffit pour prouver l'accusation. Si vous trouvez (c le prisonnier coupable /soit d'avoir délibéré sur le meurtre u du roi, soit de l'avoir proposé, soit d'avoir jugé sa majesté , u soit de l'avoir condamnée ( et il y a des preuves pour le « tout), vous devez prononcer dans le sens de l'accusation, u Vous avez entendu les dépositions des témoins et les aveux u du prisonnier. Des témoins ont, sous la foi du serment, « déclaré qu'il était au nombre des juges. L'un deux l'a vu « sicger quatre fois , un autre deux^ et quelques-uns plusieurs u fois. Des lémoins ont aussi déposé que c'était lui qui avait u été chargé de conduire le roi , et cela avant qu'il eût pu être

PROCÈS DES RÉGICIDES. Srj « ûiitorisé par ce qu'il appelle un pouvoir législatif. Il n'a pas « répondu sur ce point, qui forme un nouveau témoignage « contre lui. Si un homme se permet de foire le roi prisonnier, « on sait quel est Feffet d'un tel acte. Souvent on l'a consi- « déré comme une prenve d'une conspiration contre les jours fc du roi. On vous a affirmé que le prisonnier qui est h la {( barre a emprisonné le roi , et cela est démontré par sa « propre signature apposée a l'ordre de convocation pour cette « assemblée de traîtres, dite la haute cour de justice. Il l'a « mise enfin a l'ordre sanglant, donné pour l'exécution. Loin « de nier ces actes, il a prétendu les justifier. Les preuves « sont si claires que vous n'avez pas, je pense, besoin de « sortir. »

Les jurés vont h la barre. S'étant accordés sur-le-champ et h l'unanimité, le clerc leur dit :

Etes-vous d'accord sur votre vcj\^ictl Les jurés. Oui.

Le clerc. Qui portera la parole pour vous?

Les jurés. Notre président (c'était sir Thomas Allen-^

Le clerc. Thomas Harrison ^ lève la main. Messieurs les jurés, regardez le prisonnier. Que dites vous? Le prisonnier cst-il coupable ou non coupable de l'acte de trahison pour lequel il est accusé?

Xe président du jury. Coupable.

Alors le geôlier reçut ordre de veiller sur le prisonnier.

Le clerc. Quels biens avait-il au temps où il a commis le crime ou depuis ?

Xe président du jurj. Aucun a notre connaissance.

Le verdict étant répété aux jurés par le clerc de la couronne , ils y donnent tous leur adhésion.

Le sollicitmr- général. Milords, d'après le verdict qui

• Foreman^ cVsl le président Ju jury; celui qui porte la parole et recueille les voix.

3i8 BARREAU ANGLAIS,

vient d être prononcé contre le prisonnier qui est il la barre, je vous supplie humblement de faire procéder au jugement. Votre session sera longue , et vous aurez beaucoup d'occupations. Le prisonnier a tenu une telle conduite qu'il ne mérite pas un répit d'un aussi grand nombre de jours que celui que vous consacrerez à celte session.

Le procureur-général. M. Harrison , qu'avez vous a dire pour qu'il ne soit point porté de jugement contre vous ?

Le clerc. Thomas Harrison ^ lève la main. Qu'as-tu à dire pour que la sentence de mort , conformément à la loi, ne soit pas portée contre toi ?

Th. Harrison. Rien, puisque la cour n'a pas jugé convenable d'écouter ce que je voulais dire; je me soumets au jugement.

Le crieur enjoint de faire silence, pendant qu'on prononcera le jugement.

Le lord premier juge. Vous, prisonnier, qui êtes a la barre, la sentence de mort va être portée contre vous. Voici cette sentence : la cour juge et ordonne que vous soyez reconduit au lieu d^oii vous venez (à la prison ), pour de là être traîné sur une claie , à la place de V exécution^ y être pendu par le col, et étant encore en vie auoir les parties naturelles coupées, les entrailles arrachées du corps (lesquelles , vous vivant , seront brûlées sous vos yeux) , auoir la tête coupée et le corps mis en quartiers , pour en être disposé selon le hon plaisir du roi : Que Dieu ait pitié de votre âme !

La cour fut ensuite ajournée au même lieu, pour le lendemain a sept heures du matin. Les jurés et les témoins eurent ordre de s'y trouver, le même jour et a la même heures, sous peine de cent livres d'amende chacun.

Harrison, dont la fermeté ne se démentit pas un instant, dit, lorsqu'on lui eut prononcé sa sentence : u Dieu ne conic damne pas toujours ce que les hommes ont condamné. »

Au sortir du iribunal, il fut iusulté par le peuple, et il s'écria : « Dieu sera ma récompense! Je n'ai pas à rougir de « la cause que j'ai embrassée. » Quelques amis lui demandèrent comment il allait, il leur répondit : « Très-bien; je « ne me porterais pas mieux qnand tous les vœux de mon « cœur seraient remplis. Il faut que nous sachions recevoir « les rigueurs comme les faveurs , de la main de notre père, n Arrivé à Newgale, on lui mit les fers aux pieds, et il dit : « ils sont les bien venus , ils sont les bien venus ! Ce n'est rien « auprès de ce que Jésus-Christ a souffert. C'est une preuve « de son grand amour pour moi. Mon Dieu me suffit dans « tous les temps. »

Quelques instans après qu'il fut mis au lieu destiné pour les criminels, trois ministres furent envoyés par le shérif pour lui faire avouer qu'il était coupable de la mort du roi, de celle de M. Love, de la rupture de l'ancien parlement, ainsi que de négligence à gouverner sa famille et a observer les dimanches. Ils devaient aussi tenter de le persuader de la justice de sa condamnation.il répondit, quant au premier point, comme il l'avait fait devant la cour. Quant a la mort de M. Love, il dit qu'il n'y avait aucune part, vu qu'il était en Ecosse lorsqu'il avait été condamné. Quant a la rupture du parlement, c'était le fait du général Cromvs^ell. « Le matin du jour, où se fit celte opération, » dit-il, « il m'appela « pour l'accompagner a la chambre; et, après qu'il y eut « porté le trouble , j'allai a l'orateur et lui dis : Puisque les « choses en sont venues à ce point , il ne convient pas que <( vous restiez ici plus long-lemps. Il me répondit qu'il ne « sortirait que par la force. Je répliquai : « Je vous donnerai la main. « Il mit la sienne dans la mienne, et nous sortîmes ^ de la sorte, sans que j'eusse employé la force.

« Je fus dans la suite enchanté de cette rupture; car je « reconnus que les membres de la chambre voulaient se per-

320 BAPxRKAU ANGLAIS.

(c petuer sans rien faire de ce que désirait et attendait le (( peuple du Seigneur. Le ciel m'est témoin que je n*ai eu (c aucun motif personnel dans cette affaire. Lorsque Cromwell « et ceux de sou parti se mirent a la place de ceux qui avaient u été exclus,, j'en eus horreur et fus emprisonné parce que je (( ne voulus pas me joindre a eux. Quant à ce qui concerne « mes devoirs comme clief de famille et l'observation des « dimanches, voici mon domestique, qui demeure avec moi « depuis environ huit ans, iaterrogez-ie. » Quant au cinquième point, Harrison dit « que l'esprit du Seigneur conte courait avec son propre esprit pour lui persuader que tous ses <c péchés étaient effacés par Jésus-Christ, qu'il était en paix u avec Dieu, et qu'il était assuré que ses iniquités ne lui avaient ce pas attiré cé qui était venu fondre sur lui. «

Le matin, samedi i3 octobre 1660, jour de Inexécution , le shérif vint dire à Harrison que, dans une demi-heure, il fallait marcher au supplice. Il répondit qu'il était prêt ; cependant on lui laissa plus de temps. Il dit k ses amis « que ce jour « il allaitacccomplirunegrandeœuvrej mais qu'il se rassurait « en songeant qu'il allait souffrir pour Jehovah, le Dieu des « armées. » Il se sépara de sa femme et de ses amis d'un air aussi serein que lorsqu'il partait pour quelque voyage, ou pour faire quelque service en vue de Dieu. Il dit a sa femme qu'il ne lui laissait que sa bible ; mais qu'il était persuadé que le Seigneur réparerait toutes ses pertes en temps et lieu , qu'il désirait que ceux qui avaient eu de l'attachement pour lui le lui témoignassent encore en le reportant sur sa chère moitié.

Lorsque le geôlier fut venu lui dire de la part du shérif qu'il était temps de partir , il se leva , puis descendit les degrés d'un air riant. Ayant paru plutôt qu'on ne l'attendait, une porte par laquelle il devait passer n'était pas encore ouverte, et il demeura dans une salle jusqu'à ce qu'on eût trouvé les

PROCÈS DES RÉGICIDES. 32i clefs. La une ferame le prit par la main , et il lui dit : « Béni « soit le seigneur Dieu des armées qui vous a élu , et qui vous « a donné la force de porter témoignage de lui ! que le Dieu de (c toute grâce et de toute paix soit avec vous, et qu'il y reste « jusqu'à la mort, afin que vous puissiez acquérir une cou- « ronne immortelle ! » Les officiers repoussèrent cette femme. « Ne la maltraitez pas, leur dit Harrison, elle parle le lan- « gage de, l'Ecriture. « Arrivé au lieu où étaient les prisonniers ordinaires, il leur fit une exhortation et leur donna quelque argent. On le conduisit ensuite sur la plale-forrae de Newgate , d'où il put voir la plus grande partie de la ville , et il dit : « La terre et tout ce qu'elle renferme appartient (( au Seigneur; rien ne peut se dérober a ses regards.» Lorsqu'il eut descendu les degrés, on vint pour le lier par-dessous les bras. 11 prit la corde en disant : « Mes amis , rendez témoiu gnage de ce que Dieu m'a donné la force de recevoir ceci « avec reconnaissance : » et il aida le sergent a faire cet office. Un ami éploré s'étant approché pour prendre congé de lui, ({ Ne me détournez pas , lui dit- il , je vais me mettre à l'œuvre « pour mon maître. « Il tint ensuite plusieurs autres discours de ce genre. Parvenu près du traîneau, il lui dit : a Comte ment dois-je me placer , car je ne le sais pas ? » Et il ajouta : « Toutes les voies du Seigneur sont bonnes. » Tout le long du chemin il tint les yeux et les mains élevés vers le ciel. Il s'écriait : « Je vais mourir pour la cause la plus glorieuse qui « soit au monde! » Quelqu'un lui dit par dérision : u Eh « bien! où en est la bonne vieille cause? « — Il porta la main sur son cœur et répondit : a Elle est ici, et je vais la « sceller de tout mon sang. » Arrivé devant la potence, il témoigna la joie la plus vive. Son domestique lui demanda comment il se trouvait, et il répondit que jamais il ne s'était mieux trouvé, u Voila une couronne de gloire préparée pour

« vous, reprit le domestique. Oh oui î répliqua-l-il , je la « vois. )> Lorsqu'on lui fit quitter le traîneau, Texécuteur le pria de lui pardonner. « Je te pardonne de tout mon cœur et u te souhaite toutes sortes de prospérités. » Quelques inslans après il ajouta : « Tu agis par ignorance, le Seigneur ne t'en « fera pas un crime; » et il lui donna tout Targent qui lui restait. Ensuite il serra son domestique entre ses bras et s'en sépara; puis il monta réchelle avec la plus grande fermeté. La il prononça le discours suivant ;

(( Messieurs,

« Je ne m'attendais pas à vous parler; mais, puisqu'on « vient de commander de faire silence , je vous dirai quelle que chose de l'ouvrage que Dieu a entrepris de nos jours.

« Plusieurs d'entre vous ont dû remarquer que , dans ces « dernières années , le doigt du Seigneur s'est fait sentir parmi « nous en tirant son peuple des mains de ses oppresseurs , et (( en amenant aux pieds de la justice ceux qui étaient coupables « d'avoir fait répandre le sang précieux des plus chers serviteurs ce de Dieu. La chose a été démontrée par des témoignages sans (c nombre; et plusieurs de nos ennemis, qui n'étaient point « des hommes de peu d'importance , ont été forcés de recon- « naître que le Seigneur était avec nous; je n'ai donc rien a « vous dire sur la justice de cette cause. Je bénis Dieu de « toute mon âme de m'avoir jugé digne de servir d'instru- « ment dans une si glorieuse entreprise; et, quoique je sois « accusé de meurtre, je puis vous assurer que ma conscience « a toujours été pure. Je n'ai jamais agi méchamment envers « qui que ce fût, et je n'ai combattu que ceux que j'ai jugés « ennemis de Dieu et de son peuple. J'atteste le Seigneur que « j'ai agi dans toute la sincérité de mon cœur. Je le remercie

PROCÈS DES RÉGICIDES. SiS ©: de ce que je ne suis coupable d'aucun crime, et Tesprit de M Dieu témoignera, j'espère, que mes actions méritent que « Jésus-Christ intercède pour moi. Quoique j'aie été loin « d'être exempt de défauts , de faiblesses et d'imperfections, en « remplissant mes devoirs les plus sacrés , j'ai l'assurance et « la consolation d'être en paix avec Dieu , et que tous mes u péchés sont effacés parle sang de mon adorable sauveur. Je « déclare, comme étant en présence du Seigneur, que je ne « voudrais pas, pour dix mille mondes, répandre le sang du « dernier des hommes, et encore moins m'être rendu cou- « pable d'avoir commis le crime qui m'est reproché. J'ai prié « le Seigneur, avec des larmes, de me faire connaître sa vo- « lonté. Je crois qu'il me l'a manifestée, et en conséquence i( je ra'abanclonne à lui. Quelques-uns de ceux qui ont gran- « dement participé a cette œuvre ont changé de conduite et se « sont élevés sur le pinacle , ce qui a nui a la cause de Dieu « et k leur propre honneur. Le Seigneur sait que, bien qu'ils M m'eussent offert tout ce que je voudrais pour me joindre a « eux, j'aurais souffert un plus grand supplice que celui-ci, « plutôt que de me rendre coupable d'une telle iniquité. Mon « unique objet dans toutes mes actions a été la gloire de Dieu, « le bonheur de son peuple, et la prospérité de toute la répu- , « blique. ))

Comme Harrison s'aperçut alors que le peuple le voyait trembler de tous ses membres, il dit :

« Quelques ricanemens que j'entends me font juger qu'on ce se persuade, à cause du tremblement que j'éprouve aux « genoux et îiux mains, que je crains la mort; mais il n'en « est rien. Ce sont les blessures que j'ai reçues et le sang que « j'ai perdu à la guerre , qui mè causent cet affaiblissement (î de nerfs. Je l'ai depuis douze ans. Gloire en soit h Dieu ! M il m'a élevé au-dessus de la crainte de la mort. JeVestime

(( point cette vie ; car je vais me réunir à mon père, et je suis

« assuré d'en trouver une meilleure près de lui.

(c Messieurs, n'oubliez pas, poursuivit-il, que c'est pour « avoir agi dans cette cause, que Dieu a soutenue parderaer- « veilleuses victoires, que j'ai été amené ici afin d'y souffrir « la mort. Si j'avais dix mille vies, je les sacrifierais avec joie « pour un pareil sujet.

« Eh î qui suis-je, pauvre ver déterre, pour que j'aie été « jugé digne de mourir pour l'amour de mon Seigneur et saute veur Jésus-Chrit ? J'ai plusieurs fois exposé ma vie en son « honneur; mais je ne l'ai jamais fait avec autant de joie qu'au- (c jourd'hui. Ce n'est point la force qui m'arrache la vie, c'est « volontairement que je la perds. Si j'avais voulu prendre la « fuite, j'en aurais trouvé plus d'une fois l'occasion. Mais, « ayant servi un Dieu si glorieux et si grand, je n'ai pas « voulu me détourner un instant du droit chemin. Cepen- « dant on ne craint pas d'injurier cette cause 5 mais je crois « qu'avant qu'il se soit écoulé beaucoup de temps , le Seigneur « fera connaître qu'il y a plus mis la main que les hommes ne « le supposent généralement. Tous les Dieux des nations ne « sont que des idoles; ils ont des jeux ^ et ils ne vojent t( point; ils ont une bouche , et ils ne parlent point , et ils ne peuvent sauver ceux qui mettent en eux leur confiance, « Mais mon Dieu est le roi des rois , le seigneur des sei- « gneurs , devant qui vous tous qui êtes ici présens , et « toutes les nations^ 11 êtes que comme une goutte d'eau dans « la mer. Il ne délaissera jamais ceux qui se confieront en (( lui. Je vais le rejoindre dans toute sa gloire , et je nias- (( siérai à la droite du Christ , pour juger peut-être ceux « qui m'ont jugé injustement. Saint Mathieu,)

Ici le shérif interrompit le patient pour lui annoncer qu'il n'avait plus que quelques insîans à vivre- mais que, s'il voulait

dire encore quelque chose au peuple^ il le pouvait. En conséqucnceïifi rrison continua ainsi :

« Je désire de toute mon âme que chacun ait la crainte « du Seigne.ur devant les yeux, et songe toujours à sa der- « nière heure. Quant a tous ceux qui m'ont offensé , je leur « pardonne de tout cœur, même aux plus méchans. Dieu dé- « cidera si c'est sa cause ou la mienne qu'ils ont combattue, u Quant à la sienne, je suis prêt a la soutenir par ma mort, « selon son bon plaisir.

« On m'a tellement fatigué ce matin à monter et h descendre « des escaliers, je ne sais à quelle fin , que mes forces sont « épuisées, et que vous ne devez pas attendre que je vous dise « encore beaucoup de choses.

'(( Combien est grand l'amour du Seigneur pour une aussi « misérable créature que moi! Qui suis-je pour que Jésus- « Christ ait répandu tout son sang, afin de me rendre heureux « durant toute l'éternité, afin que je devienne fds de Dieu, et ic que je puisse hériter du ciel? Lorsque le Christ a enduré « pour moi de si grandes souffrances et essuyé de si rudes « affronts, comment ne voudrais-je pas donner ma vie et « souffrir ces injures pour celui qui m'a tant aimé? Béni soit « le nom de Dieu, de ce que j'ai une vie a perdre pour une « cause si honorable et si glorieuse ! )) Harrison se mit alors à prier en versant des larmes. Lorsqu'il eut fini , le bourreau lui rabattit son bonnet sur le visage * ; mais il le releva en disant : « J'ai quelque chose de plus à déclarer au peuple du « Seigneur, qui désire de le servir avec un cœur droit. Que « tout ceci , poursuivit-il, ne vous fasse pas mal interpréter « les voies de Dieu. Je suis dans l'affliction depuis sept ans, u et j'ai éprouvé que les voies du Seigneur sont sûres , que sa u parole est un bouclier pour ceux qui se coufsent eu lui, et

» C'est là un usage anglais.

« qui font connaître la puissance de son bras a toutes les na- M lions. Quelques souffrances qu'il nous envoie , il a notre boute heur en vue, et il l'assurera pour sa propre gloire. Ainsi « réjouissez-vous dans le Seigneur notre Dieu , et ne craignez « point de souffrir 3 car Dieu sait rendre doux ce qui est (c amer pour ceux qui mettent leur confiance en lui. Perte sistez a confesser Jésus-Christ , et vous recevrez votre récom- « pense. Ne soyez pas découragés par le nuage qui se répand (t à présent sur vous; car le soleil luira de nouveau , et Dieu « donnera bientôt un témoignage éclatant de ce qu'il a fait.

ce Je remets a présent tous mes intérêts entre les mains de « Jésus-Christ, mon seigneur et mon sauveur, qui s'est fait « chair, qui a été crucifié pour moi, qui a lavé mes péchés « dans son sang , qui a ressuscité, et qui est assis h la droite de ce Dieu, où il intercède pour moi. Qui suis-je, misérable ver de « terre, pour que Dieu agisse de la sorte envers moi? Cesup- (c plice que je vais endurer me fera parvenir plus prorapteu ment a la gloire céleste , et hériter plus vite du royaume et « de la couronne qui me sont préparés. Ah ! j'ai servi un bon « maître, qui m'a toujours soutenu, qui m'a conduit à travers « mille difficultés, mille épreuves et mille tentations, qui est « toujours venu à mon aide dans les temps de confusion , qui « plus d'une fois m'a servi de bouclier en un jour de combat. « Par son secours , j'ai escaladé des remparts et percé des « bataillons, et il va rendre cette mort douce et facile pour u moi. Maintenant y 6 seigneur Jésus ^ je remets mon âme « entre tes mains ! »

La potence avait été dressée dans Charing-Cross , et Flarrison fut pendu , la face tournée vers la salle des banquets du palais de White-Hall , c esl-à-dire , vers le lieu où Charles avait été assassiné. Etant a demi mort, le patient fut jeté à terre par le bourreau , qui exécuta le reste de la sentence. La tête fut coupée , le corps mis en quartiers , et le tout fut placé

PROCÈS DES RÉGICIDES. 827 sur la claie qui avait amené le criminel. On exposa ensuite la tête au bout d'une pique au haut de l'extrémité sud-est de Westminster- Hall , en regardant du côté de Londres ; et les membres furent placés sur quelques-unes des portes de la cité.

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