OLD-BAILEY, LE 1 4 OCTOBRE
La cour étant assemblée , on fit la proclamation d'usage.
Le clerc de la cour. Amenez a la barre , Cook j Peters , Hacker et Axtell, Lorsqu'ils eurent comparu , le gardien eut ordre de remmener les trois derniers. On fit ensuite l'appel nominal des jurés , et ils prêtèrent serment.
Cook. Je ne connais aucun de ces messieurs; et, comme ma vie est entre leurs mains , je prie votre seigneurie de demander au sliérif s'il leur a entendu dire quelque chose qui annonce qu'ils soient prévenus contre moi. J'espère qu'ils ne le sont pas , et c'^est pour cela que je n'ai point fait de récusation.
Le lord premier juge. L'officier de la cour les a nommés selon l'ordre de la liste. \Je ne suppose pas qu'il les ait choisis; je ne l'aurais pas souffert. Je suis sûr qu'il ne vous aura fait aucun tort.
Cook. Cela me suffit, milord.
Le clerc fait la proclamation relative aux informations; puis il dit : John Cook, lève la main.
Cook. Milords, je désire du papier, des plumes et de l'encre.
Le lord premier juge. Donnez-lui en.
. Le clerc. John Cook, lève la main. Messieurs les jurés, regardez le prisonnier. Il lit ensuite l'acte d'accusation, qui est de même que pour les autres régicides.
PROCÈS DES RÉGICIDES. 829 Le soiiiciteur-général, après avoir rappelé que le prisonnier est accusé d'avoir imaginé et médilé la mort de son roi , dit : Milords, la part qu'il a prise a cet allenlat diffère de celle que les hommes qui ont déjà été mis en jugement devant vous y ont eue. Ils ont siégé comme juges pour condamner le roij et lui , il a été l'instrument dont on s'est servi pour provoquer la sentence. Il a osé souscrire et présenter a cette prétendue cour une accusation de haute trahison , un scandaleux libelle contre notre souverain, une accusation au, nom de tout le peuple d'Angleterre. Quand elle a été lue , il a fait de longs discours pour prouver ( si la chose avait été possible) que l'innocence même était trahison. Il n'a pas voulu permettre à Sa Majesté de parler pour sa propre défense ; il l'a maltraitée de paroles, et dit qu'elle ne cherchait qu'à gagner du temps; il a demandé que l'accusation fût considérée comme reconnue^ il a pressé la cour de prononcer le jugement, et il Fa fait contre sa propre conscience, après avoir dit que le roi était un sage et gracieux monarque. Mais il faut qu'il meure, a-t-il poursuivi , et que la monarchie périsse avec lui. Voilà ce qui a dirigé le coup fatal qui a été porté au roi. Voila le rôle que ce prisonnier a joué. Nous le prouverons devant vous, pour qu'il reçoive le prix de son iniquité.
(On entend les témoins qui déposent des faits qui sont à leur connaissance.)
La cour. M. Cook, les dépositions sont terminées; présentez les justifications qui vous paraîtront convenables.
CooA. Milords, j'ai été trois mois prisonnier, je désire témoigner publiquement au roi ma reconnaissance pour la faveur qu'il m'a accordée en ne me faisant pas jeter dans une fosse comme Jérémie , mais en me renfermant dans la Tour sans me charger de fers; j'en remercie sincèrement vos seigneuries. En vérité, lorsque je considère la nature de Taccusation qui
33o BARREAU ANGLAIS,
pèse sur ma tête, je ne puis m'empêcher de penser qu'en tout autre royaume j'aurais été traité comme St. Jean-Baptiste en prison. Je vous rends grâce de ce que je comparais devant les juges de la loi , qu'un serment solennel oblige de rendre une justice égale entre le roi notre sire et chaque prisonnier. Je remercie pareillement ces nobles lords, lesquels, bien que, liés, non par leurs sermens, mais par leur honneur, aimeront mieux cependant me protéger que me détruire s'ils connaissent quelque loi qui puisse me sauver la vie.
Milords, je dirai donc comme St. Paul, on m'accuse d'un crime contre la loi et contre César; or j'espère n'avoir offensé ni l'un ni l'autre, c'est pour cela que j'ai plaidé non coupable. Mes savans adversaires ont produit divers témoins contre moi, il me semble que la question doit se circonscrire en de fort étroites limites. La substance de l'accusation ( si ma mémoire ne me trompe ) se compose de trois chefs principaux, tout le reste n'étant qu'un objet de pure forme : Ces chefs sont ceux-ci , d'abord que j'ai , de complicité avec d'autres, médité, tramé et comploté la mort du roi; en second lieu qu'afin d'exécuter ce complot , j'ai , de complicité avec d'autres, usurpé un pouvoir illégitime pour tuer le roij en troisième lieu, qu'une personne inconnue a tranché la tête du roi, et que j'ai aidé, assisté et donné ordre à celte personne, toutes choses qui sont contraires au statut. J'ai plusieurs défenses a proposer dans cette affaire^ et, si je ne réponds pas à tout ce qui m'a été objecté, j'espère que vous me permettrez de vous proposer ensuite ce que j'aurais oublié.
D'abord, si je démontre a vos seigneuries que jamais je n'ai médité, tramé ou comploté la mort du roi, j'espère que je ne pourrai point être déclaré coupable, aux termes du statut d'Edouard m. M. Nutley vous a en grande partie exposé la vérité toute nue. Je fus désigné, le lo juillet i648,
PROCÈS DES RÉGICIDES. 33i pour donner mon avis sur une accusation lorsque déjà une proclamation avait eu lieu pour le jugement. Le même jour , M. Steel , le docteur Dorislaus et M. Ask furent nommés avec moi et reçurent ordre de dre^r Tacte d'accusation. J'ai ici Tordre attesté par M. Jessop : permettez qu'il soit lu. La cour. On admet le fait.
CooJt. Alors il me semble qu'on ne peut m'accuser d'avoir fait malicieusement, ou de mon propre mouvement, ce que j'avais reçu l'ordre exprès de faire , n'agissant que dans l'étendue de mes attributions, en ma qualité d'homme de loi, et non autrement.
Voici quel est mon second moyen de défense : Aux termes de la loi , desimpies paroles ne peuvent constituer une trahison. Nous disons habituellement que des paroles peuvent faire un hérétique, jamais un traître. Quelques statuts avaient fait résulter la trahison de simples paroles , ils ont tous été rapportés par le premier statut de la première année de Marie, lequel ordonne qu'à l'avenir on ne regardera comme trahison que ce qui est exprimé dans le statut d'Edouard m. On objecte que mes paroles ont été consignées par écrit, et je conçois que ce soit la plus forte objection contre moi : A cela je réponds: i". Y a-t-il une preuve claire, certaine, incontestable, que ce soit ma signature qui est apposée aux charges ; je vous le laisse à juger. Deux témoins ont affirmé qu'ils croyaient que cette signature ressemblait à la mienne ; vous apprécierez ce que vaut cette assertion.
*En outre, il me semble qu'écrire des paroles qui par leur nature constituent une trahison , si on ne les écrit que sous la dictée d'un autre, ce n'est pas se rendre coupable de trahison j ces paroles alors ne dévoilent pas le fond du cœur de celui qui les écrit! Ces mots, tramer la mort du roi, compris au statut de la vingt-cinquième année du règne d'Edouard III, indiquent une pensée secrète de l'âme qui doit
cire manlfesiée par im acte apparent; or, ces paroles m'étaient dictées; on m'avait prescrit ce que je devais direj je n'ai rien exprimé de mon chef, ces paroles ne peuvent donc point révéler en moi une^intention coupable.
Un autre moyen de défense que je demande la permission de proposer est celui-ci : Requérir purement et simplement qu'il soit fait selon la justice, quoiqu'une injustice ait été commise sur cette réquisition , ne peut constituer une trahison aux termes du statut. J'espère que rien de ce qui a été dit par moi ne pourra constituer une trahison ; car mes paroles , entendues dans leur sens naturel et grammatical , doivent être interprétées en ce sens : que (comme la chambre tenait alors Sa Majesté en sa puissance) je la priais de faire justice; or, n'était-ce pas la lui donner bonum et fidèle consilium. 11 sera démontré que plusieurs personnes ayant désiré qu'on produisît de volumineuses charges, je m'y opposai. Je ne proférai pas une seule parole de mon chef,, je me bornai h celles comprises dans l'acte pour le jugement; si vos seigneuries ne veulent pas le considérer comme un acte, elles le considéreront du moins comme un ordre, et dès-lors il suffira, pour me justifier de toute trahison, puisque je m'en suis tenu à ses termes; et même, comme il y était dit que les juges procéderaient suivant les mérites de la cause, je m'y opposai, par le motif que je ne comprenais pas ces expressions ; et j'exigeai qu'il fût procédé selon la justice, c'est-à-dire , selon la loi, parce que la loi est la règle de la justice. J'espère donc, milords, que, lorsque des expressions peuvent entraîner un double sens , l'interprétation la plus favorable sera adoptée par vous, surtout lorsque cette interprétation est celle indiquée par Ja loi; que, si j'ai requis qu'il fût fait selon la justice, sans doute on n'induira pas de la que j'ai requis qu'une injustice fût commise.
Il est un autre moyen que je veux vous présenter : Dans toute procédure criminelle on ne rencontre jamais que quatre acteurs : les accusateurs ou les témoins, le jury, les juges et Texécuteur. Si je ne suis aucun de ces personnages, je ne saurais être déclaré coupable de trahison 5 or j'espère pouvoir dire en toute sûreté, conformément à la loi , que mes mains n'ont pas trempé dans le meurtre du roi.
La cour et les avocats de la puissance publique doivent , il est vrai , tendre au même but, les avocats en requérant que justice soit faite, la cour en l'appliquant. Si donc , lorsqu'on requiert que justice soit faite, une injustice est commise, Tavocat en est-il coupable ?
Nous lisons dans le dix-neuvième chapitre de saint Jean concernant Pilate. « Sais-tu (disait-il au Christ) que j'ai le pouvoir de te crucifier et le pouvoir de te relâcher. Milords , voici la réponse que j'oppse humblement a cette partie de l'accusation, qui m'impute d'avoir usurpé le pouvoir : non, je n'ai point usurpé de pouvoir; car on ne dira pas qu'un avocat soit revêtu d'aucune puissance. L'éloquence appartient aux avocats, aux juges le droit de juger et aux témoins d'attester la vérité. On voit dans le chapitre vingt-cinquième des Actes des apôtres, que ïeriullien , cet éloquent orateur, accusait Paul • Paul se défendit, et les Actes ajoutent que Festus voulant flatter les Juifs , laissa Paul dans les fers. Vous voyez que ce ne fut pas l'accusateur, mais bien le juge qui le laissa dans les fers. Sa Majesté ne fut jamais mon prisonnier, et je ne portai jamais la main sur elle : quelques personnes ont parlé de mes irrévérences a son égard, je prends Dieu a témoin que jamais je ne me suis conduit d'une manière inconvenante envers Sa Majesté.
Lord Coke pose un cas mentionné dans ses Institutes : Une personne s'est sciemment parjurée, dans le dessein de tromper une cour ; quoique la cour commette une injustice sur ce faux
334 BAPJIEAU ANGLAIS,
serment, il n'y a pas injustice de la part du témoin, il y a parjure. S'il ne peut y avoir injustice de la part d'un témoin, à plus forte raison de la part d'un conseil qui n'est revêtu d'aucune puissance. Si plaider contre Sa Majesté est une trahison , on doit nécessairement regarder aussi comme félonie de plaider contre tout sujet injustement condamné pour félonie. Un défenseur fait valoir du mieux qu'il peut la cause de son client, puis il l'abandonne au jugement de la cour. Des avocats peuvent accepter une affaire avant d'être bien éclairés sur le fait, car dans leur serment on leur fait jurer d'abandonner leur cause dès le moment qu'ils la découvriront mal fondée. Or, milords, il est constant, par ce qu'a dit M. Nutley, et plusieurs témoins l'attesteront également, qu'avant la sentence du roi , il n'avait pas été prononcé un seul mot (du moins a ma connaissance) qui pût faire soupçonser l'intention de le mettre a mort. Je dis a ma connaissance j car, lorsqu'on demande un jugement, il y a deux chances, l'une d'acquittement, l'autre de condamnation. Si ceux qui se trouvaient alors revêtus du pouvoir judiciaire ne connaissaient aucune loi pour perdre Sa Majesté; en demandant leur jugement, ce n'est pas mon opinion que j'ai proclamée. Je m'en réfère h mon savant adversaire; les défenseurs aux assises ou dans d'autres cours ne voient-ils pas souvent avec peine l'issue du procès être favorable a leur client , lorsqu'ils savent que le bon droit est de Fautre part? tel a pu être mon sentiment en cette circonstance.
Voici une autre considération que je soumets humblement a la cour. Si l'on examine la position dans laquelle se trouvait Sa Majesté, aidera dresser les charges de son jugement, était plutôt un service rendu qu'un acte d'hostilité \ dès-lors ce fait ne peut constituer une trahison. Il est bien vrai que le moindre acte apparent suffit pour constituer une trahison , et si l'on se fût trouvé en temps de paix, si Sa Majesté n'eût
PROCÈS DES RÉGICIDES. 335 point été prisonnière (et elle se trouvait alors au pouvoir de Tarmée), ce fait eût constitué une horrible trahison; mais, captif comme était alors le roi ( non par mon fait, puisque je ne faisais point partie du jugement), que peut désirer de plus un homme qui se sait innocent, qu'un prompt jugement : ainsi hâter ce jugement n'a point été de ma part me conduire en traître. Un jugement doit suivre l'accusation aussi nécessairement que Tombre suit le corps. Qu'un homme s'emploie pour faire hâter ce jugement qui doit conduire à l'acquittement plutôt qu'a la condamnation , qu'il demande qu'il soit l^it selon la justice, ce n'est pas là, j'espère, se rendre coupable de trahison.
Je suis fort obh'gé a Sa Majesté et a son honorable parlement, pour avoir publié l'acte d'amnistie, dont j'espère, milords, qu'il me sera permis de prendre connaissance
La cour. Autant qu'il vous plaira. '
Cooh, Milords, les expressions dont je veux me prévaloir sont celles du commencement : la trahison , les meurtres et autres félonies dont il y est parlé sont celles qui ont été conseillées, commandées ou exécutées. Dans le préambule, qui est comme la clef pour pénétrer l'intention du législateur, il est dit que : Plein pardon est accordé k toutes personnes, fors celles qui seront spécialement désignées , et en telle manière qu'elles seront désignées. Puis ce traité ajoute: Néanmoins le pardon ne s'étendra pas a telles et telles personnes. Et m.on nom est compris dans ce nombre. On lit ensuite ces mots : Toutes lesquelles personnes, pour l'exécrable trahison dont elles se sont rendues coupables en prononçant la mort de notre dernier souverain Charles i^^ de glorieuse mémoire, signant son arrêt de condamnation, ou servant d'instrument pour porter atteinte a sa précieuse vie, seront poursuivies comme traîtres envers le feu roi , conformément aux lois d'Angleterre, étant entièrement exceptées de cet acte.
336 llyVRREAU ANGLAIS.
Or il n'est rien qui me soit applicable dans ces deux premiers mots, prononcer et signer l'arrêt. Ce dont j'ai a me disculper, c'est d'avoir servi d'instrument pour porter atteinte a la vie du roi.
Il est une première considération que je soumets humblemeht a l'examen du jury : la seulement où le parlement a indiqué le commencement de la trahison , la seulement aussi le fixera celte honorable cour. Sî son intention eût été que ceux qui ont donné avis , proclamé leur opinion ( et vous savez que chacun alors s'en mêlait), fussent punis, n'aurait-on pas énoncé expressément que toutes personnes qui auraient donné conseil, avis, ou servi d'instrument, seraient considérées comme traîtres: je pense que vous prendrez ce raisonnement en quelque considération. Quant a ces mots , ou qui ont servi d'instrument j remarquez qu'on n'a point dit, ou qui ont servi d'instrument ^ de quelque manière que ce soit, mais Lien qui ont prononcé, signé ou servi d'instrument. Si donc le mot instrument n'a pas ici une acception générale, dès-lors toutes les preuves produites contre moi étant relatives a des faits antérieurs k la sentence prononcée ou signée^ tombent d'elles-mêmes.
Or, que tel soit le sens véritable et légal de ce motj qu'il n'ait qu'une acception particulière relative à ceux qui ont prononcé, signé ou exécuté l'arrêt, de telle sorte qu'aucune des preuves produites ne puisse m'atteindre, voici comment je le prouve. Il faut interpréter un acte du parlement de manière a ce qu'aucune de ses expressions ne soit inutile ou insignifiante j mais si on interprèle celui-ci comme s'il était conçu en ces termes : prononcer l'arrêt, le signer ou servir de quelque manière que ce soit d'instrument , alors ces deux mots, prononcer l'arrêt, le signer, seraient inutiles; si servir d'instrument comprend dans son acception prononcerV arrêt et le signer j ces deux derniers mots n'ajoutent aucune force
PROCÈS DES RÉGICIDES, 33; a cette première expression, surtout, milords, quand il n'est pas besoin de se reporter a un temps antérieur; car je ne sais pas alors à quel point on s'arrêterait. Il est donc inutile de donner une acception générale a ce mot instrument ; son sens naturel est celui-ci, que ceux qui ont prononcé ou signé la sentence, et ceux qui ont servi d'instrument pour porter atteinte à la vie du roi, c'est-k-dire , qui ont aidé, assisté la personne inconnue qui le mit a mort, ce qui est un fait postérieur a l'arrêt , et non antérieur dans le sens légal.
Maintenant il me semble qu'un légiste ne peut être accusé d'avoir fait quelque chose vi et armis. On m'accuse d'avoir aidé ce meurtre par la force des armes ; c'est une figure de rhétorique de dire que des paroles sont un glaive 3 mais ce n'est pas le langage de la loi; il faut qu'il y ait un fait exécuté viet armis. Servir d'instrument pour porter atteinte à la vie du roi , ne signifie pas , dans son acception grammaticale, être employé comme instrument afin de parvenir a porter atteinte a la vie du roi, ou servir d'instrument pour le conseiller; mais bien servir directement d'instrument pour porter atteinte a la vie du roi.
Milords, un autre argument que je veux faire valoir est celui-ci : On ne peut m'appliquer aucune des expressions de l'accusation. D'alord je n'ai point agi falso , car pour cela il faudrait qu'il y eût eu mensonge de ma part , et je n'ai fait que ce que j'étais requis de faire, je n'ai prononcé que les paroles que l'on m'a prescrites, sans en inventer aucune. Je n'avais encore entendu parler de rien au 10 du mois de janvier. Quant a l'expression malitiosè , j'affirme n'avoir rien fait avec malice; ce qui le prouve, c'est qu'alors je parlais pour gagner mes honoraires ; il a pu y avoir avarice de ma part, mais non malice; car la loi ne reconnaît de malice que la où il li'y a pas de suffisans motifs d'agir. Or ici j'avais un motif suffisant de parler, c'était de gugner 3. 22
338 BARREAU AîSGLATS.
mes honoraires. J'espère que le jury prendra celte circonstance en considération.
En second lieu , je n'étais revêtu d'aucun caractère judiciaire en la cause; je n'étais pas magistrat , j'étais officier ministériel. Quant a l'imputation d'avoir examiné les témoins, c'est la une grande erreur : la cour avait le pouvoir de déférer le serment, je pouvais être présent, mais je n'avais pas pouvoir de déférer un serment. Si j'ai adressé quelques questions , je ne me le rappelle point j mais que j'aie fait prêter serment , c'est une fausseté.
Quant au moi proditoriè , j'espère qu'il n'a rien été allégué qui puisse le justifier aux yeux du jury, de telle sorte qu'il n'y avait ni malice ni intention coupable en mon fait.
Il est quelques questions de droit sur lesquelles je demande la permission de m'expliquer, en suppliant vos seigneuries de vouloir bien me servir de conseils à cet égard. D'abord je m'occuperai de la gracieuse déclaration de Sa Majesté, adressée deBreda au parlement: j'étais alors en Irlande. J'envoyai une pétition aux honorables commissaires avant qu'aucune exception eût été publiée ; demandant de jouir du bénéfice de cette déclaration: aujourd'hui je m'en empare; elle me fournit deux observations que je veux vous présenter. Sa Majesté proclame que, pour rétablir les pairs du roi et le peuple du royaume dans leurs justes droits et libertés, elle accordera un pardon générai a tous, sauf ceux que le parlement exceptera. Quoique je ne révoque point en doute la légalité de ce parlement j cependant, milords, je demanderai si le parlement appelé a déclarer ces exceptions ne devait pas être un parlement convoqué par l'ordre de Sa Majesté, conformément aux lois du royaume; c'est ce que je soumets à vos seigneuries.
Un autre moyen dont je ne crains pas de me prévaloir, car c'est un privilège des gens de ma condition , est ce-
PROCÈS DES RÉGICIDES. SSg lui-ci : Plusieurs lords, le comte d'Essex, le comte de Soutbarapioiî et autres furent condamnés sous le règne d'Elisabeth. Ils avaient conspiré de faire Sa Majesté prisonnière, et d^éloigner d'elle tous les membres de son conseil; ils furent déclarés coupables et punis en conséquence ; le motif en est que, si leur dessein eût été exécuté', ils auraient dépouillé Sa Majesté de sa puissance royale. Mais nous avons ini cas relatif à Philippe, qui ne fut roi que de nom, dans lequel il est déclaré qu'un attentat contre sa personne ne constituait pas une trahison. Milords, Sa Majesté étant prisonnière, lorsque j'ai donné mon avis pour la conduire à un jugement dont le résultat devait être sa mise en liberté, j'espère qu'on ne me regardera pas comme ayant servi d'instrument à sa mort.
Milords, j^ai encore deux mots a vous dire : l'un est adressé à l'honorable cour, l'autre au jury. Les termes du statut de la vingt-cinquième année du règne d'Edouard m, et l'explication qu'en ont toujours fournie les savans jugesappelés à l'appliquer, établissent que nulle trahison ne peut être suppléée par induction ou supposition. Il est dit dans cet acte : Si un mari tue sa femme, si une femme tue son mari , un maître son serviteur, un serviteur son maître, ces faits constitueront une trahison simple. Un enfant tue son père, quoique le crime soit plus abominable, cependant il ne doit pas être considéré comme trahison, car il n'est pas compris dans les termes du statut. Ceci est un cas extraordinaire : écrire une chose sous la dictée d'un autre ne dévoile pas une intention crimiaellô dans celui qui l'écrit. Un acte du parlement a donné à ces cours le nom de tyranniques et d'illégales; mais, milords^ une cour tyrannique et illégale est une çour de facto, quoique non de jure. Une cour qui n'est ni juste ni légale, est tout au moins nne cour. Nous disons d'un vg^ leur qu'il est un homme véritable, bien que moralement il n'en soit pas aiiisic C'était là une cour ^ elle était servie par des
3/,o BARREAU ANGLAIS,
officiers publics; quelques-uns prétendaient qu'elle avait autorité ; ainsi celui qui a agi dans la sphère de ses attributions , qui n'a fait que ce que les formes prescrites lui imposaient , ne sera pas, j'espère, censé compris dans les termes du statut. On m'a dit ( cela est-il vrai ? je l'ignore ) que dans le parlement il y a eu quelques votes pour que ceux qui n'ont fait que donner avis ne fussent pas considérés comme traîtres : on m'a dit que ceux qui ont seulement parlé comme avocats pour leurs honoraires ne devaient pas être poursuivis.
La cour. Dans la lettre qui fut envoyée par les communes au roi, a Breda , elles parlaient d'abord de la violation pratiquée contre le parlement, puis de Thorrible attentat exercé contre le feu roi; il y est dit que le parlement n'en était pas coupable, que la faute en était toute à quelques ambitieux et à quelques personnes égarées par eux.
Cook. L'autre point de droit est celui-ci. Je pense bien que l'ordre que je vais produire concernant ma conduite ne pourra pas, dans le sens légal, être regardé comme un acte du parlement; n<éanmoins il devra être considéré comme suffisant pour excuser ceux qui ont agi conformément a cet ordre , parce qu'il est émané d'une autorité de facto ; autrement il faudrait condamner tous les sujets pour avoir exercé leur profession tant que cette puissance s'est maintenue. Or, j'espère que les hommes de loi ont pu exercer leur profession tout comme d'autres; car, milords, quoique je puisse souffrir de me voir compris dans cette accusation, je ne voudrais pas y voir envelopper l'honorable profession de légiste tout entière; et je pense que je n'ai point excédé le cercle de mes attributions, en agissant comme homme de loi.
Maintenant, messieurs du jury, ce qu'il me reste à vous dire est relatif aux preuves nécessaires dans les accusations capitales-, elles doivent être si claires, que tous ceux qui les entendent puissent les comprendre; c'est pour cela qu'on leur
donne le nom évidence \ Voila par quel molif on n'accorde point de défenseurs aux prisonniers, lorsqu'il s'agit de la question défait ; car les preuves doivent être si claires, si évidentes, que cliacun en demeure satisfait , et le jury et l'auditaire : ea telle sorte qu'on puisse dire, à propreméht parler, que Paccusé a été convaincu, c*est-k-dire, qu'il a été lui-même réduit au silence.
Ainsi donc, je vous répèle, et j'espère que ce discours ne sera point pour vous une offense • je vous répèle les mêmes paroles qu'en une autre circonstance Jérémie adressait au peuple qui voulait le lapider : a Quant k moi, je suis entre vos mains , faites de mon corps ce qui vous semblera bon , mxiis rappelez-vous que, si vous me mettez à mort, le sang innocent retombera sur votre tête. » J'espère que vous ne voulez pas vous rendre coupables d'un si grand crime j je laisse a vos consciences de décider si mes mains ont trempé dans la mort du roi, lorsque je n'ai fait qu'écrire ce que d'autres m'ont dicté , lorsque je n'ai parlé que pour gagner mes honoraires.
Je ne craindrai pas même d'ajouter , bien que l'argument ne soit pas si directement reconnu , qu'ainsi que tout homme doit payer sa dette morale, de même il doit acquitter sa dette politique. Si le Seigneur permet que je m'enivre, et qu'en cet état je tue un homme, loin de parler pour ma défense, je supplierais plutôt le jd||| de me déclarer coupable. Or , j'estime que ce que j'ai fait doit être considéré comme Tacquittement d'une dette politique.
Quand je me trouvais en Irlande, j'avais l'occasion de m'échapper; j'eusse pu le faire si je me fusse cru coupable. Mon nom figurait dans la proclamation de Sa Majesté^ il est vrai; j'étais prisonnier trois ou quatre mois auparavant, de
ï Dans le langage de la jurisprudence anglaise , le corps de preuves 3« »©mmc évidence.
telle sorte que jo n'ai pu me rendre; mais a quelle fin celte / proclamation mentionnait-elle mon nom? Il y est dit que je me cachais; cela n'était pas. La justice humaine ne doit pas se montrer aussi sévère lorsqu'il s'agit seulement d'expier un crime, que lorsqu'il s'agit d'en prévenir d'autres. L'opinion du savant Aquinius, de Grotius, d'Aurelius et d'une foule d'auteurs est que, si un homme en lue un autre, il commet un crime digne de mort ; quel que soit son repentir, cependant le magistral doit le condamner, pour que son exemple arrête ceux qui ^ seraient tentés de l'imiter; mais, lorsqu'un semblable crime est impossible , alors le cas est différent. Bien que Ton vous dise que la patrie entière est corrompue , il n'est cependant nul danger de voir se renouveler la trahison que l'on m'impute; maintenant tout est paisible , de semblables circonstances ne peuvent plus se présenter. Je répète, milords, que ce que j'ai fait, je l'ai fait comme homme de loi, que je n'ai jamais agi avec mauvaise intention. M. Nuiley a atieslé m'avoir entendu dire que la cour n'avait nul dessein d'envoyer le roi SL la mort. Je n'ai demandé qu'une chose, c'est que l'on rendît justice; ce que la cour a décidé est son fait et non pas le mien ; maintenant je m'abandonne a vos seigneurie?. L'avocat' général. Milords, le prévenu présent a votre barre demande que l'on vous produise des preuves évidentes, des preuves, dit-il, plu|jfclaires que la lumière du jour; je pense que cela n'est pas nécessaire; car, si le prisonnier ne pouvait être convaincu qu'autant qu'on l'aurait réduit au silence, je crains bien qu'il ne fallût attendre encore longtemps. Néanmoins, puisqu'il désire (ainsi qu'il nous i'a dit) payer sa dette a la justice politique, je pense que nous pourrons aujourd'hui lui en donner le total. Ce qu'il a dit, il l'a dit comme homme de loi : voila ce qu'il a pu nous présenter de plus favorable pour sa cause; mais n'est-ce pas au contraire une circonstance aggravante de son crime, qu'un homme
PROCÈS DES RÉGICIDES. 343 qui counaîssait si bien les lois ait pu les transgresser à un tel point.
Il a ajouté, des paroles ne peuvent constituer wie trahison ; il se trompe. D'abord il n'est point accusé pour de simples paroles , il est accusé pour avoir tramé et imaginé la mort du roi, et la preuve de cette accusation résulte de sa présence a l'assemblée qui a condamné le roi, de la part qu'il a prise à sa délibération. En outre, milords, ce serait une grave erreur de penser que dans tous les cas ce soit une règle invariable que de simples paroles ne peuvent constituer une trahison. Si un homme découvre les pensées de son âme pour persuader a un autre son abominable dessein de tuer le roi , certes il ne peut pas exister d'acte apparent plus positif que ses paroles; car de V abondance du cœur la bouche parle.
Prétendre que demander justice n'est pas une trahison , quoiqu'une in justice ait été commise , est un mauvais commentaire d'une action plus mauvaise encore. L'objet en ques tion était une accusation de haute trahison contre le roi; l'acte d'accusation renfermait à la fois la réserve de produire dj nouvelles charges, si celles présentées n'étaient pas suffisantes; sur le tout le prévenu a requis que le roi, comme traître j fût mis en jugement. Décidez maintenant, messieurs^ d'après la nature de cette demande, si c'est là solliciter un arrêt d'acquittement, si celui qui insistait pour que ces charges * fussent tenues pour reconnues , pouvait avoir l'intention , lorsque la cour les aurait enregistrées, qu'elle prononçât un ariét d'acquittement.
Milords, dire qu'il y avait trois acteurs dans celte horrible tragédie, les témoins ou accusateurs, les juges, le jury et l'exécuteur, que le prévenu n'est aycun d'eux, et ne doit pas par conséquent être considéré comme traître, c'est décider la question par la question elle-même; car si le prévenu a fait partie de rassemblée qui a jugé le roi, s'il a été son
instrument, il a par là donné une suffisante preuve de son întentipn criminelle. Ainsi , ce misérable commentaire se réduit à ceci : Je n'étais point dans le rang de ces quatre espèces de coupables , c'est-à-dire , il y a eu des gens beaucoup plus coupables que moi j donc je ne suis nullement coupable.
Milords, le point sur lequel le prévenu a le plus insisté, est l'acte d'amnistie; il a reconnu que son nom est compris dans les exceptions mentionnées en cet acte- mais il espère néanmoins qu'il l'est de telle sorte que , par la faveur du parlement, Tamnisiie pourra lui être encore appliquée. lia beaucoup argumenté sur ce point , et il a parlé comme s'il en était lui-même convaincu ; mais certes on ne peut admettre l'interprétation par laquelle il voudrait se placer hors des termes de cet acte. Ces termes sont ainsi conçus : « Pourvu que la pré* sente amnistie ni rien de ce qui y est contenu ne s'étende à John Gook, etc.... toutes lesquelles personnes pour avoir condamné à mort notre dernier roi, Charles i^r, de glorieuse mémoire , avoir signé son arrêt , ou servi d'instrument à son exécution, doivent être poursuivies comme traîtres. » En premier lieu, milords, on peut répondre en général que le prisonnier présent à votre barre est nominativement excepté de l'acte d'amnistie, et que les lignes qui suivent renferment seulement les motifs des exceptions prononcées; or^ dès qu'il est compris nominativement dans ces exceptions, peu importe que les raisons qui les ont motivées lui soient ou non applicables : s'il parvenait a établir qu'il n'a point été l'instrument de la mort du roi, dans le sens qu'il a voulu donner àt ce mot, il en résulterait seulement que le parlement se serait trompé dans ses motifs et non dans ses conclusions; mais non-seulement il est directement compris dans les termes de l'exception, il l'est encore dans les motifs; car le mot iustruvient doit se prendre dans toute la latitude de son acception ,
PROCÈS DES RÉGICIDES. 34.5 et le prévenu a été, dans le sens littéral de ce mot, Tinstrunient de la mort du roi^ le roi n'aurait jamais été conduit k mort, s'il n'eût été traîné à la barre de ses juges; il n'eût point été condamné, s'il n'eût été préalablement accusé; son accusation n'eût point été tenue pour reconnue , si le prévenu ne l'eût présentée et soutenue; celui qui porta la bâche du supplice :ie fut pas plus que lui l'instrument de sa mort.
Il est inutile de pousser plus loin cet arijument.
Un autre point sur lequel il insiste est la déclaration donnée par Sa Majesté à Breda, de laquelle, dit-il, il s'empare; et voici comment il raisonne : le roi a écrit cette lettre au parlement actuellement assemblé, pour Finformer qu'il se proposait, afin de tranquilliser tous les esprits, de pardonner a toutes personnes , de quelques crimes qu'elles fussent coupables, soit contre lui-même, soit contre son royal père, fors celles qui seront exceptées par un acte du parlement. Ces mots, dit le prévenu, signifient pardonner tous les crimes, sauf ceux exceptés f)ar un parlement libre , par un parlement légal, convoqué par l'ordre du roi ; or tel n'est pas le parlement actuel. A cela voici mes réponses : d'abord la lettre écrite de Breda par notre gracieux souverain ne peut être considérée légalement comme un pardon du crime de haute trahison. Un tel pardon ne peut être valable sans être scellé du grand sceau; en outre un pardon scellé du grand sceau, s'il était conçu en ces termes, ne pourrait être un pardon du crime de haute trahison , ce pardon ne doit pas être implicite, mais conçu en termes formels, comme l'atteste la condamnation de Wahher Raleigh; enfin cette lettre n'est tout au plus qu'un pardon honoraire qui doit toujours être appliqué conformément à son intention, et pour que l'honneur du roi ne soit point lésé; je prétends donc que cette lettre ne peut en aucune manière être invoquée par le prisonnier ici présent.
D'abord il est clair , par la suscription de la lettre dans laquelle la déclaration était incluse, qu'elle est adressée a l'oraleur de notre chambre des communes assemblée en parlement, et qu'elle ne peut s'appliquer a aucun autre parlement qu'à celui qui était alors assemblé.
En second lieu, la lettre dit : Nous nous en reposons sur vous , afin de pourvoir a notre sécurité et a l'amnistie accordée. Et plus bas : S'il est quelque crime qui puisse couvrir la nation d'infamie , nous ne doutons pas que vous ne montriez pour le punir autant de sollicitude que nous pourrions en montrer nous-mêmes ; et c'est dans cette même lettre qu'est incluse cette déclaration sur laquelle le prisonnier compte tant. Maintenant réunissez toutes ces circonstances, et dites s'il n'est pas démontré que le parlement indiqué par la déclaration doit être le même que celui indiqué par la lettre, si ce n'était pas à ce même parlement que le roi avait dessein d'accorVler sa confiance, soit pour l'amnistie, soit pour venger Ja mort de son père, pour être enfin le dispensateur de sa justice et de sa miséricorde.
Ainsi, milords, dans cette lettre, ce que le parlement a fait en conséquence, ce que le roi a proclamé, tout démontre aussi clair que le jour que l'honneur du roi n'est point intéressé a l'exemption du prisonnier ici présent.
Un autre argument qu'il fait valoir est celui-ci : Mon cas est placé hors des termes de la loi , j'ai agi comme ayocat pour gagner mes honoraires , il y a eu de ma part avarice et non malice; mais il devrait savoir que nul n'a ni ne peut avoir une mission légitime pour poursuivre la vie de son roi, et que la loi suppose ici la malice. Quant a ce qu'il a dit en dernier lieu, que les personnes devant lesquelles il a parlé composaient une cour , et qu'il n'est point responsable du vice de son institution ; que, si elle n'était pas légalement constituée, du moins elle avait une autorité telle qu'elle doit suffire pour
PROCÈS DES RÉGICIDES. 347 le faire absoudre, n'est-ce pas la justifier la trahison elle-même. Voici a quoi ces paroles se réduisent : Une réunion d'un petit nombre d'hommes s'est déclarée parlement, elle s'est constituée en cour de justice, elle a eu ses officiers, elle a délibéré et elle a commis une grande trahison. Or une telle ^assemblée pourrait-elle donc le justifier? cela est impossible: lui, qui est homme de loi,, est comptable envers la loi de ce qu'il a fait, si Pautoritéh laquelle il a obéi n'était pas légale j il doit savoir que ce qu'il appelle un parlement était si loin d'avoir une autorité légale, qu'une partie du crime qu'on lui reproche est d'avoir assisté a cette assemblée.
Messieurs du jury, ceci est une cause qui vous est personnelle j l'accusation portée contre le roi l'a été par le prisonnier ici présent, comme il le dit, au nom de tout le peuple d'Angleterre 5 voyez,, car vous faites partie de ce peuple, si vous voulez l'avouer ; alors ce qu'il a dit pourra être vrai , mais j'espère que vous attesterez a toute la nation, a l'univers entier , que le peuple d'Angleterre a été étranger a un si grand crime. Considérez avec quelle ardeur le prévenu a poursuivi la vie du roi, comment il a produit les preuves, comment il les a discutées; dans quelle intention, si ce n'était pour verser son sang? lorsqu'après avoir produit ses charge s il demandait qu'on prononçât le jugement, était-ce dans Tintenlion de sauver sa vie? ne vous est-il pas pleinement démontré avec quel zèle il a porté l'accusation, l'aggravant par ses développeraens,, demandant que les faits fussent tenus pour reconnus? combien n'était-il pas affligé des moindres délais, irrité de la moindre interruption ! Ne vous est-il pas démontré que d'abord il avait blâmé un pareil attentat , proclamant que c'était une chose indigne ? lorsqu'il y cul pris part, il dit qu'il était le serviteur du peuple de ce royaume. QuVt>il fait enfin , lorsque les choses furent poussées a l'extrémité? il a proféré la seule vériîé €[ue j'aie entendue de sa bouclie, il a dit que le
ivi devrait mourir et la monarchie avec Lui, Dieu puissant, éloignez ce funeste présage!
Sir Edward Turner. Milords, la défense du prisonnier se réduit h deux points j le premier, au statut de la vingtcinquième année du règne d'Edouard in, et le second, au dernier acte d'amnistie. Pour prouver qu'il n'est pas dans le cas du statut, il dit : Je n'ai imaginé ni médité la mort du roi, et je n'ai pas cru qu'elle serait le résultat des opérations de la haute-cour. Je vais vous démontrer, messieurs, que chaque scène de cette tragédie a été une trahison : les assemblées de la chambre peinte, celles de Westminster- Hall , et ce qui s'en est suivi, tout cela est trahison. Le prisonnier objecte qu'il n'a agi que comme conseil et moyennant un salaire. Oui, c'est le salaire de Judas; ce sont les trente deniers qui l'ont réduit à se pendre \
Le premier juge, dans un très-long discours, rappelle toutes les dépositions des témoins, et répète la défense de l'accusé; après quoi il invite les jurés à délibérer. Ceux-ci, s'étant réunis quelques instans , déclarèrent ensuite , par l'organe du premier d'entre eux, l'accusé coupable.
Après le jugement de Cook on procéda au jugement de Hugh Peters : les débats de cette cause n'offrirent rien d'intéressant; Peters fut également déclaré coupable.
L'avocat du roi demande que Cook soit ramené k la barre , pour qu'on puisse prononcer le jugement aux deux accusés en même temps.
Le clerc. John Cook, lève la main. Qu'as-tu a dire pour que sentence de mort ne soit pas portée contre toi conformément à la loi ?
Cook, J'ai quelque chose à dire en matière de droit: i*. l'acte d'accusation ne contient pas la preuve que le John Cook qui s'y trouve mentionné , soit le même que le John Cook nommé
PROCÈS DES RÉGICIDES. 3^9 dans l'acte d'abolîiion, et que je sois le John Cook désigné dans l'un et dans l'autre.
Le lord premier juge. Cela ne peut vous être d'aucune utilité au cas présent. Vous avez reconnu l'identité, et plaidé sous le nom de John Cook.
Cook. 2°. Les preuves doivent être spécialement exprimées dans l'acte d'accusation.
Le lord premier juge. Cela ne peut être allégué pour arrêter le jugement. Les jurés vous ont, conformément au statut de la vingt-cinquième année du règne d'Edouard m, reconnu coupable d'avoir imaginé et médité la mort du roi; et cela ne peut vous être d'aucun secours.
Cook. 2>°. Je dis que j'ai agi en qualité
Le lord premier juge. Cela a déjà été rejeté. Nous vous avons exprimé notre opinion. L'état de jurisconsulte ne peut faire excuser la trahison. Ce moyen a été repoussé , et nous le repoussons encore.
Cook, Je suppose que ce qui restait de la chambre des communes pouvait décider s'il y avait force ou non.
Le lord premier juge. Tout cela .^ ^ té rejeté.
Cook. Alors je n'ai plus rien à dire.
Le clerc. Hugh Peters, lève la main. Qa'as-tu h dire pour que sentence de mort ne soit pas portée contre toi conformément à la loi ?
Peters. Je me résigne a la volonté de Dieu ; et , si j'ai dit quelque chose de contraire a l'Evangile de Jésus-Christ, j'en suis affligé.
( On commande de faire silence. )
Le lord premier juge. Vous avez l'un et l'autre de l'ins- Iruclion; ainsi je n'ai pas besoin de vous dire qu'il vous faut vous préparer a la mort. Vous avez eu assez de temps pour y songer, et il y en a beaucoup que vous ne devez pas attendre un autre résultat de vos actions. Ainsi je me dispenserai de vous
3r>o BARREAU ANGLAIS.
pnrîer (îe la mort et de cette éteriiilé où vous allez entrer. Je vais seulement vous adresser quelques réflexions selon la nature de vos professions , sur ce crime odieux , sur le meurtre du roi. En admettant que vous n'ayez pas réellement mis le roi a mort , et même en supposant cliaritablement que vous n'ayez pas eu Tintention de pousser les choses aussi loin que vous l'avez fait, vous n'en êtes pas moins, par les lois de Jésus-Christ et de cette nation , coupables de trahison ; et je vous le dis, afin de faire pénétrer la conviction au fond de votre âme. Je vous répéterai ce que Josué a dit a Achan ' : 3Ioii fils ^ glorifiez Dieu et avouez-, il vous siérait bien d'en faire autant. Vous savez parfaitement ( s'adressant a Cook), vous qui êtes jurisconsulte, qu'une chambre, que les deux chambres du parlement, n'ont aucun pouvoir coërcitif sur le roi y et a plus forte raison n'ont pas le droit de le mettre a mort. Vous savez, car vous citez fort bien, qu'emprisonner le roi , c'est une trahison. Vous savez l'un et l'autre , et c'est une vérité incontestable, qu'il est de principe fondamental, que le roi ne peut mal faire, c'est-à-dire, dans lé sens de la loi. Il peut blesser comme individu ; mais il ne peut faire que peu de mal personnellement. S'il fait tort à quelqu'un, ce doit être par ses ministres, et en ce cas, la loi .fournit le remède : les ministres sont responsables.
Le roi d'Angleterre est du nombre des princes qui portent iiîie couronne impériale Qu'est-ce que cela veut dire? C'est qu'il ne peut être puni dans sa personne, s'il fait une chose illégale ; non qu'il puisse faire ce qu'il veut. Je suppose qne vous avez l'on et l'autre prêté les sermens d'allé- {;eauce et de suprématie : que porte le dernier ? Que le roi
* Achan, de la tribu de Judas , ayant fait un vol sacrilège à la prise de Jéricho, Josué le fît lapider, avec sa femme et ses enfans.
^ 11 paraît que c'^cst une expression dont les jurisconsultes anglais font asag<î , pour dire que la couronne dWngleterre n"'a rien au-dessus dVlîc.
PROCÈS DES REGICIDES. , ' 35i
seul a le gouvernement de ces royaumes, ce qui exclut tout partage. Vous avez jure que vous défendriez le roi de tout votre pouvoir contre toute conspiration quelconque. Vous qui êtes jurisconsulte, M. Cook, vous ne pouvez opposer votre profession a ce que vous avez juré. On sait que le roi, dans sa capacité naturelle ou politique, est non-seulement salus popuUy mais salus reîpuhlicce. La loi a pris soin que justice soit rendue a chacun. Il ne faut donc pas touchera la personne du roi , qui la rend. Le ici lui-même aujourd'hui ne juge que par la loi. Vous voyez que c'est par elle seule qu'il veut venger la mort de son père. Ce n'est pas lui qui juge, c'est la loi. M. Peters , vous savez que vous avez souscrit les trenteneuf articles relatifs à la religion. Voyez ceux qui ont été faits en i552, et ceux qui les ont confirmés la treizième année du règne d'Elisabeth. Par les uns et les autres le roi est reconnu comme ayant le pouvoir suprême. La doctrine de lui adjoindre quelqu'un est une doctrine jésuitique. Ce n'est pas que je prétende que le roi puisse ou doive gouverner autrement que selon les lois fondamentales du pays. Quiconque se renferme dans les bornes de la loi est heureux. Vous qui êtes jurisconsulte, M. Cook, vous devez connaître ce point de droit 5 et vous qui êtes théologien, M. Peters^ vous devez connaître ce point de doctrine ecclésiastique. Vous en savez l'un et l'autre la vérité ; et j'espère, en conséquence, que vous réfléchirez sur l'énormité du crime qui a fait répandre le sang royal. Lorsque le roi a été mis à mort , il avait fait plus de concessions que, selon plusieurs personnes, la nation n'en devait attendre. Vous avez été complices de la mort du roi ; vous avez été les instrumens de ceux qui ont violé le traité; le crime est retombé sur votre tête. Préparez-vous donc à la mort ; c'est une dette que nous devons tous payer à la nature. Si la mort que vous allez subir est honteuse, c'est le châtiment que vous attire votre crime. Il ne me reste plus
352 BAPxPvEAU ANGLAIS,
qu'à vous prononcer le jugement qui est ainsi conçu : La cour ordonne que vous soyez reconduits au lieu d'où vous venez, pour être de là traînés sur une claie, etc. ; que le Seigneur ait pitié de vos âmes !
Ze clerc. Crieur, faîtes la proclamation.
Le crieur. Ojez : que toute personne , etc. ; que tout juré et témoin aient a comparaître ici demain a sept heures du matin, sous peine de cent livres d'amende chacun. Que Dieu répande ses bénédictions sur le roi Charles ii.
Conduite tenue par Cook et par Peters , après leur condamnation et à leurs derniers momehs.
Les deux condamnés étant rentrés dans la prison, Gook dit à son complice : « Frère Peters , nous monterons demain au ciel, dans la gloire et la félicité. Mon cœur nage dans la joie, n Regardant son lit : « Voici mon dernier oreiller, dit-il; je me coucherai et dormirai quelque temps. « En effet, il reposa environ une heure et demie, et s'étant éveillé, il dit : « Adieu, sommeil, adieu pour toujours î adieu, nuit et ténèbres ! je vais cil il ne faudra ni flambeaux ni soleil , car le Seigneur nous éclairera ; oui , le Seigneur sera notre lumière pour toute l'éternité , et notre Dieu sera notre gloire î
« Bénie soit chaque chose qui m'annoncera que l'heure approche î j'entendrai le chant du coq avec joie. Sois la bien venue, ô douce mort, ma meilleure amie, qui vas me conduire si près de l'éternité! ô béai soit Dieu! béni soit son nom ! Oh ! ce Christ est un bienheureux Christ j il répond a toute chose ; et dans quelques heures nous serons couronnés par la gloire et par la victoire ! Béni soit Notre Seigneur Jésus, qui nous a fait remporter la victoire sur le péché et sur la mort! Salut à M. Loman, mon geôlier! salut à tous les anges qui dans quelques heures seront mes gardiens pour toute réternité. »
PROCÈS DES RÉGICIDES. 353 A minuit, Cook pria avec beaucoup de ferveur. Les prisonniers ordinaires l'entendirent , et lui crièrent : w Que le Seigneur soit avec vous! puissent nos âmes aller où va la vôtre î )) Sur le matin, parlant a sa femme, il dit : « Mon cheragneau, nedéshonorez pas mon dernier jour de noces par voire affliction. Si mes juges pouvaient savoir de quelle gloire je jouirai avant que raidi soit sonné , ils désireraient bien me suivre. Que l'exécuteur se hâte tant qu'il voudra , je serai prêt avant lui. Avant qu'il ptiisse dire : Voilà la tête <ïwi traître^ je serai dans le ciel. Viens, Seigneur Jésus! viens promptement ! mon âme t'attend avec impatience. Je brûle de t'enlendrera'appeler. J'irai , et je serai pour toujours avec le Seigneur.
« Viens , frère Peters, frappons a la porte du ciel j avant qu'il soit midi, Dieu nous ouvrira les portes de l'éternilé, et nous introduira dans cette compagnie innombrable de saints et d'anges , et parmi les âmes des justes parvenus à la perfection. Nous ne nous en séparerons jamais. Nous serons avec le Seigneur pour toujours ; nous chanterons les louanges de Notre Seigneur et Ptoi immortel, et nous les chanterons durant toute l'éternité. » Il dit au bout de quelque temps : « Quel bon maître j'ai servi , qui me soutient à présent , qui me prête l'appui de son bras puissant ! Viens ^ mon bien aimé , hâtetoi^ et tu seras comme une biche ou un jeune cerf sur la montagne des oliwiers ! Me voici, mon Seigneur Jésus, je vogue vers toi a pleines voiles j je vole sur les ailes de la foi 5 reçois-moi , Seigneur Jésus. )>
Les portes de la prison ayant été ouvertes , le matin , le condamné employa en prières et en discours pieux le temps qui lui restait. S'étant adressé a sa femme, il lui dit : « Adieu, mon cher agneau, je vais rejoindre les âmes qui sont sous Fautel et qui crient : O Seigneur ! quand vengerez-vous notre sang sur ceux qui sont sur la terre? et, quand je ne serai plus, 3. 23
35i[ BAPxREAU ANGLAIS.
mon saD^ criera et leur fera plus de mal que si je vivais. Béni soil Dieu! je marche vers réternité. Ne t'afflige pas a cause de moi. Réjouis-toi, au contraire , car je vais vers mon père et le lien, vers mon Dieu et ton Dieu, n Mistriss Cook, après un moment de silence, le remit entre les mains du Seigneur. Il lui répondit : « L'œuvre est consommée. Je te résigne a Jésu«-Christ ; qu'il soit ton époux 3 je vais aussi être uni a lui dans la gloire. » Sa femme versant des larmes , il lui dit : « Pourquoi pleures-tu? laisse les larmes a ceux qui ne se rencontreront plus; mais j'ai la ferme confiance que nous nous réunirons glorieusement dans le ciel. Ici n^us avons essuyé des contrariétés j mais là nos larmes seront taries, n
Il demanda plusieurs fois si le shérif était arrivé. On lui répondit que non. ce Qui arrête les roues de son char? )) dit-il. « Pourquoi s'avance- t-il si lentement? je suis prêt, Dieu soit béni , je n'ai plus qu'a mourir ! « On lui annonça qu'enfin le shérif était arrivé, etilsemit en marche a l'instant. Sa femme, le suivant, lui saisit le bras, et il lui dit : « Ahî ne m'empêche pas de me rendre vers Jésus-Christ. » Prenant ensuite, d'un air serein , congé de tous ses amis, il s'achemina vers le traîneau, qui devait le transporter et sur lequel on avait fixé la tête Harrison ^ la face tournée de son côté. Malgré cet horrible spectacle, il traversa la ville d'un air joyeux; et, étant parvenu au lieu de l'exécution , il descendit du traîneau en disant : « C'est le char le plus doux dans lequel je sois allé de ma vie. Etant monté sur l'échelle , et la corde lui ayant été passée autour du cou, il dit : « Béni soit le nom du Seigneur, qui veut que je sois lié pour l'amour de Jésus- Christ! )) Il récita ensuite une prière; et, adressant la parole au public , il dit :
« Monsieur le shérif et messieurs, ^ « Le spectacle le plus admirable qu'on ait vu dans le
PROCÈS DES RÉGICIDES. 355 monde a été cplui de Noire Seigneur attaché sur la croix; et le plus beau qui puisse être offert aujourd'hui est celui d'une misérable créature qui va mourir pour Jésus-Christ.
« Je veux vous dire quelques mots pour vous faire connaître l'œuvre glorieuse que le Seigneur a daigné opérer dans mon esprit. Je le bénis. J'ai scruté tous les replis de mon cœur ; j'y ai fait la recherche de tous mes péchés, soit du péché originel, soit des péchés de commission, de mes péchés connus ou secrets , autant que le Seigneur a daigné me les découvrir; je les ai confessés avec un cœur brisé de repentir et un esprit humilié. Que le nom du Seigneur soit béni ! il a daigné venir vers moi , il m'a montré que le seul remède h mes maux est le sang de Jésus-Christ. J'ai versé sur ma pauvre âme ce précieux sang; il y a établi la confiance et la paix. Je désire glorifier Dieu , lui laisser la gloire de tout, et prendre sur moi la honte de tous les péchés que j'ai commis , sachant qu'ils étaient péchés. Et c'est pourquoi je désire me réjouir de mon salut avec Dieu. Je me réjouirai auec une effusion de joie dans le Seigneur, mon âme sera ravie d'allégresse dans mon Dieu , parce quil nia revêtu des vêtemens du salut y et quû rria paré des ornemens de la justice , comme un époujc qui a la couronne sur la tête , et comme une épouse parée de toutes ses> pierreries .
(( Comme la terre fait germer la semence , et comme un jardin produit ce qu'on y a planté^ ainsi le Seigneur Notre Dieu fera germer sa justice et fleurir la gloire de son nom aux yeux de tous les peuples,
(( V^ous êtes mes témoins , dit le Seigneur , vous et mon serviteur que j'ai choisi , afin que vous sachiez , que vous croyiez , que vous compreniez , que c'est moi-même qui suis , qu^il n'y a point de Dieu formé avant moi y et qu^iln'jr en aura point après moi.
« Le Seigneur sait que je n'ai aucun venin dans le cœur ,
ni contre les jurés qui m'ont trouvé coupaLle, ni contre la cour qui a passé la sentence. Je pardonne sans peine à chacun. Vous attendez, sans doute, que je dise quelque chose de ce qui m'a amené ici. Quant à sa majesté le roi , je n'ai point de ressentiment a. son égard. Je prie Dieu que son trône repose sur la vérité et la miséricorde : par la miséricorde le trône est soutenu. Mais je dois vous dire que nous autres malheureux avons été vendus et livrés par nos frères, comme l'a été Joseph par les siens. Le frère livrera le frère à la mort , et le père le fils ; les enfans se soulèveront contre leurs pères et leurs mères , et les feront mow^ir.
u Ce passage de l'Ecriture s'est réalisé en grande partie. Je désire pour ma part baiser les verges qui me châtient- je désire, si cela plaît a sa majesté , qu'il ne soit plus versé de sang après le mien. Que le Seigneur daigne mettre cette volonté dans son sein ! Voici un pauvre frère ( Peters ) que je crois n'être pas encore disposé a mourir; je désirerais que sa majesté eût quelque pitié de lui. »
La le shérif interrompit le patient et lui dit : « Laissez cela. Sa majesté a montré sa clémence envers tous, excepté envers les meurtriers de son père. »
Cook répondit : « En ce cas je dirai quelque chose de ma foi qui , j'en bénis le Seigneur, est fondée sur le roc de Jésus-Christ. Je n'attends pas mon salut de mes bonnes œuvres, mais de l'assistance de mon sauveur. Je puis dire, k la gloire de Dieu , que j'ai fait tout ce qui était en ma puissance et selon mes lumières pour l'étendre. J'ai désiré une magistrature et un ministère évangéliquej j'ai désiré que les délais delà justice (chose dont j'ai eu beaucoup a souffrir) fussent supprimés, et que la justice fût rendue promptement et à bon marché.
« Quant à ma profession de foi, je suis congréganiste, j'en conviens; je suis pour la liberté de conscience , et pour tous
PROCÈS DES RÉGICIDES. JSy ceux qui sont humbles devant le Seigneur. J'avoue que je ne suis pas convaincu d'avoir erré k l'égard de ce dont j'ai éré accusé. Je n'ai pas compris non plus la cour , lorsqu'elle a dit que, si les lords et les communes avaient traduit le roi à la barre, ils eussent été coupables de trahison , quand même ils lui auraient ensuite rendu l'autorité.
« J'ai désiré n'avoir jamais a me repentir de ce que je ferais; j'ai désiré soutenir la cause de Dieu et du Christ. Je suis ici pour porter témoignage en leur honneur , et autant que je me connais moi-même, je puis l'avouer librement. «
La le shérif interrompit de nouveau le patient, et lui dit de ne pas se servir de pareilles expressions.
Cook lui répondit que ce n'était pas la coutume en Angleterre, ni même parmi les Turcs et les Barbaresques, d'insulter un homme qu'on allait faire mourir. Ayant repris sou discours , il dit : « Que le Seigneur préserve l'Angleterre du papisme et de la profanation , et que l'antechrist ne s'introduise pas dans ce pays , voila tout le mal que je lui souhaite.
(c Le Seigneur m'a fait remise de quelques raille talens , comment ne ferais-je pas remise moi-même de quelques deniers? Béni soit le Seigneur ! Je n'ai rien sur la conscience. Je puis découvrir mon cœur à chacun et devant le trône de la grâce. J'ai tâché de ne jamais rien faire que d'après ma conscience et avec un cœur droit , à quelque fragilité que je fusse sujet.
« J'eusse préféré mourir en Irlande; mais je suis plus connu ici où j'ai commis l'offense. « Le shérif l'interrompt de nouveau.
Cook lui dit : u Monsieur , je vous prie de faire attention a ceci : je suis , je crois , le premier qu'on ait pendu pour avoir requis justice. J'espère, en conséquence, que vous ne m'interromprez pas. Je suppose que vous avez assisté à mon pro-
ces, et qu'au foud de votre conscience vous me rendez la justice de penser que je n'eusse pas craint de communiquer a la cour ce que je dis à présent sur l'échelle.
te J'ai une pauvre femme, un enfant et quelques parens....' J'espère que le roi et le parlement ne confisqueront pas leurs biens. Les lords qui ont été mis à mort sous le parlement n'ont pas perdu tous les leurs. Je pense qu'on aura quelque égard a la juslice, de peur que nos petites propriétés ne soient comme un poison parmi les grandes , et que ma pauvre femme et mes proches ne soient dans le besoin. Que le Seigneur permette qu'on fasse miséricorde ! que celle-ci s'élève au-dessus de la justice ! Je ne vous retarderai pas plus longtemps. Je désire moi-même offrir à Dieu le sacrifice de ma vie. »
Lorsqu'il eut fini son discours , Cook fit une prière dont nous nous bornerons à donner le commencement :
« Je te supplie , ô mon Dieu ! toi le roi des rois , d'échauffer mon cœur, et de le remplir tellement de l'amour de Jésus- Christ, qu'il ne puisse plus se refroidir jamais! Combien le Seigneur ne se montre-t-il pas miséricordieux en fortifiant le cœur de sa pauvre créature ! Qu'importe que la coupe soit amère, si le Seigneur donne la force de la vider? Qu'importe que le fardeau soit lourd, si le Seigneur en soutient une parlie, ou n'en laisse a son serviteur que ce qu'il peut en porter? Le Seigneur donne la force à tous ceux qui portent sou fardeau; le Seigneur est avec ceux qui souffrent pour sa cause. Il double, il triple, il décuple leurs forces. Que le Seigneur pardonne h ceux qui cherchent la fortune et la puissance, et ne s'inquiètent point du bonheur du pauvre peuple de Dieu et du bonheur de toutes les nations! le Seigneur connaît la simplicité de cœur de ceux de ses pauvres serviteurs qui sont morts les premiers, et de ceux qui vont les suivre. Je désire que tous les tiens, ô mon Dieu ! aient le courage de mourir
PROCÈS DES RÉGICIDES. SSg pour toi. Ce n'est rien , je le sais, que de confesser la fol de Jésus-Christ j ce n'est rien de la confesser seulement par des paroles, de confesser des vérités de la doctrine évangéîique; mais il faut confesser la foi par une vie sainte et des discours pieux ; et si le Seigneur somme ses pauvres enfans de sceller la vérité de leur sang, de leur précieux sang, c'est leur devoir aussi de le faire. Si le Seigneur Jésus-Christ n'avait pas été étendu sur la croix ; s'il n'avait pas versé son très-précieux sang pour nous^ si ce sang n'était pas monté jusqu'au ciel, notre rédemption ne se serait pas opérée. Seigneur, veille sur l'Angleterre! Seigneur, exauce la prière que je t'adresse pour mes amis et mes proches, pour ma pauvre femme et pour mon enfant, w
Le patient ayant achevé sa prière , la sentence fut exécutée.
La tête de Cook , plantée au bout d'une pique, fut placée sur l'extrémité nord-'ouest du palais de Wesiminster, h la gauche de celle de, Harrison, et ses membres furent exposés sur quelques-unes des portes de la cité.
Conduite tenue par Peters, après sa condamnation et à srs derniers momens.
Peters fut traîné au supplice sur la même claie que Cook, et par conséquent il eut aussi sous les yeux la tête d'Harri- 5on. L'exécution se fit a Charing-Cross , le i6 octobre 1660. Peters fut témoin de celle de son compagnon , pendant laquelle quelqu'un , s'étant approché de lui , lui reprocha vivement la mort du roi , et lui dit d'en demander pardon h Dieu. Il répondit : u II ne faut pas fouler aux pieds un mourant. Vous vous trompez grandement j je n'ai point trempé dans la mort du roi. » Il se fondait sans doute sur ce qu'il n'avait pas été au nombre des juges de Charles i*'^
Lorsque Cook fut descendu de la potence pour être mis en
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quartiers , un colonel nommé Turner dit aux valets du bourreau de faire avancer Peters, afin qu'il fût témoin de cette partie du supplice. L'exécuteur , tout couvert de sang et se frottant les mains, lui dit : « Comment trouvez-vous cela , monsieur Peters? )> Celui ci répondit qu'il n'en était pas effrayé, et qu'il pouvait faire ce qu'il voudrait. Etant sur l'échelle, il dit au shérif ; « Vous avez fait mourir un serviteur de Dieu sous mes yeux pour me décourager; mais Dieu m'a donné la force nécessaire. » On n'a rien retenu de son discours, ni de sa prière; car il avait la voix trèsbasse , et le peuple, qui était extrêmement irrité contre lui, l'insultait.
Selon une autre version, qui, d'après le discours de Cook et divers renseignemens, est la plus vraisemblable, Peters, en allant au supplice, était plongé dans la stupeur. Tout le long du chemin il ne fit que tirer machinalement les brins d'osier de la claie sur laquelle il était assis, ou ronger les doigts de ses gants. Il monta sur l'échelle, non comme un ministre, mais comme un athée ou comme un idiot qui ne sait que dire ni que faire. Cependant, après avoir porté tout autour de lui des regards stupides, il mit la main sur ses yeux et pria quelque temps, le bourreau le faisant souvenir de se hâter en lui donnant de petits coups de corde sur l'épaule; et il paraît que ce prédicant séditieux qui , abusant de son ministère sacré, avait provoqué tant de fois la mort de son infortuné souverain , eut beaucoup de peine k se résoudre a mourir, A la fin il fut jeté bas de l'échelle, et l'exécuteur acheva sou office. La tête fut exposée sur le pont de Londres, et les membres furent mis sur différentes portes de la cité.
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