‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglaisChapitre 31 sur 42 · D^AVOIR PRIS PART A UNE CONSPIRATION PAPISTE · texte numérisé non relu

D^AVOIR PRIS PART A UNE CONSPIRATION PAPISTE

EN l'année 1680.

LiAM, vicomte de Stafford, ayant été, avec plusieurs autres, accusé du crime de haute trahison devant \i\ chambre des lords par la chambre des communes d'Angleterre, au nom d'elles-mêmes et des communes d'Angleterre, la chambre basse envoya aux lords son message pour les informer de sa résolution et leur demander de fixer un jour convenable. Les lords désignèrent le 3o octobre 1680.

Au jour marqué, l'accusé ayant comparu et les formalités préliminaires ayant été remplies, le sergent ès-lois Maynard, l'un des membres du comité, chargé par les communes de diriger la poursuite , prit la parole en ces termes :

Milords ,

Nous nous présentons devant vous par ordre de la chambre des communes, qui nous a imposé la tâche de poursuivre l'importante accusation dirigée contre le lord présent h votre

372 BARIVEAU ANGLAIS.

Larre. Celle accusation comprend deux parties distinctes; l'une est une accusation générale de complot tendant a bouleverser la nation entière, assassiner le roi, abolir la religion protestante, introduire la guerre en ce royaume avec toutes les autres calamités énumérées dans les charges produites 5 cette accusation générale est dirigée particulièrement contre le lord présent à votre barre : nous avons examiné attentivement s'il convenait de la mêler à ce jugement particulier; car, si le prévenu est déclaré coupable de ces crimes, il sera dès-lors suffisamment prouvé qu'un tel complot a été formé. Mais , milords , nous avons considéré a quelle époque cette trame avait été découverte, combien depuis lors elle était tombée dans l'oubli, quels bruits avaient été répandus, et quels efforts tentés pour jeter des doutes sur sa vérité ; et il nous a paru convenable de démontrer d'abord qu'il a existé un complot général, un complot tel que le signale Taccusation^

On objectera peut-être que plusieurs années se sont écoulées depuis le moment où cette trame a été mise au jourque plusieurs personnes ont été poursuivies et condamnées pour ce fait; qu'il est dès ce moment devenu incontestable; qu'en outre divers particuliers en ont fait la déclaration publique ; mais comme nous devons aujourd'hui procéder juridiquement devant vos seigneuries, nous avons jugé convenable (et nous espérons que la cour ne nous désapprouvera point ) de nous occuper d'abord de prouver le complot général ; ce que nous ferons , nous ne craignons pas de le dire , à la pleine satisfaction de vos seigneuries et du monde entier; car l'Angleterre n'a pas seule les yeux ouverts sur ce jugement, il intéresse toute la chrétienté.

Milords, quelle foi vos seigneuries pourront-elles ajouter aux diverses publications qui ont eu lieu (et cela d'une manière qui n'a rien de judiciaire)? nous l'ignorons : nous nous

PROCÈS DE LORD STAFFORD. SyS ëtodierons donc «lujourd'iiui à démontrer que les manœuvres <les papistes peuvent être dévoilées au monde. Nous soumettrons cette partie de la cause a Vos seigneuries, d'abord par 'Cette raison que nous l'avons comprise dans les charges produites ; en second lieu , parce que nous pensons que rien n'oblige vos seigneuries de prendre en considération ce qui a été publié par la voie de la presse , jusqu'à ce que nous en ayons fourni devant vous une preuve légale. Enfin, et ceci est notre principal motif, afin de répondre aux bruils que l'on s'est efforcé de répandre, que cette poursuite n'était qu'un coup d'étal , une chimère dépourvue de toute réalité : j'espère démontrer aux plus incrédules que cette conspiration n'est que trop véritable.

Lorsque Oates découvrit pour la première fois ce complot , il semble qu'il n'avait pas l'importance qu'il paraît avoir acquise aujourd'hui; et , sans le meurtre de Edrnundbury Godfrey, le monde, tant il était endormi, n'y aurait nullement pris garde; mais ce fait nous réveilla.

Milords, il est advenu en cette circonstance, comme en une autre non moins remarquable. Lorsque Catilina et cinq de ses complices furent sortis de Rome , l'illustre orateur qui les en avait chassés disait au peuple romain : « Quelques-uns étaient si aveugles qu'ils ne s'apercevaient pas de ce complot; plusieurs, si imprévoyans qu'ils ne voulaient point y croire 3 d'autres, enfin , si pervers qu'ils le fomentaient ; mais tous, en n'y croyant pas , donnèrent uue nouvelle force à la conspiration. » C'est ce qui est arrivé en cette occasion ; car nous ne nous regardons pas comme a l'abri de la trahison , lorsqu'elle est découverte, mais seulement lorsqu'elle est étouffée.

Milords, voici un autre motif qui nous engage à vous démontrer l'existence du complot principal : nous ne regardons point ce complot comme une offense isolée, et ce jugement comme l'affaire d'un seul ; c'est le crime de toute une fuctîon 3

BARREAU ANGLAIS, ce n'est point telle ou telle personne qui est coupable, c'est tout un parti : voila quelle considération nous détermine a développer devant vos seigneuries , et devant le monde entier, l'ensemble de cette grande conspiration, afin que nous puissions lui prouver qu'elle a existé, et comment elle s'est étendue partout.

Ceci, milords, est de la plus haute conséquence; car s'il a existé un complot général (et ce fait est incontestable); si les uns devaient agir en Espagne, d'autres en France, d'autres en Irlande, en Ecosse et en Angleterre; si une foule de jésuites y prenaient part (comme on l'a déjà démontré ) ; si celui-ci devait agir dans un lieu, celui-là dans un autre, tandis qu'une volonté commune dirigeait tous les mouvemens ; il s'ensuit que ce que l'un exécute est le fait de tous, et que le fait de tous devient le fait de chacun.

Milords, les complices engagés dans le complot étaient en grand nombre ; ils ont agi en une foule de lieux et de circonstances; leurs projets et leurs moyens d'exécution étaient nombreux ; ils avaient le dessein de détruire le roi, de porter atteinte a sa vie : et pour quel motif? Ils espéraient être plus favorablement traiîés par son successeur; ils avaient également l'intention de détruire , non pas tel ou tel homme qui les embarrassait dans leur marche, mais le corps entier des protestans d'Angleterre; ce n'était point un meurtre qu'ils méditaient, mais un massacre, un carnage de tous ceux qui les environnaient; nul n'aurait échappé : si quelqu'un eût tenté de fuir, ils étaient certains de l'atteindre; ils ne voulaient pas seulement détruire le roi , ce crime le plus énorme de tous ceux qu'ont prévus nos lois, ils voulaient détruire notre religion , et nous détruire nous-m4^es à cause de cette religion.

Pour acfcomplir ce projet, des armes étaient nécessaires; il fallait lever des hommes ; et une armée fut effectivement

PROCÈS DE LORD STAFFORD. SyS

formée ; ils avaient des gens pour la conduire et des gens pour la payer; ces armes, non-seulement on se les procura parmi nous , on sollicita les secours de la France ; des lettres ont été écrites et des secours prorais par ses ministres.

Milords , c'est une étrange chose de voir des Anglais provoquer une invasion étrangère en leur pays , et certes il ne peut y avoir que d'abominables bigots capables de se montrer si zélés pour la ruine de leur patrie. Mais, milords, si nous considérons ce qui les a encouragés et ce qu'ils ont publié dans le monde sur leur religion, notre étonnement cessera : ils proclament que l'on peut légitimement tuer un roi hérétique; or, un roi d'Angleterre est un hérétique, disentils; il a été déclaré tel : de telle sorte que tout homme qui le tuera fera une œuvre agréable à Dieu ; que dis-je, une œuvre méritoire , une œuvre glorieuse , pour prix de laquelle il sera canonisé comme saint.

Milords , ce n'est pas la une chose nouvelle : regardez toutes les nations chez lesquelles le pape obtient quelque pouvoir, ou peut espérer d'en acquérir ; il ne s'est rencontré aucun obstacle sur sa route qu'il n'ait surmonté en violant toutes les lois divines et humaines pour atteindre a ses fins. Voyez l'Espagne, le roi Philippe éloigne du trône son propre fils , l'histoire nous apprend par quels moyens ; c'était son héritier présomptif, mais il était protestant. Plus loin, un père met le feu au bûcher de sa fille , parce qu'elle est protestante. Un Espagnol court en Allemagne assassiner son propre frère, parce qu'il est protestant. De l'Espagne venez en France; quels massacres n'y ont pas été commis, sous prétexte d'un mariage , pendant le règne d'Elisabeth? A une époque antérieure , combien de mille Vaudois ou d'Albigeois ont été passés au fil de Fépée par des motifs religieux? Et en Angleterre, que n'a-t-on pas exécuté , lorsque la reine Elisabetk eut un successeur d'un autre culte ? que n'a-t-ou pas teaté contre sa

personne pour faire monter ce successeur sur le trône? Lorsque le roi Jacques vint à la couronne^ rappe!ez-vous la conspiration des poudres, sous laquelle on devait ensevelir la nation tout entière j le roi, les lords, les communes assemblées en parlement devaient être offerts en sacrifices ( car ces personnes aiment les sacrifices sanglans), comme une offrande destinée à nous réconcilier avec le pape. Si tels furent les fruits de leurs principes en d'autres âges, nous devons penser que tels ils seraient encore aujourd'hui.

Les exemples que j'emprunte a l'histoire ne doivent point être considérés comme des preuves du fait qui vous est soumis; seulement ils établissent au moins comme chose vraisemblable, que ce qui a déjà été fait par ces personnes peut l'être encore aujourd'hui. Mais, milords , nous éclaircirons ce point j nous prouverons que le prévenu a employé son bras, sa tête, sa langue, son cœur et sa bourse a cet horrible complot pour détruire le roi, le gouvernement, la religion et la nation; nous le lui démontrerons. Mais la tâche qui m'est échue se borne à vous prouver la conspiration générale, fardeau trop pesant encore pour mes forces affaiblies par l'âge, surtout lorsque le souffle des infirmités a déjà plus d'â-moitié consumé mon débile corps.

Milords, comme toutes les particularités relatives au noble lord ici présent reposaient uniquement sur le témoignage d'un seul homme , M. Oates , dont la déposition avait été reçue par sir Edmundbury Godfrey, juge de paix, et consignée par écrit, sir Edmundbury Godfrey fut assassiné par des papistes, pour détruire par ce moyen les preuves dont il était dépositaire.

Ce fait réveilla l'attention du monde entier, et Ton attendit de nous de plus amples découvertes , de peur que nous ne fussions conduits comme des taureaux à la boucherie, sans savoir où nous allions.

Page 1