PROCÈS DE LORD STAFFORD
Bientôt il plut à Dieu de pousser quelques partisans de cette religion a faire de nouvelles révélations; sur quoi plusieurs jésuites, coupables d'avoir trempé dans le complot, furent poursuivis, mis en jugement et exécutés.
Après le meurtre de Godfrey , diverses fables se répandirent; on prélendit qu'il était vivant et marié, ainsi que cela fut déclaré à plusieurs lords ; d'autres semèrent le bruit qu'il s'était tué lui-même : mais son cadavre ayant été retrouvé, il fut impossible k ce parti d'inventer ou de dire si d'abord il s'était étranglé, et puis s'était passé une épée au travers le corps , ou bien s'il s'était d'abord passé une épée au travers le corps et s'était ensuite étranglé : ce dilemme déconcerta toutes leurs fables sur le meurtre de Godfrey.
M. Bedlow se présenta ensuite comme second révélateur : son témoignage concourut avec celui d'Oates; et comme alors il y eut deux témoins , nombre requis dans une accusation de haute trahison, on forma le projet d'écarter Bedlovv, afin qu'il n'en restât plus qu'un seul : en conséquence, Reading tenta d'engager Bedlow, par l'appât d'une récompense^ à désavouer sa première déposition , et à prétendre que ce qu'il «avait attesté, il ne le savait que par ouï dire. Reading a été pour ce fait mis en accusation : convaincu par l'attestation de trois témoins, il a subi sa peine.
Cette tentative sur Bedlow ayant échoué , on voulut ruiner le témoignage d'Oates en l'accusant d'un crime infamant : en conséquence on mit en œuvre un certain Knox, lequel suborna Lane et Osborn, qui vinrent déposer contre Oates; mais à la contre-enquête ils confessent leur subornation et leur parjure: ils sont déclarés coupables.
Ainsi, lorsque la trahison fut découverte, on tenta de la replonger dans les ténèbres en assassinant un officier de justice 5 on fait circuler sur sa mort des fables infâmes et inju-
rieuses; enfin l'on emploie le parjure et la subornation pour se délivrer des révélateurs.
Ces abominables fourberies, nous les considérons comme une seconde preuve du complot, soit en général, soit en particulier : les registres des condamnations sont la sous les yeux de vos seigneuries pour confirmer ce que j'avance; cardans quel intérêt employait-on ces criminelles manœuvres, si ce n'est pour voiler quelque grand crime?
Milords , nous avons dit tout ceci afin que le monde entier fût édifié sur la vérité de cette accusation : nous produirons nos preuves publiquement, à la face du soleil , et nous montrerons que nous ne subornons pas les témoins , quoiqu'on s'efforce de nous combattre par de pareils moyens.
Milords , ce que nous venons de vous exposer doit suffire au monde pour lui démontrer l'existence du complot général ; mais, milords, vous siégez en ce tribunal comme juges du prévenu ; nous devons donc prouver contre lui, comme nous le ferons , que tous les complots dont nous avons parlé en général, il y a pris part dans le dessein de porter atteinte à la vie du roi , de lever une armée et d'employer tous autres moyens nécessaires pour atteindre ce but.
Milords , veuillez me pardonner, je vous prie, si je vous ai retenus trop long-temps; les détails de celte affaire sont immenses, et je n'ai eu que peu de secours pour m'y préparer. Mais je m'en réfère au jugement de vos seigneuries, et j'espère que ce qui a manqué en moi, ceux qui vont me suivre sauront y suppléer ; j'espère que notre corps de preuves vous paraîtra complet , quelque incomplet qu'ait été l'exposé que je viens de vous soumettre.
Sir Francis Winmington, membre du comité chargé de diriger la poursuite, prit ensuite la parole et parla en ces termes :
PROCÈS DE LORD STAFFORD. 879 Milords, je vais commencer la où le sergent ès-loîs Maynard a fini : je me renfermerai dans Pexamen de la cause, telle qu'elle vous est soumise , et vous exposerai les preuves plus particulièrement relatives au lord présent a votre barre.
Milords, je regarde cette cause comme la cause de la religion protestante tout entière , et ne doute pas que le complot qui a alarmé toute la chrétienté vous soit si clairement démontré en ce jugement , que le plus méchant de nos ennemis ne soit forcé d^en avouer Texistence.
Que la religion des papisies provoque et encourage le meurtre des princes, et le meurtre de tous ceux qu'ils appellent hérétiques, comme aussi l'accomplissement de toutes sortes d'impiétés , pour faire triompher leur superstition et leur idolâtrie j c'est ce que celui qui m'a précédé vous a suffisamment démontré : ce serait abuser de vos momens que de s'étendre davantage sur une vérité si reconnue, en présence d'un auditoire aussi nombreux et aussi éclairé. Je m'attacherai donc uniquement a l'affaire qui doit nous occuper pour exposer a vos seigneuries les preuves du complot en général, et celles du crime particulier imputé au lord présent a votre barre.
Dans ce dessein je prierai vos seigneuries de me permettre de disposer mon discours dans l'ordre suivant.
D'abord , je vous ferai voir quelles facilités les papistes ont eues d'entreprendre et d'accomplir cette détestable conspiration.
Secondement, je vous démontrerai la réalité du complot en général ; ce que je regarde comme une lâche aisée.
Troisièmement^ j'établirai les preuves relatives au prisonnier ici présent ; et je ferai connaître qu'il a été l'un des principaux auteurs de l'horrible projet d'assassiner notre souverain (Dieu puissant! écartez de nous ce malheur!), pour
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renverser la religion protestante et bonleverser le gouverne-
inent avec les lois fondamentales du royaume.
Milords, vons démontrer quelles facilités extraordinaires avaient les papistes d'entreprendre cette conspiration, nous conduira naturellement à en prouver l'existence : ainsi donc, je toucherai d'abord quelques mots de ce premier point.
Il n'est pas inconnu à vos seigneuries , ainsi qu'a toute personne qui s'est le moins du monde enquis de nos affaires, que sa majesté a eu le malheur d'avoir en son conseil privé plusieurs ministres qui étaient papistes dans l'âme, et queU quQs autres qui , sans partnger leurs opinions , les favorisaient secrètement : cette circonstance leur a été une occasion trèsfavorable de poursuivre leurs desseins.
Il est très-vrai qu'aussitôt que ces mauvais ministres furent découverts , et leurs desseins perfides dévoilés , sa majesté leur retira sa confiance; mais, au grand détriment du roi et du peuple , des hommes non moins pervers furent recommandés pour leur succéder et les remplacer.
Bientôt l'on reconnut en quelques hommes des dispositions trop favorables envers les papistes; ils affectaient une fort étrange modération envers ces anciens ennemis de l'église et de l'état : de nouveaux projets de réconciliation furent mis en avant, et l'on écrivit des livres pour distinguer Téglise de Rome de la cour de Rome. L'un de ces livres, imprimé en l'année qui précéda la découverte du complot, a pour but de démontrer qu'il faut faire une différence entre les papistes qui professent de loyaux ou déloyaux principes : ce livre, écrit d'une manière plus artificieuse que le reste, et publié dans une conjoncture critique et difficile, mérite, et obtiendra sans doute , lorsqu'il en sera temps ^ une attention toute particulière de la part de vos seigneuries : on conçoit facilement «quel grand encouragement c'était pour les romanistes ' , de
* Les catholiques romains.
PROCES DE LORD STAFFORD. 38ï Toir avec quel empressement on cherchait a se rapprocher d'eux , et avec quelle liberté on pouvait écrire en leur faveur.
Ce qui encourageait encore les papistes, c'est qu'avec des ministres partisans secrets de leur culte, aussi souveut que sa majesté ordonnait de mettre a exécution les lois faites contre eux, ses bonnes intentions étaient trompées , et la sévérité de ces lois se tournait contre les protestans dissidens : c'était un chef-d'œuvre d'habileté de la cour de Rome, non-seulement d'écarter de sur leur tête le glaive des lois , mais de le tourner contre les protestans, et de le faire ainsi servir a ses intérêts. Les papistes nous ayant par ce moyen divisés et affaiblis, le moment leur parut favorable pour nous délruire, pour aiguiser les poignards destinés au massacre.
Mais, milords, leur plus puissant motif, c'était d'ourdir cette détestable trame , de donner au roi un successeur papiste; c'était là une occasion qu'il ne fallait pas perdre : ils avaient d'abondantes preuves du ferme attachement de sa majesté a la religion protestante , soit durant son exil , soit depuis son heureuse restauration ; ils savaient avec quelle constance elle avait gardé la promesse faite dans sa lettre de Breda , et que ni les écarts de quelques protestans, ni les flatteries de quelques papistes ne pourraient l'ébranler en aucune façon ^ ni le faire chanceler dans sa religion.
Ils ne pouvaient donc espérer d'atteindre leur but désiré, ie rétablissement de leur église, tant que le roi vivrait; eS c'était donner trop au hasard que d'attendre la mort de sa majesté du cours ordinaire de la nature. Alors , comme de bons et vrais papistes ne doivent reculer devant aucune scélératesse, lorsqu'il s'agit d'accomplir leurs desseins, foulant aux pieds tout lien de fidélité et d'obéissance , ils résolurent de se délivrer de notre souverain, dont la vie était l'unique obstacle qui les arrêtât. Telle fut la dernière et la plus abominable partie de leur complot, lequel, bien qu'il eût une infinité
(le branches, était principalement dirigé vers ces objet : les preuves par nous produites contre le lord ici présent tendent surtout à établir ce point.
J'ai rappelé seulement quelques-uns des encouragemens prodigués aux papistes avant que le complot fût découvert; depuis lors il a été surabondamment prouvé qu'il se trarnait depuis plusieurs années, et cela si ouvertement que c'est merveille comment il n'a pas été dévoilé plus tôt.
Milords, je passe maintenant à notre corps de preuves - et, bien qu'il puisse paraître inutile de prouver à vos seigneuries un complot général de la part des papistes , lorsque les papistes eux-mêmes en ont proclamé l'existence; cependant, comme la méthode la plus naturelle pour nous est d'établir d'abord qu'il a existé un complot, avant de démontrer que le prévenu était l'un des conspirateurs, nous vous demanderons la permission de traiter en premier lieu ce point; nous nous ferons scrupule d'abuser des momens de vos seigneuries, mais aussi nous espérons que vos seigneuries nous accorderont tout le temps nécessaire pour développer nos moyens.
Il se rencontre dans nos registres une foule de jugemens qui attestent d'une manière incontestable l'existence du complot, jugemens qui sont des preuves légales devant vos seigneuries : ce sont les condamnations de plusieurs jésuites et de plusieurs prêtres ; les condamnations de Lan^horn et de Coleman, que j'aurais dû donner en première ligne. Nous avons également la condamnation de ceux qui furent poursuivis pour le meurtre de sir Edmundbury Godfrey ; nous avons des condamnations, non-seulement pour des meurtres, des assassinats , mais même pour toutes les scélératesses imaginables. Relativement aux tentatives pour suborner les témoins, nous produirons les jugemens de Bellow, pour avoir voulu suborner Reading; celui relatif à la subornation de Knox et Lane, pour diffamer Oates; enfin, la condamnation