PROCÈS DE LORD STAFFORD
de Tasborough et Price , pour corrompre Dugdale , je principal témoin de ce complot.
Je me contente de rappeler ces particularités^ milords, car comme je parle devant une hautecour ayant registres^ il vous sera facile de vous convaincre de la vérité de mes paroles. Il serait fastidieux d'en donner ici lecture , puisqu'ils sont connus de tout le monde ; nous les produirons dans le cours du débats, alors vous pourrez en prendre connaissance. Tout le parti que nous prétendons en tirer, est de prouver l'existence du complot en général, ce qui est de la plus haute importance 5 car comment croire le prisonnier complice d'un complot, si l'existence de ce complot n'est pas démontrée?
Milords , nous vous exposerons d'autres circonstances qui n'ont point encore fait la matière d'un jugement. Nous prouverons, par la déposition d'un témoin, qu'en l'année 1676 le prévenu se trouvait en pays étranger, qu'il eut un entretien avec Anderton , Champion et Green , ainsi qu'avec plusieurs autres prêtres et jésuites ; qu'ils lui apprirent qu'avant peu l'Angleterre verrait de grands changemens, que le roi était hérétique et excommunié, qu'il serait renversé ; ils ne cessaient de prêcher cette doctrine : ils ajoutaient que , le roi étant mis a l'écart (et c'était le seul obstacle qui se rencontrait sur leur route), la religion reprendrait tout son éclat, par le motif (le témoin vous affirmera celle circonstance), que le duc d'York était de leur parti.
Milords, nous prouverons que les papistes avaient en Angleterre des agens non moins actifs; déjà même quelques-uns d'entre eux ont subi leurs peine; de ce nombre était le nommé Gavan , qui se chargea de parcourir les différens comtés du royaume, afin de prouver par l'écriture, les conciles et les exemples , que c'était une entreprise méritoire de tuer sa majesté; je rappelle ces faits comme indispensables pour vous faire comprendre les preuves spéciales de la cause. Je ne veux
pas m'arrêter davantage sur le complot général, je produirai les registres et ferai entendre divers témoins; M. Gates et plusieurs autres nous donneront de plus amples détails.
Milords, après m'être expliqué sur le complot général, je vais mainienant parler des preuves relatives au prévenu. Quant à lui , milords, tout le corps de preuves repose, non pas seulement sur des conjectures ou de simples probabilités résultant de ce que ce lord (personne ne Tignore) est un papiste zélé et se reconnaît pour tel. Nous avons des preuves expresses contre sa personne : nous produirons a vos seigneuries un témoin qui attestera, qu'au mois de septembre 1778, il y eut une réunion de quelques prêtres et autres conspirateurs à Tixal , dans le Stafford-Shire , chez milord Aslon, pour délibérer sur les moyens de tuer le roi, et que lord Stafford y assista. Par un discours prononcé dans le même mois, nous ferons connaître quels motifs ce seigneur donnait pour justifier ce complot contre la vie du roi : c'était, disait-il, parce que lui et plusieurs familles catholiques n'avaient point été récompensées de leur fidélité, tandis que toutes les grâces étaient accordées aux rebelles et aux traîtres, qu'il en éprouvait un ressentiment profond; mais que, sur toutes choses, la voix de sa conscience et de sa religion l'avaient persuadé d'entreprendre cet horrible dessein, et le confirmait dans la résolution de Texécuter.
Milords , nous irons plus loin , nous prouverons que le prévenu offrit 5oo livres de sa bourse pour prix du meurtre du roi; nous produirons a vos seigneuries un témoin auquel il fit cette offre, le considérant comme un homme sûr, duquel il avait reçu de si bonnes informations qu'il crut pouvoir lui faire sans crainte cette ouverture; l'argument qu'il employa pour persuader le témoin , indépendamment des 5oo livres , était celui-ci : que d'autres , aussi bien que lui , travaillaient a ce projet ; que c'était l'unique moyen d'éla-
PROCÈS DE LORD STAFFORD. 385 Mir la religion romaine en Angleterre j que les personnes de celte religion lui en auraient une éternelle obligatio;i ; que non-seulement il obtiendrait son pardon , mais qu'il serait canonisé.
Milords , telle est en substance la déposition du premier témoin qui sera produit contre railord Stafford 5 elle est si expresse, que je ne pense point que Ton puisse y répondre.
Milords , voici ce que dit le second témoin ( car je me contenterai de rapporter en substance leurs déclarations): Au mois de juin ou de juillet 1678, diverses lettres furent écrites , par le lord présent a votre barre , aux jésuites de Londres- sa seigneurie déclarait qu'elle était prêt à les servir dans leurs grands desseins. Vers la fin du mois de juin 1778, milord Stafford alla voir M. Fenwick à Drury-Lane (il avait quitté le nom de Stafford^ pour prendre celui de Howard d'Effinghan)5 et la il reçut, de la part de Fenvvich , îa commission de payeur général de l'armée qu'on devait lever pour soutenir le complot; sa seigneurie leur dit qu'il allait a la campagne, mais qu'il espérait apprendre bientôt que le projet était exécuté , ou que du moins il le serait avant son retour ; a quoi Fenwick répondit : Votre seigneurie doit travailler à la réussite de l'affaire comme tout autre, «^t il serait nécessaire d'avoir quelqu'un pour diriger le mouveïhent dans la ville ; le prévenu ajoutait : qu'ils avaient été souvent trompés par le roi actuel, qu'ils avaient long-temps souffert avec lui , mais qu'ils ne le supporteraient pas longtemps ; qu'ils étaient résolus de mettre leur projet à exécution sans délai, car leur patience était a bout. Le témoin vous instruira de diverses autres circonstances que, je ne crois pas devoir rapporter ici pour épargner vos momens.
Milords, nous avons un troisième témoin non moins précis que les deux autres ; c'est un homme qui a demeuré trois ans chez lady Powis, qui a été élevé dans sa maison, et 3. 25
qui , s'élant laissé persuader par cette dame et par un certain Mordan , jésuite, de se faire moine, fut envoyé dans ce Lut a Douai ; ne voulant plus continuer de demeurer à Douai (il vous expliquera par quels motifs), il prit la fuite en France et se rendit a Paris chez son frère, moine bénédictin ^ qui lui conseilla de retourner en Angleterre; mais, pendant son séjour en cette capitale, cet homme, par l'intermédiaire de son frère et de quelques autres prêtres, se lia d'intimité avec milord Stafford , qui se trouvait alors en France ; sa seigneurie finit par lui accorder une telle confiance, qu'elle ne put s'empêcher de lui dire, qu'encore bien qu'il eût désobligé tous ses amis en quittant Douai , cependant il pouvait lui proposer un mo3'en de se réconcilier avec eux et se réhabiliter dans Testime de tous les catholiques. Cet homme témoigna le désir d'embrasser avec ardeur une si heureuse occasion, et désira savoir ce qui pourrait lui procurer un si grand bien; railord Stafford lui fit entrevoir qu'il s'agissait d'une chose de la plus haute importance; et, après lui avoir recommandé le secret, il lui dit clairement quelle gloire ce serait pour lui, quel avantage pour la cause catholique, s^l entreprenait de tuer le roi d'Angleterre qui était hérétique, et par conséquent rebelle envers le Dieu tout puissant. Milord Stafford crut que le témoin acceptait avidement sa proposition ; en conséquence, il lui ordonna de se préparer à retourner en Angleterre et k se rendre d'abord de Paris à Dieppe, où il le trouverait et l'accompagnerait en Angleterre; mais il paraît que milord Stafford ne put exécuter sa promesse, de telle sorte que cet homme trompé dans son espérance arriva seul en ce pays; mais il s'en retourna bientôt et s'engagea dans l'armée française.
Milords , nous produirons ces témoins contre le prévenu ici présent ; et, lorsqu'ils auront attesté à vos seigneuries ce que j'ai avancé, tout homme qui ne connaissait point encore le
PROCÈS DE LORD STAFFORD. 38; parti papiste pensera peut-être qu'il lui sera difficile de se justifier de cette accusation; il n'est point de ruses et de manœuvres qu'il n'ait mises en œuvre pour épouvanter ou corrompre nos témoins, pas d'objection qu'il n'ait opposée a nos preuves. Si le témoin ne s'explique point catégoriquement snr tous les points, on nous dit : Il est insignifiant 5 s'il parle d'une manière précise, on s'écrie qu'il ne mérite aucune confiance: ainsi, ils ont une réponse toute prête contre tout témoin qui peut être produit contre eux ; tantôt il ne dit rien d'essentiel, tantôt rien de ce qu'il dit ne mérite confiance.
Mais le jugement que vous allez rendre, s'il ne suffit pas pour les réduire au silence, aura du moins cet avantage, qu'il convaincra le monde entier de la réalité de ce complot.
Ce ne sera pas merveille, s'ils entreprennent encore avec confiance de susciter des chicanes; ils ont l'habitude de diffamer le gouvernement, ils ne sauraient s'en défaire. Combien de fois sa majesté n'a-l-elle pas proclamé , sous la foi de son grand sceau , l'existence de cette conspiration ! combien de fois n'a-t-elle pas pressé son parlement de poursuivre la punition des coupables î A l'ouverture de notre dernière assemblée, n'a-t-elle pas dit expressément qu'elle ne se croyait point en sûreté contre leurs coups ? Vos seigneuries ont déclaré par leurs votes l'existence de ce complot ; les communes Font fait également , et cependant ces hommes auront encore la hardiesse de décrier une vérité si certaine , si authentiquement confirmée !
Que dis-je, milords, leur malice va plus loin encore; ils ont poussé l'audace jusqu'à répandre sourdement parmi le peuple, avant le jugement, que le lord présent à votre barre et le reste des prévenus seraient certainement acquittés; nous espérons pouvoir découvrir les auteurs de cette grande diffamation , et les communes comptent sur le concours de vos seigneuries pour les punir comme ils le méritent; c'est la pre-
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micre fois qu'une classe d'hommes ose dicter ses arrêts a'ceile haute et noble cour. Vos ancêtres , milords , ont sauvé nos pères par leur honneur , leur courage et leur justice ; les avantages qu'ils leur ont acquis, leurs descendans en jouissent aujourd'hui, et certes jamais vos seigneuries ne nous fourniront Toccasion de douter qu'elles ne veuillent marcher sur leurs traces : voici une grande occasion de rendre fameux , aux yeux de la postérité, votre zèle pour la vérité et pour la religion protestante. Il n'est point de ruses ni d'artifices qui puissent nous faire craindre de voir vos seigneuries se montrer impartiales ou injustes envers la chambre des communes d'Angleterre. Cette cause est soumise a votre décision: et, lorsque nous aurons obtenu votre jugement, nous ne doutons pas de pouvoir bientôt expulser le papisme de toute l'Angleterre.
Milords, nous allons maintenant vous soumettre les preuves de la cause ; j'espère que ce jour sera un jour de bonheur pour nous et pour tout ce qui intéresse la religion protestante.
Après ce discours, les témoins furent entendus, et déposèrent des faits énoncés par les directeurs de l'accusation ; leur enquête étant terminée, sir William Jones, l'un de ces directeurs , dit a la cour :
Milords , nous n'appellerons pas d'autres témoins, h moins que le prisonnier nous y oblige 5 s'il élève quelques objections contre les témoins que nous avons produits, j'espère qu'il nous sera permis d'en appeler d'autres pour les soutenir 3 quant a présent, nous n'avons plus rien à dire, et nous attendons la réponse de sâ seigneurie.
Lord Stafford. Avant de commencer ma défense , je désirerais savoir si Ton a dessein de produire de nouveaux témoins contre moi.
Le lord grand sénéchal. On vous a dit qu'on ne produirait pas de nouvelles preuves, a moins que les réponses de votre seigneurie n'obligent de soutenir les témoins entendus.
PROCÈS DE LORD STAFFORD. 38f)
Lord Stafford. Milords, voilà deux années déjà presque accomplies depuis que j'ai eu le malheur d'être accusé de celle détestable trahison ; pendant ce long intervalle je me suis vu , à diverses reprises, renfermé prisonnier , sans que ma femme ni mes enfans pussent se rendre près de moi- a peine permettait-on à un domestique de venir demander, a la porle de la prison ,*ommerrt je me portais. Milords , ce m'a été une grande affliction, si grande en vérité, qu'à peine ai-je pu la soutenir 5 il est vrai que j'avais une consolation , c'était l'espoir de paraître bientôt en jugement , et cela devant vos seigneuries, où mon innocence pourrait briller de tout son éclat. Dans cette confiance, je fis tout ce que je devais : ayant appris que l'on disposait cette salle pour mon jugemént, j'espérais être admis dans peu de jours a me justifier devant vos seigneurios et l'univers entier; cette pensée avait rendu le cabne à mon âme, et je ne prévoyais point quelle nouvelle affliction pouvait m'accabler, lorsque tout à coup quelques-uns de mes amis m'annoncèrent la triste nouvelle que la chauibre des communes m'avait accusé de haute trahison. Milords, je regardais alors la chambre des communes (et encore aujourd'hui ) , comme représenlant toutes les communes d'Angleterre; et je l'avoue, milords, me sentir accusé par elle était un fardeau qui, joint aux douleurs qui accablaient déjà mon /aible corps et mon âme plus faible encore , me paraissait insupportable ; car je regarde la chambre des communes comme la réunion des plus fidèles sujets du royaume. Milords, ces afflictions, et quelques autres dont j'épargne le récit à vos seigneuries, ont tellement affaibli mes sens et ma raison, qu'il me reste à peine assez de force pour vous présenter ma justification. Ainsi donc , je demande hum-* blement pardon a vos seigneuries , si je dis rien qui puisse les offenser, ou si j'insiste sur des choses étrangères au dessein de celle cause, les conjmaut d'attribuer ces erreurs de ma
Sgo BARREAU ANGLAIS.
part a leur veritable cause, c'est-à-dire, h mon défaut d'habileté et non d'innocence, non plus qu'à mon peu de désir de la faire paraître.
« Milords, les directeurs de Taccusation désignés parla chambre des communes, lesquels sont tous gens habiles, et versés dans la connaissance profonde de nos lois, vous ont représenté le crime de haute trahison sous les plu^noires couleurs; mais , milords , je l'avoue, l'eussent-ils fait encore plus difforme , ils ne l'auraient point représenté si horrible que je me le suis toujours figuré, car j'ai toujours regardé la trahison comme le plus abominable péché j je n'ai point de paroles assez fortes pour exprimer toute l'horreur qu'il m'inspire ; j'espère donc que vous me permettrez de m'en justifier, et de vous exposer quelle pensée m'a inspirée de ce crime ce que j'entendis à la barre de vos seigneuries, il y a quelques années , lorsque vous consentîtes a entendre les partisans de différentes religions qui venaient réclamer auprès de vous la liberté de conscience. Je me rappelle qye l'un d'eux , c'était je crois un anabaptiste, vous dit qu'il regardait le crime de haute trahison comme un péché de sorcier; telle est aussi ma pensée; après la trahison, je tiens le meurtre comme le plus condamnable de tous les péchés ; mais j'ai toujours regardé le meurtre du roi comme tellement au-dessus de tous les autres , que des paroles ne peuvent suffire à exprimer toute son énormité.
M Milords , j'ai beaucoup entendu parler d'une chose que les directeurs de l'accusation ont appelée (et cela fort convenablement) la conspiration des poudres; milords, je n'étais point encore né à cette époque; mais, quelques années après, ' j'en entendis beaucoup parler en sens divers ; je pris des informations plus précises peut-être qu'aucun autre n'eût pu le faire , soit auprès de mon père, qui était alors vivant, soit auprès de mon oncle ou d'autres personnes, et je me suis
mOCES DE LORD STAFFORD. S^i
convaincu, par ks témoignages que j'ai recueillis, que celle conspiralion de Londres était un horrible complot de quelques jésuites; et je croîs que ni toute la malice des jésuiles, ni Tesprit de qui que ce soit, ne pourrait parvenir à le justifier, tant c'était une chose exécrable. En outre, milords, j'ai connu l'un de ceux qui y prirent part , et qui depuis avait obtenu sa grâce ; j'en ai souvent discouru avec lui , et il m'a exprimé tout le remords qu'il en ressentait ; je puis déclarer ici à vos seigneuries que je n'entendis jamais un seul catholique romain parler sans horreur de ce complot, tant c'était une chose abominable. Le Dieu tout puissant a déploj^é ses jugemens sur tous les coupables qui y ont pris part, leur postérité tout entière s'est éteinte. J'ai appris que tous en avaient témoigné avant de mourir un repentir sincère, sans lequel il ne peut y avoir de salut ; ainsi , je pense que ce ne fut point l'intérêt de la religion , mais un intérêt privé qui inspira ce dessein.
Milords, quant à la doctrine qui permet de tuer le roi et délie les sujets du devoir d'obéissance, je ne puis dire si l'Eglise de E-ome la professe ou non, je ne l'ai jamais entendue; cela peut être, cela peut n'être pas ; je n'affirme ni une chose ni l'autre; mais, milords, il y avait a Rheims un séminaire anglais qui traduisit la Bible, et la fît imprimer avec l'autorité de ses supérieurs, et, dans ses annotations au quatorzième chapitre de l'Epîlre aux Romains , ces auteurs expriment l'horreur que leur inspire une pareille opinion ; ils disent que tous sujets doivent obéir à leur roi , comme les premiers chrétiens obéissaient aux princes païens de l'empire ; et les savans docteurs du collège de Sorbonne , appelés à prononcer sur cette opinion , ont déclaré qu'elle était erronée, et que c'était la un principe condamnable. Milords , j'ai eu un exemplaire authentique de cette décision de la Sorbonne , je puis vous la soumettre; en outre, il m'a été envoyé dernièrement
392 BAPvREAU ANGLAIS,
un livre écrit par un prêtre de l'Eglise de Rome qui fut mis en accusation pour avoir pris part a ce complot, et depuis acquitté j il proclame ouvertement que l'opinion qui permet de tuer un roi est condamnable, hérétique, et déclarée telle par le concile de Trente.
« Milords , toutes ces choses me portent à croire que l'Eglise romaine ne professe point ce principe, je ne l'affirme point; mais certainement quelques personnes éminentes dans cette Eglise, et qui sont d'un grand poids a mes yeux, le repoussent avec horreur; ce qui me confirme le plus dans mon. aversion pour cette doctrine, ce sont les paroles de notre Sauveur, qui non-seulement nous commande de rendre a César ce qui est à César, mais qui prescrit en plusieurs autres passages de l'Ecriture la soumission aux puissances de la terre; l'univers entier ne pourrait changer mon opinion sur ce que je découvre en ces passages.
« J'affirme donc a vos seigneuries , en présence du Dieu tout puissant , que je n'ai jamais entendu sans étonnement professer une pareille doctrine, et j'ai lu avec scandale ce que j'ai trouvé l'autre jour dans la gazette relativement a quelques sujets imprudens d'Ecosse, a leur conduite et à leurs principes également détestables.
(( Oui, milords, en présence du Dieu tout puissant qui connaît et voit toutes choses, en présence de cet auditoire qui m'environne , et de vos seigneuries qui êtes mes pairs et mes juges, j'affirme et je déclare solennellement que je déteste une pareille opinion comme la damnation éternelle, et je ne désire pas plus vivement mon salut que je n'abhorre celle doctrine.
« Milords , je ne sais aucune puissance sur terre qui puisse me délier de mes devoirs d'allégeance; je reconnais le roi pour mon souverain j auquel je dois obéir tout autant que les lois d'Angleterre contraignent un sujet d'obéir a son roi ; que vos
PROCÈS DE LO?xD STAFFORD. 893 seigneuries me servent de témoins et attestent si je n'ai point prêté le serment d'allégeance; si je ne l'ai point prêté mille fois, tout autant que j'en ai été requis, que je sois déclaré coupable de mille morts et de tous les tourmens que le monde a pu inventer.
« Milords , mes adversaires ont commencé leur accusation contre moi par dire à vos seigneuries qu'il existait un horrible projet d'assassiner le roi , de changer la forme du gouvernement et d'introduire la religion papiste; ils ont ajouté que cette trame était ourdie par les catholiques romains, que toute l'Eglise romaine en était complice, et ils ont essayé de prouver ce complot général par différons témoins entendus le premier jour. Quelle confiance méritent ces témoins ? C'est Ce que vos seigneuries examineront après les débats. Ils ont prétendu que le corps des catholiques romains en Angleterre et les papistes étaient les auteurs de ce complot ; mais qu'y a-t-il donc de commun entre eux et moi? A-t-on fourni la moindre preuve que je fisse partie de cette religion ? Quelques-uns d'entre vous m'eussent-ils vu suivre les exercices de ce culte, ce ne serait point la une preuve judiciaire , vous n'y pourriez point avoir égard. J'ai entendu dire que , si un homme est accusé d'un crime et rais en jugement^ il faut qu'une preuve soit produite. Les membres du jury eussentils la certitude personnelle que le fait a été commis , cependant ils doivent prononcer d'après les preuves produites, et non d'après les faits qui leur sont connus. Ainsi , nul témoin n'ayant affirmé à vos seigneuries que je suis papiste, vous ne devez point me considérer comme tel ; mais , milords , eussé-je fait partie de cette Eglise, ce qui n'est point prouvé, j'aurais eu cet avantage de me préserver de ses principes empoisonnés , et de ne point prendre part à ses criminelles entreprises.
« Milords, on m'accuse d'avoir voulu tuer le roi. En lisant sir Edouard Coke pendant mon emprisonnement, j y ai vu
3^4 BARPxEAU ANGLAIS,
que toiue accusation de trahison doit être àccorapagnée de circonstances antérieures contemporaines et postérieures au fait allégué 5 or, il me semble que rien de tel n'a été prouvé contre moi ; ma vie entière , depuis mon enfance , est pure de tout reproclie; dès le commencement des temps malheureux qui ont précédé, le feu roi, de glorieuse mémoire, me fit l'honneur de m'élever a la pairie; pensant que ma présence pourrait plutôt lui être nuisible qu'utile, je me retirai avec ma femme a Anvers. Lorsque la guerre commença, j'aurais pu y mener une vie tranquille, quoique obscure j mais ma conscience m'aurait fait d'éternels reproches si j'eusse su le roi en péril sans voler a son service. Je revins donc en Angleterre, et, aussi long-temps que sa majesté vécut, je la servis avec tout le dévouement d'un fidèle sujet. Plusieurs d'entre vous, milords, savent si pendant l'exil de notre roi actuel je ne l'ai point également servi; cette conduite démontre qu'alors du moins je ne nourrissais aucune mauvaise intention. '
« J'espère, milords, que ce que je viens de vous dire prouvera que ma vie n'a pu donner aucun prétexte à cette accusation , et me justifiera des imputations que ces vils parjures (je ne crains pas de leur donner ce nom, je saurai le prouver ) ont dirigées contre moi.
M Milords y un mois ou six semaines après que j'ai eu le malheur d'être accusé, vos seigneuries envoyèrent auprès de moi deux membres de cette honorable assemblée (et je ne les aperçois point ici) pour m'interroger sur ce complot (c'était milord de Bridgewater et milord d'Essex ) ; s'ils sont ici, j'en appelle k leur témoignage j qu'ils répètent ce que je dis alors. Ces deux envoyés , après m'avoir interrogé , me dirent que , si je voulais confesser mon crime et leur en faire connaître toutes les particularités^ vos seigneuries intercéderaient auprès du roi pour obtenir mon pardon; mais je ne cessai de
PROCÈS DE LORD STAFFORD. SgS protester de mon innocence. Quelque temps'après , le roi , par un effet de sa bonté a mon égard, m'envoya six membres de son conseil pour me dire que , quelque énorme que fût ma faute, cependant, si je voulais Tavouer, j'obtiendrais ma grâce j alors je réfléchis attentivement, je ne pouvais m'imaginer sur quel fondement on avait pu bâtir la preuve d'un fait qui n'existait point, et me faire ainsi paraître coupable; mais , loin de pouvoir rien découvrir, je ne pus pas même inventer quelque chose qui eût pu faire la matière d'une révélation pour sauver ma vie, si je l'eusse voulu.
(( Milords, j'ai demeuré encore six jours à la campagne après que j*ai eu entendu parler de ce complot 3 si je me fusse cru coupable, j'aurais certainement pris la fuite; étant venu à Londres , je rencontrai deux membres de cette assemblée , ainsi qu'un membre de la chambre des communes , qui me dirent tout ce qui en était de ce complot ; si j'y eusse trempé, je me serais certainement mis en sûieté. J'ai toujours entendu dire, lorsqu'un homme est accusé ou suspect de quelque crime , que sa fuite est une grande présomption de sa culpabilité; or, si fuir révèle le coupable, demeurer atteste l'innocence. Si, après avoir eu connaissance de la découverte du complot , je vins à la ville ; si je me suis laissé prendre ; si après mon emprisonnement et mon accusation j'ai refusé ma grâce, et que cependant je sois coupable, il faut me condamner a mort autant pour ma folie que pour mon crime.
« Milords , c'est une grande offense que le crime de haute trahison , c'est l'aggraver encore que d'y persister lorsque l'on peut sauver sa vie par un aveu. Oui, milords, si j'ai refusé les offres qui m'étaient faites, me sentant coupable, c'eût été ajouter a mon crime V\\n des plus grands péchés que l'on puisse commettre, celui de causer ma propre mort; et comme
Zcf, B/VKREAU ANGLAIS.
Sjprès la trahison le meurtre est a mes yeux le plus grancî péché 5 ainsi, de tous les meurtres, celui commis sur soimême est le plus horrible : je pense que nul homme sur terre ne peut pardonner a un meurtrier; oui, j'atteste a vos seigneuries , en présence du Dieu tout puissant , que , si je pouvais sur l'heure même , par le meurtre de cet abominable Dugdale, qui m'a causé tant de mal, devenir le plus grand des hommes, cependant je n'y consentirais point; je ne dis point que je pusse pousser la charité jusqu'à ne pas le voir avec salisi'action souffrir les peines que la loi réserve a son crime, mais je ne voudrais point porter atteinte a sa vie par un meurtre; verser le sang est un si grand crime, que tout homme ne donne qu'en tremblant sa voix dans une cause capitale; je ne le ferais moi-même qu'avec un grand scrupule si j'étais juge; j'aimerais mieux sauver vingt coupables que de condamner un innocent ; béni soit Dieu de ce que je ne désire la mort d'aucun homme , et de ce que je ne voudrais point pour tout au monde que le sang innocent retombât sur moi !
« Je demande pardon a vos seigneuries de les avoir fatiguées aussi long-temps; je vais maintenant m'occuper da mieux que je pourrai de ma défense particulière.
« Avant que de l'entreprendre , je désire jouir des mêmes faveurs qui ont été accordées à mes adversaires; je désire également avoir la liberté de consulter comme eux votre journal quand j'en aurai besoin; je vous demande surtout de me faire connaître les dépositions d'Oates , sur lesquelles j'ai été mis en prison par ie lord chef de justice; les deux dépositions de Stephen Dugdale, reçues a Stafford devant deux juges de paix , M. Lane et M. Vernon ; celles reçues antérieurement par M. Warcup et sir William Poultney, et faite par Tuberville; je comparerai ces différens témoignages
PROCÈS DE LORD STAFFORD. Sg; entre eux , et j'espère vous prouver que leurs auteurs sont tous parjures. Comment pourrais-je me défendre sans ce secours ? Je l'ignore. )>
Après ce discours, on entendit les témoins h décharge produits par le prévenu ; et , dans ie cours des débats , on lui produisit les différentes dépositions écrites qu'il avait désiré connaître ; après quoi le prévenu reprit la parole en ces termes :
u Milords, je ne vous fatiguerai point en vous faisant entendre de nouveaux témoins ; j'ai produit toutes mes preuves; je vais , autant que ma mémoire affaiblie et mon grand âge me le permettront, résumer une partie des preuves à charge et a décharge ; privé , comme je le suis, de tout sommeil , et sentant toutes mes facnltés morales défaillir, je ne pourrai m'acquitter qu'imparfaitement de ce soin ■ j'ose espérer néanmoins que, conformément a la loi, ainsi que je l'ai appris, car bien que je ne puisse avoir de conseil sur les questions de fait, cependant j'ai vu dans la loi que vos seigneuries, qui sont mes juges, doivent être aussi mes conseils. J'ose espérer, dis-je, que vos seigneuries s'acquitteront de ce devoir envers moi, et suppléeront à toutes les omissions que je pourrai commettre , lesquelles, je crois , seront en grand nombre.
« J'occuperai le moins que je pourrai les instans de vos seigneuries : bien que ces messieurs de la chambre des communes semblent croire que j'ai dessein de traîner cette affaire en longueur, cependant je proteste devant Dieu que cela n'est pas ; et je déclare devant eux et vos seigneuries que , convaincu de mon innocence, je ne susciterai jamais un seul moment de délai ; je sais quelle sollicitude inspirerait à vos seigneuries la vie du dernier des sujets; et, quoique j'aie eu l'honneur de siéger comme pair au milieu de mes juges, cependant je n'implore point votre faveur, mais votre justice. Je résumerai donc ma défense aussi bien que je le pourrai.
« Le premier témoin, Dugdale, a juré que j'ai assisté à une délibération qui eut lieu a Tixall a la fin du mois d'août, ou bien au commencement de septembre; j'ai suffisamment prouvé que , pendant tout le mois d'août , je n'étais point ici ; que je n'y suis arrivé que le 12 septembre* j'ai prouvé qu'il avait d'abord attesté ra'avoir vu ici dans le mois d'août* or, un homme qui se parjure sur un point ne mérite nulle confiance sur aucun autre. J'ai démontré à vos seigneuries que, lorsqu'il prétend que, le 20 septembre, je me trouvais dans ma chambre et lui envoyai un page pour l'appeler, il énonce un fait faux; ce fut lui qui vint pour prendre congé de moi en partant pour les courses publiques; cela, je crois , a été suffisamment prouvé par les deux témoins que j'ai produits. Il est vrai, milords , que l'on m'objecte ce que j'ai dit, que jamais de la vie on ne vit Dugdale seul avec moi, mais c'est la vérité. Il est également vrai , comme Anseli l'a attesté, qu'il me conduisit un laquais; mais il a prétendu que c'était dans la matinée, tandis que c'était à souper, et il ne dit point qu'il fût seul avec moi. Milords, Dugdale a juré qu'il parla a M. Philipps et à M. Sombidge de la mort de sir Edmund Bury Godfrey, le lundi; d'autres attestent qu'il avait dit que c'était le mardi ; mais ces personnes nient que jamais il leur en ait parlé; ainsi donc il est parjure en ce point. Je crois, railords, avoir suffisamment prouvé a vos seigneuries quel degré de confiance mérite un pareil homme; il est démontré par deux témoins, Holt et Morral, qu'il leur offrit de l'argent pour venir déposer, comme il le fit depuis envers un autre, un certain Robinson, qui, s'il faut en croire les informations prises sur lui , est un homme indigne de toute confiance; à ce titre, il convenait merveilleusement a Dugdale pour l'exécution de ce projet; et cependant ce misérable eut encore assez de conscience pour refuser de se parjurer dans une accusation capitale.Quelie impression ces circonstances doivent-elles faire
PROCÈS DE LORD STAFFORD. Sgg
sur Tesprit de vos seigneuries? c'est ce qu'elles auront a décider. Je crois également avoir démontré par mes témoins que Dugdaleest un homme sans réputation 3 il s'est parjuré en différentes circonstances. Que vos seigneuries décident quelle foi méritent ses paroles !
« Le second témoin , milords, est M. Oates; il prend le titre de docteur, j'ignore s'il l'est ou s'il ne l'est pas; certainement il n'oserait point l'affirmer en cette cour. Il atteste m'avoir vu recevoir une commission de payeur général d'une armée qui devait être levée, Dieu sait quand ; pour moi, je l'ai toujours ignoré; je suppose que c'était dans les nuages, car je n'en ai jamais autrement entendu parler. M. Oales s'était d'abord contenté de dire qu'il me croyait engagé dans le complot; maintenant il affirme sous serment que j'en ai fait partie, et que je me suis trouvé chez M. Fenwick, cet homme que je n'ai jamais vu, dont jamais je n'avais entendu parler avant ce procès. Il atteste avoir vu des lettres signées de mon nom; mais , milords , ce n'est point là une preuve admissible, car jamais il ne me les vit écrire; il ne connaît point ma signature, et ne prétend pas même m'avoir connu a cette époque; et, lorsqu'il a prétendu posséder une de mes lettres , il a feint de la chercher, puis il a dit qu^il l'avait perdue , ce qui signifie qu'il ne l'a jamais possédée; mais en outre, milords, sa déposition présente ne concorde point avec ses premières attestations, j'en appelle h ceux de milords qui étaient alors présens en cette chambre; d'abord, il affirme avoir vu seulement mon nom sur ces lettres, puis (c'est-à-dire quelques jours après qu'il eut terminé toutes ses dépositions, lorsqu'il ne pouvait savoir rien autre chose que ce qu'il avait d'abord fait connaître), il se rappelle ce qu'il n'avait point su alors, et affirme qu'une commission m'a été délivrée en sa présence; de telle sorte que ses souvenirs croissent a mesure qu'il a plus de temps pour inventer. Que ne l'a-t-on interrogé de nouveau,
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peut-être eût- il eu encore quelques circonstances inconnues h. révéler? Mais, inilords, il me semble qu'un homme qui affirme sous serment devant vos seigneuries (comme cela est consigné sur votre journal ) qu'il ri^a plus rien a dire contre qui que ce soit, qui vient ensuite désigner la reine et parler d'une commission qui m'aurait clé donnée , doit être un parjure.
« M. Oates a prétendu devant vos seigneuries qu'il ne fut jamais papiste sincère , qu'il ne l'était qu'en apparence et par feinte. En vérité , milords , je ne puis passer ce point sous silence. Un homme qui feint d'être papiste, c'est-à-dire, de professer une religion abominable aux yeux des protestans, doit-il être cru s'il ne se repent pas sincèrement, et s'il ne confesse pas devant Dieu et les hommes qu'il a eu tort d'affecter une pareille dissimulation ; or , vous avez vu cet homme avouer avec un sourire, et comme par dérision, d'avoir feiîit d'embrasser le culte idolâtre, ce qui est une offense envers le Dieu tout puissant j j'en appelle à vos seigneuries, est-ce la un témoin digne de foi ? il me semble qu'il ne mérite pas même le nom de chrétien ^ je sais que souvent des personnes infâmes ont été reçues comme témoins - mais un homme qui vient avouer avec un air de triomphe une infamie qu'il pourrait celer, obtint il jamais aucune confiance? Qu'il fût venu dire : Je confesse que j'ai trompé Dieu et ma conscience; mais c'était pour de bonnes fins et avec bonnes intentions. Cet aveu, s'il nVût entièrement effacé sa faute, l'eût du moins palliée ; mais n'éprouver aucun repentir , mais affronter plutôt avec impudence le Dieu tout puissant, est-ce là se montrer homme digne de foi ? je le demande a vos seigneuries et a tout le monde chrétien.
« Le dernier témoin, milords, est Tuberville; il prétend qu'en 1675 il me vit a Paris, et eut avec moi pendant quinze jours de fréquentes conférences j il avoue cependant n'avoir
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jamais vu aucun de mes serviteurs; comment est-il possible d'être venu chez moi pendant quinze jours de suite sans avoir vu aucun de mes serviteurs ? dites, messieurs, si cela est presumable. Peu de jours après mon arrivée a Paris , mon hôte vint me voir et me dit : Il ne faut pas souffrir que qui que ce soit monte chez vous sans que votre domestique soit présent; il se présenta hier un Français pour vous parler , je ne le connais pas ; il alla droit à votre chambre sans être accompagné de personne; cela est dangereux, ajouta-t-il; il est arrivé que des Français étant entrés chez des personnes qu'ils ont trouvées seules , leur ont mis le pistolet sous la gorge pour leur arracher leur argent. Ainsi, dit-il, évitez désormais de vous trouver seul; depuis ce moment, qui était à la fin d'octobre ou au commencement de novembre, peu de jours après mon arrivée à Paris , nul homme ne monta chez moi sans être accompagné de mon domestique : comment se fait-il donc que le témoin soit venu me voir pendant quinze jours , et qu'il n*ait vu aucun de mes domestiques ? Il a prétendu que je lui écrivis une lettre pour l'avertir que je reviendrais en Angleterre par Calais , et non par Dieppe ; mais j'ai prouvé que je revins par Dieppe , et j'affirme à vos seigneuries qu'il y a plus de douze à quatorze ans que je ne suis allé à Calais. Il me semble que c'est l'a démontrer d'une manière incontestable que cet homme n'a pas dit un mot de vérité. Il a ajouté que milord Dowis, milady Dowis et ses amis lui persuadèrent d'aller à Douai pour se faire moine; que, s'étant dégoûté de cette profession , il revint en Angleterre , où il fut en danger de perdre la vie par leurs embûches ; mais il a été suffisamment prouvé qu'a son arrivée il alla trouver milord Dowis , qu'il en fut bien reçu ; il demeura dans sa maison , et ne fut exposé à aucune injure. J'ai publié, dit-il, qu'il était un lâche, et cela, comment Ta-t-il su? Un capitaine, qui n'est plus main-
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tenant en Angleterre, l'a dit à sa sœur, qui lelui a rnpporté.
Un pareil bruit, comme on voit, a bien peu de consistance.
(( Milords, entre tous les témoins entendus contre moi, il ne se rencontre pas un seul homme de qualité ou même d'une condition honnête • et qui sait s'ils n'ont pas déposé plutôt par corruption que pour rendre hommage à la vérité? Lorsque je discuterai les points de droit de cette cause, j'examinerai si un homme qui a reçu de Targent pour déposer est un témoin digne de foi.
« Milords, j'ai résumé de mon mieux les preuves qui ont été produites contre moi; c'est tout ce que j'ai pu faire dans le court espace de temps qui m'a été laissé. Je me soumets au jugement de vos seigneuries, ne doutant point de les avoir pleinement satisfaites sur tous les chefs de l'accusation dirigée contre moi. Je vous supplie de bien considérer une chose à l'égard du docteur Oates : sa dissimulation envers le Dieu tout puissant et l'impudent aveu qu'il en fait; j'insiste sur cette circonstance, et je proleste devant Dieu que, si j'étais juge, je ne voudrais pas pendre un chien sur d'aussi misérables preuves. J'ai maintenant plusieurs questions de droit à soumettre a vos seigneuries, je les exposerai lorsqu'il leur plaira dem'entendre . »
Le lord strand sénéchal. Exposez-les maintenant ; si vous avez quelques doutes sur des questions de droit, expliquezvous.
Lord Stafford. Milords , je crois m'être justifié devant vos seigneuries de toutes les accusations dirigées contre ma personne ; ma vie entière les dément. Je défie a qui que ce soit au monde de me reprocher la moindre parole ou le moindre acte de désobéissance envers sa majesté; j'ai servi le roi qui nous gouverne aujourd'hui, dans la malheureuse guerre qu'il eut a soutenir} et cependant, a cette époque, je me trouvais avec ma femme et mes enfans réduit à la dernière misère ,
PROCÈS DE LOBlD STAFFORD. 4o3 n'a3^anl eu pour toute ressource, pendant cinq ou six ans, que quelque argenterie que j'avais emportée. Si j'avais voulu revenir a Londres et rejoindre les rebelles, j'aurais pu recouvrer mes propriétés, et vivre tranquille comme tant d'autres ; mais ma conscience me disait que je devais servir mon roi et le servir de ma personne , ne pouvant le faire autrement. J'ai démontré que tous les témoins produits contre moi sont parjures ; je demanderai maintenant ropinion de vos seigneuries sur quelques points de droit : peut-être soumettrai-je a vos seigneuries quelques questions extravagantes et étrangères à la question ; je vous supplie de me les pardonner, et de ne les imputer qu'à la faiblesse de ma raison. La première difficulté est celle-ci :
1°. 11 me semble qu'il n'est point d'exemple d'une procédure criminelle continuée d'un parlement à un autre, comme celle-ci l'a été a trois parlemens successifs.
2°. Je ne révoque point en doule le pouvoir de la chambre des communes; je sais qu'elle peut diriger une information lorsqu'elle trouve des faits incontestables pour lui servir de fondement; mais je ne connais aucune loi dans le royaume qui permette, dans une cause capitale, de procéder contre qui que ce soit , si ce n'est par une accusation admise par un grand , jur}', et non par une information dirigée par un individu ou par un corps quelconque.
3**. Il me semble qu'il existe quelque vice dans l'accusation, ou pour mieux dire l'information (car il n'y a pas eu d'accusation); aucun acte apparent n'a été cité dans cette accusation (ou cette information ) je ne sais trop quel nom lui donner : or , par l'acte du parlement rendu sous Henri quatrième, nul ne peut être condamné comme coupable de haute trahison que conformément aux statuts delà vingt-cinquième année d'Edouard m , qui exige un acte apparent.
4°. Je désire pouvoir prouver qu'en droit, les témoins
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produits contre moi ne sont pas admissibles, car ils ont reçu de Targent. Mais, milords, j'onbliais une chose relativement aux preuves produites, c'est que mes adversaires se sont efforcés de prouver (j'ignore s'ils y ont réussi ), l'existence d'un complot général de papistes; que ce complot existe ou n'existe pas, peu m'importe, car on n'a point prouvé que je fusse papiste ; et lors même que quelques-uns d'entre vous auraient de ce fait une connaissance personnelle, cependant, nulle preuve n'ayant été produite k cet égard, cela ne peut me nuire.
5". Voici un dernier point de droit ; c'est que nul homme, ce me semble , ne peut être condamné sur la déposition d'un seul témoin \ or , il n'est aucune partie de la cause qui ait été attestée par deux témoins : telles sont les questions de droit que j'avais a soumettre à vos seigneuries j je leur demande pardon des fatigues que je leur donne , et les prie de m'expliquer leur opinion.
Après ce discours, les membres du comité chargés par la chambre des communes de diriger l'accusation , prirent successivement la parole ; ils rappelèrent les dépositions des té* moins qui avaient été produits pour prouver, soit l'existence du complot, soit la part qu'y avait prise le prévenu , et réfutèrent les objections de droit qu'il avait proposées. De nouveaux témoins furent entendus 5 après quoi les débats ayant été clos, le lord grand sénéchal recueillit les votes de la chambre : trente-un lords déclarèrent le prévenu non coupable , et cinquante-cinq le déclarèrent coupable. Le prévenu ayant été rappelé à la barre , le lord grand sénéchal lui demanda s'il n'avait pas quelques moyens à faire valoir pour s'opposer au jugement. Lord Stafford proposa deux moyens : l'un fondé sur un vice de forme résultant de ce qu'on ne lui avait point fait lever la main ; l'autre , fondé sur une disposition d'un statut de la treizième année du règne du
PROCES DE LORD STAFFORD. 4o5 roi régnant , qui ordonnait que tout pair accusé et convaincu de trahison devait perdre son droit de siéger dans le parlement, ce qui, disait le prévenu , était la seule peine qu'on pût lui imposer.
Les lords ayant repoussé ces deux moyens, le lord grand sénéchal prononça contre le prévenu le jugement suivant, avec les solennités d'usage.
u Milord Stafford , les moyens que vous avez proposés pour empêcher le jugement d'éhe prononcé ont été, après mûr examen , jugés de nulle importance par la cour ; il n*est point essentiel à un jugement que le prisonnier lève la main, il n'est fait nulle mention de cette formalité sur les registres • c'est là simplement un usage pour désigner à la cour quel est le prévenu , et souvent on procède contre lui , bien qu'il refuse de lever la main lorsque le prévenu est suffisamment désigné. Ainsi, Tomission de celte cérémonie en ce cas n'est point une exception légale, comme tous les juges l'ont déclaré.
u Quant a la disposition du statut de la treizième année de ce règne, leurs seigneuries ont jugé qu'elle n'est en aucune façon applicable a votre cause ; d'abord en ce que l'accusation dirigée contre vous n'est point fondée sur ce statut, mais bien sur celui de la vingt-cinquième année du règne d'E douard m - ensuite, parce que lors même qu'elle eût été sur ce dernier statut, cette disposition n'eût pu être invoquée par vous.
(( Il ne me reste donc plus maintenant qu'un triste devoii à remplir ; je n'ai point encore prononcé de sentence de mort contre qui que ce soit , et il me peine extrêmement de com^ mencer par votre seigneurie.
« Qui aurait cru qu'une personne de votre qualité, d'une si noble extraction , d'une fortune si considérable, si illustre par les souffrances qu'elle a essuyées dans nos derniers troubles, si intéressée au maintien du gouvernement , qui avait
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personnellement de si grandes obligations au roi actuel et a son auguste père pour les faveurs dont il vous a comblé, put prendre part a une aussi infernale conspiration que celle qui avait pour objet le meurtre du roi , la ruine de l'étal , le bouleversement de la religion, et, autant qu'il eût été en voiie pouvoir, la perte de toutes les âmes et de tous les corps dans trois nations chrétiennes.
« Et cependant telle est l'accusation dirigée contre vous par la chambre des communes, accusation dont celte cour a reconnu la vérité.
(c Qu'il ail existé un complot général des papistes , que la mort du roi en ait été le principal objet, c'est ce que maintenant il est impossible de révoquer en doute.
u Que signifiaient tous ces livres publiés depuis deux ans contre le serment d'allégeance, a une époque où personne ne songeait a de pareilles controverses? Que signifiaient ces sermons du P. Gonyers sur le même sujet? N'était-ce point pour écarter tous les scrupules qui auraient pu refroidir le zèle que l'on cherchait a échauffer contre la vie du roi?
i( Dans quel but toutes ces correspondances avec l'étranger, cet argent amassé par les moines, soit au dehors, soit au dedans? Pourquoi cette méthode de ne se diriger que par les ordres venus de Paris ou de Saint-Omer, et comment expliquer celte lettre écrite d'Irlande pour assurer les moines d'Angleterre que tout était prêt, et que l'on n'attendait plus que le signal?
« Peut-on douter maintenant que Londres ne dut être brûlé, et de quelles mains est parti le coup qui frappa le malheureux Godefroi? N'est-il pas démontré par mille preuves que, tel est le fanatisme de quelques papistes, qu'ils ont résolu de tenter tous les moyens pour faire triompher leur cause, d'y employer le fer et le feu ?
« Si le complot général est manifeste, la participalion de
PROCÈS DE LORD STAFFORD. 4^07 voire seigneurie ne l'est pas moins. Ce que vous avez fait a Paris, ce que vous avec continué de faire a Tixall, dans le Slafford-Shire, révèle un projet arrêté contre le roi; ce que vous avez dit à Londres touchant l'honnête Will prouve que vous connaissiez le complot qui se tramait ici contre sa vie, et tout cela manifeste en vous un grand degré de perversité; car tantôt vous appeliez le roi, hérétique et traître envers Dieu , et tantôt vous lui reprochiez de prostituer ses faveurs et de ne récompenser que des rebelles et des traîtres.
u Ainsi, vous voyez que les averlissemens et les prédictions du sage se sont réalisés a votre égard : « Ne maudis point le roi, dit-il, pas même dans ton cœur, car les oiseaux du ^ ciel révéleront tes pensées, et tout ce qui vole dans l'air déclarera ce que lu as médité dans ton âme! ))
« II est trois choses que je dois vous prier de prendre en considération : d'abord, vous voyez qu'il a plu au Seigneur de vous abandonner à vous-même, jusqu'à ce que vous soyez tombé dans le précipice, ce précipice que vous creusiez pour les autres; et songez que le Seigneur n'abandonne jamais un homme, si cet homme ne l'a d'abord abandonné.
« En second lieu, considérez plus attentivement que vous n'avez fait jusqu'à ce jour quelle est celte religion à l'aide de laquelle des guides aveugles ont pu vous précipiter dans les malheurs qui vous accablent.
« Enfin , je vous supplie de penser que le véritable repentir ne vient jamais trop tard; une douleur sincère, jointe à un humble aveu de ses fautes, a toujours beaucoup de puissance, soit devant Dieu, soit devant les hommes. Il s'est rencontré dans ces derniers temps quelques criminels qui ont refusé de rendre hommage a la justice de Dieu , en confessant les crimes pour lesquels ils étaient condamnés; même on leur avait persuadé que c'était un péché mortel de déclarer en public les crimes pour lesquels ils avaient reçu l'absolution en secret y
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et ils n*ont point osé rendre à Dieu un hommage qu'autrement ils ne lui eussent point refusé.
t( Que Dieu vous préserve d'une pareille erreur ! Que Dieu vous préserve de grossir le nombre de ces âmes égarées que la mort seule pourra détromper!
« Peut-être que votre seigneurie lient a peu d'estime les prières de ceux qu'elle a si long-temps regardés comraé hérétique. Quelle que soit votre opinion a cet égard, je puis vous assurer que tous les lords ici présens, même ceux qui vous ont condamné, ne cesseront de prier pour vous, afin que vous arriviez au terme de votre vie d'une manière chrétienne et pieuse, quelque tragiques que soient les moyens employés pour vous y conduire.
« Maintenant, milord, c'est la dernière fois que je puis vous donner ce nom, car les paroles que je vais prononcer vont effacer votre caractère. Voici quel est le jugement que la loi vous inflige :
« Vous retournerez au lieu d'où vous êtes venu , de la vous serez traîné sur une claie au lieu de l'exécution , pour y être pendu par le cou, mais non pas jusqu'à la mort, car vous serez coupe vivant en morceaux, vos parties viriles seront arrachées, vos entrailles seront aussi arrachées a vos yeux et jetées dans le feu, votre têîe sera séparée de votre corps, votre corps divisé en quatre quartiers, dont il sera disposé selon le bon plaisir du roi. Puisse le Seigneur tout puissant avoir pitié de votre âme î »
Le prisonnier fut reconduit a la Tour après que celle sentence eut été prononcée.
Le 29 décembre suivant sa sentence fut exécutée.
ACCUSÉ DE LIBELLE