SIR WALTER RALEIGH
EXPOSÉ
Au milieu de la tranquillité qui régnait en Angleterre durant les premières années du règne de Jacques i^"^ , rien ne dut paraître plus surprenant que la découverte d'une conspiration pour renverser le gouvernement et établir sur le trône Arabella Stuart , Tune des proches parentes du roi par la famille de Lenox , et descendue comme lui de Henri vu : tout est encore mystérieux dans ce complot , et l'histoire ne nous fournit aucun mojen de dissiper cette obscurité.
Watson et Clarke , deux prêtres catholiques , furent accuse's de celte conspiration j lord Grej , puritain ardent , lord Cobham , homme inconstant , sans principes arrêtes, et sir Waller Raleigh, soupçonne de faire partie de cette secte philosophique, alors extrêmement rare en Angleterre, qui depuis a reçu le nom de francspenseurs; ensemble M. Broke, frère de lord Cobham,
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sir Griffin Markbam, M. Copeley , sir Edouard Parham j étaient engages. Quel lien unissait des hommes de principes si opposes? quels e'iaient leur but, leurs moyens? c'est ce qu'il est malaise d'expliquer.
Gomme Raleigli , Grej et Cobliam passaient communément pour s'être opposes à ce que le roi fût proclame jusqu'à ce que des conditions eussent etë faites avec lui , ils étaient par ce motif en guerre ouverte avec le ministère et la cour, aussi le peuple soupçonna d'abord cette conspiration d'être une invention du secre'taired'ëtat Cecil pour se débarrasser de ses anciens confédérés , devenus aujourd'hui ses plus ardens ennemis. Mais les aveux des coupables avec les débats qui eurent lieu dissipèrent tous les doutes 5 et, bien qu'on ne pût prouver l'existence d'un projet arrêté, il paraît cependant que des hommes d'une ambition exaltée, se réunissant fréquemment , et croyant le mécontentement général , avaient médité de très-criminels projets; que plusieurs même avaient lié une correspondance avec Aremberg, l'ambassadeur de Flandre , à l'effet de troubler l'ordre établi.
Les deux prêtres et Broke furent exécutés; Cobham , Grey et Markham obtinrent leur pardon ; Raleigh fut également arrêté, mais il ne reçut point sa grâce; il demeura en prison pendant plusieurs années.
Il parait , d'après les Mémoires de Sully , que Raleigh avait offert secrètement ses services à l'ambassadeur français : on peut dès lors présumer qu'ayant été repoussé de ce côté il eut recours au ministre flamand. Cependant il faut avouer que, lors de son jugement, il ne parut
EXPOSÉ. % ancim indice de ces négociations , et qu'on ne fournit même pasune preuve qui pût justifier sa condamnation ; il fat accuse par Cobham seul, en un moment de passion, alors que celui-ci venait d'apprendre que Raleigh , dans son interrogatoire , avait rëvëlë certaines circonstances qui pouvaient le compromettre. GoLham rétracta bientôt son accusation , puis il reLracla sa retractation : cependant, sur la deposition écrite de ce seul témoin, homme de nulle consideration , contradictoire avec luimême, qu'on refusa de confronter avec Raleigh , dont aucune circonstance accessoire ne confirmait le témoignage, Raleigh j cet homme d'un talent si eminent, fut, contre toute loi et toute e'quitë, dëclarë coupable par ie jury j son nom ëtait à cette ëpoque fort odieux en Angleterre, et chacim se plaisait à condamner Tennemi capital du comte d'Essex , le favori du peuple.
Sir Edouard Coke, le fameux jurisconsulte, alors procureur-gënëral , dirigea l'accusation , sa conduite et ses emportemens, en cette circonstance, ne sont pas l'une des moindres taches de sa mémoire : les plus cruelles et les plus abjectes invectives furent prodiguées par lui à cet homme illustre dont la fortime et la vie se trouvaient compromises par ce jugement , et qui se dëfendit avec moderation , ëloquence et courage.
PROCÈS
DE