‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglaisChapitre 9 sur 42 · PROCÈS DE WALTER RALEIGH · texte numérisé non relu

PROCÈS DE WALTER RALEIGH

^escouleuvi ines, et d'enlever aussi leprinceetson conseil 5 puis ils devaient, en vertu de l'auloriîé souveraine, conduire le roi a la tour; et, lorsqu'ils l'auraient tenu Ta, lui arracher trois choses : d'ahord , le pardon de leur trahison ; en second lieu , la tolérance de la superstition romaine, et leurs yeux tomberont avant qu'ils voient ce désir accompli ; car le roi a dit devant une foule de personne : Je perdrai ma couronne et la vie avant de changer de religion ; et , en troisième lieu, le renvoi de ses ministres ; à la place du lord chancelier, ils auraient placé un Watson, prêtre aussi cruel qu'ignorant. Brook, dont je ne dirai rien, devait être leur trésorier; le grand secrétaire eût été Markam, oculus patriœ ; on aurait rempli comme on aurait pu la place de grand - juge; Grey devait être grand-maréchal et grand-écuyer , parce qu'il aurait eu table ouverte a la cour ; on aurait élevé le comte de Worcester a un plus haut rang.

Tout cela ne pouvait se faire sans l'aide de la multitude ; en conséquence, Watsôn le prêtre dit a un homme résolu que le roi était en danger de la part des puritains et des jésuites, pour l'engager a agir en aveugle, ajoutant que le roi n'est pas roi jusqu'à ce qu'il soit couronné, et qu'ainsi tout homme pouVait venger ses propres torts ; mais il est rex natu ; sa dignité est héréditaire comme la vôtre, milords; puis Watson prescrit un serment blasphématoire, faisant jurer de défendre la personne du roi , de tenir secret tout ce qui était alors révélé , et de chercher tous les moyens de propager la religion catholique; on devait ensuite mander a la tour le lord maire et les alderraans au nom du roi, de peur qu'ils ne fissent quelque résistance, leur faire donner des otages, et leur enjoindre de fournir des vivres et des munitions.

Comme le roi partit avant le milieu de l'été, Grey reçut ordre de se procurer une compagnie de gendarmes; en conséquence on différa tout jusqu'à ce qu'il eût obtenu un régiment d'Osteirde ou d'Autriche. Vous voyez que ces complots

Gi BARREAU ANGLAIS.

étaient comme les renards de Samson ^ qui, quoique ayant des lêtes différentes, se tenaient tous par la queue.

Raleii^h. Je vous prie, messieurs du jury, de ne point oublier que je ne suis pas accusé de cette Iraliison; elle est tout entière l'œuvre du prêtre.

Le procureur - général. Milords, vous observerez trois choses dans ces trahisons : d'abord, elles avaient toutes le même mot d'ordre 5 la sûreté du roi, leur prétexte était Z^o/iwm in se ; leur dessein était malum in se ; en second lieu , elles abusaient toutes des saintes écritures; en troisième lieu, elles invoquaient le droit commun pour prouver qu'il n'y avait point de roi tant qu'il n'était point sacré, alléguant un statut de la treizième année du règne d'Elisabeth : telle a été la marche de tous les traîtres.

Dans la vingtième année du règne d'Edouard 11 , la reine Isabelle et lord Mortimer proclamèrent que la personne du roi n'était point inviolable lorsqu'il s'agissait du bien de l'église et de l'état.

L'évêque de Carlile , prêchant sur ce texte , ma tête est malade ( désignant le roi par la téte ) , soutenait que souvent lorsque la tête devenait négligente, le peuple pouvait corriger .SCS erreurs.

En la troisième année du règne d'Henri iv, sir Roger Clarendon , assisté de deux prêtres, publia que Charles 11 était vivant lorsqu'il était mort.

Henri m fit couper la tête a Mortimer pour avoir donné ie conseil de tuer le roi • dans la troisième année du règne d'Henri vu , sir Henri Stanley trouva la couronne dans la poussière, et la mit sur la tête du roi. Quand Fitzv\'ater et Garret lui dirent qu'Edouard vivait encore , il répondit : S'il \it encore, je lui prêterai mon secours; mais cela lui coûta

vie.

Edmond Delapole, duc de Suffolk , tua un homuîe sous

PROCES DE WALTER RALEIGH. 65 le règne du roi Henri vu ; le roi le fît comparaître devant un tribunal , et puis lui pardonna : cependant ce seigneur prit tellement cette offense à cœur qu'il envoya solliciter tous les seigneurs de l'aider à réformer l'état, puis il leur dit qu'il irait en France demander du secours. Sir Roger Comptoa eut connaissance du complot, et découvrit Windon avec ses complices, qui furent convaincus.

Il prétendait qu'il était un point sur lequel il fallait s'arrêter, à savoir qu'on ne produisait qu'un seul témoin, s'appuyant sur le procès d'un certain Appleyard, qui avait dit qu'un homme doit avoir deux accusateurs. Helmsétait l'homme qu'il accusait 3 mais monsieur le juge Gastin répondit que ce statut n'était plus en vigueur aujourd'hui. Puis, parlant des accusateurs, il fit cette distinction : L'accusateur est celui qui rapporte par ouï -dire 5 le témoin est celui qui affirme ce qu'il a vu lui-même; il est une troisième sorte de preuve qui a plus de force encore que les précédentes , c'est lorsqu'un homme, qui en accuse un autre, s'expose, par la même accusation , à être condamné lui-même , et se rend passible de la même punition. Cette assertion alors a plus de force que cede de plusieurs témoins.

Puis il définit la trahison : 11 y a trahison dans le cœur , dans la main, dans la bouche et dans la réalité; comparant celle qui est dans le cœur à la racine d'un arbre , celle qui est dans la bouche au bourgeon , celle qui est dans la main aux fleurs, et celle dans la réalité aux fruits.

Maintenant j'en viens à la cause qui vous est soumise , messieurs du jury. Deux choses côncou rent surtout h aggraver un crime de haute Uahison , detennùiatîone Jim's et elec^ tione mediorum. Or cette trahison réunit ces deux circonstances au plus haut degré 5 elle avait pour but de détruire le roi et toute sa race. Ces sortes de trahisons s'appellent crimen lesœ majestatis : celle- ci va plus loin, on pourrait dire 3. 5

qu'elle est crimen extirpandœ regiœ mojestatis et lotius progemœ siiœ. Il n'est besoin, milords , île rien vous dire concernant le roi, ni de vous parler de sa bonté, de sa douceur, lui dont toutes les pensées sont innocentes, les paroles remplies de sagesse , les œuvres pleines de dignité , quoiqu'il fût vrai de dire : Nunquam iiiniis quod iiuuquam satis ; mais sur qui se portait votre baine? Sur des enfans.

Raleigh. A qui dites-vous cela? Je n'entendis jamais parler de pareilles choses.

Le procureur- général. Oui , je le dis ; je prouverai que vous êtes le traître le plus avéré qui jamais ait comparu a cette barre; après vous être débarrassé du roi, vous vouliez changer la religion, car vous aviez le même but que la conspiration accessoire, et je vous imputerai les paroles

Raleigh. Mes paroles ne pourront me faire condamner, mon innocence me protège; prouvez une seule des choses que vous m'imputez, et j'avoue tout le reste; je confesse que je suis le plus horrible des traîtres digne d'être crucifié avec mille et mille tourmens.

Le procureur- général. Oui , je prouverai tout : tu es un monstre; tu as la figure d'un Anglais, mais tu es Espagnol dans le cœur ; tu dois maintenant posséder l'argent qu'on t'a promis. Aremberg ne fut pas plutôt arrivé en Angleterre (c'est toi que j'accuse, Raleigh), que lu envoyas vers lui Cobham pour lui demander de l'argent, afin de le distribuer aux mécontens et de soulever la révolte.

Raleigh. Qu'on me laisse répondre.

Le procureur- général. Tu ne répondras point.

Raleigh. Il y va de ma tête.

Le président. Sir Walter Raleigh , M. le procureur-géïîéral n'en est encore qu'à l'exposé de l'ensemble de la cause ; lorsque l'avocat du roi aura fourni ses preuves , vous pourrez répondre à chacune d'elles en particulier.

PROCÈS DE WALTER RALEIGH. 67 Lord Cecil. M. le procureur-général , lorsque vous aurez fini votre exposé, sera-t-il permis de répondre sur chaque particularité?

Le procureur-général. Sans doute , lorsque nous en serons a la lecture des preuves. Raleigli , dis-je , envoya Cobhara vers Arembergj ils soupèrent ensemble avant d'y aller; après souper Raleigh le conduisit a Durham-House d'où Cobham se rendit chez Aremberg accompagné d'an de ses domestiques et par des chemins détournés. Cobham témoigna de l'inquiétude jusqu'à ce qu'il eut présenté sa demande , car il avait quatre lettres de Raleigh. Aremberg répondit qu'on procurerait l'argent , mais qu'il ignorait à qui il devait être distribué. Alors Cobham et Lawrency revinrent à Durham-House, où ils trouvèrent Raleigh. Cobham et Raleigh eurent une secrète conférencedans la galerie; puis Cobham et Lawrency quittèrent Raleigh. Vous parliez de paix ; mais qu'est-ce que signifie ce mot en votre bouche ? une invasion espagnole ou un renversement opéré par les Ecossais. Vous n'êtes point un homme h prendre tant d'argent pour procurer une paix légitime; car une paix achetée avec de l'argent est déshonorante. Cobham devait ensuite aller en Espagne , et retourna par Jersey où vous êtes capitaine ; et là , comme Cobham n'avait pas tant de politique ou, pour mieux dire, de méchanceté que vous, il devait prendre votre avis pour la distribution de l'argent. Comment avez-vous pu vouloir déposer un si bon roi, l'hérilier d'Elisabeth, fille aînée d'Edouard iv? et pourquoi donc en créer un autre? Vous aviez, je crois, l'intention de donner a Arabella le titre de reine. Je ne veux rien dire de ce prétendu titre, mais certainement elle n'aurait été qu'un instrument entre vos mains. Pauvre dame ! vous n'aviez aucune bonne intention pour elle;

Raleigh, Ce que vous me dites m'est entièrement neuf.

Le procureur-général. Oh ! monsieur, je m'étends sur ce pointy, parce que je sais avec qui j'ai affaire.

Raleigh. Quelles relations ai-je jamais entretenues avec celte (lame ?

Le procureur-général. Je vous démasquerai avant d'avoir fini. Les Anglais ne se laissent point persuader par des paroles ; il leur faut des livres pour les convaincre.

Raleigh. Ce livre était écrit par un homme de votre profession, monsieur le procureur-général !

Le procureur-général. Je voudrais que vous n'eussiez pas tant d'impatience.

Raleigh. Il me semble que c'est voué condamner vousmême. Je me tais.

Le procureur- général. Par ce livre vous vouliez lui persuader que notre souverain n'est pas roi légitime; mais qu'il nous soit permis de considérer quelques circonstances : Vous connaissez tous lordCobham ( qui vous est un sujet de douleur et de joie ) ; de douleur en ce que sa maison, si long-temps sans souillure, est maintenant flétrie ; de joie, en ce que sa trahison est maintenant découverte; il n'est ni politique ni militaire. Raleigh était l'un et l'autre; il épousa ses projets, dès-lors il devint la cause de sa ruine. Une autre circonstance est le secret avec lequel la trame a été conduite. Humphry-Stafford demandait un sanctuaire pour la trahison ; Raleigh , dans son machiavélisme, s'est fait un sanctuaire pour îa trahison; il ne veut communiquer qu'avec Cobham , parce que , dit- il un seul témoin ne peu t le faire condamner ; car Brook disait à sir Griffilh- Marklam : Prenez garde à ce que vous révélerez à lord Cohham ; tout ce qvUil saura , le sorcier Raleigh le lui arra^ chera. Aussitôt que Raleigh eut été interrogé sur un chef de , trahison relatif à lord Cobham , il lui écrivit ces mots : T ai été interrogé sur vous, et je n'ai rien avoué. En outre vous lui fîtes dire , par votre fidèle Francis Kemiih , qu'un seul témoin ne pouvait faire condamner, et qu'ainsi vous l'invitiez d'avoir bon courage. Cela est-il venu de Cobham? Non, mais de la

^ PROCÈS DE WALTER RALEIGH. 69 machiavélique politique de Raleigh. Mais Cobham s'est rétracté : pourquoi donc le presser sur ce point? Apprenez maintenant la plus horrible manœuvre qui jamais soit sortie du plus profond des enfers : après que Raleigh sut que Cobham l'avait accusé , il s'efforça d'avoir des intelligences avec Cobham , ce à quoi il parvint par le sieur sir John Payton^ mais je crois que ce fut de la part de celui-ci une erreur ide jeunesse.

Raleigh. Ce furent les lords qui me le dirent j autrement je n'aurais point été envoyé à la tour.

Le procureur-général. Ainsi Cobham , à rinstigation de Raleigh , a pris part à ce complot, de telle sorte quels question a décider sera celle de savoir si vous n'êtes point le principal auteur du complot, et s'il n'y aurait point pris part sans vous. Pourquoi donc Cobham a-l-il tout rétracté? D'abor(3, parce que Raleigh était si odieux , qu'il craignait d'être exposé aux plus durs traitemens a cause de lui ; en second lieu , il s'est dita lui-même : s'il échappe, je me disculperai bien plus facilement. Après cela Cobham demanda un prédicateur pO/Mî" conférer avec îui^priantqu'on lui amenât le docteur Andrews ; mais, dans le fond^ ce n'était pas lui qu'il désirait , mais J\J. Galloway, digne et respectable ecclésiastique, qui, plus qr.e personne^ comme il le disait, a du crédit auprès du roi, afi;i que, voyant ses constantes dénégations, il pût en informer sa majesté ; et le voilà se jouant de cet ecclésiastique. Si Raleigh pouvait persuader aux lords que Cobham n'avait pas l'iqtention de voyager, il croyait que tout irait bien ; et voilà qu'il médite une fourberie. Dans la tour, Cobham doit écrire a sir Thomas Vane , homme respectable , qu'il n'avait pas intention d'aller en Espagne ; et cette lettre , Raleigh la composa au nom de Cobham.

Raleigh. Je me laverai les mains de l'accusation , et je mourrai fidèle au roi.

yo BAPvPvEAU ANGLAIS.

Le procureur-général. Vous êtes le plus abominable traître qui fût jamais.

Raleigh. Ce ne sont pas vos phrases qui le prouveront, M. le procureur-général.

Après le discours du procureur-général, on procéda a produire les preuves de l'accusation* on lut d'abord Tinterrogatoire de lord Cobham.

Raleigh. Qu'on me laisse voir l'accusation : sont-ce la tous les indices que Ton peut produire contre moi ? misérables preuves!

Je vous prie, messieurs du jury , de ne pas l'oublier ; ce sont la les preuves qui doi vent ou me coradamner , ou me sauver; qui doivent me rendre à la liberté, ou condamner ma femme et mes enfans à demander leur pain par les rues ; c'est là ce qui doit attester si je suis un traître avéré, ou un sujet fidèle du roi : qu'on me laisse voir mon accusation afin que je puisse y répondre.

Le greffier de la couronne. Je l'ai déjà lue, et je vous ai communiqué tous les interrogatoires.

Raleigh. Lors de mon premier interrogaloire'a Windsor, les lords me demandèrent si je connaissais les sourdes menées de Qohh'àm Aremberg ; je répondis négativement! en ce qui concerne Arabella , je proteste devant Dieu qu'on ne m'en a jamais dit un mot ; sî le contraire est prouvé , que je sois déclaré coupable de mille trahisons : c'est une étrange chose qu'on veuille me faire une pareille imputation , lorsque je n'entendis même jamais prononcer le nom d! Arabella Stuart.

Après avoir été interrogé , je dis à milords que je soupçonnais lord Cobham d'avoir eu des conférences avec Aremhergj que ces visites m'étaient suspectes 3 car, après qu'il fut parti de Duramhouse, je le vis passer et traverser Sainte-Marie , où je savais que demeurait Lawrency, l'un des hommes

PROCÈS DE WALTER RALEiGH. 71 attachés au service d'Areraberg î milord Cecil me demanda mon opinion sur Lawrency ; je répondis que , si Ton ne se saisissait de Lawrency, il était a craindre qu'il prît la fuite, et que, si on le saisissait, on donnerait par-la l'éveil à lord Co- Lham. Lorsque Cobham vit que ma lettre avait dévoilé ses relations avec Aremberg, il m'accusa, dans sa fureur; mais il n'était pas encore au bas de l'escalier qu'il s'en repentit, et me dit qu'il m'avait fait tort. Sur la fin de son accusation il ajouta que , s'il eût porté cet argent k Jersey , il aurait craint que je le livrasse au roi avec son argent. M. le procureur-général a prétendu qu'un pareil projet ne pouvait point venir de Cobham, que c'est un homme simple 3 mais est-il un homme si simple! non : il a une volonté ferme, il est fort mabiisé de le conduire; et, lorsqu'il s'est mis une chose en tête, plus

* difficile encore de l'en détourner; ce n'est point un enfant. En outre il est bizarre que j'aie formé avec Cobham le projet de l'envoyer en Espagne pour débourser cet argent, lui qui était un homme sans affection en Angleterre , et moi qui venais de résigner ma place d'inspecteur- général des Hannaries'. N'est-il pas étrange que j'aie voulu me faire un liohin Hood'' j un Ket ou un Cade? Je savais que l'Angle-

- terre se trouvait plus que jamais en état de se défendre , je n'i' gnoraispas que l'Ecosse était unie, l'Irlande paisible^ le Danemarck, autrefois suspect , maintenant assuré • qu'ayant perdu une reine que le temps avait surpris , nous avions maintenant un roi actif, un successe\ir légitime qui paierait de sa personne en toutes les affaires. L'état de l'Espagne ne m'était point inconnu ; j'avais écrit un discours que j'avais dessein de présenter au roi contre la paix avec V Espagne ; je savais que les Espagnols avaient essuyé six défaites^ trois en Irlande et

» Les mines de plomb dans le comlé de Coiida al Brigand fameux»

^2 BAPdlEA^U ANGLAIS,

trois en mer : je savais que le roi d'Espagne, le plus orgueilleux prince de la chrétienté, s'humiliait maintenant devant le roi mon maître pour obtenir la paix : je savais que de six vingts vaisseaux qu'il avait auparavant dans ses ports, il n'en possédait plus que cinq ou six j que de vingt-cinq millions qu'il avait reçus des Indes , un seul lui restait a peine : je savais qu'il était si pauvre, que les jésuites d'Espagne, qui jouissaient ordinairement de larges appoinlemens , se trouvaient contraints de demander l'aumône.

Vit-on jamais un prince débourser une pareille somme sans de suffisantes garanties? Les sujets de sa majesté , citoyens de Londres , ne lui prêteraient pas a elle-même leur argent sans une terre pour servir de mort-gage. Je savais que la reine ne prêtait pas les deniers de l'état sans exiger la recette d'une ville comme sûreté; pouvais-je donc penser qu'il donnerait une si forte somme a Cobham?

Je n'ai jamais eu de relation avec Cobham que pour des sujets d'intérêt privé , comme pour organiser sa maison , payer ses domestiques. J'avais k lui, lorsque je fus interrogé , quatre mille livres sterling en bijoux, destinées à une acquisition : c'était une perle de trois mille livres, et un anneau de cinq cent livres; s'il avait eu l'intention de s'échapper, il n'aurait pas laissé une si forte somme pour acheter le bail d'un fief. Je le vis acheter pour trois cents livres sterling de volumes avec l'intention de les envoyer dans sa bibliothèque a Cantorbéry, et une armoire de trente livres pour les faire transporter. Dieu sait , et non pas moi , s'il avait dessein de faire un voyage au-dehors. Quant aux complots avec Arabella^ aux lettres écrites k Aremberg , aux discours tenus, en quelque langue que ce soit ; si j'ai rien connu de tout cela , je consens à m'avouer coupable de tout ce que l'on m'impute, et a souffrir mille morts.

Les débats ayant été clos , on fit j urer au maréchal de prisori

. PROCÈS DE WALTER RiVLÉiGH. j3 de ne laisser communiquer le jury avec personne. Le jury se retira ; et , après un quart d'heure de délibération, il revint a la cour, et prononça un verdict de coupable.

L'avocat de la cour demanda que le jugement fût prononcé contre le prisonnier ?

Le greffier de la couronne. Sir Walter Raleigh, tu as été accusé, traduit en jugement, et tu as conclu a être déclaré non coupable des diverses trahisons que Ton l'impute : en te remettant \\ la décision de ton pays . ton pays t'a déclaré coupable- que peux-tu dire pour que le jugement et l'exécution h mort ne soient pas prononcés contre toi ?

Raleigh. Milords, le jury m'a déclaré coupable j il doit se conduire selon qu'on le dirige ; je ne puis rien dire pour empêcher de prononcer le jugement contre moi. Vous voyez de quoi Cobham m'a accusé ; vous vous rappelez ses protesta- # tions que je n'étais pas coupable; je désire que le roi puisse savoir toutes les injustices qui m'ont été faites depuis que je suis ici.

Le lord chef de justice. Aucune injustice ne vous a été faite, sir Walter.

Raleigh. Oui , il m'en a été fait beaucoup par M. le procureur-général ; je vous prie, milords, de rappeler trois choses au roi : i°. j'ai été accusé de menées secrètes avec l'Espagne, et je n'ai jamais su que lord Cobham eut intention de s'y rendre : je consens à ne recevoir aucun pardon du roi , si Cobham affirme ce fait; 2°. je n'ai jamais connu les complots tramés avec Arabella ; 3°. je n'ai jamais connu les relations de lord Cobham avec Aremberg, ni cette conspiration si étrange.

Le lord chef de justice. En mon âme et conscience , je suis persuadé que les imputations de Cobham contre vous sont sincères } vous ne pouvez nier avoir reçu un

traitement comme espion de l'Espagne; ainsi vous n'êtes

point un sujet aussi fidèle que vous le prétendez.

Raleigh. Je m'abandonne a la bonté du roi; je sais que sa miséricorde est plus grande que mes offenses; je lui recommande ma femme et mon nis encore en bas âge.

Le lord chef de justice. Je n'aurais jamais cru voir arriver le jour où je siégerais en ce lieu pour prononcer la sentence de mort contre vous ; car il me paraissait impossible qu'un homme d'un esprit aussi élevé pût tomber dans ime aussi grande faute : le ciel vous a accordé tous ses dons^ vous étiez un homme capable de servir le roi dans un poste élevé; vous vous étiez fait une existence honorable : en bien considérant votre position , vous ne vous seriez pas laissé égarer par votre esprit ; vous auriez pu vivre tranquillement : un homme ne doit chercher à monter si haut, de peur qu'il ne tombe ; il ne doit pas non plus ramper , de peur qu'on ne l'écrase. Le plus sage comme le plus grand jurisconsulte de noire époque a dit : lu medio spatio mediocria fit ma locantur. Vous auriez pu fort bien vivre avec trois mille livres sterling par an ; car tel est, je crois, votre revenu. Il n'est rien au monde qui pût exciter en vous le mécontentement ; mais eussiez-vous été dans la misère, vous n'ignorez pas que la roue de fortune peut facilement en sa course nous porter à son sommet. Je ne sache point que le roi vous ait jamais rien enlevé , si ce n'est la charge de capitaine des gardés; ce qu'il lit, non sans de bonnes raisons , voulant mettre en cette place quelqu'un auquel il pût se fier entièrement. Vous passiez pour un homme sage, et jusqu'à ce jour vous ne vous êtes pas montré sans intelligence. Si relativement au monopole du vin , le roi répondit : C'est la une chose onéreuse à mon peuple , dois-je l'accabler pour votre bien particulier ; vous n'avez pu , je pense , trouver mauvais que les sujets du royaume fussent soulagés même par votre propre dommage.

PROCÈS DE WALTER RALEIGH. yS Deux vices dominaient surtout en vous, une ardente ambition et une insatiable avidité. L'ambition vous fesait désirer de recouvrer les grâçes et les faveurs que vous possédiez autrefois ; mais ces grâces, vous ne les aviez point acquises en un jour ni en une année. Quant à votre avidité, avec quelle douleur n'ai-je point appris qu'un homme riche comme vous ait pu se faire l'espion de l'ennemi ; ce qui est le plus vil de tous les rôles , car en mon âme et conscience je crois que Cobham a dit vrai sur ce point : par ce moyen vous aviez accru votre fortune de i5oo livres par an 5 mais l'avarice est comme un chancre qui ronge la place où il se trouve. En ces circonstances , vous ne vous plaindrez pas , si je vous parle de votre zèle et de votre amour pour votre Dieu. Vous avez été accusé par la voix publique d'entretenir les opinions les plus impies j je ne les répéterai point ici, parce que des oreilles chrétiennes ne peuvent les entendre , et que ceux qui les professent ne doivent pas être tolérés dans une société chrétienne. Vous savez ce que l'on a dit d'Harpoollj vous ferez bien , avant de sortir de ce monde, de vous disculper sur ce point , et de ne pas mourir sous le poids de pareilles imputations. Ne vous laissez point persuader par quelque démon ennemi , qu'il n'y a pas d'éternité dans le ciel ; car avec celte opinion vous trouverez l'éternité en enfer. Lors de la première accusation de milord Cobham, j'ai observé sa manière de s'exprimer; je proteste devant le Dieu vivant que je suis persuadé qu'il a dit la vérité. Vous lui écrivîtes de ne jamais rien révéler à un prêtre, lui rappelant l'exemple du lord Essex , qui vivrait encore aujourd'hui avec honneur, s'il ne se fût point laissé entraîner; il a confessé ses offenses, et a mérité le pardon du ciel ; car j'ai l'intime conviction qu'il est mort en digne serviteur de Dieu.

Votre intention de ne rien avouer esta la fois inhumaine et méchante : c'est eu ce monde qu'il est temps de coufesser

ses fautes , afin qu'elles nous soient pardonnées au jour du

jugement ; vous avez donné une abominable preuve de votre

incrédulité en conseillant a un homme de ne pas confesser la

vérité.

J'oubliais de vous dire par quel motif on ne vous a point pro duit votre accusateur face a face : c'est que de telles personnes sont aisément induites à se rétracter, lorsqu'elles reconnaissent qu'il n'y a plus pour elles d'espoir de la vie. Il est dangereux de laisser des traîtres communiquer ensemble; lorsqu'ils se voient condamnés à mourir, ils croient devoir tout faire pour sauver leurs complices, afin qu'ils puissent poursuivre le cours de leur trahison , et les venger en quelque sorte par ce moyen.

Maintenant il me reste a prononcer la sentence que j'aurais bien désiré ne pas être obligé de rendre contre vous; car, si la crainte de Dieu eût égalé en vous vos autres grandes qualités, vous eussiez été l'un des sujets du roi les plus excellens; je n'ai jamais vu pareil jugement, j'espère ne plus en revoir.

Mais, puisque vous avez été déclaré coupable de ces horribles trahisons, le jugement de la cour est que vous soyez reconduit d'ici aux lieux d'où vous êtes venu, pour y demeurer jusqu'au jour de l'exécution ; que delà vous soyez traîné sur une claie jusqu'au lieu du supplice pour y être pendu et coupé vif, que votre corps soit ouvert , que votre cœur et vos entrailles en soient arrachés , que vos quatre membres soient coupés et jetés au feu devant vos yeux , que votre tête soit séparée de votre corps, et que votre cœur soit divisé en quatre quartiers pour en être disposé au bon plaisir du roi : que Dieu ait pitié de votre ame !

Immédiatement après ce discours sir Walter Raleigh fut reconduit k la tour; pendant les quatorze années qu'il avait passées dans celte prison, il avait formé le plan d'une entreprise pour une mine d'or dans laGuiane. Cette proposition fut

PROCÈS DE WALTER RALEIGH. 77 présentée et recommandée à sa majesté par sir Ralph- Winvood , secrétaire d'état. Cette recommandation et de puissantes sollicitations déterminèrent le roi à permettre à Walter Raleigh de tenter son entreprise. Cette expédition donna de l'ombrage à l'Espagne, qui y jeta des entraves- le succès n'ayant pas répondu aux promesses de Raleigh , il fut, à son retour h Londres, mis en détention dans sa maison ; lorsqu'il s'aperçut que la cour était dirigée par Goudomar , l'ambassadeur d'Espagne, et que tout espoir de pardon était perdu pour lui , il tenta de s'échapper en France. Ce projet ayant échoué, le roi Jacques résolut de le sacrifier aux ressentimens des Espagnols pour en obtenir la paix ; mais comme on ne voulut pas courir les hasards d'un second jugement, on résolut de mettre à exécution la condamnation précédente : en conséquence, le 28 octobre 1618, le prisonnier fut conduit devant la cour du ban du roi h Westminster, où le procureur-général parla en ces termes :

Milords, sir Walter Raleigh, le prisonnier ici présent, a été, il y a quinze ans, convaincu de haute trahison, et condamné à mort. Sa majesté, dans sa miséricorde, a jugé convenable de suspendre l'effet de la sentence jusqu'en ce jour que la justice en réclame l'exécution.

Sir Walter Raleigh , si l'on considère les hautes qualités qui le distinguent , mérite toute votre pitié : il s'est montré comme lin astre au monde étonné , mais les astres peuvent tomber ; ils le doivent lorsqu'ils troublent l'harmonie de la sphère qu'ils parcourent. Le bon plaisir de sa majesté est donc que le premier jugement soit mis a exécution , et c'est ce que je viens vous demander en son nom.

Sir W alter Raleigh, Milords , ma voix, affaiblie par la maladie, pourra à peine se faire entendre ; tout ce qu'il m'est possible de vous dire, c'est que le jugement rendu depuis si longtemps contre moi ne doit pas servir aujourd'hui pour m'enlever

78 BARREAU ANGLAIS, la vie ; car sa majesté ayant daigné m'accorder une commission importante avec le droit dévie et de mort sur une infinité de gens , une telle faveur m'a semblé me décharger de toute condamnation. Le voj^age que j'ai entrepris n'a eu d'autre résultat que de me priver de mon fils et de ruiner ma fortune

Sur quoi le lord chef de justice l'interrompant : Sir Walter Raleigh, ce que vous dites touchant votre voyage est hors de la question, et votre commission ne peut en aucune manière vous sauver, car vous n'avez point été gracié par elle. Dans les cas de haute trahison le pardon doit être spécial et non iiiiplicite; dans votre commission, il ne se rencontre pas un mot relatif à votre pardon 5 il faut donc présenter quelque autre argument , autrement nous ordonnerons l'exécution de la sentence.

Sir TTalter Raleigh. Si telle est votre opinion, milords , je me tais, et je m'en remets a la bonté du roi ; j'espère qu'il étendra sur moi sa miséricorde. Quant a ce jugement rendu depuis si long-temps, plusieurs personnes attesteront, et sa majesté fut elle-même d'avis, que c'était une mesure sévère h mon égard.

Le lord chef de justice. Sir Walter Raleigh, vous devez vous rappeler vôus-même que vous comparûtes devant un tribunal respectable , et que vous fûtes justement condamné. Il serait maintenant sage de votre part de vous soumettre et de confesser que votre offense méritait cette sentence qui fut alors prononcée contre vous. Je vous prie donc d'écouter ce que je vais vous dire : Je suis appelé pour décerner l'exécution de ce jugement rendu contre vous depuis quinze ans. Pendant ce temps vous avez été mort aux yeux de la loi, et vous pouviez être exécuté a chaque minute j mais la bonîé du roi vous épargnait : vous pourriez regarder comme cruel que Ton vînt aujourd'hui vous faire exécuter de sangfroid 5 mais il n'en est point ainsi, car de nouvelles offenses ont

PROCÈS DE WALTER RALEIGH. 79 soulevé la justice de sa majesté, et l'ont excité à faire revivre ce que la loi avait déjà prononcé contre vous. Vous avez été vaillant et sage, je le sais, et je ne doute point que ces deux vertus ne vivent encore en votre ame; vous aurez maintenant Toccasion d'en faire usage : vos sentimens religieux ont été révoqués en doute, mais je suis persuadé que vous êtes bon chrétien , car votre livre , qui est un excellent ouvrage, l'atteste. Je devrais peut-être vous donner quelques conseils , mais je sais que vous pouvez vous en donner à vousmême beaucoup mieux que moi. Cependant je veux , comme le samaritain de l'évangile, qui, rencontrant sur le chemin un homme meurtri de coups , versa de Phuile dans ses blessures, et ranima ses forces , verser dans votre arae le baume de la consolation , baume qui néanmoins , de la part d'un ministre delà loi, sera mêlé de quelque amertume: vous désoler ne pourra vous servir de rien , car fussiez-vous accablé de peines , votre douleur ne les calmerait pas* fussiez-vous afiligé, votre douleur pe vous soulagerait pas; fussiez-vous tourmenté, votre douleur ne vous contenterait pas : cependant le chagriu causé par vos fautes vous sera une éternelle consolation. Imitez ce vaillant capitaine qui au milieu du danger s'écria comme pour délier la mort , ô mort ! tu m'attends , mais malgré ta fureur, c'est moi qui t'attends. Il ne faut craindre la mort ni trop, ni trop peu; de peur que l'espérance nous abandonne , ou que la présomption nous entraîne. Je finis en adressant au ciel mes prières afin qu'il ait pitié de votre ame; et au même instant le chef de justice prononça ces mots : l'exécution est ordonnée.

Sir Walter Raleigh. Milords, je désire pour dernière faveur de n'être pas exécuté sur-le-champ, car j'ai quelque chose à faire pour soulager ma conscience, quelque chose pour satisfaire sa majesté, quelque chose pour satisfaire le

So BARREAU ANGLAIS,

monde - je désire être entendu le jour de ma mort; j'atteste ici ce Dieu devant lequel je vais paraître, que je ne fus jamais déloyal envers sa majesté; ce que je justifierai lorsque je n'aurai plus a craindre aucun roi de la terre : je vous demande avec instance de prier pour moi.

Lacour ayant ordonné l'exécution de la sentence, les shérifs de Midlesex reçurent ordre à cette fin de prendre le prisonnier sous leur garde, et le conduisirent en conséquence à Gatehouse.

Sir Walter écrivit au roi une lettre pour justifier son expédition de la Guiane ; son apologie, quoique juste , ne satisfit point la rage de Gondomar, qui avait résolu de le sacrifier aux intérêts de l'Espagne.

Le jeudi 29 octobre 1618, sir Walter Raleigh fut conduit par les shérifs de Londres a un échafaud dressé sur la vieille place du palais de Westminster , vers les neuf heures du matin : lorsqu'il y fut arrivé , il salua d'un air serein les lords , les chevaliers et les gentilshommes qui étaient présens; après quoi l'on fit faire silence , et il dit : Veuillez me porter de ce côté, c'est aujourd'hui le troisième jour de ma fièvre, et si je montre quelque faiblesse , je vous supplie de l'attribuer à ma maladie, car voici l'heure a laquelle elle me saisit ordinairement; puis , après un moment de silence, il s'assit et se tournant vers une fenêtre, où se trouvaient les lords Arundel, Northampton et Lancaster, avec quelques autres lords et chevaliers , il parla en ces termes :

« Je remercie le ciel de son infinie bonté, en ce qu'il me fait mourir a la face du soleil et non dans l'obscurité. » Alors, voyant que les lords qui se tenaient à cette fenêtre ne pouvaient pas bien l'entendre à cause de leur éloignement, il leur dit : « Je vais élever la voix , car je désire fort être entendu par vous; » à quoi lord Arundel :« Nous allons plutôt des'

PROCÈS DE WALTER RALEIGH. 8i cendre près de l'échafaud; » ce qu'il fit avec plusieurs autres personnes. Le condamné, les ayant alors salués à plusieurs reprises , recommença en ces termes :

« Ainsi que je l'ai dit, je remercie le ciel de ce qu'il me fait mourir à la face du soleil , et non dans un obscur cachot de la Tour, oii j'ai souffert tant de misères et une si cruelle mala- . die : je le remercie en outre de ce qu'il a permis que la fièvre ne me tînt pas en ce moment^ le priant de me continuer celle grâce.

« Les soupçons que sa majesté a conçus contre moi sont , mVt-on dit, de deux sortes ; je désire m'en justifier.

« D'abord, sa majesté a été informée que j'avais souvent tramé des complots avec la France; ce qu'elle avait de bonnes raisons pour croire.

« L'un des motifs qui ont pu autoriser celle conjecture, c'est qu'a mon retour de la Guiane, en me dirigeant vers Plymouth, je tentai d'aller à La Rochelle, dans une barque , avec le dessein de faire ma paix avant de revenir en Angleterre.

« Une autre raison est qti'étant sur ma flotte, j'eus l'intention de fuir en France pour me mettre en sûreté, ayant reçu quelques nouvelles alarmantes du dehors.

« Un troisième motif a été l'arrivée d'un agent français près de moi : on a prétendu en outre que j'ai reçu une commission du roi de France à mon départ. Telles sont, si je suis bien informé, les raisons qui ont pu porter sa majesté à me soupçonner.

« A cela je réponds , et le serment d'un homme qui appelle Dieu a témoin d'une fausseté à l'heure de sa mort est beaucoup plus impie, puisqu'il ne lui reste plus assez de temps pour se repentir; j'appelle donc Dieu a témoin, comme j'espère être sauvé, comme j'espère le voir bientôt face à face, que je n'ai jamais eu de commission du roi de France, qufr jamais je n'ai vu l'écriture du roi de France , que jamais je 3. 6

n'ai su qu'il y avait près de moi un agent français, ni qui il était, jusqu'à ce que je le rencontrai dans la galerie de mon logement, sans m'y attendre. Si je ne dis pas vrai, ô mon Dieu ! faites que je n'entre jamais dans votre royaume.

(c Le second soupçon qui s'est élevé contre moi résulte de ce que sa majesté a été informée que j'ai parlé de mon souverain avec mépris ; mais mon accusateur était un vil Français, un renégat, un homme sans feu ni lieu, une espèce de chimiste que j'ai connu pour le plus perfide des hommes.

« Maintenant que j'affirme ces choses-la, qu'ai-je a faire avec les rois de la terre ? je n'ai plus rien à faire avec eux , et je ne les crains plus; je n'ai plus à faire qu'avec ce Dieu en présence duquel je me trouve : il serait donc inutile de proférer un mensonge dans le hut de gagner la faveur du roi. Ainsi, de même que j'espère être sauvé au jour du dernier jugement, j'affirme n'avoir jamais parlé de sa majesté d'une manière déloyale et déshonorante; je ne puis donc que regarder comme étrange qu'un Français, un homme bas et vil, soit cru aveuglément comme il l'a été.

« J'ai dit la vérité , comme j'espère être sauvé , et je pense en être cru sur ma parole : j'avoue avoir tenté de m'échapper, je ne puis m'en justifier; mais c'était uniquement pour sauver ma vie.

« J'avoue pareillement que je feignis d'être malade h Salisbury; mais sans doute ce n'est pas Ta un crime, car le prophète David fit aussi le fou pour s'échapper des mains de ses ennemis et cela ne lui fut point reproché ; ainsi qu'ai-je fait? je n'ai eu aucune intention méchante , je n'ai voulu que gagner du temps jusqu'à l'arrivée de sa majesté, espérant quelque commisération de sa part.

« Je pardonne a ce Français et a sir Louis Steukley de tout mon cœur, car j'ai reçu les sacremens ce matin, et

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