‹ BaryeChapitre 11 sur 21 · BA R'V'EA · texte numérisé non relu

BA R'V'EA

Dans un autre ordre d'idées, l'esprit et les yeux se passionnent et s'indignent aux méfaits des reptiles : Python étouffant un crocodile, Python avalant une biche. Ce n’est pourtant qu'un enchevêtrement d’anneaux autour d’une masse qui perd toute forme, mais de courbes si souples que le spectateur est conquis. Si l’on regrette la biche sacrifée, c'est au contraire avec intérêt, avec une joie cruelle, que l’on assiste à l’agonie du crocodile ouvrant une gueule que l’étouffement rend inoffensive, tandis que les incisives du reptile, à l'œil cruel et brillant, entament, implacables, les articulations du saurien.

À côté de ces grandes pièces, Barye en multipliait de petites, empreintes des plus belles qualités d'observation, de vérité, de souplesse, on ose dire de mouvement. C'étaient l'Ours fuyant les cmens, le Petit chameau de Perse, la Levreite rapportant un hèvre, un Dromadaire harnaché d'Egypte, un Chat assis, un Farsan doré de la Chine, un Faisan blessé, un Ratel dénichant des œufs, etc.

Grâce au legs Thomy-Thiéry, si important et par le nombre et par la qualité des épreuves, grâce aussi aux quelques fontes anciennes, pour la plupart numérotées, entrées avec la collection Chauchard, et aussi aux plâtres originaux dus à la libéralité de M. Zoubaloff, le Louvre est aujourd’hui fort riche en œuvres de Barye : le maître se montre dans la diversité de son talent, la force et l'originalité de sa conception. Voici de petites pièces remontant à ses débuts : Hercule luitant contre un sanglier, Enfant chevauchant un bouc, Biche courant, Genelte, qui révèlent encore les habitudes de l'orfèvre ; des modèles romantiques où la science de l’animalier s'allie à toutes les hardiesses, fomente entre des races rivales, des rencontres épiques : Cavalier africain surpris par un serpent, Cheval lerrassé par un jeune lion, Cerf terrassé par deux levriers ; voici enfin le Barye de la maturité, vrai

avec grandeur, pittoresque avec simplicité et noblesse, le créateur du Tigre dévorant une biche, du Tigre et du Lion marchant, de la Panthère couchée tenant un cer.

Belles pièces qui voisinent avec T'hésée combattant le Minolaure, Thésée et le centaure Chiron, Charles VIT dans la forêt du Mans, Charles VTT, Gaston de Foix, le Piqueur Loms XV, le Petit fou de Rome qu’on croirait extrait d’une fouille antique. Parmi ceci et cela, voici, fondus à cire perdue, des essais ou épreuves : Lion attaquant un sanglier, Tigre à la chèvre.

En dehors des officielles, les commandes particulières venaient aussi, mais avec leur accompagnement de mesquineries : Isaac Péreire, par exemple, demande à Barye de lui composer un dessus de cheminée : pendule et candélabres, à la condition qu'il n’y en aurait que deux épreuves, le moule étant brisé aussitôt après. Barye qui avait été toujours séduit par ce que nous appelons aujourd'hui l’art appliqué, se mit de grand cœur à la besogne quoique le résultat en fut destiné à un seul. Il y travailla trois années, exécutant le modèle, présidant à la fonte, ciselant lui-même les pièces qui entraient dans cet ensemble, les ajustant sur le marbre. Le motif principal représentait Apollon conduisant le char du soleil. Les candélabres, aux branches richement chantournées, montraient, adossée à leur tige, une nymphe dont les jambes disparaissaient derrière une chimère aïlée. L’ensemble est fort imposant et digne du talent de Barye ; les chevaux, en particulier, comptent parmi les plus beaux qu'il ait exécutés. Mais ce n’est pas une œuvre de caractère comme celles qu'il avait précédemment conçues, œuvres aussi d’une simplicité si émouvante. Ici, Barye a songé à la période la plus décorative de l’art français, au xXvirIe siècle, dont certains éléments entrent dans le soubassement. Malgré ce souvenir, le morceau est bien de son temps, il a cette élégance accusée, cette surcharge dans les détails, qui caractérisent le style Napoléon III.

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