‹ BaryeChapitre 3 sur 21 · EF · texte numérisé non relu

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La passion de son art, jointe à une droiture d'esprit à toute épreuve, n’a pas empêché ce grand artiste de soufirir de l'incompréhension, parfois même de l'hostilité haineuse de ses contemporains. Il eut à lutter contre le préjugé, toutpuissant à son époque, qui limitait à la simple représentation de la figure humaine, l’art statuaire. Encore cette figure devaitelle être établie selon un canon étroitement défini. En conséquence, ses représentations de l’animal furent considérées comme appartenant à un art inférieur et ravalées au rang de « serre-papiers ». Non seulement la tendance d’art fut âprement discutée, mais on s’en prit au talent de l’homme lui-même, exclu systématiquement des salons pour un temps.

Il connut certes les éloges enthousiastes. Et, de ceux qui lui furent adressés par des admirateurs ardents dont le nom

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demeure l'honneur des Lettres françaises, on ferait un volume ; mais on en ferait un autre, presqu'aussi gros, des articles systématiquement hostiles qui furent publiés à l’apparition des œuvres de Baryÿe, des mots de confrères qui ridiculisaient et condamnaient la valeur de son labeur.

Or, Barye débutant était pauvre et il demeura tel la plus grande partie de son existence. Pourtant, il résista avec constance aux assauts de ses adversaires, à leurs calomnies, augmentant de jour en jour les éléments d’une œuvre admirable par le caractère, la puissance de beauté. Si la représentation des animaux en-est la partie la plus originale, la figure humaine a sa place, mise en action dans des pièces d'une

rare tenue. Par l’ampleur des formes, leur équilibre, leur

rythme, il est même le plus grec des statuaires de son temps. Ses adversaires concevaient des héros figés brandissant des sabres de fer blanc, les siens agissent, luttent, ayant pour

principale sauvegarde leur intelligence, l’élasticité de leurs muscles.

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Il y a quelques années encore, les musées français et le Louvre, tout le premier, étaient fort pauvres en œuvres de Barye ; grâce à quelques dons et achats, et surtout aux libéralités de Thomy-Thiéry et à celles, plus récentes, de M. Zou-

baloïff, fervent admirateur du maître, notre grand musée est.

maintenant fort bien pourvu de ses productions. Mais cela est peu de chose en comparaison de ce qu’a réuni l’Amérique et, en particulier, de ce que l’on voit à Baltimore, au musée Walters qui conserve un spécimen, livré par Barye luimême, de toutes les œuvres qu'il a produites, et à Washington (Corcoran Gallery). Barye a eu très tôt, là-bas, de très fervents admirateurs, les mêmes qui ont acquis aussi, du vivant de Théodore Rousseau, ses plus belles œuvres.

BARVE LI

De ces amateurs, bons connaisseurs, le type le plus parfait est certainement George-Aloysius Lucas qui, fixé à Paris, fut l'ami de nos meilleurs artistes, et en particulier de Barye. C’est lui qui orienta maints de ses compatriotes vers cet art puissant et sain et contribua largement à la réputation colossale dont jouissent les œuvres du maître animalier aux États-Unis. Plus tard, lorsqu'il s’agit d’élever, à Paris, un monument à Barye, George-A. Lucas joua également dans le comité un rôle essentiel. Auparavant, à l’occasion de l'exposition organisée en 1885, à l’école des Beaux-Arts de Paris en l'honneur de l’auteur du Lion au serpent, le principal apport aux frais avait été fourni déjà par l’ Amérique, plus particulièrement par un de ses citoyens, M. Walters, de Baltimore. Ce même M. Walters a érigé de ses deniers, sur la place principale de la ville, un ensemble monumental constitué par le Lion au Serpent accompagné des reproductions coulées en bronze des quatre groupes de figures des pavillons du Louvre : la Paix, la Guerre, l'Ordre et la Force. Si donc un monument constitué avec les œuvres de Barye a été semblablement élevé depuis à Paris, en la pointe orientale de l’île Saint-Louis, l’idée première et émouvante de glorifier le maître par l’exaltation de ses propres œuvres, n’en revient pas moins à l’Amérique.

« Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es ? » questionne un proverbe. Ceux que hantait Barye se nommaient Corot, Daumier, Théodore Rousseau, Millet, Jules Dupré, tous hommes de noble caractère, d’une fermeté d'âme égale à la sienne. Dès lors, la constance de sa vie de lutte trouve son explication. On en résume ci-après les péripéties.

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