‹ BaryeChapitre 6 sur 21 · PLANTES · texte numérisé non relu

PLANTES

les ailes déployées, et représenté comme s’abattant, à bout de vol, sur un amas de trophées et de canons, d’écussons de villes, de dépouilles opimes, — et aussi d'exécuter quatre groupes devant prendre place sur les piédestaux en retour de chaque côté du pont de la Concorde ; enfin, le duc d'Orléans, qui ne cessait de marquer sa sympathie aux artistes d'avant-garde, lui commandait les éléments principaux d’un important surtout de table en orfèvrerie qui comportait des groupes formés de figures et un certain nombre d'animaux. I1 fallait au nouveau règne une monnaie, et Barye exécutait à l'effigie du roi un projet de pièce de cinq francs possédant les meilleures qualités monétaires. L'avenir se présentait donc sous les couleurs les plus agréables. Hélas ! la jalousie des hommes allait corriger cela. Barye, homme modeste, d’allure discrète et distante, devenait du coup la cible désignée des envieux et des esprits routiniers que son art si neuf, si pittoresque, avait jusqu'ici déconcertés sans encore inquiéter. Il fallait l’abaïsser, le décourager si on pouvait : les coteries n’y manquèrent pas. Des propos couraient sur lui, ridicules peut-être, mais dangereux tout de même. Tel celui qui, voulant être spirituel, l’accusait, à propos du Tigre dévorani un gavial, d’avoir surmoulé un « jaguar mal empaillé ». Quand le bronze du Lion au serpent fut placé sur la terrasse dés Tuileries, un grand confrère laissa tomber dédaigneusement : « Prend-on le jardin pour une ménagerie ! — Qu'on le remette en cage », dit un autre. Un critique avait dans le même esprit dénoncé l’envahissement des bêtes « ce genre de sculpture se développant parce qu’il est facile et qu'il se débite bien. » Très vite, les grands travaux promis se dissipant en fumée, se réduisirent à la commande d’une statue de sainte Clotilde pour la Madeleine. — Mais l'artiste, à les attendre, à proposer des projets, avait perdu du temps. Ses adversaires s’en réjouissaient. Au Salon de 1834, en dehors de quelques belles fontes de modèles précé-

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demment exposés, Barye ne pouvait envoyer que deux

groupes nouveaux : Une Panthère et une Gazelle, en bronze, Un Cerf et un Lynx, plâtre. Dans son Salon de 1834, Laviron dénonçait la manœuvre : « Nous ne finirons pas sans observer que, si M. Barye n’a pu mettre à l'exposition que des ouvrages déjà exposés, et si M. Moine n'a rien envoyé, c’est que, par une perfidie qui n'a pas d'exemple, on a fait perdre à ces deux artistes toute leur année à leur demander sans cesse de nouvelles esquisses pour de nouveaux travaux qu'on allait leur donner, et puis, quand le temps du Salon est arrivé, le Ministre enclassiqué des beaux-arts les a poliment éconduits, content d’avoir procuré une victoire facile à messieurs de l’Institut par l’absence des plus redoutables de leurs concurrents. » Qu'importe ! ce que Barye avait envoyé était remarquable et Alexandre Decamps, le frère du peintre, dans son curieux Musée : revue du Salon de 1834, le proclame en plusieurs pages qui offrent la fortune d’être accompagnées d’une reproduction du groupe Cerf ei lynx, gravée à l’eauforte par Barye lui-même :

La sculpture académique, comme la peinture, descend chaque année d’un degré et perd dans chaque lutte qu'elle veut soutenir au Salon un peu du champ qu’elle occupait seule depuis trente ans. Un jeune homme est venu apporter dans l’art des principes si simples, si nouveaux, qu’à peine a-t-il eu le temps de se faire comprendre, et déjà les déserteurs de la rhétorique se pressent sur ses traces ; c’est que, dégoûté de la raideur géométrique de la sculpture de l’Institut, il en a appelé de la routine des professeurs à l’imitation de la nature, et l'inspiration naïve et spirituelle qui caractérise les ouvrages de M. Barye était trop puissante pour ne pas frapper vivement les yeux de la foule ; aussi l'impression a-t-elle été universelle, et il a eu le rare privilège de prêcher la vérité sans que sa parole ait à peine été contestée.

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En dépit de la valeur de ces envois, l’intérêt n’est pas à l'exposition, mais bien dans l'atelier de Barye alors occupé à modeler les groupes entrant dans le surtout de table du duc d'Orléans. Ce surtout, auquel le sculpteur travaillait encore en 1837, ne fut jamais achevé, maïs les groupes principaux qu'il modela restent, et l’on peut juger par eux de quelle importance eut été cet ensemble pour lequel la collaboration d’Antonin Moine, de Feuchère, de Pradier et de Pascal, avait été également demandée. Il devait comprendre neuf groupes modelés par le grand animalier : Quatre ornaïent les piédestaux placés aux angles de la pièce principale, une Chasse au Tigre : ici, un aïgle venait de s’abattre sur un bouquetin blessé ; là, un serpent python étouffait une antilope ; plus loin, une antilope était dévorée par un tigre: enfin, un lion attaquait un sanglier. Deux pièces basses, destinées à prendre place de chaque côté du morceau principal, représentaient, l’une : des cavaliers espagnols du ‘xve siècle donnant la chasse à un taureau sauvage à l’aide de dogues de grande race ; l’autre : deux cavaliers bédouins défendant un buffle blessé contre un lion et une lionne. Le surtout comportait, enfin, une Chasse à l'élan, conduite par deux cavaliers tartares secondés de grands chiens mâtins et une Chasse aux ours, mettant aux prises des ours et des chasseurs en costume allemand du xviI® siècle, aidés de dogues dans leur lutte contre les ours.

Par suite de la vente qui fut faite des collections du duc, en 1863, sur l’ordre de la duchesse d'Orléans, ces importants groupes sont aujourd'hui dispersés, passés en Amérique. Néanmoins, grâce à la générosité de M. Zoubaloff, le Louvre conserve quelques plâtres originaux se rapportant à ce travail : la Chasse au lion et la Chasse au taureau, surtout un

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