‹ BaryeChapitre 9 sur 21 · ALI · texte numérisé non relu

ALI

beauté ! Ici, le statuaire rejoint l’art assyrien dans ce qu’il a de plus grand.

La pose de la première pierre de la colonne de la Bastille avait eu lieu le 27 juillet 1831. Neuf ans après, le 29 juillet 1840, le monument était inauguré et confié à la garde du lion rugissant.

Barye devait doter encore Paris d’une autre figure monumentale. C’est le lion assis qui garde l’une des entrées de la galerie des Tuileries du côté du quai. Œuvre puissante et calme qui impose par sa grandeur, sa force tranquille. Quelle sécurité dans le fier visage du fauve dont les yeux portent droit en avant ! Cependant, Barye eut à souffrir au sujet de cette œuvre. Il l'aurait voulu voir fondre par le procédé de la cire perdue afin que fussent conservées intégralement toutes ses recherches de modelé. Or, l’œuvre commandée par le gouvernement fut fondue au sable et subit ensuite, contre le gré du sculpteur, l’offense d’une ciselure brutale. Les amis de Barye s’en indignèrent dès le premier moment. « Le lion de 1847 a subi les outrages de la ciselure, écrivit Gustave Planche, tandis que le lion de 1833 est devant nous tel que l’auteur l’a conçu. Le métal, en prenant la place de la cire, a reproduit jusqu'aux moindres coups d’ébauchoir. Ces détails purement techniques disent assez clairement pourquoi, dans le Lion au repos, plusieurs détails, dont l'importance ne peut être contestée, semblent omis par l’auteur, tandis qu'ils ont été effacés par la ciselure. Cette apparence d’omission, par un motif que je ne me charge pas de déterminer, est plus sensible dans les membres antérieurs. L'’infernal outil que l’on nomme riffloir a poncé les cuisses du lion comme une planche de sapin, tandis que les épaules ont échappé à ses COUPS. »

De plus, l'administration décida qu'il aurait un pendant. Or, au lieu de demander une nouvelle figure à Barye, on recourut à la reproduction mécanique pour obtenir une contre-

ne BAT RNPNE

partie. Aussi, le fier lion et son sosie contractent-ils de ce parallélisme une apparente raideur. Pris ensemble, ils semblent bouder.

Néanmoins, sur le modèle original, laissons parler l’un des plus fervents admirateurs de Barye, le peintre Bonnat : « Quelle admirable âme d'artiste que ce Barye ! Sentant le besoin de donner plus de simplicité à la forme, — que dans le Lion de 1833, — de mieux faire voir la beauté des propor-

tions, tout en accordant moins d'importance à l’habileté

de la main, il fit le Zion assis qui orne aujourd’hui une des portes du Louvre. ss

« Il le fait calme, sans drame : là, les grandes divisions sont plus nettes, le poil disparaît, et avec lui le travail de l’ébauchoir. La construction est plus franche. On voit les attaches des membres. Plus la moindre hésitation dans le dessin, dans la forme qui est pleine et forte. La grande ligne qui part du museau et va jusqu’à la queue est superbe,

et on éprouve en regardant ce bronze un sentiment de force:

tempéré par la beauté. Le lion est assis et regarde droit devant lui. »

La Révolution de 1848 ne devait pas seulement balayer un régime politique, elle manifestait aussi son action dans les questions d’art. Ses dirigeants se préoccupèrent très tôt de venger de l’ostracisme qui leur avait été imposé par les jurys et l’Administration, les maîtres de la nouvelle école, celle de la vie et de la couleur, parmi lesquels d’ailleurs ils comptaient de nombreux amis. L’un des premiers actes de Ledru-Rollin, devenu ministre de l'Intérieur, était d’abolir l'institution du jury. L'accès du Salon serait ouvert à tous. Les artistes étaient seulement sollicités d’élire des commissions chargées de présider au placement des envois. La sec-

ee.

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