‹ Bas-Niger, Bénoué DahomeyChapitre 18 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Commerce

ENVISAGEANT Ics coIonies qii'au point de vue ^]nj de rintérôl économique, indusiriei et comfî^f£^< mercial de la France, nous ex)M'imons le ■egret de voir des hommes, occupant dos sitiuitions considérables, user de leur influence pour développer, dans l'esprit public, des idées anttcukiniales.

Est-ce que l'histoire de tous les pays et de tous les temps ne nous montre pas suffisamment que la prospérilé des grandes nations s'est toujours mesurée à la puissance de leurs colonies ï

On se perd vraiment en conjectures, lors{iu'on entend des hommes de grande valeur critiquer avec véhémence l'expédition du Tonkin et marcher sur les tract's des égai'és qui nous firent perdre les Indes, le Canada, et qui poussaient la France vers l'abandon de l'Algérie, au coinmencement delà conquête.

Quel est donc le rôle qu'ils réserveraient à la Patrie, s'ils étaient maîtres de ses destinées ?

Ce sont ces personnes, qui émettent les idées suivantes :

Les capitaux nous manquent.

Nous n'avons pas la hardiesse des Anglais, ni celle des Espagnols et des Portugais d'autrefois. Nous ne savons pas coloniser.

Les Français n'aiment pas à s'expatrier.

Il ne faut pas éparpiller les troupes, etc., etc.

Il n'entre pas dans le cadre de cet humble chapitre, de répondre à toutes les erreurs et à toutes les hérésies qui se débitent sur cette question coloniale.

Nous pouvons cependant dire ce que tout le monde sait, à savoir, que les capitaux ne manquent pas en France ; que des jeunes gens, amateurs d'entreprises hardies et possédant toutes les qualités désirables à l'émigration, existent aussi bien chez nous qu'en Angleterre.

Il est vrai que les Français n'aiment pas à abandonner définitivement leur pays ; mais en cela, ils ont parfaitement raison ; ce sentiment fait honneur à la France et honore aussi les Français ; mais qu'on ne dise pas que les Français ne sont pas colonisateurs, et qu'ils n'aiment pas aller chercher fortune aux colonies; ce qui leur manque, c'est : « le mouvement d'en hattt ! »

Je n'entends pas, par ces mots, critiquer le Gouvernement, que je sers avec respect et fidélité ; je vise les hommes dont je parlais tout à l'heure et qui ne veulent pas entendre parler des colonies ; je vise cette partie de la presse, qui agit puissamment sur l'opinion publique et qui la dirige dans le sens anticolonial ; qui, au lieu de chercher à faire naître dans le cœur de tous les Français ce feu sacré qu'on a trouvé, naguère, si ardent dans le cœur des Portugais, jette le discrédit et le découragement dans toutes les entreprises coloniales ; cette façon d'agir est un acte de lèse- Patrie.

L'empire des Indes, qui a commencé par un comptoir, n'a pas demandé beaucoup de troupes nationales à l'Angle-

terre ; c'est par le commerce que s'est formé ce vaste empire, qui aurait pu (>tre français, sans les idées dos hommes néfastes de la catéjçorie de ceux dont je parle. L'Afrique doit, comme l'empire des Indes, être conquise par le commerce, les noirs du Soudan ne demandant pas mieux que de nous ouvrir leurs portes ; malheureusement les Fluropéens auront à compter avec un ennemi implacable, qui leur créera de grands embarras,] ai nommé l'Arabe.

Néanmoins, la France a besoin, comme les autres nations, de chercher au dehors Técoulement de ses produits manufacturés.

Dans la ti'oisième partie, relative au Dahomey, nous reviendrons sur cette question coloniale; pour le moment, voyons ce qu'est le commerce au Bas-Nij^er et à la ccMe occidentale d'Afrique.

Le commerce auNiji^er, comme dans toute l'Afrique centrale, se fait au moyen d'échanges; on troque ceci contre cela, mais selon certaines règles conventionnelles, que nous allons examiner.

La monnaie n'a pas coui*s ; elle est remplacée par de petits coquillages, appelés cauris, qui proviennent de Madagascar ou de Manille.

Les manilles sont plus recherchés, parce qu'ils sont plus petits.

40 cauris valent nnstring (environ un sou).

50 strings valent un heacl {on piastre).

10 heads valent un bag (sac), soit 20,000 cauris.

Dans le Bas-Niger, un sac de petits cauris vaut six mesures ; il ne vaut que quatre mesures lorsqu'ils sont grands. La mesure est l'équivalent de 8 gallons d'huile de palme, qu'on nomme aussi un boisseau; le gallon vaut quatre litres et demi. Un sac de sel fin, pesant vingt-sept kilos et demi, c'est une mesure.

Un fusil à pierre vaut une mesure et demie; dix matchetz (serpettes) valent une mesure.

Un gros baril de poudre de vingt livres anglaises, vaut imc

mesure et demie ; un petit baril de poudre, pesant dix livres anglaises, égale 3/4 de mesure.

Vingt tètes de tabac en feuilles, pesant un kilo et demi, valent une mesure.

Une grande damc-jeanne de rhum, contenant quatorze litres, ou bien deux petites de six litres, valent une mesure; dix barres de fer, trois mesures. Une caisse geniè\Te (ou gin) de douze bouteilles, vaut deux mesures.

Une marmite en fer vaut une, deux ou trois mesures, selon sa grandeur.

Une douzaine de cuvettes, deux mesures.

Deux douzaines de bols, deux mesures.

Trois douzaines d'assiettes, deux mesures., etc., etc.

Le tableau ci-joint donne approximativement le prix des vivres :

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