ENTRE
ONITCHA et LOKODJA
On achète:
à Onitcha
pour
à Lokodja
poiir
2 poissons du Niger )esant environ 3 cilos.
3 bouteilles gin (1) et une tête de tabac (2).
1 bouteille de gin.
1 bol.
25 ignames.
7 ou 8 bouteilles de gin, ou bien: 15 ou 16 têtes de tabac, un bol, une petite glace.
5 bouteilles de gin et un plat.
Une petite damejeanne de vin de palme (7 litres).
3 têtes de tabac.
1 plat.
1 tête de tabac.
1 petit miroir.
1 petit poulet.
1 bouteille de gin et 2 tètes de tabac.
1 bouteille de gin.
1 canard.
2 bouteilles de gin ou 4 têtes de tabac.
1 bouteille de gin.
1 bracelet.
1 petite glace.
1 petit mouton (chèvre du pays).
8, 9 ou 10 bouteilles de gin, selon la grosseu' du mouton, ou 16, 18 ou 20 têtes de tabac.
Ou bien un sac de sel et 2 bouteilles de gin.
La valeur de 10 scliellings de marchandises au choix de la traitante.
Une corde de bois (1 mètre cube environ).
6, 7 ou 8 bouteilles de gin, ou tètes de tabac, ou un sac de sel.
4 ou 5 heads cauris; le head vaut 2.000 cauris.— On l'appelle aussi piastre.
6 ananas.
] bouteille de gin.
1 plat et un miroir.
1 régime de bananes
2 bouteilles de gin.
1 bouteille de gin.
Ibol.
(1) Gin ou genièvre.
(2) Quinze têtes de tabac en feuilles pèsent un kilo.
Tous les prix ci-dessus ont souvent varié, selon ractivité de la concurrence. Aujourd'Imi que la Compagnie anglaise est seule à exploiter ces riches pays, les indigènes doivent regretter. fortement le départ des Français.
Les produits principaux que l'on exporte sont, dans Tordre de leur importance :
L'Imile de palme, le beurre végétal (chabota), l'ivoire, les amandes de palme, le caoutchouc, le sésame, le coton, les peaux, la potasse; à ces produits, nous pourrions ajouter les suivants, qu'on exploitera quand on le voudra :
L'arachide, la gomme (sève de l'acacia gommier), le café, la canne a sucre, le tabac, l'indigo, les peaux d'animaux sauvages et principalement des caïmans et des hippopotames, les plumes d'autruche, d'aigrette et d'autres oiseaux au joli plumage, la soie végétale, les pagnes de coton, les bois pour la construction et la teinture, le ricin, le riz indigène qui pousse presque naturellement, etc.
Lorsqu'une traitante (ce sont les femmes qui s'occupent du commerce) apporte beaucoup d'huile dans une factorerie, cette huile est mesurée par un agent noir, appelé compteur, qui est muni de brocs, de la contenance de huit gallons, équivalant chacun à une mesure. Les traitantes, en échange du nombre de mesures d'huile qu'elles livrent , demandent des tissus, des foulards, du sel, du corail, des perles, etc. Leur désir est d'avoir le plus grand nombre d'articles différents.
L'agent, chef de la factorerie, aidé de son commis, établit un calcul, basé sur le prix des factures, et dit ii la traitante ; « Tu m'as donné tant de mesures d'huile , il te revient le même nombre de mesures en marchandises, choisis », et, au moyen de tarifs qui sont connus de tous, la liquidation n'est plus qu'une affaire de temps. Malheureusement, comme le temps, chez les noirs, n'entre jamais en ligne de compte, les traitantes, dont il faut ménager les caprices, passent des heures entières à examiner les marchandises de toutes scttH;es, avant de lixer leur choix.
il est risible de les vorr, par moments, rester indécises
entre deux articles, regardant, tour à tour, les marchandises et les visages des assistants, comme pour lire dans les veux, Tavis de chacun.
Tous les articles imaginal)les sont commcrciables ; des occasions permettent d'échanger tous les effets, neufs ou vieux, que Ton trouve sur les marchés et dans tous les bazars d'Europe.
Néaimioins, la traite journalièiv, celle que Ton fait avec esprit de suite, le vrai commerce enfin, ne porte que sur des marchandises déterminées, qui s'écoulent journellement, telles que: les tissus (indieimes de couleurs voyantes et de toutes sortes); des foulards, des velours, des madras, du corail, vrai ou faux, sel fin, tabac en feuilles, des fusils à pierre, de la poudre, du genièvre, du rhum, des barres de fer et de cuivre, des marmites en fer, des couteaux, des bracelets et de la verroterie, des miroirs, de la faïence et des cauris.
L'huile de palme est le produit du fruit de l'avoira de Guinée. On l'extrait, par expression, de la i)ulpe charnue et fibreuse d'un jaune doré qui envelopi)e la noix dudit palmier; le fruit est de la grosseur d'un oîuf de pigeon.
L'huile est solide, d'une couleur jaune orangée, sa saveur est douce, avec un léger goût d'iris. Elle rancit vite et fond à yir centigrades ; alors, elle est très fluide, d'une couleur orangée foncée, et filtre facilement au travers du papier. Tout à fait insoluble dans l'eau froide ou bouillante, elle est soluble dans l'alcool à 40* et en est précipitée par l'eau.
Elle sert à faire du savon, à graisser h^s machines ; à la côte d'Afrique, on la mange avec du poisson, de la viande, clu riz et des ignames.
Les amandes de palme sont les noyaux tlu dinde (ou fruit du palmier); elles s'achètent au poids ou au boisseau ; un boisseau d'amandes i)èse de vingt-cinq à vingt-sept kilos, selon qu'elles sont plus ou moins humides; on les a quelquefois achetées à raison de 10 à 12 francs les cent kilos. A Liverpool, elles se sont vendues de 30 à 35 francs
les cent kilos ; les prix sont très variables, tant à la côte que sur les marchés de Marseille et de Liverpool.
Les amandes donnent une huile liquide, plus fine que celle du fruit ; nous nous en sommes souvent ser\is pour alimenter les machines de nos steamers, lorsque nous manquions d'huile d'Europe.
Le chabota (beurre végétal) et Tivoire s'achètent dans le Niger moyen et dans la Bénoué. Le chabota vient à profusion dans le pays ; l'ivoire est apporté de très loin par les caravanes.
Examinons ces deux produits, qui sont d'une réelle importance.
Egga et Chonga sont les pays du chabota par excellence ; nous avons parlé, dans le chapitre relatif à la faune et à la flore, de ce beurre végétal, que fournit le karité et qui est une véritable richesse pour le pays. Les femmes l'apportent dans des pots en terre , et le vendent au poids ; le prix moyen est de une livre et demie de sel fin (ou un article équivalent comme prix) contre une livre de chabota.
Pour 150 francs de marchandises (majorées), on obtient facilement une tonne de chabota.
A cause de la position de confiance que j'occupais, j'ai été seul initié aux mystères de cette majoration ; on comprendra dès lors que je m'abstienne de donner à ce chapitre tout le développement qu'il pourrait comporter.
Les factoreries d'Egga, de Chonga, étant bien approvisionnées en marchandises, on pouvait facilement, à cette époque, durant les deux. bonnes saisons qui existent pour cet important commerce, acheter trois tonnes de chabota par jour. Les Anglais en obtenaient environ le double.
Aujourd'liui qu'ils ont pour ainsi dire le monopole, ils doivent facilement se procurer dix ou douze tonnes par jour et faire de très gros bénéfices.
A l'appui de ce qui précède, je puis citer le cas suivant, parce qu'il s'est produit sous mes yeux.
En 1885, au 'commencement des hautes eaux, je suis arrivé à Chonga, avec un chargement d'environ 18,750 fr.
de tissus de toutes sortes. En moins de neuf jours, il ne restait plus en magasin une seule pièce d'indiemie.
Le premier jour, le chef de factorerie acheta trois tonnes et demie de Chabota.
Le deuxième, quatre tonnes et demie; le troisième, deux tonnes, et le (juatrième, cinq tonnes et tienne; telle a été la vente continuelle, jusqu'à la dernière pièce de tissu. Le troc n'a cessé que faute de marchandises.
Les prix suivants étaient à peu près constants, pour l'achat du chabota :
Une caisse de douze bouteilles de genièvre, 12 fr. 50.
Une grande dame-jeannederhum, 18 fr. 60.
Une petite dame-jeanne de rhum, 9fr. 30.
Un sac de sel, 18 fr. 60.
Un grand couteau, 1 fr. 24.
Un petit couteau, fr. 62.
Une douzahiede miroirs, 6 fr. 20.
La vente des fusils et de la poudre est formellement interdite à Chonga, par les ordres du roi Moleki, qui craint le soulèvement des païens.
Autres Produits de Chonga et d'Egga
Une peau de bœuf coûte 1 fr. 24 en marchandises majorées.
La pierre de potasse, pesant de quatre-vingt-dix à cent livres, s'achète au prix de 35 centimes la livre.
La potasse en poudre ne vaut que 28 centimes la livre.
Les pagnes existent en grande quantité; ils arrivent d'Ilorin, où nous pourrions aller par le Dahomey. Le prix des pagnes ordinaires est d'environ 9 francs.
La Compagnie anglaise achète des vêtements complets du pays, sur lesquels elle gagne beaucoup, et elle les revend ensuite dans la Bénoué, où elle gagne encore plus, en les troquant aux caravanes contre de l'ivoire.
Les perles supérieures et ordinaires sont aussi en faveur.
AChonga :
Un bœuf vaut 75 francs en marcliandises.
Un bon clieval 450 francs en marcbandises.
Une corde de bois, 4 fr. 85.
Une dinde, 3, 4 ou 4 fr. 50.
Un canard, de 1 fr. 85 à 3 fr.
Une poule, 50 centimes.
Douze œufs, 30 centimes.
Un mouton ordinaire, 9 francs.
Un litre de lait, 60 centimes.
Le commerce de Tivoire demande des aptitudes diplomatiques et un tact extraordinaire.
Tous les agents ne sont pas capables de traiter avec les cbefs de caravanes. Les porteurs qui arrivent ont marché plusieurs mois chargés d'énormes dents d'éléphants. Ces dents pèsent quelquefois plus de cent livres. Ils ont eu le temps, les malheureux, de mesurer la valeur de leur marchandise, aux torrents de sueur qu'ils ont versés.
Un directeur de factorerie habile doit s'arranger de manière à être prévenu plusieurs jours à l'avance de l'arrivée d'une caravane, afin d'envoyer à ses chefs des cadeaux et des compliments.
Les émissaires, porteurs des cadeaux, ont pour mission de vanter les marchandises de leurs mandataires, et de s'informer adroitement des besoins ou des désirs des divers Tippo- Tib qui ont expédié la caravane.
Ces préliminaires sont indispensables, car les négresses de l'intériegLir changent souvent de mode, comme les Parisiennes, et tel article, qui était fort prisé l'année précédente, sera complètement délaissé l'année suivante, quitte h revenir en honneur plus tard.
Le fait suivant donne une idée exacte de ce que j'appellerai les surprises commerciales, qui se produisent au Soudan.
En 1880, des factoreries du Bas-Niger vendaient des quantités considérables de certains bracelets en perles noires. M. le comte de Semelle, qui était agent général de la Corn-
pagnie, fit venir beaucoup de caisses, remplies de ces bracelets ; mais à peine furent-elles expédiées d'Europe que la mode cessa brusquement, et, lorsque les perles arrivèrent dans les factoreries, il ne s'en vendit plus une seule.
En 1883, me trouvant en inspection, dans la factorerie d'Onitcba, l'agent en cbef m'apprit qu'il avait un grand nombre de caisses de perles noires, dont personne ne voulait, et il m'expliqua Thistoire de ces marcbandises.
Je donnai Tordre de les expédier dans la Bénoué et dans le Moyen-Niger, où elles se vendirent très rapidement contre de l'ivoire et du cliabota ; mais le curieux de l'affaire, c'est que, quelques mois après, Onitcba et toutes les factoreries du Bas-Niger demandaient de ces bracelets. J'en conclus que le Moyen-Niger donne la mode aux babitants du Bas- Niger.
Ce petit événement, qui ne signifie rien en lui-même, renferme cependant une grande leçon.
Aux yeux de l'agent qui s'occupe exclusivement de commerce, ce fait n'est qu'un simple caprice de noir ; mais l'obsen-ateur sérieux, en le rapprocliant d'autres faits semblables, découvre des indices d'engouement pernicieux pour tout ce qui provient des Arabes.
En effet, les poi)ulations du Bas-Niger non seulement copient les modes des Arabes, mais elles en prennent les mœurs, les usages, de sorte que peu à peu elles s'identifient avec l'Arabe, qui ne songe qu'à les absorber par les moyens que nous connaissons.
Ces malbeureux païens du Bas-Niger marcbent, sans s'en douter, au-devant de leur ruine ; lieureusement nos missionnaires sont venus à temps pour les préserver de l'esclavage, et les blancs arrivent de toutes parts, pour le triomplie de la civilisation chrétienne contre la barbarie.
Revenons à notre caravane d'ivoire que nous avons laissée en tôte-à-tête avec les émissaires, chargés de lui souhaiter la bienvenue. Généralement les choses se passent de la manière suivante :
Lorsque la caravane arrive dans une localité, elle dépose
son ivoire chez des amis ; les chefs parcourent ensuite les factoreries, visitent les marchandises, irtspectent les balances, s'informent des prix et ne prennent aucune décision.
De leur côté, les agents, chefs des factoreries, qui sont déjà au courant, par leui*s émissaires, des quantités d'ivoire qui sont entrées dans la place, et des besoins de«s caravaniers, intriguent pour avoir la préférence ; ils offrent de nouveaux cadeaux, font mille salamalecs aux chefs, qui, tout en se faisant héberger, observent la plus grande réserve et ne se lient par aucune promesse. Ce manège dure plusieurs jours, au bout desquels les trafiquants apportent une belle dent d'éléphant dans une factorerie, la font peser et demandent ce qu'on leur en offre en retour ; c'est le coup d'essai !
Le magasin est bousculé de fond en comble, l'agent met de côté les articles demandés ; mais le marchand d'ivoire ne les prend pas. Il se retire, emportant sa dent d'éléphant, et s'en va dans une autre factorerie recommencer la même opération. Il rentre ensuite chez lui, toujours avec la dent type, et là, il tient conseil et réfléchit.
Ce n'est que le lendemain ou plusieurs jours après, qu'il revient chercher ses marchandises, à la factorerie qui lui a fait les meilleures conditions.
Cette opération est renouvelée les joui's suivants, mais sur une échelle plus grande, c'est-à-dire que le troc porte sur plusieurs dents à la fois.
Les choses se passent ainsi, jusqu'à l'épuisement complet du stock d'ivoire, les plus grandes défenses étant réservées pour la fin.
Kn général, les caravaniers s'arrangent de manière à contenter les divers agents,qui ont été aimables envers cux,ceux qui ont su capter leur confiance, et ils ne quittent jamais le pays sans vendre une ou plusieurs dents à chacun d'eux.
Une fois (jue l'ivoire et les autres produits exotiques sont épuisés, les hommes de la caravane se reposent encore quelques jours et retournent dans leur pays.
Plus une dent d'éléphant est grande, plus le prix du kilo
est élevr'! ; par exeinpK» : une dejit qui pt'soniit cent livivs, vaiulrait l)C'aucoup plus (jue cent livres «rivc^ire eu 'plusii^irs pièces; la raison en est très simple, c't^st (pu» rouvi'ier ou ivoire, tirera toujours un meilleur parti d'une j;rosst» défense que fie plusieurs petites.
Les dents d'un éléphant tué sont i)Ius recherchées que celles provenant d'un éléphant mort depuis lonjj-temps : les premières sont désignées sous le nom d1voii*e vivant, les secondes d'ivoire mort.
L'ivoire vivant est d'une Idancheur verdàtre ; le j^rain est plus fin que celui de l'ivoire moi't, dont la couleur est trune blancheur blonde.
Voici un tarif du prix do l'ivoire <iue je prends au hasard :
Dents pesant de :
1 à 9 livres, 3 fr. 75 la livre* en marchandises majorées.
id.
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Les défenses sont coniipies et recourbées en forme île cornes. Mlles sont au nombi'e de deux, placées à la mâchoire supérieure de l'animal ; elles sont creuses depuis leur naissance, jusqu'à environ la moitié de leur lonjj;ueur. On les nomme morfil quand elles n'ont pas été travaillées, o\ loi'squ'on met leur émail à nu, elles prennent le nom d'ivoire.
Les dents non g^Tcées, d'un blond clair, verdAtre, sont les plus estimées; elles blanchissent en vieillissant ; elles sont très communes en Afrique.
Celles d'Asie sont blanches, mais elles tendent h jaunir.
Celles du Sénégal, blandies ou jaunâtres, ont leurs bouts cassés et fendus à Tintérieur.
Les morfils des Indes n'ont guère qu'un mètre trente de longueur ; mais ceux d'Afrique et surtout ceux de la côte de Mozambique ont souvent près de trois mètres.
Les dents d'hippopotame fournissent un ivoire plus blanc, plus dur et plus estimé que celui de l'éléphant ; malheureusement, les dents canines de l'hippopotame ne mesurent guère plus d'un pied de longueur ; on s'en sert principalement pour la fabrication des dents artificielles.
L'ivoire calciné dans des vases hermétiquement fermés, fournit un charbon qu'on appelle noir d'ivoire ; d'un velouté fin, doux et brillant, il est très estimé des peintres.
Il est quelquefois employé en médecine.
Les agents qui achètent l'ivoire doivent avoir soin de s'assurer que l'on n'a pas glissé du plomb fondu dans le creux des morfils, afin de donner plus de poids à la dent.