‹ Bas-Niger, Bénoué DahomeyChapitre 20 sur 25 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Deux mots snr les Agents et Ouvriers d'une Compagnie commerciale

' A question du pcreonncl est capitale dans une Compagnie commerciale, dont les agents et ouvrière travaillent au Soudan et k la côte d'Afrique. C'est du clioix des agents surtout, que dépend l'avenir de la Compagnie. L'impulsion donnée par la direction dont le siège est en Eui-ope, ne peut venir qu'après.

Pour le commerce intérieur de l'Afrique centrale, il faut choisir des agents blancs, bien constitués, plutôt ftgés que trop jeunes. Tous les agents que nous avons perdus au Niger, étaient jeunes ; les hommes ùgés ont été souvent atteints par les lièvres, mais du moins ils ont résisté.

Les premières qualités d'un parfait agent sont : l'honnêteté, la sobriété, le jugement et le courage. Un bon agent ne

doit pas craindre pour sa peau; en cela, il n'a qu'à suivre l'exemple de nos missionnaires, auxquels nous consacrons un article à part.

Si l'on doit commercer dans un pays occupé par les Anglais, il est bon de connaître la langue anglaise, d'autant plus que les agents noirs tiennent leurs écritures en anglais.

Les blancs se trouvent souvent indisposés, ils sont plutôt faits pour exercer un service de surveillance et de direction sur les noirs.

Au bord de la mer, où se tiennent les entrepôts généraux qui sont le point d'appui des opérations entre TEui-ope et l'intérieur de l'Afrique, les comptables blancs peuvent parfaitement se passer du concours des noirs ; mais il n'en est pas de même pour les factoreries de l'intérieur, surtout pour l'achat de l'ivoire, de l'huile de palme et du chabota, c'està-dire les trois principaux produits.

La surveillance dans les factoreries est presque un art. Il ne s'acquiert qu'à force d'expérience.

J'ai personnellement compté une vingtaine de manières dont les agents noirs et les ouvriers pouvaient détourner, à leur profit, des marchandises et des produits appartenant à la Compagnie. Une surveillance de tous les instants est donc indispensable.

Une Compagnie commerciale opérant à la côte de Bénin, fera bien de recruter à Accra et à Lagos ses ouvriers (mécaniciens, chauffeurs, cuisiniers, charpentiers, tonneliers, blanchisseurs, etc.) ; mais si l'on doit commercer vers la Côte d'Ivoire ou des Esclaves, il est préférable de prendre son personnel au Sénégal.

Les bons tonneliers et les bons charpentiers voyagent avec leui^s outils ; ceux qui n'en possèdent point sont ordinairement de mauvais ouvriers.

On donne généralement, pour la première année, 200 fr. par mois aux mécaniciens ordinaires, 75 francs aux charpentiers, 50 francs aux tonneliers, 100 francs aux cuisiniers et 50 francs aux chauffeurs.

Si l'on est content de leurs services, on peut augmenter la

solde des uns et des autres de 10, 20, 30 francs par mois, ou bien leur donner des gratifications.

Les blancs sont nourris, logés et l)lancliis; les noirs se blanchissent eux-mûmos.

La solde est payée en argent ou en marchandises ; on leur fait des avances (renviron le tiei's de leur solde ; le reste est conservé à titre de cautionnement, car il faut se réserver le moyen de les punir, lorsqu'ils commettent des fautes graves.

On ne règle définitivement les comptes de chacun qu'à la fin de rengagement.

Il est avantageux d'engager les agents et les ouvriers pour une durée de trois ans.

Avant de signer leur contrat, il est bon de leur faire subir un petit examen pratique et professionnel et de régler leurs appointements selon leur habileté.

On fait, par exemple, monter un baril par le tonnelier et on constate le temps qu'il met pour mener à bien cette opération.

On fait réparer une pirogue, construire un magasin par le charpentier, et ainsi de suite pour les autres ouvriers.

La nourriture des chauiïeurs, forgerons, charpentiers, tonneliers, blanchisseurs et Kroumen, se compose de la manière suivante :

Ouvriers :

Par jour : 450 grammes de bœuf salé ou de lard.

— 500 grammes de riz.

— 30 grammes de sucre noir (cassonade).

— 15 grammes de café.

— 3 biscuits 1/2 par semaine,

— 1 tôte de tabac par homme et par semaine.

Quand on n'a pas de bœuf salé, ni de lard, on donne deux morues par homme et par semaine.

Les ouvriers préfèrent le bœuf au lard et à la morue. Lors(pi'on maïupiede sucreet de café, on leur donne eu

remplacement une bouteille de rlmm, par homme et par semaine.

Kroumen :

Un kilo de lard par homme et par semaine ; riz, 500 grammes par homme et par jour. Un petit verre de rhum tous les matins (1). Par mois, 2 livres anglaises de tabac en feuilles qu'ils troquent contre du poisson. Un pagne tous les mois. Lorsque les Kroumen ont un surcroît de travail, on leur donne des gratifications en vivres ou en pagnes.

Le dimanche est un jour de repos, pour tout le monde, sauf pour les steamers en route.

La solde des Kroumen est de 15 francs par mois, en marchandises ; ils ne sont payés qu'après leur engagement, qui est toujours d'un an. h'ctman, c'est-à-dire le chef d'une compagnie de Kroumen, est payé à raison de 25 francs par mois et reçoit des rations de vivres un peu plus copieuses.

Nous terminerons ce chapitre par le récit suivant :

Nous avons nos aubades au Niger : de curieux concerts exécutés par de singuliers musiciens et de bizarres instruments. Ce sont les tonneliers noirs, dont nous venons de parler, qui composent rorchestre.. En effet, ce sont eux, qui, tous les matins, battent le réveil et donnent le signal de la reprise du travail. Ils souhaitent aussi la bienvenue aux blancs lorsqu'ils arrivent pour inspecter les factoreries.

Tous les matins, les dimanches et jours de fôtes exceptés, à cinq heures précises, le tonnelier met son tablier, s'arme d'un maillet et, pareil à un épileptique, se jette sur un tonneau vide, qu'il attaque vigoureusement à coups de maillet. Les coups pleuvent dru comme grôle, sur l'humble habitation de Diogène, transformée en tambour pour la circonstance.

(1) Dans certaines Compagnies on donne le rhum par semaine. Cet usage est mauvais, car les hommes boivent tout d'un coup et s'enivrent. Cette distributicto doit être journalière.

L'enragé musicien frappe à tort et à travers et, selon que les coups portent plus ou moins près du centre de la grosse caisse improvisée, il obtient des sons plus ou moins aigus, plus ou moins variés, auxquels on s'habitue et qu'on finit par trouver presque harmonieux.

J'ai vu un tonnelier d'origine portugaise qui excellait dans cet art ; il tirait de son baril des accords merveilleux, qu'on écoutait avec plaisir, surtout lorsque les sons de l'instrument de percussion se confondaient avec le fracas du tonnerre, pendant les tornades si fréquentes au Niger.

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