‹ Bas-Niger, Bénoué DahomeyChapitre 5 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La plupart dos explorateurs qui ont visité le Soudan, n'ont fait que le parcourir ; c'est grâce à leur habile promptitude d'observation, qu'ils ont pu recueillir des notes à la volée, et publier d'intéressantes relations de voyage, qui charment tout à la fois le lecteur et jettent une certaine lumière sur ces contrées.

Mais tout n'a pas été dit sur le centre africain, encore moins sur le Bas-Niger et la Bénoué. Bien peu de Français sont allés dans ces parages et aucun n'y a séjourné pendant cinq années successives , comme les circonstances m'ont permis de le faire.

J'entreprends donc ici de raconter tout ce que j'ai vu, tout ce que mes compagnons de voyage et moi avons fait et surtout ce qu'il aurait fallu faire dans l'intérêt politique et commercial de la France, dans ce pays.

En ma qualité d'agent général de la Compagnie Française de l'Afrique Equatoriale, j'ai pu étudier à loisir la partie relative au commerce et me rendre compte des ressources naturelles des divers pays, ressources tirées, les unes du sol, les a'jtres provenant des caravanes.

J'ai pris note des articles européens que les indigènes préfèrent; j'ai observé, avec soin, le négoce que font les naturels, ordinairement par échange, en comptant, ici par sacs, là par mesures, ailleurs de gré à gré ou au simple jugé.

ami, le comniaiKhint Quinemant, mon ancien capitaine aux Tiircos, qui venait me demander, à ljrrile-i)ouri)oinl, si je voulais aller au Bas-Niger, en qvalifé cl' a m irai.

Croyant h une mystification, je lui répondis en riant :

« — En qualité d'amiral suisse !

« — Non, non, plaisanterie à part, me dit-il; ce que je viens vous proposer est très sérieux : il s'agit d'aller remplacer là-bas le comte de Semelle, qui vient de mourir en mer. Il était à la tête d'une compagnie commerciale, commandait plusieurs navires à vapeur, des chaloupes, des chalands, un personnel composé d'agents blancs et noir s; c*est une entreprise où le patriotisme et de grands intérêts sont enjeu.

« — Mais, mon cher ami, vous n'y pensez pas, lui dis-je; je n'entends rien au commerce, je soullVe du mal de mer, je ne suis pas plus mécaTiicien que pilote, et vous voudriez...

« — Chut! c'est tout à fait votre alTaire, vous êtes l'homme qu'il faut. Achevez votre manœuvre, je vous attends là, me dit-il ; nous rentrerons ensemble au son de la musii(ue. »

Après Texercice, mon brave ami, mort depuis des suites de son séjour au Niger où il était venu me rejoindre, me conduisit rue de l'Echiquier, 17, chez les directeurs de la Compagnie française de l'Afrique équatoriale, MM. Desprez- Iluchet.

Ces messieurs m'expliquèrent très clairement qu'il s'agissait d'aller disputer aux Anglais, pnr les armes connnerciales, la neutralité des bouches du Niger et de les empêcher de s'emparer de toutes les vastes contrées du centre africain qui s'étendent depuis le moyen Niger, juscju'au lac Tchad.

« M. le comte de Semelle, me dirent-ils, était, comme vous, un ancien oflicier de tirailleurs algériens ; il a déjà fondé six comptoirs ; il revenait en France, solliciter l'appui du Gouvernement et se faire nommer agent consulaire, athi de traiter avec les rois au nom de la France. Malheureusement, il vient de mourir!

« Cette mission est peut-être encore plus patriotique que commerciale. Vous aurez des agents pour le commerce, (les comptables pour tenir les écritures, des capitaines pour conduire vos navires, et vous commanderez en chef, connue agent général, en vous inspirant de toutes les recommandations que vous trouverez ci-jointes. »

M. Auguste Desprez me remit, en effet, un assez volumineux cahier, rempli d'instructions, que j'ai la satisfaction d'avoir toujoui's suivies à la lettre.

Nous fûmes vite d'accord sur tous les pohits. Je demandai, comme faveur, d'enunener avec moi, en qualité de secrétaire, mon jeune neveu, ipii venait de terminer ses études et que je ne devais pas, hélas! ramener en France. Il est mort là-bas, à Fùge de vingt ans, après avoir dorme de très grandes preuves de courage et de dévoùment.

Avant mon départ, j'eus Thonneur d'être reçu par M. le Ministre de la guerre, qui me donna un congé de six mois et m'encouragea dans ma résolution.

De là, je me rendis au Ministère^ des AHaires étrangères, où Ton me promit l(»s fonctions d'agent consulaire, ce (pii fut fait. Knlin, ma dernière visite fut i)our h^ Ministère de l'Instruction publique, (jui me donna une mission gratuite et quelques instructions t^t, le 25 février, mon neveu et moi, [)renions le train express pour aller nous embarquer à Liverpool.

X'est-il pas étrange (pie la France, qui possède le Sénégal, le Congo et le Gabon, n'ait pas encore une Compagnie de paquebots qui desserve ces importantes colonies et tous nos principaux établissements intiM'médiaires tels que: Bathurst, Casamance, Rio-Nuntv,, Hio-Pungo, l'ile de Los, Sierra-Leone, Grand-Bassa, cap des Palmes, Petit-Bassa, Grand-Bassam, Assinie, Porto-Sr^guro, Petit-Popo, Widah, Porto-No vo, Lagos, Brass?

Quelques-uns de ces points ne sout pas franrais; mais nous y avons des maisons de i)remier ordre, avec h*squelles notre gouvernement aurait pu s'entendre pour la création de cette ligne de batc^aux à vainnir. De cette sorte, nous

pourrions nous passer des transports anj^îais, qui nous enlèvent, chaque année, plusieurs millions et une exportation encore plus considérable en marcliandisos do toutes sortes.

Comment se fait-il que les Werminck, les Cyprien Fahre, les Régis, les Verdier, les Daumas-Béraud, et tant d'autres armateurs ou grands commerçants, qui ne manquent ni d'argent ni d'influence, n'aient jamais pu arriver h créer, comme Pont fait les Anglais, une Compagnie de navigation? (1).

Tous les patriotes, qui ont habité la côte occidentale d'Afrique, en reconnaissent l'incontestable utilité. Qui donc est responsable d'une pareille incurie?

Si, au lieu de se désintéresser des questions conmierciales, nos administrateurs, les Consuls, les Ofllciers de marine, raisonnaient en France, comme on raisonne en Angleterre et en Allemagne, les comptoirs Werminck et Desprez- Huchet, existeraient encore auBas-Niger. Nous n'assisterions pas aujourd'hui, la mort dans Tàme, à la ruine (\o notre influence commerciale et politique à la côte occidentale d'Afrique, ruine qui va livrer incessamment aux Anglais toutes les riches contrées comprises entre Gourma et le lac Tchad (2).

J'ai fait part de ces réflexions au lecteur, et je retourne à Liverpool, où je dois m'embarquer sur un navire anglais, puisqu'il ne m'est pas permis, hélas! de voyager sous mon pavillon.

Le 26 février, mon jeune neveu et moi, nous partions sur le Gaborij commandé par le capitaine Monero, et à bord duquel venait de mourir précisément M. le comte de Semelle, que j'allais remplacer. Ce n'était pas de bon augure!

Il y avait à bord cinq oflîciers anglais de l'armée de terre, qui se rendaient au pays des Achantis pour entrer en campagne.

(1) A riieure qu'il est, cette l)ienheureusc Compagnie existe. Que Dieu la protège et qu'elle prospère î

(2) C'est fait.

Pour ce qui est des gravures de cet ouvrage, elles proviennent des photographies que j'ai tirées de mon mieux, dans ces pays, où le climat altère les produits, où Teau, pour le lavage des clichés, laisse beaucoup à désirer. A tous ces inconvénients, il convient d'ajouter ma parfaite inhabileté.

Tous les exemplaires sont revêtus de la signature

de l'auteur.

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