LE NIGER
CHAPIÏRl-; PREMIER
DE LA CASERNE DE OEIILLY AUX HOUCIIES DU NlfiER
h\s janvier 1881, mon réj^'inient, le 124', commando par le r|istint,njô colonel Carmicr, ayijonrd'hui gt'niériil, (Hait caserne ft la caserne I (le lîeuilly, dans le faubourg Saint-Antoine, et allait manœuvrer à \inccnncs.
Un jour, pendant que je surveillais le déploiement do ma compagnie en tirailleurs, je me sentis fi-appcr sur l'épaule. Je me retournai vivement, croyant avoir à répondre à mon colonel de quelque faux mouvement dans l'application des nouvelles théories, lorequejo me vis en présence d'un vieil
lendemain, vers midi, nous apercevons le fameux pic de Teyde. A trois heures et demie, nous mouillons ; coup de canon et descente à terre.
Nous visitons la ville, qui nous parait plus belle et plus gaie que celle de Fanchal. La cami)agne a un aspect plus agréable. Les environs de la ville sont couverts de nopal, que les indigènes cultivent pour Télevage de la cochenille.
De l'avis de tous les passagers du Gabon^ le séjour de TénérilTe doit être plus agréable que celui de Madère; avis aux amateurs de saisons chaudes.
11 est cincj heures; nous allons, passagers et officiers du bord, dîner à Thôtel, et vers neuf heures, nous reprenons la mer. Le bateau avance lentement toute la nuit, pour n'arriver qu'à la pointe du jour à Palmas, autre lie espagnole, où le capitahie doit prendre du cargo (chargement). Les capitaines touchent une somme fixée par tonne de chargement, ce qui explique leur activité pour avoir du cargo.
A six heures et demie du matin, nous arrivons, en effet, à Palmas. Nous visitons sa belle cathédrale; un prêtre nous monti'e, avec une petite nuance d'orgueil, bion légitime du reste^ toutes les richesses de sa très belle église, nous fait descendre dans les caveaux et nous expliijue, avec une extrême complaisance, quels sont les hommes illustres qui reposent dans les divers tombeaux.
A six heures du soir, coup de canon et départ. Le thermomètre marque dix-huit degrés centigrades, vent du nord, mer houleuse, nous filons dix nceuds.
11 mai^s, — La mer est mauvaise depuis notre départ de Madère. Ce matin, le capitaine fait installer deux grandes tentes qui couvrent tout le navire; elles sont les bienvenues. Vei*s neuf heures, nous sommes dans les parages où a été glissé dans les fiots le corps du malheureux de Semelle.
Je confie à la mer une croix de chevalier de la Légion d'iionneur à l'adresse de notre compatriote, hommage rendu à un pionnier du commerce français.
A bord règne une profonde tristesse. Les officiers du steamer et ceux (jui vont chez les Achantis, ne parlent })as
la langue française; nous ne parlions pas la langue anglaise, en sorte qu'à la froideur naturelle du caractère anglais, vient s'ajouter ce désagrément de ne pouvoir môme passe dii'e jjonjour.
Je disais à mon neveu :
« Quelle différence entre le caractère français et le caractère anglais! S'il n'y avait ici que.des Fi'aiiçais, on entendrait rire, causeï', chanter, discuter ou se disputer même; enfin on s'ajjercevrait de notre présence. Les marsouins pourraient dire, dans leur langue, qu'il y a du monde là-haut! tandis que, depuis notre départ de Liverpool, ces messieurs n'ont pas desserré les dents, pas plus au salon que siu* le pont ou à table.
« — Nos compagnons de voyage sont de marln'c, répondit mon neveu ; mais ils ont bonne tenue. J'ai eu des camarades anglais, au collège; ils étaient ainsi. Dans le monde il faut leur avoir été présenté i)our ([ue la glace soit l'ompue, et encore restent-ils toujours froids, (juoique i)olis. »
L'un de ces messieurs qui se trouvait à côté de nous, ayant à peu près conq)ris notrtî conversation, et sachant que j'étais Corse, médit en italien cjue mon neveu avait raison.
Quelle ne fut pas notre surprise et notre joie de trouver enfin à (jui parler. Nous voyagions depuis dix jours avec cet oilicier, nos cabines se touchaient i)resque et nous n'avions pas échangé un mot,
« — Si, Signor », lui i*épondis-je.
Il nous passa alors sa carte: de Costa, capitaine. Il nuus raconta (pi'il était d'origine italienne et ([u'ij avait longtenq)s habité l'Italie. Va\ elïet, il s'exprimait parfaitemeni en italien. A partir de ce moment, nous eûmes le plaisir d'avoir un noble et aimal)le interprèle à bord, i^l un excellent compagnon de voyage. Malheureusement, ces messiiMirs se rendant chez les Achantis, hnii' traversée touchait à sa (in, et il ne nous restait plus que ([uehiues joui's à jouir de notre nouvelle connaissance.
Ce même jour, 12 mars, la mer était belle» et nous assis-
tàmesàune scène pleine de gaîté. Des milliers de marsouins rassemblés à la surface de Teau, h un mille du (labon, se livraient à des ébats extraordinaires; c'étaient des sauts, des cabrioles, des plongeons, des cliassés-croisés de toutes sortes, enfin un spectacle risible et très amusant.
J'avais souvent vu des marsouins suivre le sillage d(»s navires et bondir liors de Peau, mais ceux-ci restaient sur place; ils jouaient au soleil levant, leurs écailles jelaient mille feux au milieu des petites vagues d'argent qu'ils soulevaient, et s'en donnaient à qui mieux mieux.
Lors d'un autre voyage que je fis en 1883, j'assistai à un combat imposant entre un cacbalot et une . baleine, qui avaient dû s'égarer dans les parages de Sierra-Léone.
La baleine fuyait; on la voyait pai*aitre à la surface, pour respirer et lancer avec force un long jet d'eau dans les airs. Son adversaire ne paraissait jamais; on le devinait aux contorsions de la baleine, et le capitaine, un vieux marin, nous expliquait les évolutions du cétacé et les moments précis où le cacbalot lardait son rival. Ce spectacle émouvant et plein d'intérêt dura environ une beure, puis tout disparut, la baleine avait dû succomber.
Le 14 à midi, nous abordons à l'ile de Los, où la CoTupagnie du Sénégal (Werminck) possède une belle factorerie. M. Depousier, en qualité de compatriote, nous a ofl*ert à dîner avec la cordialité que l'on trouve cliez tous les Européens de la côte.
Le 15, à six beures du matin, le Gabon entrait majestueusement dans le golfe de Sierra-Léone et tirait un formidable coup de canon que les éclios des montagnes répétèrent bien loin dans l'intérieur.
Les montagnes de Sierra-Léone contiennent, dit-on, de grandes quantités de fer aimanté. Ce fer agissaTit fortement sur l'aiguille du compas, oblige les marins à naviguer avec la plus extrême prudence.
Nous descendons à terre pour visiter la ville de Free- Town et y coucber. Le vice-consul de France, M. Barest, duquel je devais dépendre comme agent consulaire, me
M MA1T^ 1 M\l in
sonde accuse de onze à douze mètres. La barre de Gallinas est dangereuse. Au moment des raz de marée, il faut se confier aux noirs du pays (les Kroumen sont les premiers nautoniers du monde) et passer cette barre en pirogue. Nous jetons ensuite l'ancre à Monrovia^ capitale de la République de Libéria, dont M. Gardner est le président élu par le suffrage universel.
Cette République est reconnue par toutes les nations avec lesquelles elle a passé des traités de commerce et de navigation. Ses lois ont été calquées sur celles des Etats-Unis. Ce nom de Monrovia vient de Monroë, président de la Grande République, qui a contribué à la fondation de cet Etat, en accordant la liberté aux esclaves d'Amérique.
La ville compte quatre à cinq mille habitants. Ses rues sont larges et droites. Il y a une église, un séminaire ot un collège. On y enseigne la langue anglaise.
Les capitaines qui font escale à Monrovia sont obligés de remettre leurs papiers à roffîcier du port, de payer un droit d'ancrage ; ils sont soumis de plus à une foule de formalités.
Du reste, dès qu'un navire arrive, son capitaine reçoit de rofflcier du port une feuille contenant tous les règlements auxquels il est obligé de se conformer.
Le village de Grand-Bassa^ où nous faisons escale, se trouve à l'embouchure de la rivière de ce nom, qui se jette dans une charmante petite baie, au fond de laquelle on aperçoit les villages de Edina, Grand- Bassa, Fish-Toicn. Les factoreries anglaises et allemandes établies en cet endroit font de bonnes affaires.
Le Gabon s'allège ici de plusieurs centaines de tonnes de marchandises, qu'il meta terre, et le fameux conunandement: En route! est lancé sourdement par le porte-voix au mécanicien. L'hélice commençait à tourner, lorsque nous apercevons, venant du rivage, une petite i)iroguc dirigée par un nègre, portant, pour tout vêtement, un chapeau à haute forme et tenant une dépéclie entre ses dents. La nîicelle était si petite, que le nautotiier endimanché, assis au
fond de sa petite barque, faisait des miracles d'équilibre pour résister à la houle.
Le malheureux se démenait comme un diable; il agitait ses pieds, ses jambes dans tous les sens, pour chasser les lames, qui menaçaient ix chaque instant de Tengloutir.
Pour i)agayer, il faisait aller ses deux bras de droite à gauche, avec une habileté prodigieuse. Ce mouvement convulsif de ses bras n'était interrompu que pour faire de la main un geste suppliant, qui voulait dire: « Arrêtez! »
Tous les passagers riaient aux éclats, en voyant cet énergumène, que certains prenaient pour un Terre-Neuve.
Le capitaine Monro, homme complaisant par excellence, n'a pas attendu les prières des passagers, pour faire stopper pendant quelques minutes.
Le messager arrive à bord. Sa lettre contient tout simplement des ordres de chargement pour le retour du paquebot; ce n'était donc pas la nouvelle d'un changement de ministère à Londres, comme ([uol(iues-uns le disaient.
11 fut le bienvenu auprès du capitaine, dont la figure s'épanouit, à la lecture de cette belle parole; Cargo!
Retournons à nos escales, ennuyeuses assurément pour le lecteur, comme elles l'ont été pour nous, mais que les hommes avides de relations de voyage vers l'équateur ou les commerçants hardis liront peut-être avec intérêt.
De Grand-Bassa, nous allons mouiller à Sinou, autre petite baie, au pied d'une côte rocheuse, source de soucis pour le capitaine qui s'avance prudemment, en interrogeant le fond de la mer avec la sonde. Nous alimentons de marchandises européennes un comptoir* anglais; on prend un ])eu déchargement, puis nous allons répéter la môme opération à Badf/ou et à Grand-Sesters.
Dans cette station, on remarque à Tembouchure de la rivière un village considérable et des établissements, sur lesquels flotte le pavillon britannique. Nous y faisons deTeau, nous nous approvisionnons en vivres frais (bauifs, moutons, volailles) contre échange de marchandises, le tout à des prix très modérés, et nous allons visiter le cap des Palmes^
un des points les plus renommes de la côte, autant par sa salubrité que par Timportance de la ville Harper, créée en 1835, par la Société colonisatrice du Maryland. La rivièri; Palmas baigne le côté nord de la presqu'île du cap; plusieurs villages de bonne apparence se trouvent sur la rive gauclie.
L'Harmattan, dans ces parages, soufïle en décembre et seulement par intervalles et sans violence; il commence au jour et fmit le plus souvent à midi. Les marins disent que, tout le long de la côte de Libéria, le temps est toujours moins mauvais près de terre qu'au large.
A peine avions-nous laissé tomber l'ancre au cap des Palmes, qu'une nuée de pirogues amena à bord plus de cinq cents Kroumen, de dix à quarante ans, qui demandaient à être engagés dans les factoreries européennes. Avec nous, se trouvait un agent britannique qui cboisissait les plus robustes, et ces sauvages, simplement vêtus d'un vieux pagne et coiffés de cliapeaux européens démodés, se pressaient auprès de lui en criant ; « Miaou, miaou, » ce qui veut dire : « Moi, moi, engage-moi ! » On aurait dit un concert de plusieurs chats enragés.
Ces Kroumen sont engagés pour une année, à l'expiration de laquelle ils reviennent chez eux.
Le transport d'un Kroumen s'élève en moyenne à une livre sterling. Le capitaine, qui prend ces auxiliaires à son bord, traite généralement avec les agents blancs, directeurs des comptoirs.
Lorsqu'il les ramène à leurs villages, il se passe des scènes qui seraient amusantes, si elles ne témoignaient d'une profonde cruauté.
En effet, au coup de canon tiré aux approclies du port d'escale, une foule de pirogues apparaissent de toutes parts. On les voit tantôt au sommet des vagues et tantôt disparaissant dans l'abîme, pour reparaître encore; les nautoniers pagayent vigoureusement vers le navire qui, pour ne pas s'attarder, ne mouille jamais, à moins qu'il n'y ait du chargement à prendre.
Enfin, les Kroumen, tout essoufflés, finissent par accoster. Us cherclient à monter h bord pour aider leui*s parents à (lébarjjner. Mais le capitaine, craignant les vols et le désordre, a eu la précaution de m\ pas abaisser récbelle. Cependant, les plus liardis, agiles comme des singes, grimpent le long des cordages et parviennent à se hisser sur le pont.
C'est alors que se passe un spectacle extrôjnement comique. Ce sont des échanges de compliments, des salanialecks interminables entre les Kroumen, ils se livrent à jnille contorsions et à mille gambades, poussent des vociférations, des hurlements de bétes fauves. Us se cherchent, s'appellent en courant de toutes parts; on croirait, en assistant à pareille confusion, que le navire vient d'être pris d'assaut par les sauvages, comme dans V Africaine, Les passagers, qui ne sont pas au courant de ces usages, s'imaginent naturellement qu'il y a une émeute à bord. J'en ai vu plus d'un pùlir de fraveur.
Les plus expérimentés des Kroumen, sachant que leur temps est compté, cherchent avant tout à sauver leurs bagages. Ils les jettent par-dessus bord, dans leurs frêles esquifs, tandis que leurs compagnons, moins avisés, perdent leur temps en bavardages hiterminables. Il arrive alors que le capitaine, s'impatientant, donne le signal du départ au cri de : En avant! Doucement !
Ces mots produisent un effet magi(|ue. Une panique épouvantable se produit parmi les retardataires, qui jettent leurs bagages à la mer.
Les fusils, les tissus, les caisses de gin, les barils de poudre, les sabres, sont lancés pôle-méle, par-dessus bord, et tombent à l'eau, où, malgré les efforts désesi)érés des gardiens de pirogues, beaucoup d'objets disparaissent. Alors, les Kroumen se précipitent eux-mêmes dans la mer, sans s'inquiéter de la manière dont s'opérera leur chute; ils vont se livrer à la poche de leur humble fortune, fruit d'une année de travail et de sueurs.
tàmesàune scène pleine de gaiti'^ Des milliers de marsouins rassemblés à la surface de Teau, à un mille du Gabon, se livraient à des ébats extraordinaires; c'étaient des sauts, des cabrioles, des plongeons, des chasses-croisés de toutes sortes, enfin un spectacle risible et très amusant.
J'avais souvent vu des marsouins suivre le sillage des navires et bondir hors de Teau, mais ceux-ci restaient sur place; ils jouaient au soleil levant, leurs écailles jetaient mille feux au milieu des petites vagues d'argent qu'ils soulevaient, et s'en donnaient à qui mieux mieux.
Lors d'un autre voyage que je fis en 1883, j'assistai à un combat imposant entre un caclialot et une . baleine, qui avaient dû s'égarer dans les parages de Sierra-Léone.
La baleine fuyait; on la voyait paraître à la surface, pour respirer et lancer avec force un long jet d'eau dans les airs. Son adversaire ne paraissait jamais; on le devinait aux contorsions de la baleine, et le capitaine, un vieux marin, nous expliquait les évolutions du cétacé et les moments précis où le cachalot lardait son rival. Ce spectacle émouvant et plein d'intérêt dura environ une heure, puis tout disparut, la baleine avait dû succomber.
Le 14 à midi, nous abordons à l'ile de Los, où la Compagnie du Sénégal (Werminck) possède une belle factorei'ie. M. Depousier, en qualité de compatriote, nous a ofi'ert à dîner avec la cordialité que l'on trouve chez tous les Européens de la côte.
Le 15, à six heures du matin, le Gabon entrait majestueusement dans le golfe de Sierra-Léone et tirait un formidable coup de canon que les échos des montagnes répétèrent bien loin dans l'intérieur.
Les montagnes de Sierra-Léone contiennent, dit-on, de grandes quantités de fer aimanté. Ce fer agissant fortement sur l'aiguille du compas, oblige les marins à naviguer avec la plus extrême prudence.
Nous descendons à terre pour visiter la ville do Froe- Town et v coucher. Le vice-consul de France, M. Barest, duquel je devais dépendre! comme agent consulaire, me
donna en effet quelques instructions. Nous reçûmes une excellente liospitalité chez M. Dalmas, un brave Français, qui devait mourir empoisonné, deux ans après.
Le 16, arrivent à bord deux missionnaires protestants, révoque noir du Niger, Crowther, et un de ses fils archidiacre. Ils se rendent à Lokodja. Cet évoque anglican a connu M. de Semelle et nous ne tardons pas à devenir bons amis.
Le capitaine prend une trentaine de kroumen à son bord pour faire le service jusqu'à Fernando-Pô, les blancs ne pouvant pas résister à un travail excessif, sous ce ciel de plomb; il <lébarquera ces auxiliaires au retour.
En revenant à bord, après notre excursion à Free-Town, nous avions nos chaussures et nos habits littéralement couverts d'une poussière rouge, ce qui indique bien que le sol est ferrugineux.
C'est à Sierra-Léone que les commerçants de la côte engagent leurs commis noirs qui ont reçu une instruction première des missionnaires protestants. On y prend aussi des mécaniciens, des charpentiers, des matelots, des cuisiniers et des tonneliers. Mais ces Sierra-Léonais sont en général voleurs, orgueilleux et peu dévoués. 11 est préférable de recruter son personnel à Accra ou à Lagos dont les habitants ont un meilleur esprit.
A partir de Sierra-Léone, c'est un vrai chemin de la croix, que nous faisons tout le long de la côte, sans la perdre de vue.
Dans le but de démontrer que les Anglais possèdent, à partir de la Gambie jusqu'à Bonny, les points stratégiques les plus importants, ([ui mènent par eau et par terre au centre africain, je demande la permission d'indiquer tous les points que nous avons visités, tant en allant qu'en revenant.
Citons par ordre, en descendant vers l'Equateur, les escales suivantes : Gallinas, rivière qui se jette dans l'Océan, au village de Soliman, où les Anglais possèdent des comptoirs. Nous mouillons à environ quatre milles de la terre. La
poitrine est large. Il a le nez épatc^, les lèvres épaisses, les pommettes saillantes, comme les Nigritiens, avec cettiMlifférence qu'au lieu d'tHre d'un noir (rébène, il a une eouIcMir chocolat.
Leurs yeux sont plutôt jaunes que blancs. Ils se tatouent le milieu du front jasqu'à la naissance du nez. Ils se liment ■ les deux dents de devant supérieures, à leur point de jonction, de manière à former un vide qui afîecte la forme d'un V.
Ils soignent beaucoup leur personne : après leur travail, ils se lavent tout le corps et, rentrés cbez eux, se frottent d'huile.
Ils sont vêtus d'un simple pagne qu'ils disposent avec une certaine coquetterie ; mais ils s'alTublent de tout ce qu'on leur donne et de tout ce qu'ils trouvent, en fait d'habillement, chapeaux, paletots, gilets, pantalons, vestes.
Il est difficile de garder son sérieux lorsqu'on voit passer une troupe deKroumen. Ils se coiffent avec n'importe quoi, môme avec une jambe de pantaloii, en laissant pendre sur le dos l'autre extrémité.
Le Krouman est plutôt courageux que brave, surtout lorsqu'il porte ses gris-gris (amulettes). Le Kabyle, au contraire, est plutôt brave que courageux.
Le fait suivant démontrera la puissance que les gris-gris exercent sur les Kroumen.
Un jour, après avoir tué d'un coup de fusil un gros serpent qui dormait enroulé sur le toit d'un magasin, je commandai à un Krouman d^aller chercher le reptile au moyen d'une échelle.
« — Oh! non, dit-il, il fait le mort, mais il ne l'est pas...
Afin de le tranquilliser, je lâchai un second coup de fusil chargé à balle explosible, sur le redoutable animal qui ne bougea point.
« Ks-tu convaincu, lui dis-je ?
Le Krouman hésitait encore «^ monter. Tout à coup, il part comme une flèche, dans la direction de sa case. On s'imagine que c'est la frayeur qui le fait fuir. Pas du tout, il revient quelques instants après, tenant à la main une petite
un des points les plus renommés de la côte, autant par sa salubrité que par l'importance de la ville Harper, créée en 1835, par la Société colonisatrice du Maryland. La rivière Palmas baigne le côté nord de la presqu'île du cap; plusieurs villages de bonne apparence se trouvent sur la rive gauche.
L'Harmattan, dans ces parages, souffle en décembre et seulement par intervalles et sans violence ; il commence au jour et finit le plus souvent à midi. Les marins disent que, tout le long de la côte de Libéria, le temps est toujours moins mauvais près de terre qu'au large.
A peine avions-nous laissé tomber Tancre au cap des Palmes, qu'une nuée de pirogues amena à bord plus de cinq cents Kroumen, de dix à quarante ans, qui demandaient à être engagés dans les factoreries européennes. Avec nous, se trouvait un agent britannique qui choisissait les plus robustes, et ces sauvages, simplement vêtus d'un vieux pagne et coifTés de chapeaux européens démodés, se pressaient auprès de lui en criant : « Miaou, miaou, » ce qui veut dire : « Moi, moi, engage-moi ! » On aurait dit un concert de plusieurs chats enragés.
Ces Kroumen sont engagés pour une année, à l'expiration de laquelle ils reviennent chez eux.
Le transport d'un Kroumen s'élève en moyenne à une livre sterling. Le capitaine, qui prend ces auxiliaires à son bord, traite généralement avec les agents blancs, directeurs des comptoirs.
Lorsqu'il les ramène à leurs villages, il se passe des scènes qui seraient amusantes, si elles ne témoignaient d'une profonde cruauté.
En effet, au coup de canon tiré aux approches du port d'escale, une foule de pirogues apparaissent de toutes parts. On les voit tantôt au sommet des vagues et tantôt disparaissant dans l'abîme, pour reparaître encore; les nautoniers pagayent vigoureusement vers le navire (jui, pour ne pas s'attarder, ne mouille jamais, à moins qu'il n'y ait du chargement à prendre.
conie de chèvre, remplie de menus olyels, tels que : une dent de caïman, un morceau de papier, trois petits cailloux et un chiffon de soie.
Il suspend son gris-gris à son cou, au moyen d'une ficelle, puis il monte bravement à rassaut;le gris-gris l'avait rendu invulnérable.
Les Kroumen ont horreur de Tesclavage. Jamais ils n'ont été asservis. Ils ont eu souvent à soutenir «les guerres contre les Libériens et presfpie toujours ils ont éfé vainqueurs, malgré rinfériorité de leur armement. Ils vivent en petites républi({ues ayant chacune un chef élu à vie.
Les Kroumen sont engagés par comj)agnii\s, composées chacune suivant les besoins ou Timportance des factoreries. Ils sont dix, quinze, vingt, trente et (luehjuefois davantage.
Chaque compagnie est sous les ordres d'un chef (jui porte le titre de Leadman. (à' chef est mieux rétribué ; mais il-a une certaines responsabilité, soit envers ses subordonnés, soit envers les agents ipii les engagent.
Si un vol vient à se produire, dans la factorerie par exemple, le Leadman est tenu de chercher et de découvrir les coupables.
Or, il arriva que certain Leadman connnit un vol dans un magasin de Brass. Je le lis attacher, conduire à bord d'un paquebot en partance pour la C(Me et procédai immédiatement h l'élection de son remplaçant.
Tous les électeurs votèrent pour Taillot, sauf le Krouman Pistache, qui vota pour.... lui-même ! Ivst-ce assez joli ?
Lorsqu'ils s'engagent, les Kroumen prennent des noms de guerre, tels que: Grain-de-Sel, Café, Biscuit, Grain-d'Orgi», etc., etc., ou des noms (juc les blancs eux-mêmes leur donnent, tels que : Carnaval, Paillasse,Pierr()t, etc., sol)ri(iu(*ts caractérisés par leur physique ou leur conduite lmbituell(>.
Ils sont idolîïtres. Dans leurs villages, ils ont leur grand prêtre, qui bénéficie de tout ce iiui arrive d'heureux dans le pays. S'il y a une bonne récolte, par exemple, c'est au grand
Ce spectacle a son côté nsible, assurément : mais il alti-iste lo cœur des gens civilisés.
De semblables faits amènent souvent de graves accidents. Onraconteqn'cn pareille circonstance, des hommes se sont noyés et, quant aux marchandises, si toutes ne sont pas perdues, du moins la plupart sont avariées.
CHAPITRK II
Les Kroumen
'I LiBQirE nous en sommes aux Kroumen, parlons eu tout lie suite.
On appelle Kroumen les lial)ilaiits do la côte de Krou, ou de la côte des Graines. Ils lial>itaient autrefois, dit-on, l'intL^ricur, et de pasleui-s qu'ils étaient, ils sont devenus d'iiabiles pOclicure et d'excellents marins.
Nous avons employ*!', au service de la Compagnie française de l'Afrirpie éqnatoriaie, pendant quatre ans et demi envii-on, huit cents de ces naturels, ifcrutés sur les divers points de cette côte de Krou. Il m'a été possible de les étudier k mon aise.
Ayant fait une grande partie de ma carrière militaire aux lirailleui-s algériens, j'ai êlé frappé de l'analogie qui existe entre ceux-ci et les Kroumen.
Au physique, celui-ci est grand, fort et vigoureux. Sa
ptjitrine est large. Il a le nez épaté, les lèvres épaisses, les pommettes saillantes, comme les Nigritiens, avec cette différence qu'au lieu d'être d'un noir (rébène, il a une ('ouleur chocolat.
Leurs yeux sont plutôt jaunes que blancs. Ils se tatouent le milieu du front jusqu'à la naissance du nez. Ils se liment * les deux dents de devant supérieures, à leur point de jonction, de manière à former un vide qui affecte la forme d'un V.
Ils soignent beaucoup leur personne : après leur travail, ils se lavent tout le corps et, rentrés chez eux, se frottent d'huile.
Ils sont vêtus d'un simple pagne qu'ils disposent avec une certaine coquetterie ; mais ils s'affublent de tout ce qu'on leur donne et de tout ce qu'ils trouvent, en fait d'habillement, chapeaux, paletots, gilets, pantalons, vestes.
II est difficile de garder son sérieux lorsqu'on voit passer une troupe deKroumen. Ils se coiffent avec n'importe quoi, môme avec une jambe de pantalon, en laissant pendre sur le dos l'autre extrémité.
Le Krouman est plutôt courageux que brave, surtout lorsqu'il porte ses gris-gris (amulettes). Le Kabyle, au contraire, est plutôt brave que courageux.
Le fait suivant démontrera la puissance que les gris-gris exercent sur les Kroumen.
Un jour, après avoir tué d'un coup de fusil un gros serpent qui dormait enroulé sur le toit d'un magasin, je commandai à un Krouman d'aller chercher le reptile au moyen d'une échelle.
« — Oh! non, dit-il, il fait le mort, mais il ne l'est pas...
Afin de le tranquilliser, je lâchai un second coup de fusil chargé à balle explosible, sur le redoutable animal qui ne bougea pomt.
« Ks-tu convaincu, lui dis-je ?
Le Krouman hésitait encore à monter. Tout à coup, il part comme une flèche, dans la direction de sa case. On s'imagine que c'est la frayeur qui le fait fuir. Pas du tout, il revient quelques instants après, tenant h la main une petite
CIIAIMTHK III
Escales de la Côte
ii|i(' ili^ iilusicui's villages knmiin'ti t placésjioiifraKeiTissoiiioiil des
■îiirlfiiit i.'ii liiiilc (Ir [lalnio, soiiiiiis au prott'cttirat dt' la France en l8(iK, pai' if conlrctimiral vicomte. Fleiinot de Lan^de. MallieutvaKeiiieiit, k' youvernenient e( les Coiiiiiagriies co)initerranies n'y (»iit rien fait pour y étalilir imlre ilindinalioii. V.\'sl un turt ! Il fst vrai que lesKmunn'n sunt tellenieni jahmx de leiu' in- Llépeudaiico qu'ils ci-ai^neul, euinnic les Kabyles, que l'occupatinn de leur jiays pai-les élrantïeis n'amène tût on lard l'asscn'îsseniciit. Mais avec des cadeaux ans chefs, ou puurrait s'iustallof chez eux.
Aux environs de Biriliy, on n'niarqne les villayes îiuporlant-sdeLahou, Jack-Jack, Ilair-Jaek,HalMvr.ry, Gnuid- Ivory.
La Grande- Bit' ta^ne possède de heanx élalilissenieuts
dans tous ces villages où notre pavillon ne flotte nulle part.
Les naturels de cette région du littoral sont désignés sous le nom de Koua-Koua, à cause leur langage, auquel se mêle souvent le cri du canard, mais ils font partie de la côte de Krou.
J'étais couché dans ma cabine, en train de prendre un bain de sueur, à la température de trente-six degrés centigrades, lorsqu'une foule de ces Kroumen est venue envahir le pont en vociférant : kouah ! kouah ! kouah ! Les passagers, croyant que le commissaire du bord se ravitaillait de canards, ont été désagréablement surpris, en montant sur le pont, de ne trouver que des Kroumen.
Laissons les Kouah-Kouah, et allons visiter :
Grand-Bassam et Assinie. — Deux stations qui se touchent presque et qui ont été placées sous la souveraineté de la France, par un traité passé en 1842 et signé du commandant Bouët-Wuillaumez , en qualité de gouverneur du Sénégal.
Nous y avons des établissements importants delà maison Verdier.
C'est avec un sentiment de légitime orgueil que nous voyons flotter gracieusement notre cher pavillon sur ces comptoirs Nous le rencontrons si rarement!
Seuls, ceux de nos compatriotes qui ont parcouru les mers sur des paquebots étrangers, ont éprouvé cette joie infinie qui fait venir les larmes aux yeux, lorsqu'on trouve le drapeau national dans des contrées éloignée».
Ne nous rappelle-t-il pas la patrie absente, nos gloires et, hélas! aussi nos revers!
Ah! Si tous nos hommes d'Etat pouvaient faire des voyages dans ces pays! Ils deviendraient bien vite partisans de notre expansion coloniale, ce qui est notre constante ambition. Mais revenons à Grand-Bassam.
La note suivante, sur Grand-Bassam et Assinie, est consignée sur mon agenda; je la reproduis sans dire d'où elle émane, car j'ai oublié la source qui me l'a fournie.
« La rivière Grand-Bassam s'appelait auti'efois Costa. Les « indigènes la nomment Comoé. Le port est dans une cri- « que ; les bateaux à voile accostent le long de la berge ; une « petite canonnière y coula vers 188'^. L'Ile Bouet est en « face de remboucliure de la lûvière Coinoé.
« On aperçoit de Pautre ct)té le village do Grand-Bassam, « placé au point de convergence de trois cours (Teau : le « Conioé, la lagune du Potou et la lagune de Tl^^brié. Ces « marais renferment ime nombreuse* population; on y trouve « heaucoup d'buile de palme et d'or massif. Le roi babitc « le village.
« Par le Comoé, on communique avec l'intérieur, et les « Bambaras duHauf -Sénégal descendentauGrand-Bassam.
« La population de TKbrié est de soixante à quatre-vingt « mille ûmes. Ces peuples sont d'origine différente, ne i)ar- « lent pas la même langue et se font souvent la guerre.
« Les Bourbours, à l'extrémité de la lagune, sont les plus « remuantset les plus faroucbes; ils babitentdans plusieurs « villages établis dans des terrains marécageux. Pour les conte tenir, on a été obligé de construire le poste fortifié de Da- « bou(rive droite de rKbrié)sur un monticule qui commande « le pays. La maison est carrée et bastionné(\ Il y avait une « garnison composée d'un officier, deux artilleurs et soi- « xante-quatre tirailleurs. Ces |)Ost(\s ont été abandonnés en « 1870. »
A l'emboucbure de la rivièi*e Assinii», nous possédions autrefois un étal.)lissement nommé Fort-Joinville, comptoir fjui a été aliandonné parce* ({ue la Compagnie y a fait de mauvaises affaires; nous y avions aussi uneî petite garnison.
Ces trois postes de Grand-Bassam, de Dal)()uet d'Assinie, sont bien placés, encore aujourd'bui, sous l'autorité du commandant de la division navale des eûtes occidentales d'Africjue; mais quel avantage en relirons-nous?
Il y a actuellement, à Assinie, une factorerie française et une anglaise, et c'est tout.
Cette région du littoral est généralement plus salubn*
que tous les autres points de la Côte d'Or; toutes les rivières descendent du versant duFouta-Diallon.
Ce pays-ci est fort riche ; l'intérieur est peu connu, mais, de Pavis des agents employés à la côte, qui trafiquent avec les noirs de rintérieur, il y aurait des fortunes considérables à faire, si des compagnies commerciales, encouragées par le Gouvernement français, comme le sont les compagnies royales anglaises au Niger, dans les Haut-Nil, Zanzibar, le Haut-Zanbezé, etc., allaient hardiment s'installer sur cette
Côte d'Or, dont le nom seul devrait attirer l'attention de nos commerçants.
AxiM. — Nous voici h Axim, situé au cap des Trois- Pointes. On aperçoit un ancien fort, qui a appartenu aux Portugais , et qui maintenant est aux Anglais ; ces derniers y ont un bel établissement et tiennent beaucoup à la possession de ce point stratégique, car il est très propice aux débarquements.
En hommes pratiquer, ces messieurs songent à l'avenir et nul ne leur donnera tort.
El Mina et Cape-Coast. — A part ceux qui s'occupent sérieusement de géographie, il a y peu de personnes sachant que la Grande-Bretagne possède sur la côte orientale d'Afrique, des villes aussi importantes, aussi peuplées, aussi fortifiées que peuvent l'être nos villes de la côte algérienne, telles queDellys, Bougie, Djigelly, Stora, Philippeville, La Calleet peut-être môme Bône. Eh! bien, El Mina et Cape-Coast comptent environ vingt mille habitants, et peuvent rivaliser avec les villes que je viens de nommer.
Il n'entre pas dans mes goûts de piller dans tous les ouvrages qui traitent de géographie pour répéter ce que des écrivains plus autorisés ont déjà raconté. Mais j'insiste sur ce point, c'est que, dès mon premier voyage à la côte occidentale d'Afrique, j'ai crié : Caveant consulesl dans tous mes rapports de Tordre commercial ou politique. J'en ai les copies sous les yeux.
Aujourd'hui, l'empire du Soudan est formé.
Le coup de grftco nous a été porte en 1885, par le traité de B(»rlin, dont on avait soigneusement exclu toute personne de nationalité française.
Maintenant, je mets un terme à ma digression, pour dire ([ue Ml Mina et Cape-Coast sont deux points stratégirpies de premier ordre et ([ue c'est par là que les Achantis seront vaincus et absorbés par les Anglais, comme ils absorbent tout le Soudan par les bouches du Niger.
C'est ici que nous avons déposé les officiers anglais, nos compagnons de voyage, avec lesquels, grùce aux attentions délicates de M. le capitaine de Costa, nous étions devenus bons amis. Ces messieurs devaient prendre part à une expédition contre le roi des Achantis, mais les difficultés ont été résolues diplomatiquement.
La poire n'est pas encore mfire !
Continuant notre route, nous allons touchera Apam, puis à Winebah, stations anglaises, admirablement choisies par les Hollandais, qui les ont vendues aux Anglais. On voit de loin des forts et des murs d'encehite.
Accra. — Cîrande ville ayant appartenu autrefois aux Danois qui s'y étaient fortifiés. On voit encore la' citadelle de Christiamburg, un vrai cliAttMu féodal.
Accra est aujourd'hui la cai)itale du district anglais; elle compte, avec la cité de Christiamburg, sa voisine, environ dix-huit mille habitants.
La barre est excessivement mauvaise; les vagues se succètlent à si peu d'intervalle les unes des autres et si irrégulièrement que les Kroumen eux-mêmes sont souvent noyés et mangés par les requins. Ce{)endaiit, ils sont tellement habiles, qu'ils distinguent dans la nuiltitude de ces vagues, celle à laquelle ils doivent s'abandonner, car c'est l)ien la vague qui porte pirogue, voyageurs et colis, i)lus ou moins submergés.
J'ai passé cette barre pour aller visiter la ville et j'ai dû aux naturels qui m'ont enlevé comme un colis, de ne pas faire un plongeon. Je suis arrivé à terre, du moins j'ai été
porté à terre tout trempé, sans me rendre compte du danger auquel je venais d'échapper.
Un officier de la douane anglaise, M. Hore, qui a habité longtemps Paris, m'a fourni tous les renseignements que je reproduis sur Accra. Je remercie M. Hore, de Texcellente hospitalité qu'il m'a donnée pendant vingt-quatre heures et surtout de la façon si aimable dont il me Ta donnée.
Accra est administrée par un gouverneur civil; il y a une garnison, dont les soldats sont recrutés dans le Haoussa.
Ce sont nos tirailleurs algériens. Leur costume aie même cachet oriental et ne diffère du nôtre que par la nuance de leur drap qui est d'un bleu plus foncé; déplus ils ne portent pas de chaussures. En les voyant manœuvrer nu-pieds, j'ai éprouvé les mômes sentiments de pitié qu'à Londres, où de pauvres petits enfants, pour vendre quelques boîtes d'allumettes, courent dans la neige les pieds nus et grelottant de froid.
On ne comprend pas que l'autorité anglaise, qui en a tous les moyens, ne porte pas remède à cet état de choses.
Mais revenons à Accra.
Ce district n'a rien à envier à ceux d'El Mina ou Cape- Coast; écoles, églises, tribunaux, casernes, prisons, promenades, villas; on se croirait en Europe!
Une école d'artisans sert à former de bons ouvriers pour tous les travaux, même en bijouterie.
Les bijoux de ce pays, fabriqués avec l'or tiré de ses montagnes, sont très recherchés : bracelets, bagues, boucles d'oreilles rappellent, par leurs dessins, l'art égyptien.
Les agents européens, ainsi que je l'ai déjà dit, trouveront plus de garanties chez l'ouvrier d'Accra que chez celui de Sierra-Léone qui s'est empressé de prendre tous les défauts de la civilisation, en négligeant de s'approprier ses qualités.
Adda. — Petite ville d'environ neuf mille ûmes, située à trois ou quatre milles du fleuve Volta, qui se jette près des ruines d'un beau fort danois, aux environs du cap Saint - Paul.
Des établissements anglais et allemands font cI'Adda un centre important d'échanges. Ses productions consistent en huile de palme, ivoire, poudre d'or, peaux, indigo et coton.
Toutes ces stations, que l'Angleterre a achetées aux Hollandais, aux Danois et aux Portugais, sont d'mi grand avenir au point de vue commercial et politifjue.
Le télégraphe les relie d(\jà à PMurope. On procède maintenant à des émigrations formidahles et on arrivera rapidement à l'occupation définitive du pays, dont les heun^usvs conséquences, au point de vue humanitaire, seront Textirpalion de l'abominable esclavage et Pextinction des coutumes cruelles qui sont la honte de la civilisation moderne.
En jetant l'ancre à Quitta^ nous entrons dans la Côte des Esclaves.
Qt:itta. — C'est un village de premier ordre, presque à l'embouchure du Volta, ([ui sépare le royaume des Achantis de celui du Dahomey.
Ici, on aperçoit encore un fort en ruines, des factoreries anglaises et allemandes.
Dès que le canon d'un steamer a annoncé son mouillage, il est immédiatement accosté par une multitude de pirogues, chargées de vivres de toutes sortes; on peut s'approvisionner en bœufs, moutons, volailles, œufs, eau et charbon.
Nous nous ravitaillons largement, puis nous allons visiter Porto-Ségouro, le cœur un peu réjoui par la vue des vivres frais, dont nous avions bien besoin. Les caractères sont énervés par ce trop long et ennuyeux voyage. Il serait temps d'arriver, surtout pour le lecteur.
Porto-Ségoiîro. — Cette colonie américaine, était soumise au protectorat de la France; mais, hélas! elle a été cédée à l'Allemagne ; les Américains y faisaient autrefois la traite des esclaves, sur une très grande échelle.
Aujourd'hui, c'est l'huile de palme qui a remplacé le trafic de la chair humaine, « du bois d'ébène», connue on ditc^ lacftte.
La présence du drapeau français sur la factorerie de M. Cyprien Fabre, armateur et négociant connu de toute la côte, autant que MM. Verminck et Régis, nous fait oublier, un instant, nos injustes récriminations contre le capitaine Monro, de ce qu'il ne manque pas une escale».
Il s'aperçoit, le brave enfant d'Albion, aux éclats de joie que mon jeune neveu ne peut contenir, que c'est la vue du drapeau tricolore qui cause cette explosion ; et dans sa courtoisie, notre capitaine nous dit en anglo-français :
« — Porto-Ségouro, français! to morrow (demain), ajoute-t-il, vous, voir Petit-Popo, français ! yes, français ! Grand-Popo aussi français ! »
Le lendemain 27 mars, nous mouillons en effet à Petit" Popoy qui appartenait bien aux Français à ce moment, mais qu'on a cédé aux Allemands.
Le village est considérable et très commerçant, sa population est d'environ quatre mille âmes. La maison Fabre a une très grande factorerie et de grands magasins tout le long du rivage. On y voit aussi des factoreries anglaises et allemandes.
La barre de Petit-Popo est très mauvaise ; les naturels employent de grandes pirogues, montées par de nombreux marins, qui peuvent rivaliser dans l'art nautique, avec les meilleurs Kroumen.
J'ai quelquefois employé, dans les factoreries et dans mes longs voyages, des Popomen ; je déclare les avoir trouvés moins souples que les Kroumen, avec lesquels ils étaient toujours en dispute.
Grand-Popo. — Placé sous la souveraineté de la France, cet important village est masqué par une dune et adossé à une lagune, qui est alimentée par le fleuve Mono.
On y distingue une très belle factorerie française, appartenant à M. Régis, sur laquelle flotte le drapeau français. Beaucoup de villages dans les environs; centre d'affaires commerciales de la plus grande importance.
WnYDAH. — Port principal de l'Etat du Dahomey, est une grande ville, très ancienne, et fort connue par le commerce d'esclaves qu'on y faisait autrefois.
I^s maisons Régis et Fabre y ont de beaux établissements, à côté de ceux des Portugais.
Le serpent est en grand honneur à Whydah ; on lui a élevé un temple et il jouit de la plus haute considération. La ville est placée sous son patronage et les habitants feraient un mauvais parti à celui qui tuerait un serpent.
Les commerçants de la ville sont soumis à une foule de règlements, prenant leur source dans le fétichisme et qui amènent souvent des conflits graves, comme le blocus des Anglais en 1876, qu'on raconte, à la cote, de la manière suivante :
Les Cabacères(l) de Whydah ayant battu des sujets anglais, le roi du Dahomey fut frappé d'une ran(;on, te côte fut immédiatement bloquée et le commerce arrêté.
Le roi ne voulant pas s'exécuter et les maisons commerciales ne faisant plus d'affaires, ce sont les chefs de ces maisons qui préférèrent payer l'amende infligée au roi, afin de pouvoir continuer leur commerce. C'est assez original !
Je ne parlerai pas des mœurs et coutumes sanglantes du Dahomey, ni des soi-disant trésors royaux, enfouis dans les tombeaux avec leurs souverains propriétaires. De nombreux voyageurs se sont cliargés de les raconter, plus ou moins véridiquement, selon leur tempérament plus ou moins sérieux, plus ou moins accessible à la légende dahoméenne.
M'étant déjà trop attardé sur Whydah, il est temps de lever l'ancre et d'aller visiter Godomé, qui est à quarante ou quarante-cinq milles de là ; nous reparlerons de Whydah au chapitre Dahomey, à cause des événements actuels.
GoDOMÉ. — Nous avons ici deux comptoirs importants, qui sont la propriété de MM. Fabre et Régis. Grand commerce d'huile de palme. L'huile du Dahomey est la plus renonmiée do toute la côte.
(1) Cabacëres, représentants du roi de Dahomey.
A six milles environ ti Test de Godonié, se trouve Appi ou Kotonou ;\'dj MM. Régis, Fabre, Daumas-Lartigue, les frères Mark et Borellv ont fondé des factoreries. Ces établissements emploient beaucoup de Français.
PoRTO-Novo. — La cité de Porto-Xovo est bùtie sur une lagune, qui s'étend entre Quitta et Lagos. Les Pères des Missions Africaines de Lyon, dont M. Tabbé Planque est le supérieur général, y ont une mission, dont la maison-mère est à Lagos; nous en reparlerons au cliapitre Dahomey.
Nous voici mouillés devant Badagry^ ville anglaise d'environ dix mille âmes; elle fait partie de la colonie de Lagos, est administrée par un commandant civil, dépendant du gouverneur qui habite Lagos. La ville se trouve sur la lagune, à environ un mille dans IMntérieur ; elle possède une garnison, des missionnaires protestants anglais et des factoreries.
Les Pères catholiques de Porto-Novo dirigent, à deux milles à Test du mont Badagry, une ferme-école qu'ils ont créée eux-mêmes et qui fait merveille.
Les événements du Dahomey, ayant donné à cette publication un certain regain d'actualité, nous dirons, plus loin, ce que la France pourrait faire dans ce pays d'avenir, en utilisant les noirs du Sénégal, de la côte occidentale d'Afrique et des tirailleurs algériens, qui seuls pomTaient résister dans une expédition sous ce climat meurtrier.
Lagos. — Arrêtons-nous un instant à Lagos, la capitale des possessions anglaises.
La ville est située dans une île formée par TOssa, elle compte de soixante à soixante-cinq mille ùmes ; de nombreux cours d'eau permettent de pénétrer dans l'intérieur, d'aller dans toutes les directions et d'atteindre même le Niger en bateau à vapeur.
Le Gouverneur possède une garnison importante ; il a à sa disposition une canonnière, la Gertrudcj dont le faible tirant d'eau lui permet l'accès de toutes les rivières d'une certaine importance.
Le grand commerce de Lagos est prhicipalemeiit entre ' les mains des Anglais et des Allemands ; nous y avons cependant la maison Cypritui Fahre, dont nous avons dc^jà parlé, ramiatcur de Marseille, qui dirige la Compagnie française de navigation h vapeur, et la maison Régis.
Il y avait aussi la maison Colonna de I.ecca, agent consulaire de France, mais il est mort subitement à Lyon, il y a deux ans, victime de son séjour trop prolongé à la Côte. Nous adressons un hommage mérité à la ménujire de cet excellent homme, pour les soins désintéressés rpril a donnés aux agents français de la Compagnie française de l'Afrique équatoriale. Ils sont nombreux, nos malades (jui ont trouvé, chez M. Colonna de Lecca, une large hospitalité et des secours de toutes sortes.
Nous avons aussi à Lagos la maison des Missions Africaines de Lyon, dont le R. P. Chausse, l'intrépide explorateur bien connu, est le supérieui*. Il rend, avec le concours de ses vaillants confrères et des Sanirs, les ])lus grands services dans toutes ces contrées. Nous aurons Toccasion d'en parler dans un chapitre spécial que nous consacrons aux missionnaires de la Cote et du Niger hiférieur.
Disons adieu à Lagos et entrons dans le golfe de Bénin, où se jettent de nombreux coui^s d'eaux bourbeuses, qui empoisonnent Patmosphére et jaunissent la mer à près de dix milles au large. Les eaux sales et écumeuses qui charrient tous les détritus de l'intérieur sont toujours agitées. La houle y est a Tétat de pei'inancnce, les requins y pullulent et jettent la terreur parmi les naturels de cette partie de la côte, la plus insalubre de toutes celles que nous venons do parcourir.
Les nombreuses rivières qui se jettent dans le golfe de Bénin, appartiennent aux Anglais. C(^sont: Bénin, Fscardos, Forcados, Ramos, Pennington, Middelelon et, plus l)as, dans le golfe de Guinée: Noun, Brass, Sambrero, Nouveau- Calabar, Bonny, Vieux-Calabar, Rio-del-Rey, Cameroun, etc.
N'ayant pas dépassé Bonny, je m'abstiendrai de parler des lieux que je n'ai pas visités.
Toutes ces rivières sont des bouclies plus ou moins importantes (lu Niger; elles font partie de son delta et appartiennent au niônie système hydrographique.
Ainsi, une chaloupe à vapeur, partant de Bonny, arrive h Brass, d'où elle gagne Noun ; de là, elle peut remonter le Niger jusqu'aux rapides, ou bien dél)oucher, par n'importe quelle rivière, dans le golfe de Bénin. Elle pourrait aussi remonter directement de Bonny à Abo, en aval (rOnitcha. . Mais il est temps de revenir à bord du Gabon que no\is avons laissé à l'ancre devant les factoreries de Bénin, où le capitaine Monro approvisionne vivement les dilïérentes factoreries anglaises, établies dans ces lieux (rfnfection, près des villages Fish-Town et Salt-Town, puis il lève l'ancre rapidement et se dirige à toute vapeur sur Bonny, en brûlant Brass, lieu de notre destination où le Gabon n'a pu entrer à cause de son tirant d'eau, ainsi que nous allons le voir.
C'est le !•' avril que le Gabon entrait majestueusement dans l'estuaire de Bonny et prenait place pour la premièi*c fois, depuis son départ de Liverpool, 26 février, à côté d'un grand noml)re de steamers, de chaloupes et de pontons, comme dans un port ordinaire d'Kurope.
L'entrée de Bonnv est fort dangereuse à cause des bancs de sable qui se prolongent à six ou sept milles de la côte et sur lesquels la mer brise avec fracas.
Le canal (ou la passe) dans lequel il faut s'engager pour pénétrer dans l'estuaire ayant plusieurs mètres de profondeur, ce qui permet aux plus gros steamers de la franchir à marée haute, mais non à marée basse.
Cette passe est déterminée par des bouées rouges et noires, i)lacées de distance en distance. Les capitaines doivent les suivre avec de grandes i)récautions, s'ils ne veulent s'exposer à perdre leurs navires. Le plus simple serait, pour ceux qui ne connaîtraient pas la passe, de demander un pilote au village de Bonny.
Le port (car c'est un véritable port) est Pentrepôt général des marchandises venant d'Europe, à destination de
La présence du drapeau français sur la factorerie de M. Cyprien Fabre, armateur et négociant connu de toute la côte, autant que MM. Verminck et Régis, nous fait oublier, un instant, nos injustes récriminations contre le capitaine Monro, de ce qu'il ne manque pas une escale.
Il s'aperçoit, le brave enfant d'Albion, aux éclats de joie que mon jeune neveu ne peut contenir, que c'est la vue du drapeau tricolore qui cause cette explosion ; et dans sa courtoisie, notre capitaine nous dit en anglo-français :
« — Porto-Ségouro, français! to morrow (demain), ajoute-t-il, vous, voir Petit-Popo, français ! yesy français ! Grand-Popo aussi français ! »
Le lendemain 27 mars, nous mouillons en effet à Petit- Popoy qui appartenait bien aux Français à ce moment, mais qu'on a cédé aux Allemands.
Le village est considérable et très commerçant, sa population est d'environ quatre mille âmes. La maison Fabre a une très grande factorerie et de grands magasins tout le long du rivage. On y voit aussi des factoreries anglaises et allemandes.
La barre de Petit-Popo est très mauvaise ; les naturels employent de grandes pirogues, montées par de nombreux marins, qui peuvent rivaliser dans l'art nautique, avec les meilleurs Kroumen.
J'ai quelquefois employé, dans les factoreries et dans mes longs voyages, des Popomen ; je déclare les avoir trouvés moins souples que les Kroumen, avec lesquels ils étaient toujours en dispute.
Grand-Popo. — Placé sous la souveraineté de la France, cet important village est masqué par une dune et adossé à une lagune, qui est alimentée par le fleuve Mono.
On y distingue une très belle factorerie française, appartenant à M. Régis, sur laquelle flotte le drapeau français. Beaucoup de villages dans les environs ; centre d'affaires commerciales de la plus grande importance.
c<.»lle j^raiiilt» partie de la cole qui s'étend depuis Lagos jus<iu au (ialjcjii. (^est aussi un entrepôt de charbon.
Les magasins ne sont pas à tei'i'e, connue, on poui'rait le croii'e, mais sur des [xuitons inniUMises, recouverts d'un toit en zinc et aménagés en conséipienct* ; ils peuvent recevoir dans huirs lianes plusieui's niilliei's de tonnes de marchandises, (W charhon ou de produits africains.
\'oiei connncMit les clios(\s se passent. Les grands pa- ([uc^hots anglais qui font le* service d'Angleterre à la cote, comme le Gabon, pai' exenq^le, ne peuvent pas, à cause de h*ui" fort tirant d'eau, entrer dans toutes les rivières où il y a des comptoirs européens; alors, ils enti'ent dans le port de la Uonny et ils transhordent leur charg(^ient sur ces docks lloltants, où de [)etits navires, à fond plat, dont \c fail)le tirant d\*au leur permet raccès de toutes les rivières, viennent les prendre* et les poiter à leur destination. A leur l'etour, ils rai)j)ortent sur les pontons les produits qu'ils ont pi'is dans l(»s fai'toi'eries et où les grands steamers viennent les chercher pour les porter en Iùn*oi)e.
Aujourd'hui, les (]om[)agnies de navigation de Liv(T|)Ool, gui<lées par rexi)érience, ont fait construire un certain liondjiv de stt»ainers d'un très fort tonnage, mais à cocjuille plate, qui leur permet d'entnn* dans les lleuves les plus im])ortants, où les européens possèdent des établissements et, toutes les fois ([u'il y a un chargement C(»nsidéi'al)le de marchandises à déposi^r, ou de noml>reux produits à pr(MRlre, ces grands navinîs font directenuMit le voyage sans faire escale à Bonny, de manière à se passer du concoui*s de leurs sati'llites et à évit(*r ainsi des transbordements coûteux.
(^est sui* un de ces petits satellites, le Docloj ([ue mon neveu et moi, avons pris passage de Bonny à Brass, où nous avons dél)ar<iué le trois avi'il, a|>rès trente-sei)t jours (le traversée et plus de vingt-sept escales.
Brass. — L'end)ouchure d(* Brass est la tnjisième, par rang d'inq)orlance, de tout(*s les end>ouchures du Nigtn*:
olle vitMit après Bunny et Xoun ; les navires ayant de quinze à dix-sept pieds de tirant peuvent y entrer à marée haute.
Là passe est indiquée i)ar une bouée mouillée au large, en face de Taxe formé par les deux rives, w. Comme la barre est mauvaise^ il est pi'éférable pour les capHai lies- qui ne Pauraient jamais franchie, de hisser le parvrHoii de pilote et de tirer un coup de canon, d'autant plus;. que la bouée est souvent entrahiée par le mauvais temps. Il y a au village de Twa, situé près de Tembouchûré, un peu dans rintérieur, un pilote noir très habile, qiii arrive toujoiii's au coup de canoii tiré par les navires; immédiatement, ce pilote se transporte à bord et on peut se fier à lui. ^ .
Dès qu'on est entré dans le fleuve, t)n se trouve au milieu d'un vôsfe bassin, bordé de palétuviers.
Tous les établissements*- eui'opéens, la mission et le cimetière, sont situés sur la rive gauche.
La rive di'oite, étant très vaseuse^ et n'ofi'rant pas de fond, ne permet pas d'accoster la plage.
L'escale de Brass, étant le terme de mon voyage, je ne peux- pas passer li un autre chapitre sans donner mes impressions sur cette longue étendue de la côte occidentale d'Afrique, où les Anglais ont la prépondérance. Leur puissance est telle, qu'ils peuvent se dire, dès à présent, les maîtres de tout le littoral et de. l'intérieur. Ceux qui trouvent que nous sommes mieux partagés qu'eux se trompent étrangement.
L'empire des hides a connnencé par un comptoir; c'est
par des comptoirs que l'empire du centre africain sera
prochainement créé, au profit de la Grande-Bretagne.
; Les FVançais, les Allemands et les Portugais sont
"absorbés et considérés déjà connne quantités négligeables.
Toutes les grandes routes fluviales sont aux Anglais. Le coup mortel, ainsi que nous Tavons (ht, a été porté par eux à toute l'Europe, au traité de Berlin, qui leur a livré le Niger moyen et inférieur ainsi ({ue laBénoué, c'est-
Le grand commerce de Lagos est prhicipalement entre ' les mains des Anglais et des Allemands ; nous y avons cependant la maison Cyprien Fabre, dont nous avons dc\jJi parlé, l'armateur de Marseille, qui dirige la Compagnie française de navigation à vapeur, et la maison Régis.
Il y avait aussi la maison Colonna de Lecca, agent consulaire de France, mais il est mort subitement à Lyon, il y a deux ans, victime de son séjour trop prolongé à la Côte. Nous adressons un hommage mérité à la mémoire de cet excellent homme, pour les soins désintéressés qu'il a donnés aux agents français de la Compagnie française de l'Afrique équatoriale. Ils sont nombreux, nos malades qui ont trouvé, chez M. Colonna de Lecca, une large hospitalité et des secours de toutes sortes.
Nous avons aussi à Lagos la maison des Missions Africaines de Lyon, dont leR. P. Chausse, l'intrépide explorateur bien connu, est le supérieur. Il rend, avec le concours de ses vaillants confrères et des Sœurs, les pUis grands services dans toutes ces contrées. Nous aurons l'occasion d'en parler dans un chapitre spécial que nous consacrons aux missionnaires de la Côte et du Niger Inférieur.
Disons adieu à Lagos et entrons dans le golfe de Bénin, où se jettent de nombreux coui^ d'eaux bourbeuses, qui empoisonnent Tatmosphère et jaunissent la mer à près de dix milles au large. Les eaux sales et écumeuses qui charrient tous les détritus de l'intérieur sont toujours agitées. La houle y est à l'état de permanence, les requins y pullulent et jettent la terreur parmi les naturels de cette partie de la côte, la plus insalubre de toutes celles que nous venons de parcourir.
Les nombreuses rivières qui se jettent dans le golfe de Bénin, appartiennent aux Anglais. Ce sont: Bénin, Escardos, Forcados, Ramos, Pennington, Middeleton et, plus bas, dans le golfe de Guinée: Noun, Brass, Sambrero, Nouveau- Calabar, Bonny, Vieux-Calabar, Rio-del-Rey, Cameroun, etc.
N'ayant pas dépassé Bonny, je m'abstiendrai de parler des lieux que je n'ai pas visités.
Toutes ces rivières sont des bouches plus ou moins importantes du Niger ; elles font partie de son delta et appartiennent au niùnie système hydrograi)lii([ue.
Ainsi, une chaloupe à vapeur, partant de Bonny, airive à Brass, d'où elle gagne Noun ; de là, elle peut remonter le Niger jusqu'aux rapides, ou bien débouclier, par n'importe quelle rivière, dans le golfe de Bénin. Klle pourrait aussi remonter directement de Bonny à Abo, en aval d'Onitclia. • Mais il est temps de revenir à bord du Gabon que nous avons laissé à l'ancre devant les factoreries de Bénin, où le capitaine Monro approvisionne vivement les différentes factoreries anglaises, établies dans ces lieux d'nifection, près des villages Fish-Town et Salt-Town, puis il lève l'ancre rapidement et se dirige à toute vapeur sur Bonny, en brûlant Brass, lieu de notre destination oii le Gabon n'a pu entrer à cause de son tirant d'eau, ainsi que nous allons le voir.
C'est le 1" avril que le Gabon entrait majestueusement dans l'estuaire de Bonny et prenait place pour la pi^emière fois, depuis son départ de l.iveri)Ool, 2f) février, à côté d'un grand nombre de steamers, de chaloupes et de pontons, comme dans un poi't ordinaire d'Kurope.
L'entrée de Bonny est fort dangereuse à cause des bancs de sable qui se prolongent à six ou sept milles de la côte et sur lesquels la mer brise avec fracas.
Le canal (ou la passe) dans lequel il faut s'engager pour pénétrer dans l'estuaire ayant plusieurs mètres de profondeur, ce qui permet aux plus gros steamers de la franchir à marée haute, mais non à marée basse.
Cette passe est déterminée par des l.)ouées rouges et noires, placées de distance en distance. Les capitaines doivent les suivre avec de grandes précautions, s'ils ne veulent s'exposer à perdre leurs navires. Le plus simple serait, jiour ceux qui ne coimaîtraient pas la passe, de demander un pilote au village de Bonny.
Le port (car c'est un vérital)le port) est l'entrepôt général des marchandises venant d'F.urope, à destination de
îi-dîre tous les vastes territoires compris depuis Tchad- Say jusqu'au lac Tchad, dans une ligne qui, parlant de Say, sur le Niger, enveloppe l'empire de Sokoto et tous les Etats de Gando, Noupé, Haoussa, Bornou, et enfin la province d'Adamaoua (1).
C'est en vain que nos vaillants coini)atriotes ont lutté, dei)uis si longtemps, pour faire connaître, aimer et respecter notre pavillon, i)ar ces nondjreuses populations. Honneur à tous et surtout aux ^>rminck, aux Régis, aux \'erdier et Cyprien Fahre, aux Daumas-Berrauld (»t aux Desprez, les derniers venus, mais les premiers arrivés h Chonga et Ibi, dans l'intérieur, que le récent traité anglofrançais a définitivement abandonné aux Anglais.
Avant d'aller plus loin, dans ce modeste ouvrage, et afin (le ne pas fatiguer le hrcteur, je demande la permission de lui exposer le plan adopté et (pii paraît le plus propre à fixer les idées, tout en rompant la monotonie inhérente aux récits de voyage :
V Je vais d'abord consacrer un chai)itr(* h la description physique du bassin du Niger;
2^ Je ferai succinctement l'historique des campagnes 1881, 1882, 1883, 1884, 1885;
3" Habitants, religion, mceurs, coutumes, industrie, etc.;
4** Un aperçu sur la faune et la flore;
5" Un chapitre spécial au commerce dans le Niger;
& Un chapitre sur nos missionnaires;
7" Au Dahomev.
(1) Ces lijrnes /rtaient écrites en 1881, avant lo traitti do Berlin. Aujourd'hui, c'est un fait accompli.
elle vient après Bonny et Noim ; les navires ayant de quinze à dix-sept pieds de tirant peuvent y entrer à marée liante.
. Là pitsse est imUquée par une bouée mouillée au large, en face de Taxe formé par les deux rives.
, .Comme la barre est mauvaise^ il est préférable pour les capttainjes: qui ne Tauraient jamais francliie, de hisser le pa:viHoh de pilote et de tirer un coup de canon, d'autant plus;. que la bouée est souvent entraînée par le mauvais temps. II y a au village de Twa, situé près de Tembouchuré, un peu dans Tintérieur, un pilote ftoir très habile, qiiî arrive toujours au coup dé canoii tiré par les navires; immédiatement, ce. pilote se transporte à bord et on peut se fier à. lui: * .
Dés qu'on est enti'é dans le fleuve, (ui se trouve au milieu d'un \^ste bassin, bordé de palétuviers.
Tous les établissements* européens, la nn'ssion et le cimetière, sont situés sur. la rive gauche.
La rive droite, étant, très vaseuse et n'ofTrant pas de fond, ne permet pas d'accoster la plage.
L'escale de Brass, étant le terme de mon voyage, je ne peux pas passer à un. autre chapitre sans donner mes impressions sur cette longue étendue de la côte occidentale d'Afrique, où les Anglais ont la prépondérance. Leur puissance est telle, qu'ils peuvent se dire, dès à présent, les maîtres de tout 16 littoral et de l'intérieur. Ceux qui trouvent que nous sommes mieux partagés qu'eux se trompent étrangement.
L'empire des Indes a conmiencé par un comptoir; c'est
par des comptoirs que l'empire du centre africain sera
prochainement créé, au profit de la Grande-Bretagne.
: Les FVançais, les Allemands et les Portugais sont
"absorbés et considérés déjà conmie quantités négligeables.
Toutes les grandes routes fluviales sont aux Anglais. Le coup mortel, ainsi que nous l'avons dit, a été porté par eux à toute l'Europe, au traité de Berlin, qui leur a livré le Niger moyen et inférieur ainsi que laBénoué, c'est-
C II A P nu F, IV
Géographie physique
IIASSIN l»I- NICER
ES anrioiis n'mil j:unais <'tinmi lù ios Sdui'ces li les l'iiiboijcliuros iluNiK*'''- Vdici la (loscri|)lHJii qu'en a Tait Ptuléméc ; Le Nijicr relie le inimt Miiiidi'nii et le rni.nl TliTiïn'. il foi'nie le lac Xi^nsdiic Dehim).
« Diiiiiini lui aiTiVdil doux ainiieiits vt'ims l'un de Sa- {^apdla, l'autre du mont ()nsai';;ara.
■ Vuv. Iiranclio (irienlalf ffinrie le lac Lyliîen ]ilacé à :)Ô"
t\v louKilude, 10" :V de latitude. Du enté du sud, daus la
direction du Daras, il y a une Iirauclie si^inalée sur d(uix
points : 21- IT de lont;itude, yi" i:V 80" rie latitude. »
Aujourd'hui, le cours du \i[rer est inuTaitcnienf connu.
Il prend sîi source sur le yei-saiit oriental du Fouta-
Djallon, au mont Loma, contrefort des monts Kong, se dirige d'abord vers le nord-est sous divers noms, arrose Bamakou, Yamina, Ségou, Sikoro, alimente le lac Debou, passe à Cabra, port de Tombouctou, longe le Sabara de Touest à Test, depuis Eba jusqu'au 2' de longitude est, s'inflécbit ensuite vers le sud-est jusqu'à b'gga, où, cbîuigéant brusquement de direction, il court perpendiculairement à Téquateur et se jette dans le golfe de Guinée, par une vingtaine d'emboucbures, dont trois sont de véritables ports commerciaux donnant accès à la navigation du Niger. Ce sont : Bonny, Brass et Noun, cette dernière est la plus grande coulée. Dans son estuaire se trouve Akassa, où les Anglais ont leur entrepôt général.
La marée, se faisant sentir jusqu'à près de cent vingt kilomètres dans Tintérieur des terres, rend l'eau saumàtre, impotable et impropre à l'alimentation des cbaudières.
Pendant ce très long cours d'environ mille lieues, le fleuve reçoit un très grand nombre d'allluents dont les plus importants sont sur la rive gaucbe :
Sokoto, qui porte ses eaux en aval des cataractes près de Zaria; Stofini; la Koudouna; le Bakou; Weningbi, ce tributaire du Niger, est navigable dans la saison des liantes eaux pour les clialoupes à vapeur; c'est cette rivière que prennent les explorateurs et les blancs qui se rendent à Bidda.
On s'embarque à Egga ; on débarque, environ buit beures après, au village de Weningbi, situé sur la rive droite, où le roi envoie cbercber ses botes avec des cbevaux et une escorte plus ou moins brillante , selon l'importance des blancs qui vont lui rendre visite.
Comme afïluents, nous citerons encore le Gourara, qui passe à Kgga, et la grande rivière Bénoué.
Cette rivière ouvre la route de la province d'Adamaoua et du lac Tcbad, d'où nous arrive, tous les ans, une très grande quantité d'ivoire qui enricbit le grand marcbé de Liverpool, grâce à notre manfjue de savoir-faire; car si on avait maintenu au Niger les compagnies françaises, en
à-dire tous les vastes territoires compris depuis Tchad- Say jusqu'au lac Tchad, dans une ligne qui, partant de Say, sur le Niger, enveloppe Tempire de Sokoto et tous les Etats de Gando, Noupé, Haoussa, Bornou, et enfin la province d'Adamaoua (1).
C'est en vain que nos vaillants compatriotes ont lutté, depuis si longtemps, pour faire connaître, aimer et respecter notre pavillon, par ces nombreuses populations. Honneur à tous et surtout aux Vei'minck, aux Régis, aux Verdier et Cyprien Fabre, aux Daumas-Berrauld et aux Desprez, les derniers venus, mais les premiers arrivés à Chonga et Ibi, dans Tintérieur, que le récent traité anglofrançais a définitivement abandonné aux Anglais.
Avant d'aller plus loin, dans ce modeste ouvrage, et afin de ne pas fatiguer le lecteur, je demande la permission de lui exposer le plan adopté et qui paraît le plus propre à fixer les idées, tout en rompant la monotonie inhérente aux récits de voyage :
P Je vais d'abord consacrer un chapitre à la description physique du bassin du Niger ;
2' Je ferai succinctement l'historique des campagnes 1881, 1882, 1883, 1884, 1885;
S'* Habitants, religion, mœurs, coutumes, industrie, etc. ;
4* Un aperçu sur la faune et la fiore ;
5" Un chapitre spécial au commerce dans le Niger;
6** Un chapitre sur nos missionnaires ;
7** Au Dahomey.
(1) Ces lignes étaient écrites en 1881, avant le traité de Berlin. Aujourd'hui, c'est un fait accompli.
créant le service de traîis[)ort à vapeur f[uo j'ai toujcjiirs réclamé, c'est sur Marseille, Bordeaux et le Havre que cet ivoire aurait pu iMre dirigé (1).
Sur la rive droite, les tril)utaires principaux sont : Galinda, qui se jette à Ouaij^oun; Yali; Sirha; Meymeii, ce dernier débouche en aval de Boussa; enfin Oly, Osin et Edo dans le bas Niger.
N'ayant pas dépassé les limites de Rabba, je nie suis muni d(» renseignements auprès des voyageurs indigènes, pour avoir des données sur le haut Niger, que je n'ai point visité; j'ai remonté plusieurs fois le fleuve depuis Tembouchure de Brass jusqu'à Chonga et j'ai pris les notes suivantes que je donne comme certaines.
Le Niger, depuis la mer jusqu'à Ral>ba, coule tantôt en un seul lit et tantôt se ramifie en une infinité de branches, qui serpentent de toutes parts, comme des méandres, forment des îles et finissent toujours par se jeter dans le lit principal, d'où elles s'étaient naguère détachées.
Le lit du fleuve est de nature vaseuse depuis la mer jusque près d'Alx), où il devient alors sabloiuieux ; ses eaux sont d'une couleur jaunâtre, ({ui s'accentue dans les saisons phivieuses.
Dans sa partie inférieure, le Nigei*. est encaissé, pendant la saison sèche, entre des berges, s'élevant à près de trente et quelquefois quarante mèti'es de hauteur; à ce moment il ne se laisse remonter que juscpi'à Abo, par des I)ateaux à vapeur ayant un tirant de cinq pieds; encore faut-il bien connaître le chenal, sous peine d'échouer, comme C(»la nous est arrivé souvent.
Dans la saison pluvieuse, l'eau déborde de toutes parts, inonde de vastes plain(»s et y déi)ose tous les détiitus, tous les germes d'infection qui déciment les KuropécMis. De
(1) Ainsi que je Viii dit plus haut, cette li^iH* postale frau^;aise a été enfin créée; elle part du Havre tous les deux mois, li» .>, avec escale à Cherbourg et Bordeaux, et de Marseille tous les deux mois, le 10.
Les steamers des conipajçuies African Stéaiupship aud Africau Steani navigation.— Départ de Liverjjool tous h^ samedis.
nouveaux tori'eiits se foniiont dans les contrées moula gueuses et le fleuve eliai^rie (l(\s arbres de diintMisious ])rodigieuses, qui reuvcTseut tout ee ([u'ils rencontrent sur leur passage. Souvent ils se fixent dans le lit de la rivii'n^ et crécMit de grands dangei'spour l(\s navires (jui vont qu(d(ju(^fois se briser contre leurs troncs; cela uTest ari'ivé trois ou ([uatn* fois, av(»c hvs steamers; maissMl y a du danger l)our les navires, ([U'esl-ce doîic pou:* les cbaloupes à vapeur ?
Les directeurs avaient misa mti dis|)ositi()n,pour inspecteur les comptoirs, une i)etite chaloupe, en îicier, (pii calait trois pieds, lorsqu'ell:^ portait mi»s vivivs (^t le personnel. Klle fdait vingt et un milles à Pheure en red(\sciMidant et seize environ en remontant. Je Tavais baptisée la Rapide h cause de sa vites.se et elle justifiait bien son noiïi. L'épaisseur des phupies n'était (pie de trois millimétrés. Que Ton s'imagine une pareille endjarcation avec c(»tte vcM'tigineuse vitesse, allant se jc^ter sur un tronc (Tarbn^ en plein Niger, oi'i les caïmans pullulent, et Ton aura une idée d(\s dangers que je signah» plus baut. Nous avions bien soin, à bord do notre frêle cbaloup(% de regarder devant nous; mais les gros troncs d\arbres sont souvent charriés entre deux eaux et on ne les aperçoit pas toujours.
Je songivais aussi, surtout lorsqui^je. remontais le courant, (jue ces deux vitesses, se pi'oduisant à rencontre Tune de l'autre, ne nous auraient pas permis de nous garer à temps. Les noirs d(^ mon escorte n'ont certaincunent jamais compris la gravité des dangiM\s qu'ils oïd coui'us; il est vrai qu'ils avaient tous un(^ provision considéi'able do, grisgris et d'amulettes, plus ou moins |)rés(M'valric(^s, dont j'ai dû bénéficitM*.
Lorsqu'on ari'ive dans l(*s environs du village de Beaufort-Isle, le lit du fleuve est semé d;^ rocluu^s, doiit les uns sont visibles et les autres plus ou moins submtM'gés. La navigîition, dans ces parages, esl fort dangereusiî jusipi'à Lokodja, ofi les rochers disi)araiss:^nt délinitiv(Mnent ; ils
lie repai'aisseiit de nouveau (fu'à Rahha, Badjelx) et aux cataractes.
Le fleuve», dans toute relie partit» rocheuse, coule entre dcHix cliaînesde montagnes, (lelle delà rive jjçauclie a été (lésitrnéc, [)ar le doctcMir liaiki(», sous It» nom de Kin<j:-Williani-Hanpe; cell(» di» la riv(» droih» |K)rl(» le nom dv mcmls Oro et Déacon.
Le li(Miti»nant d(» vaisseau filower, ((ui a fait la carie anglaise, et av(»c lui (Tautres exploratcMirs, ont désigné le mont Lokodja, sous le nom de Pâté. C/est là une erreur ([u'il convitMit de reclijiei*.
l'Aï langue noupé, Pa(é veut dire montagne; toutes les montagnes de ce royaume» sont donc <l(»s Pale, Tout le monde sait que les noirs de rAfi*i([ue ne donnent aucun nom aux montagnes ni aux fleuves.
Si le Niger, par exemi)l(S change» plusieurs fois de noni dans son long parcours, c'est (pu» les langues des contrées (juMl arnjse varient ell(»s-mémes.
On pai'le six langues depuis la mer jus([u\au Noupé et Ton comiirtMul facil(»ment (pi(» K» mol fleuve est désigné sous des nomsdilïéreTits par It»s indigènes.
Les mêmes explorateurs, (pii îTont fait (lue» traverser Lokodja, ont commis d'autres eri*eurs : ils ont prétendu ijui» sur le mont Loko<lja, il y avait d(»s orang(»rs, des citronniers et un(» foule d'autres arhres fruitiers.
La vérité est (pie cette montagne, dont Taltitude est éva-
lué(» à douze cents soixante i)ieds, (juej'ai gravit» i)our
mon malheur, [)uis([ue j'y ai i)ris une lièvrt» ([ui a failli
nremporter, n'est couverte (pie d'épaisses brfjussailles et
cle matpiis toufTus, auxifuels les indigén(»s m(»ltent le feu
dans la siiison sèche, i)our ménager des pâturages à leui's
civ'vrcs. J'appui(» sur ce mot «chév!*es)) parce (pie des ex-
ploi'ateurs de» l'Africpu» éipintoriale ont puhlié dt»s ou-
vi'ages de fantaisie, dans les<[U(»ls ils prél(»ndent avoir vu
iicaucoup de lait, du h(»uri'e, des vaches, etc. (]es mêmes
explorateurs ont afliriné (pTils avai(»nt vu h(»aucoup d'huile
ilo palme à Lgga.
Or, j'ai sous les yeux toutes mes notes prises au jour le jour, sur des agendas de 1881 à 1885, et je déclare, formellement, qu'il n'y a pas de vaches à Lokodja et partant pas de lait ni de beurre; que l'huile de palme y est absolument rare et qu'enfin mon chef de factoreries d'Egga, M. King, n'a pas expédié un seul baril d'huile à Brass en cinq ans.
J'ai habité Lokodja fort longtemps, j'y ai été souvent malade, j'y ai soigné un de mes braves agents, M. de BusseroUes, qui y a trouvé la mort, à la suite d'une dysenterie. J'ai cherché du lait partout pour ce pauvre malade et je ne suis parvenu à trouver qu'un petit verre de lait de chèvre, que le gouverneur Méhou a bien voulu me donner.
Je reprends mon récit sur Lokodja, pour affirmer les faits inédits suivants ;
Il y a cinquante ou soixante ans, la ville était située sur le faite d'une haute montagne.
Bien que les noirs n'atteignent pas une grande vieillesse, plusieurs se souviennent que leurs pères habitaient là-haut, mais que les musulmans, fidèles à leur doctrine de pillage et de destruction, ont saccagé, détruit la cité, qu'ils ont hicendiée, et ont emmené en esclavage tous les habitants valides.
Sort réservé aux païens qui restent, si les Anglais n'y mettent ordre.
Derrière les montagnes de la rive droite de Lokodja, en redescendant vers Onitcha, se trouvent d'autres montagnes qui seraient le prolongement du Kong; aucun Européen ne les a visitées.
Abbega, mon interprète, qui a eu l'honneur de suivre le docteur Barth dans ses remarquables explorations et qui l'a assisté dans ses derniers moments, m'a assuré que les susdites montagnes sont très peuplée*s. Sur une seule colline, il y a une soixantaine de villages, dont le plus considérable se nomme Coqhérico. D'autres naturels que j'ai interrogés, ont confirmé ce renseignement, que je donne sous toutes réserves. Il faut citer aussi un village qui porte le nom illus-
\Bïit(l \ INTIKII
T M»TTtl tllMI *0\0N
MI>MO\\AIRF^ V [Jlkillir
tre (le Oria. Le célèbre André irOria ou quelqu'un des siens serait-il passé par là?
Quelques personnes (jui s'occupent de <:jéoji:rapliie, se demandent encore aujourd'hui, si le Niger est bien navigable dans tout son parcours.
Les naturels <le Chonga, de Badjebo et d'autres voyageurs noii's, dont un Touareg que j'ai rencontré à Chonga, m'ont tous répondu affirmativement, en ajoutant cependant que les gros navires, comme celui qui m'api)artenait et que je lis visiter, ne pourraient pas franchir les cataractes; mais que les pirogues pourraient passer même les rapides.
Un arabe blanc nommé Ali, confident du roi de Bidda, m'a affirmé qu'il était allé en pirogue, de Badjebo à Kabara, port de Tombouctou, mais (ju1l avait failli se noyer en travei*sant les cataractes, ce qui indiquerait que le passage est dangereux.
Les Anglais Lavid et Olfied (je l'ai lu quelque i)art) sont arrivés à Boussa, en partant de la mer.
Les frères Lander ont redescendu le fieuve, depuis Boussa jusciu'à la mer.
Mungo-Park est parti en pirogue de Bamakou et est arrivé en pirogue à Boussa, où il périt. Il faut donc conclure que le Niger est navigable pour les vapeurs dans tout son I)arcours, sauf aux rapides.
Depuis la côte jusqu'à Onifcha, le pays est plat, découvert, on n'y trouverait pas un caillou de la grosseur d'une noisette. Ce n'est qu'à Beaufort-lsle, qu'on commence à apercevoir des collines isolées ; point de chaînes dorsales, pohit de plateaux, des cônes reliés entre eux par <les chaînons, des tufs noirs et gris; les cimes atteignent huit cents, neuf cents et mille pieds.
Le terrain est sablonneux, rougeàfre, la végétation luxuriante, mais peu variée, surtout dans le delta, où l'on ne voit que des mangliers (palétuviers) qui bordent tristement les deux rives, jusqu'à environ cinquante milles de la mer. A partir de là, on commence à rencontrer le palmier, h cocotier, le cotonnier, l'indigotier, et plus on remonte, plus la
variété de la flore <les tropiques s'accentua, principalement au cent quatorzième mille à partir de la côte; on est alors en plein pays des plateaux fertiles et pittoresques, ([ui vont en s'élevant graduellement jusqu'à Sokoto, mais avec de nombreuses solutions de continuité se produisant alternativement sur les deux rives. C'est le pays que convoitent les Anglais, ils Pauront (1).
Le caractère géologique indique dans certaines parties, telles qu'Onitcha, Idda, Lokodja, des mines de fer, irantimoine et peut-être des gisements aurifci*es, car on rencontre dans ces localités des poteries, dont la terre contient des l)arcelles d'or.
Kntre Onitcha et Egga, on aperçoit des collines isolées, ayant la forme et la composition de celles ({ui se trouvent à Biskra et à Bou-SAada dans la province de Constantine ; elles ne sont cependant pas vierges de végétation, comme celles du désert de l'Algérie. Leurs flancs sont, au contraire, couverts d'îu'hres et d'arbustes aux formes bizarres, qui s'écliappent des escarpements comme des fantômes.
On voit aussi des monts de forme tantôt conique, tantôt aiïectant Taspect de vieilles murailles ou de forteresses en ruines.
Avant de parler de la climatologie, je demande la permission au lecteur de raconter le fait suivant :
Lorscfue j(* suis rentré du Bas-Nig(M*, en mai 1885, yi. Cbarles Bayle m'a prié de lui fournir, sur la Bénoué, quelques pages destinées à son Atlas colonial qui allait paraître.
Kncore affaibli par la fièvre, j'ai rapidement écrit, comme je l'ai pu, sans consulter mes notes enfermées dans mes malles, un ai'ticle auquel il a bien voulu faire les bonneurs de son Atlas, ce dont je le remercie, mais cet article est incomph^t. J'y disais que l'année, dans le Niger inférieur, était divisée en deux saisons; cela est vrai, mais jusqu'à un cer-
(1) Le traité aiiprlo-fraiH'ais vient de le leur livrer, ainsi que nous Tavons (lit plus haut.
taiii point. Je vais taclicr de compléter aujouriPImi ce que j'ai dit sommairement à celle éi)oque.
Dans la région <luliaut et du moyen Niyer, jusqu à son delta, Tannée est bien divisée en deux saisons, comme je Tai écrit dans TAltas colonial : la saison sèche qui correspond à Tété des zones ten][)érées et ([ui commence générah*inentà la lin de novembre, pour iinir avec le mois de juin, et riiivernage, c'est-à-dire la saison <les pluies, (pii commence généralement vers la fin de mai et (pii dure jusiju'à la fin de novembre.
Mais, aux environs de lequateur (quatre ou cinq degrés de latitude nord et de latitude sud), on compte (juatre saisons, deux sèches et deux pluvieuses.
La première saison sèche counnence vers le milieu de janvier et dure (junize ou vingt jours. La saison des grandes pluies lui succède alors et finit vers latin de mai; vient ensuite la seconde saison sèche, qui se continue jascju'au milieu d'octobre. La seconde saison phivieuse arrive à son tour et dure jusque vers le milieu de janvier.
La seconde saison pluvieuse est moins mauvaise que la première, elle est coupée par des alternatives de beau tem|)s.
Dans les saisons sèches, la végétation est en souITrance, tandis que les habitants recouvrent la vigueur et la santé.
A Kgga, où je me trouvais en 1SS2, le thermomètre centigrade n'a pas dépassé 30** dans les mois de novembre et décembre.
Voici à ce sujet des chilîres relevés scrupuleusement :
•28 novembre 1882.
A 4 heures 1/2 du matin 21"
A 10 heures du matin 27*
A 2 heures du soir i'9*
A 3 heures 1/2 du soir ^^0"
A 10 heures du soir 22''
1" décembre 1882.
A 9 heures du matin 2(V'
A midi 29* 1/2
A 9 heures du soir 23*
22 décembre 1882.
Saison de Tharmattan.
Uharmattan esl un vent chaud de TËst ({m so jffle dans la saison sèche; il dure de deux à huit jours, c'est le sirocco de TAlgérie.
A 7 heures du malîn 24*
A 2 heures du soir 24»
A 5 heures du soir 25'
A 9 heures du soir 23'
31 décembre 18S2.
A 6 heures du matin. 2G*'
A 2 heures du soir 2S'
A 5 heures du soir 55*
A 9 heures du soir 23"
Dans la saison sèche, il pleut si rarement, que les habitants, par cramte crincendies, dégarnissent leui*s toits, qu'ils ont rhabitude (le recouvrir de paille de mil; ils laissent sur place les bambous qui composent la toiture, de manière qu'ils n'ont plus qu'à replacer de la paille nouvelle, lorsque la saison des pluies arrive.
J'ai eu le bonheur d'assister dans cette ville, h une pluie battante, en pleine saison sèche, chose extrêmement rare au dire des naturels.
Je copie textuellement sur mon agenda la note suivante :
Egga, jeudi 21 décembre 1882
A 5 heures du matin 24*
A 3 heures 1/2 du soir 28»
• A 8 heures 1/2 du soir 23*
Vers trois heures et demie du soir, le ciel est gris, on ne voit pas le soleil, coups de tonnerre dans le lointain et pluie torrentielle, à partir de cinq heures et demie jusqu'à la nuit.
Tout le monde est inondé dans les cases, et les marcliandises< les magasins sont fortement avariées. Ce phénomène n'a duré que quelques heures.
La saison d'hiver est la plus malsaine; les Européens souffrent de la chaleur, non qu'elle soit trop forte, mais parce qu'elle est lourde, humide, principalement dans le delta et à Brass. Dans ce dernier endroit, les allumettes refusent de s'enflammer et la chaussure moisit du jour au lendemain.
Ce n'est pas du tout la chaleur sèche deBiskra, deTuggurth et de Laghouat en Algérie, où la transpiration s'évapore, au furet à mesure qu'elle arrive à la peau, en y déposant une espèce de sel très fin.
Ici, rien de semhlahle, on transpire ahondamment, la figure ruisselle la nuit, comme le jour; le corps est dans un état constant d'afTaihlissement.
Les inondations apportent, par surcroît, des miasmes putrides, délétères, qui répandent dans l'atmosphère des njvriades de microbes. La malaria et toutes les fièvres connues et inconnues qui déciment les Européens, en sont la conséquence.
Au moment des pluies, les eaux du Niger sortant do. leur lit, les échouememts ne sont plus à craindre; les navires de quinze pieds de tirant, filent à toute vitesse par-dessus les bancs et les rochers; mais un danger d'une autre nature se présente; ce sont les troncs d'arbres, dont nous avons déj;\ parlé, que le courant charrie avec rage et (jui, plus d'une fois, ont brisé nos navires.
Il est indispensable d'avoir toujours sous la main, du coton, du goudron, du zinc et tous les instruments nécessaires pour boucher promptement un trou.
Il est prudent de ne naviguer qu'avec des navii*es ayant beaucoup de cloisons étanches et de mouiller à la nuit.
Le volume d'eau du Niger diminue graduellement vers la fin de novembre; cependant, il arrive qu'il tombe brusquement et, du jour au lendemain, on se trouve échoué. Cela
nous est arrivé nuilheureusement très souviMit (voir le chapitre F.chouement).
C'est au moment de la l)aisse des eaux que de nouveaux l)ancs et de nouveaux méandn^s se forment. D'autres iles apparaissent et les chenaux sont* à étu(her de n(juveau.
La navigation, alors, n\\st plus possihle ; les connnunica tions avec les factoreries n'ont lieu (ju'au moyen de chalou pes à vapeur, ou de pirogues. La traite contiime ceiieudant, mais h^s produits restent ennnagasinés jiisipi'à la saison des pluies.
Les navires calant cinq pieds peuvent cependant s'aventurer avec un petit chargement, jusiprà Aho et mênn* jusqu'à Onitcha, s'ils sont hien pilotés; mais il faut marcher avec une extrême précaution et interroger constannnent le thalweg avec la sonde.
Quoique le i)ilote soit moins utile dans la saison pluvieuse, il est hou d'en avoii' un spécial, à l)ord, choisi i)arnii les naturels du pays; on lui donne, chaciuc mois, dix ou douze caisses de gin, ou d'autres mai'chandises, à son choix, d'une valeur variant enti'e trente et quarante francs. On peut aussi ne lui donner que tant par voyage, mais alors on s'expose à ne pas trouvei' son pilote au moment voulu. Le mieux est donc de l'engager pour toute une saison, de ne jamais lui donner (pie des acomptes et de le prévenir qu'en cas d'ivrognerie, d'ahsence, ou de toute autre faute grave, pouvant porter préjudice à la Conq)agnie, il serait frappé d'amende.
Il est très utile que les agents hlancs, appartenant à une Compagnie, fassent un ou deux voyages en chaloupe à vapeur, ou en pirogue dans cha([ue saison sèche, pour étudier le nouveau chenal, de manière à ne pas étn^ entièremcTit à la merci d'un pilote noir.