‹ Bases du Traitement actuel de la SyphilisChapitre 10 sur 25 · LE BISMUTH · texte numérisé non relu

LE BISMUTH

Dès son apparition dans la thérapeutique antisyphilitique, le bismuth supplante le mercure dans ses attributions. De-l’avis unanime il constitue un appoint de valeur pour l’arsenie et l’avantage de séries bismuthiques après l’achèvement du traitement d’attaque est admis par tous. Cependant dès le début, plusieurs auteurs, Louis FOURNIER, HUDELO et RABUT, puis YER- NAUX, GATÉ, PETGES, pensent qu’il mérite d’être employé dans le traitement de la syphilis récente à l’exclusion de tout autre anti-spécifique. La conférence de

la Bismuthothérapie (Paris, 1945) et les journées dermatologiques de Montpellier (1947), montrent que la bismuthothérapie a gagné de nombreux partisans dans les pays de langue française, et GATÉ et CUILLERET, se basant sur une expérience de quatorze ans, estiment alors & que la médication bismuthique peut être utilisée exclusivement comme traitement de la syphilis précoce, aussi bien pour la cure d’attaque que pour le traitement de fond. Ce traitement permet d’obtenir des résultats remarquables et que le recul du temps rend encore plus indiscutable. » Résumant lors du congrès de Bruxelles (1949) l’opinion des auteurs anglo-saxons, MARSHALL se prononce contre le bismuth employé seul, rejoignant ainsi les conclusions exprimées par PÉRIN en 1942.

De façon générale, les auteurs conseillent 40 à 50 injections de 7,9 etg de bismuth-métal par an pendant 4 à 5 ans et plus, à un rythme iri-hebdomadaire ou bihebdomadaire. Les accidents de la syphilis récente disparaissent moins rapidement qu'avec la pénicilline ou les arsenicaux trivalents, mais la négativation de la sérologie est aussi rapide qu'avec les autres anti-spécifiques et les résultats acquis sont plus stables, les récidives étant moins fréquentes que chez les sujets traités par une cure isolée de novar ou de pénicilline. Les bismuthorésistances ne sont pas exceptionnelles.

GATÉ et CUILLERET ont suivi 310 cas de syphilis précoce avec des réactions positives. Avec des séries de 15 injections, ils ont obtenu la réduction sérologique dans 48 % après une série, 29 % après deux séries, 10 % après trois séries, 3 % après quatre séries, sans compter 10 % des cas mis à part pour des raisons diverses.

HupeLo et RABu1 ont eu 85 % des cas négatifs

après la première série, 92 % après la seconde. Ultérieurement, ils ont noté des irrégularités sérologiques chez certains malades, mais 88 % ont conservé un état humoral satisfaisant. à

CosTE et NEHLIL ont publié une statistique portant sur 208 malades traités pendant quatre ans par Louis FouRNIER entre 1922 et 1930 par des séries de 12 à 15 bismuth bi-hebdomadaire, et dont 45 ont été observés pendant les 4 ans qui ont suivi leur traitement, 108 pendant 14 ans et 55 pendant 15 à 20 ans. Chez 195 patients dont la sérologie était positive, les réactions se sont négativées 106 fois après une seule série, 43 fois après deux séries. Chez les autres malades, le résultat fut beaucoup plus tardif: dans 8 cas après un an de traitement, dans 5 cas après 2 ans, dans 2 cas après 5 ans, dans 3 cas après 9 ans (les 5 derniers ayant subi u2 traitement irrégulier), 4 cas présentèrent une bismutho-résistance sérologique. Dans la suite, les auteurs ont constaté deux neurosyphilis et 9 récidives sérologiques cédant d’ailleurs rapidement à la reprise du traitement.

BURNIER, avec seulement des séries de 12 injections, chtient 80 % de négativations après la prémière série, et 16 % après la seconde, soit 96 % après deux séries, tandis que FERNET et GUIBERT voient après la première série les séroréactions se réduire dans seulement 37,5 % des cas de syphilis primaires et dans 26,7 % des syphilis secondaires; mais après la deuxième série elles deviennent toutes négatives et le résultat se maintient avec des cures de consolidation pendant 1 à 6 ans. Cependant, une femme soignée par eux à la période secondaire, accouche après deux séries bismuthiques d’un enfant mort et macéré et les auteurs déclarent obtenir des résultats plus satisfaisants avec le traitement mixte arséno-bismuthique.

Certains auteurs ont pensé accroître l’efficacité du bismuth en accélérant le rythme des injections à trois par semaine. Après une série de 20 injections, LORTAT- JAco8 obtient la négativation de 98 % des syphilis primaires et 84 % des secondaires, toutes étant réduites après une deuxième série; DEGos voit 100 % des syphilis récentes séropositives devenir négatives après une seule cure. CASABIANCA, DUvVERNE, obtiennent des résultats équivalents. Mais si le rythme de deux injections de bismuth par semaine n’est pas offensant pour le rein, en est-il de même avec l’administration trihebdomadaire et quel est à longue échéance l’avenir rénal des malades ainsi traités, malgré que les travaux lyonnais et les essais de Touraine de bismuthotérapie à haute dose semblent montrer que le bismuth est certainement moins toxique qu'on ne l’admettait jusqu’à présent. COoSTE, LAURENT et LAPRESLE étudiant l’effet sur le rein d’une série d’attaque de 14 injections quotidiennes de bismuth, suivies à trois semaines d’intervalle de 12 à 15 injections bi-hebdomadaires, ont constaté sur 27 malades 10 fois des cylindres granuleux, accompagnés deux fois seulement d’albuminurie légère; dans huit cas l’élimination de laP.S.P. était inférieure à la normale, la constante d’Ambard était plusieurs fois anormale jusqu’à 0,225. Ces anomalies ont persisté 17 fois sur 27 après cessation des injections de bismuth.

Les syphilis latentes, même précoces, semblent influencées de façon beaucoup plus médiocre que les syphilis récentes.

Les statistiques de résultats éloignés sont peu nombreuses. GATÉ signale d’excellents résultats chez des malades surveillés depuis 7 à 16 ans ; CACABIANCA, sur 261 malades suivis régulièrement depuis un an à 18 ans, n’a constaté aucune complication de syphilis tardive,

ni aucune trace d’hérédospécificité chez leurs descendants. Mais plus important encore que pour le traitement arsénical est l’inconvénient de la longueur d’un traitement tel que le préconisent GATÉ et CUILLERET: traitement d’assaut par deux séries de 15 bivatol ou muthanñol ou 20 quinby séparées par un repos de trois semaines; six semaines après la deuxième série commence le traitement de fond durant quatre ans chez l’homme, cinq ans chez la femme à raison de quatre cures par an les deux premières années, trois cures les deux ou trois années suivantes de 10 ou 12 bivatol ou muthanol ou 15 quinby: enfin, un traitement de garantie de deux cures par an pendant deux à trois ans et une cure annuelle le plus longtemps possible; en cas de grossesse deux cures de 12 à 15 injections pendant la gestation.

INT, — LA PENICILLINE

A) Pénicilline hydrosoluble

Tout comme les arsénobenzènes le furent quarante ans plus tôt, la pénicilline est accueillie avec enthousiasme. La révélation de son action tréponémicide suscite les plus grands esnoirs, et si MookE, se faisant l’interprète des syphiligraphes nord-américains, déclare le 14 juin 1949 à l’Académie de Médecine que la pénicilline «doit détrôner presque complètement, sinon entièrement, l’arsenic et le bismuth, avec la seule ex-. ception peut-être des cas pénicillino-résistants », la plupart des syphiligraphes français et eüropéens ne partagent pas la même opinion et ne considèrent pas que la pénicillothérapie «rende superflu tout traitement additionnel de consolidation ». D'ailleurs, Moore

reconnaît que Q le taux d’échecs-est sans doute un peu plus élevé que celui que l’on peut obtenir après traitement prolongé et bien conduit avec la chimiothérapie métallique » désavantage qui lui paraît compensé par la rapidité et l’innocuité du traitement à la pénicilline.

Chez l’animal, la pénicilline détruit définitivement les tréponèmes et réalise en particulier une stérilisation surprenante du système nerveux (LEVADITI, VAISMAN, H. Vaisman et Noury). Elle n’agit directement que sur les germes en état de prolifération (MAGNUSON, EAGLE et FLEISHMAN; CUMBERLAND et TURNER).

La pénicilline est tréponémicide à la concentration de 0,08 U-0/C° de sérum, concentration maintenue pendant 90 minutes par une injection de 20.000 U.O. et par 40.000 U.O. pendant 120 minutes. Chez l’homme, le tréponème disparaît du chancre en quelques heures (6 à 60: STockEs, TZANCK) ; les lésions cutaréomuqueuses cicatrisent en une semaine. Ces résultats sont obtenus quelles que soient les doses administrées à partir de 60.000 U.O. Mais les récidives cliniques sont fréquentes, la négativation sérologique n’est pas toujours obtenue. TzZANCK considère que « si le traitement est institué dès la phase présérologique, les réactions demeurent, en général, négatives; cependant le Wassermann, même à cette période, demeure moins fréquemment négatif en fin de traitement qu'avec les cures mixtes. » BELLEMARE trouve que dans les syphilis pré- sérologiques mais déjà plus tardives, le BW n’est négatif à la fin du traitement qu’une fois sur deux. « Si Ja réaction est déjà positive, elle peut se négativer en 5 à 8 semaines, mais les exceptions sont fréquentes. Pour la syphilis secondaire, les délais sont un peu plus longs (2 à 3 mois). En règle générale, pour une syphilis précocement traitée, le BW est négatif au bout de six mois » (TZANGK).

Page 1