IV. — L'AUREOMYCINE
Le traitement de la syphilis tant récente qu’ancienne par l’auréomycine n’est encore qu’au stade des tâtonnements.
Au point de vue expérimental, les travaux de WIGGALL, ZHEUTLIN, TRICE, ELMENDORF et ROBINSON ont mis en lumière les effets antitréponémiques de l’auréomycine chez le lapin syphilisé. 48 heures après l’administration par voie intramusculaire de 50 à 100 mg par kilo d’auréomycine, ces auteurs ont constaté une diminution de 50 à 90 % du nombre des tréponèmes contenus dans les chancres scrotaux. Des doses variant entre 12,5 et 50 mg injectées deux fois par jour pendant 8 à 10 jours ont empêché l’éclosion des syphilomes testiculaires. HEILMAN a montré que l’auréomycine présente une activité spirochétocide plus grande que celle de la pénicilline dans le traitement de la fièvre récurrente et de la leptospirose ictérohémorragique expérimentale.
Utilisée, appliquée dans la syphilis par O’LEARY. KIERLAND et HERRELL aux doses de 400 à 700 mg toutes les quatre heures jusqu’à un total de 44,2 gr, elle entraîne la disparition des tréponèmes à la soixantième heure et l’effacement de la roséole à la 96" heure, avec réaction d’Herxheimer et négativation de la sérologie. Les auteurs concluent, à la suite du rapport de deux cas, que « l’auréomycine semble être douée
d’une certaine activité antispirochétienne lorsqu’elle est administrée par voie buccale. »
. WiLzzcox administre l’antibiotique pendant 24 à 48 heures à la dose de 7,5 g à 15 g à neuf malades dont deux syphilis primaires séronégatives, deux séropositives et cinq syphilis secondaires. Dans six cas les tréponèmes disparaissent au bout de vingt-quatre heures, chez tous après la 48° heures; une récidive se produit le douzième jour. Le British Medical Journal conclut que & sans nul doute cet antibiotique agit sur la syphilis, mais la lenteur relative avec laquelle il provoque la mort des spirochètes, donne à penser qu’il est loin de représenter un remède aussi actif que la pénicilline ou l’arsenic. » (Brit. Med. Jour., 12 nov. 1949, p. 1.103). |
27 syphilis primo-secondaires avec ultra-positif sont traitées par RODRIGUEZ, PLOTKE, WEINSTEIN et Harris avec 70 g en 11 jours. Les tréponèmes disparaissent en 39 heures en moyenne (de 17 à 65 heures), les sérologies tendent à se négativer. Plus récemment encore, O’LEARY, KiIERLAND et HERRELL appliquent l’auréomycine par voie orale au traitement de syphilis récentes et de syphilis anciennes cutanées et nerveuses. Ils obtiennent la cicatrisation rapide des lésions et la négativation sérologique dans la syphilis récente. Ces résultats confirment ceux de IRGANG et ALEXANDER, TAGGART et OLANSKY dans la syphilis récente.
La variabilité des doses utilisées par les auteurs américains (44,2 g dans les syphilis primaires à 90,5 g dans la P.G.) s’explique par la méconnaissance de la dose optima à appliquer à chaque type de syphilis que seuls le temps et de nouveaux travaux permettront de codifier.
Chez la plupart des malades l’administration orale
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de 250 mg toutes les quatre heures ou 500 mg toutes les six heures, donne un niveau d’auréomycine dans le sang qui varie entre deux et quatre microgrammes par cm; les doses de 750 mg toutes les quatre heures ou l gr toutes les six heurès, permettent d’obtenir fréquemment des taux d’auréomycinémie de 4 à 8 microgrammes par em. Un travail récent, effectué à la Mayo Clinic, a montré que l’on peut s’attendre à des concentrations sanguines thérapeutiquement efficaces d’auréomycine lorsqu'elle est donnée par la bouche deux à trois fois par jour. L’antibiotique diffuse dans le L.C.R. qu'il y ait ou non irritation méningée; sa diffusion transplacentaire est rapide et il est rapidement retrouvé dans la circulation fœtale.
On peut conclure avec KIERLAND, HERREL et 0°? LEaARY, de l’ensemble de ces travaux, que l’auréomycine présente une activité antitréponémique incontestable; qu’elle permet aux moindres risques de traiter les syphilis résistantes à la pénicilline et à la chimiothérapie. L’avenir jugera des doses utiles et de la nécessité ou non de lui adjoindre pénicilline et, ou métaux lourds.
A l’encontre des auteurs américains, LEVADITI et VAISMAN sont beaucoup moins enthousiastes après leur étude expérimentale. L’auréomycine, concluent-ils, possède des propriétés tréponémicides incontestables; elle est douée d’un pouvoir stérilisant profond, puisqu’elle supprime la virulence du système lymphatique périphérique chez le lapin. Mais cette action n’est pas aussi accusée qu'avec les agents antispécifiques jusqu’alors utilisés, et l’emploi de cet antibiotique n’est pas exempt d’incidents: intolérance gastro-intestinale lors de l’administration buccale, nécroses locales au point d’injection. Aussi bien, ne lui accordent-ils
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qu’un rôle tout à fait secondaire, l’équivalent de celui de la bacitracine par exemple.
Il serait pourtant bien agréable de pouvoir traiter
sa vérole par la bouche, même au prix de quelques désagréments d’ordre digestif.
L’Arsenal Thérapeutique Ses dangers