‹ Basile et Sophie, dessins de C.-h. DufauChapitre 2 sur 10 · SOPHIA · texte numérisé non relu

SOPHIA

voiles, moins peut-être son mari, que la joie de la vie précédente. Les coutumes provinciales la forçaient à vivre au fond de sa maison, les cheveux cachés par une coifFe de toile, et dans des vêtements de lourde étoffe sombre. Religieuses et moines l'exhortaient sans cesse, par les barrières du jardin. Les pauvres pestiférés aussi, on les voyait trop sur la route, derrière l'épouvante des petits enfants avertis de la mort sarrasine par la robe verdâtre que traverse, devant et derrière, la croix blanche, selon les ordres des préfets vigilants. Car les misérables savent qu'afm d'obtenir le repos de Tàme pour ceux péris au loin, les veuves multiplient l'aumône.

Damélis teignait ses cheveux gris. Basile ne la désira plus. Adopté par elle, pourvu d'un peu de bien en récompense de longs offices, elle lui devenait comme une mère tendre. Sans doute, le jeu d'amour lassait la matrone même, après une répétition quotidienne de plusieurs années. Elle n'objecta rien lorsqu'il invoqua le devoir de marier la petite sœur à Byzance. Elle admit que la beauté de Sophia, l'antiquité de sa race qui avait régné sur ceux de Bactriane, sur l'Arménien, le Scythe et le Parthe, offraient l'espérance d'une glorieuse union, et elle adressa Basile à un client de feu son époux, à l'intendant des fêtes impé-

riales, Théophilitzès. Cet homme devait au défunt et à la matrone héritière une somme d'argent que jamais il n'avait pu rendre. Pour acquit, elle lui demanda de favoriser le frère de Sophia.

A Byzance, tous deux logèrent non loin de l'Hippodrome, dans une rue marchande. Les Arméniens y étalaient les tapis des caravanes, pendus aux balcons de bois du premier étage. Avec une baguette, ils en montraient les dessins aux flâneurs; ou bien guidaient le choix du passant attiré par les lueurs des plats de cuivre, les agates et les onyx ornant de cabochons l'argent des brûleparfums. C'était une population soyeuse, aux belles barbes noires, aux mains lentes, aux robes sombres o-arnies de franores coûteuses et lourdes. Derrière le grillage de bois odorant cloué à sa fenêtre, la vierge assistait au passage des grands nommés par l'hôtesse, une vendeuse de billes d'ivoire, de jetons de nacre gravée, de bandes métalliques brodées en corail, et autres babioles. Elle désignait le frère de l'impératrice, Bardas, cavalier impérieux, dont le soupçon assombrissait le regard, et qui marchait avec une escorte de scholaires armés, ou bien le Logothète Théoctiste, porté en litière par déjeunes et blonds eunuques austrasiens. Sa figure triste, au poil gris, souriait doucement vers les hommes, pour attester le chagrin de sa vie pénible. On

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