‹ Basile Ier, empereur de Byzance (867-886)Chapitre 10 sur 409 · II ETUDE CRITIQUE DES SOURCES · texte numérisé non relu

II ETUDE CRITIQUE DES SOURCES

de la cour et seule, elle fait entrevoir, bien que très imparfaitement, le mécanisme compliqué de l'administration byzantine avec ses ministères variés et leur nombreux personnel.

Indépendamment de la notice de Pbilothée qui a pour nous Tavantage d'être exactement datée, le « Livre des Cérémonies » fournit d'autres renseignements qu'il n'est pas possible de négliger. Parmi ces renseignements, les uns sont certainement postérieurs à Basile I ; mais ils rapportent des faits qui se sont passés sous son règne et fournissent des éléments d'information souvent très précieux. C'est par le fameux chapitre sur les « tombeaux » que nous connaissons la mère de Basile, Pankalo, et plusieurs autres détails intéressants sur sa famille. C'est de même par le chapitre qui a trait aux guerres de Basile que nous pouvons avoir une idée de l'organisation de l'armée comme des moyens slratégiquesdontondisposait au temps du Macédonien, D'autres renseignements, au contraire, ne nous sont arrivés que par l'intermédiaire de chapitres écrits à des époques aussi diverses qu'indécises, ce qui infirme, à première vue, leur autorité, si l'on veut s'en servir pour étudier les institutions d'une époque déterminée. Néanmoins, il est un cas où ces renseignements peuvent être utilisés. C'est quand ils sont simplement l'expression d'un état de choses qui n'a jamais beaucoup varié : le cérémonial. S'il serait, en effet, souverainement dangereux d'étudier ces passages pour y chercher des titres de fonctionnaires ou des indications d'ordre topographique, par exemple, il n'en va plus de même quand on leur demande des détails sur les cérémonies. Or, ces détails sont parfois d'une grande importance, car ils font mieux comprendre quelle idée Byzance se faisait de ses institutions. Il est bien certain que les prières, les exhortations, le cérémonial en un mot, dont était entourée la promotion d'un cubiculaire, je suppose, jette un jour très lumineux sur les fonctions mêmes des chambellans attachés à la personne du Basileus. Quelle que soit la date à laquelle de tels chapitres ont été écrits, l'historien peut, je crois, s'en servir, ne serait-ce que pour commenter d'une façon plus claire et plus vivante les droits et les devoirs attachés à une charge dont on connaît par ailleurs et l'existence et le rôle. Du reste une minutieuse critique des passages concernant les institutions byzantines montre avec évidence, qu'en règle générale, ce sont moins les attributions dévolues aux grands dignitaires de la cour qui

KTLDE CRITIQUE DEt^ SOURCES XIII

se sont modifices dans la suite des âges, que l'existence même de ces dignitaires. Lorsqu'une fonction tombait en désuétude ou devenait un simple litre honorifique — ce que nous savons presque toujours, soit par les chroniqueurs, soit par le livre même des Cérémonies — les prérogatives attachées à cette charge tombaient d'elles-meme ou étaient transmises à d'autres fonctionnaires ; mais tant que durait la fonction, il ne semble pas qu'il y ait eu d'importantes modifications dans les attributions qui lui étaient dévolues. Qu'on étudie le rôle de « l'Eparche de la Ville » par exemple, et l'on verra que dans ses grandes lignes, au ix" siècle comme au vi% son histoire est la même, que ses préroratives sont les mêmes et ses obligations aussi ^ D'oii il suit que l'essentiel, en abordant l'étude des institutions byzantines, est de connaître exactement les fonctions existantes à une époque déterminée — en quoi les chapitres non datés du livre des Cérémonies ne sauraient être d'aucune autorité — pais ensuite de fixer le caractère spécial de chaque fonction, dans la mesure du possible, et en cela alors tous les renseignements du livre, prudemment employés, peuvent être de la plus grande utilité.

V. Aux côtés de Constantin Vil vivait à Byzance un historien dont l'œuvre est arrivée jusqu'à nous. C'est Genesios. Son ouvrage composé de quatre livres, retrace l'histoire des Empereurs Léon V, Michel IL Théophile, Michel III et Basile. Malheureusement pour nous, Genesios, petit-fils d'un logothète de Michel IIL Constantin, n'a pas donné aux deux dernières (( Vies » le développement quelles auraient dû avoir. Tout au contraire. Il réunit dans son quatrième livre les deux histoires de Michel et de Basile et résume brièvement les principaux faits de chaque règne. C'est là une chose d'autant plus regrettable pour la postérité que, premier historien de l'époque qui Ta précédé, il a beaucoup utilisé, dit-il, les récits oraux et les souvenirs qu'il a trouvés dans sa famille; mais c'est aussi, probablement, ce qui explique son silence. Ecrivain aux ordres de l'Empereur, Genesios a dû taire ou expliquer les forfaits de toute nature attribués à Basile L' , tâche singulièrement délicate pour un homme qui connaissait, sans aucun doute, la vérité.

I. Cf. Le mémoire d'Ouspenskij « L'éparchc de Cple ». Mémoires de i'Instilai archéologUiue russe de Constantinople, 1S99, I^' ^' P- 70 ^l ^^^'

XIV ETUDE CUrUOLE DES SOURCES

Ne pouvant donc être tout à la fois bon courtisan et sincère historien. Genesios a préféré se taire et résumer rapidement deux Aies qui s'offraient à lui pleines d'embûches et de difQcultés. Tous les renseignements qu'il nous fournit, comme la façon dont il les présente, se retrouvent chez Constantin Yll. Il n'y a, par conséquent . pas lieu de nous arrêter longuement sur son histoire des Empereurs, pour le règne de Basile. On y peut glaner de-ci delà quelques utiles indications : elle n'est pas, cependant, pour nous un fdon d'exploitation très riche.

B. — Les Chroniqueurs.

A certains égards, les chroniqueurs sont autrement plus intéressants à consulter que les historiens, parce qu'ils sont indépendants. Si les uns travaillent, comme Genesios, à la solde de l'Empereur, d'autres — et c'est le plus grand nombre — écrivent soit pour le plaisir d'écrire, soit pour faire œuvre d'activité politique. Sans doute eux aussi ont leurs graves défauts. Comme les deux historiens dont nous avons parlé, ils se copient impudemment ; comme eux, ils sont pleins de partialité ; comme eux, ils aiment le merveilleux, les présages et les miracles. J'en sais même qui pour un peu ne se feraient pas trop prier pour écrire de nouveau un u De morte persecutorum ») politique, à l'usage des amis de Basile. Mais tout cela ne fait pas qu'ils ne soient pour nous de la plus grande .utilité. A part la continuation de Tliéophane, les chroniqueurs sont tous ennemis de la famille impériale. Ils représentent le parti politique qui demeura fidèle à Michel III et ne cessa de combattre le Alacédonien. Ils sont donc les porte-voix de tous les mécontents, de tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, boudèrent le nouveau régime ; ils sont les défenseurs attitrés de la tradition qui faisait de Basile un tout autre personnage que celui dont nous parle le Porphyrogénète. A ce seul titre déjà, les Chroniqueurs seraient du plus haut intérêt. Mais ils font mieux encore. Ils nous expliquent les contradictions, les silences, les embarras des panégyristes de Basile. Grâce à eux, nous devinons quelques-uns des dessous de cette politique parfois étrange et qui déroute, quelques-unes des raisons qui expliquent l'incompréhensible triomphe du fondateur de la maison macédonienne. Certes, ils ne donnent pas à Michel des qualités

KTLDl-: CMUTIOLE DES 80LUCES \V

et des verliis qu'il serait cUlFicile de lui Uouver ; mais ils toisent Basile ù sa juste grandeur en racontant sa vie morale, ses meurtres, son mariage et en posant, d'une faeon sutfisamment nette, le }3roblème terrible de la légitimité. En\ seuls, en effet, affirment que Léon Vl naquil, non pas de Basile, mais de Michel et de sa concubine Eudocie Ingérina, qu'il fut, par conséquent, bâtard ainsi que toute sa descendance.

VI. La premièi'c chronique qui se présente à nous, par ordre d'ancienneté, est celle qui a nom o La contuuiation de Théophane » . Elle commence avec Léon V pour se terminer avec le règne de Romain II. C'est donc l'histoire byzantine de SiS-gGi qu'elle déroule devant nous : précisément l'époque qui nous occupe. Six livres composent cette chronique *. Le quatrième contient la (( Vie de Michel » ; le cinquième la « Vie de Basile ». De ce dernier nous n'avons rien à dire ici puisque c'est la vie même de Basile écrite par Constantin Porphyrogénète dont nous avons déjà parlé. Le quatrième livre nous fournit de nombreux renseignements sur la vie de Michel avant l'arrivée de Basile et sur les événements qui le marquèrent : mais ces renseignements doivent être vérifiés. D'un bout à l'autre du livre, l'auteur, en effet, s'efforce d'abaisser Michel, de ternir sa réputation, de montrer ses folies afin d'exalter Basile au point d'en faire « riiomme nécessaire )> qui seul pourra mettre un terme à une situation déplorable et inaugurer un règne réparateur. Bien entendu, nous retrouvons dans ce livre la tactique adoptée par Constantin et Genesios pour légitimer la conduite et les meurtres de Basile. Les uns comme les autres s'efforcent de prouver son innocence et sa vertu et de montrer qu'il était ajipelé au trône par le vœu unanime de tous les sujets.

Avec la Continuation de Théophane nous quittons les amis et les avocats de la famille macédonienne. Les chroniqueurs dont nous allons maintenant dire quelques mots sont tous des ennemis déclarés de Basile et comme tels, ils ne le ménagent point, pas plus que sa famille. C'est l'autre son de cloche que par eux nous entendons et, en vérité, l'un et l'autre nous donnent des dissonances assez fortes. Malheureusement ces chroniqueurs n'ont pas toute l'autorité qu'ils semblent de

I. Les quatre premiers livres sont l'œuvre d'un conleniporain de (\onstanlin MI. Le sixième est postérieur. Il date probablement du rè^ne de T/iiniscès ou fie Hasile II ( Uambaud, p. 7^'\'^-\^\{^).

Page 1