Cf. Rainbaiid, L'Empire (jrecnu\' siècle, p. :j8i
oraison funèbre du patriarclic Antoine Ivauleas. Toutes les plaies sociales que Basile avait essayé de panser s'étaient oua erles de nouveau, si jamais elles s'étaient bien fermées. Comme auparavant « le riche arrachait au pauvre son bien : le petit aA ait à souffrir mille dommages : le paysan ne pouvait plus tracer son doux sillon craignant l'impôt qui rempéchait de jouir du fruit de la terre '. n Nicétas, en vérité, affirme que Léon VI et Antoine Kauleas remédièrent à tant de maux. L'avenir put encore lui donner un éclatant démenti. L'œuvre de Basile avait été passagère. Sa vieillesse, déjà, laissa faire ce que son âge mûr n'aurait pas toléré.
Les réformes de Basile — on vient de s'en rendre compte — n'allèrent jamais à autre chose qu'à assurer l'exact et loyal fonctionnement de l'organisation qu'il avait reçue de ses prédécesseurs. Il ne chercha pas à tiansformer les rouages de la grande machine administrative qui existait avant lui, à opérer une révolution « démocratique ». à briser ces anciens cadres qui, pour avoir eu autrefois leur raison d'être, n'en étaient pas moins une des causes du mal dont souffrait le ix*^ siècle. Pour remédier à l'état de choses existant, il aurait fallu reconstruire la société d'alors sur de toutes autres bases et ces sortes de choses ne sont pas au pouvoir d'im homme, si grand qu'il puisse être : elles sont l'œuvre du temps et de l'évolution politique. Or. cette évolution, Byzance semble l'avoir toujours plus ou moins ignorée. Malgré les apparences et de superficielles réformes, au reste très éphémères, son administration dans ses grandes lignes garda les formes que Dioelétien et Constantin lui avaient données et que Justinien accepta sans les vouloir transformer, semblable en cela à ces figures hiératiques de l'Athos qui toutes, parleurs traits fidèlement empruntés à un même et intangible canon, rappellent les chefs-d'œuvre du grand Panselinos, avec la vie en moins. Au fond ce qui changea le plus dans l'administration byzantine - ce fut le nom des fonctionnaires et la
3. II faut faire une exception cependant en faveur de la législalion des princes iconoclastes. Seuls ils paraissent a\o\v compris qu'il y avait pour
1;T L I.MPIlUi BV/AMI\ f).)
rci)arlilioii de leurs emplois : point le système lui-même. Ou pourra se rendre compte de la chose par l'étude que nous allons tenter des diverses branches du gouvernement impérial au ix" siècle.
Toutes les affaires de IKnipiie abuulissaient et se traitaient dans les bureaux du grand Palais. Ces bureaux « TÉxosTa » sortes de ministères au nombre de dix', occupaiçid un nombreux personnel chargé des multiples travaux qu'une minutieuse et compliquée chancellerie augmentait à plaisir. Tous avaient des attributions financières, en ce sens du moins que tous possédaient une caisse spéciale alimentée et vidée par des revenus et des dépenses qui leur étaient propres. Trois bureaux, cependant, avaient un caractère plus particulièrement financier : celui du logothète du Trésor, celui du préfet de rîlo'-xôv, celui des curateurs.
Le premier des bureaux financiers était celui du logothète da Trésor public « 6 aovqGéty,; 'zrj\) yîv.xoj » . Ce trésor — l'ancien aerarium des Romains — avait commencé dès l'Empire à perdre toute son importance première pour devenir aux lU' et iv'' siècles une simple caisse municipale, celle de la ville de Rome -. A Byzance sa fortune se releva quelque peu. Théoriquement il garda l)ien son caractère de caisse commune de l'Empire, mais en fait, il ne se distingua plus que d'une façon nominale des autres trésors impériaux, pour cette raison bien simple que les Basileis eurent sur lui plein pouvoir comme ils l'avaient sur les deux autres caisses. Les trois Trésors conservèrent une administration spéciale, alors même qu'ils ne faisaient qu'un dans la réalité des choses. Le bureau du logothète eut pour mission de centraliser les impôts de toutes natures qui se percevaient dans l'Empire, mobiliers et immobiliers, directs et indirects, comme sans doute de recevoir le surplus des sommes que les autres ministères ne dépensaient pas et qu'ils louchaient à titre individuel. Aussi comprend-on facilement la grande influence de ce personnage, véritable ministre des
eux une grande œuvre sociale à accomplir. Ils la lentèreiil. On sait qu'elle fut de courte durée, car dès le i\' et surtout à partir des \'' et xr siècles toute trace en fui soigneusement effacée. Nous aurons l'occasion de revenir plus loin sur ce sujet.
I. Sauf exception que JMndi([ueiai, tous les renselgnemeiils que jimIoihic dans cette étude sont puisés au CJétoroloye de Philothée.
'}. Marquardf, De l'organisation jinancirvc rhr: /r.v Uomniii^. p. ,'>87.
96 BASILK I
finances, indiqué au Clétorologe comme ayant le Irente-troisième rang, immédiatement après le sacellaire ^ dans la hiérarchie byzantine. Nous connaissons par Syméon Magister^le nom du logothèle du Trésor au début du règne de Basile. C'est Constantin, frère de l'higoumène de Saint-Diomède, que, par reconnaissance pour son bienfaiteur, le basileus éleva à cette haute fonction. Le logothète auquel était confié le trésor de l'Empereur avait, pour l'aider dans sa tâche, de nombreux fonctionnaires sous ses ordres : les chartulaires, le protochancelier, les chanceliers : mais indépendamment de ces scribes qui tenaient les registres, les écritures et accomplissaient tout le travail que nécessite un des plus importants rouages de Tadministration. le bureau des finances paraît avoir été subdivisé en plusieurs départements ayant chacun à sa tête un fonctionnaire d'une certaine importance. Malheureusement, si nous connaissons quelques-uns de ces fonctionnaires, le plus grand nombre ne nous a laissé jusqu'à présent d'autre indication qu'un nom impossible à identifier, mais qui, s'il pouvait l'être, contribuerait, sans doute, à nous faire mieux connaître le fonctionnement de cette caisse publique. INous verrions probablement que ce Trésor, tout en devenant la propriété des Empereurs, garda quelque chose de son caractère passé, qu'il resta, par excellence, le trésor du sénat et du peuple, la grande caisse de l'Empire où toute richesse venait aboutir. Et c'est peut-être pour cette raison que Basile, comme nous l'avons vu, convoqua le sénat pour ouvrir le Trésor^
Quels étaient donc les fonctionnaires qui dépendaient du logothète du Trésor, les 0 Tajji'la'. tcov jiiaa-'.A',xà)v ypr^'^y.'zoiv d *, comme on disait.
C'étaient, tout d'abord, les grands chartulaires ['/jj.zzo'j\^^\o^. \kzyocAoi Toj TExpiTOj ». les vrais chefs de ce ministère. A leur dépar-
1. Sous Basile il arrivait le trentième puisque trois fonctions furent créées par Léon, parmi les premières de l'Empire. Ibn Hordadbeh cite le logothète comme venant immédiatement après le « A ézir du roi et son lieutenant. » (Ed. de (ioeje, p. 8^ ).