Liv. du Pré/., II, S n, p
!\. S'il n'y avait pas deux corporations distinctes, il y avait du moins deux catégories de personnes dans cette corporation des « àpyjpoTzpoixoii. ». U est remarquable, en efTet, que l'auteur du livre n'emploie ce dernier terme que lorsqu'il s'agit de marchands ; dès qu'il s'agit de monnayeurs ou d'orfèvres, en un mot de fondeurs d'or, il emploie le terme de
BASILF. I
Défense était faite aux « ypjToyôoi » d'acheter pour leur travail plus d'une livre d'or non contrôlé sans avertir le président de la corporation; défense leur était faite de fondre ou de .travailler l'or et l'argent chez eux. Ils devaient le faire dans les ateliers de la Mesa. Quant aux « àpyjpoTrcaTai » il leur était défendu d'acheter, sans l'avoir déclaré au préfet, les objets destinés au culte, qu'ils soient entiers ou brisés, sous peine de confiscation; ils ne devaient jamais s'en aller, sous prétexte d'estimation, sans avertir le préfet, ni se disputer les uns les autres au sujet des estimations. Ceux qui étaient pris, contrevenant à ces ordres, étaient battus de verges, tondus et rayés de la corporation.
Les « trapezites )) « Tpa-c^lTa», » étaient des agents de change. Eux seuls avaient le droit de faire le change des monnaies. A leur entrée en charge ils devaient présenter des témoins pour affirmer qu'ils ne feraient rien de contraire aux lois, c'est-à-dire ne couperaient, ni ne gratteraient nomismes et miliarisia, qu'ils n'y imprimeraient aucun faux caractère et. qu'en aucun cas. ils ne se feraient remplacer pai' d'autres dans leur négoce. L'éparche avait sur eux un droit de surveillance et c'était, pour les agents de change, un devoir que de lui déclarer l'argent qu'ils avaient en banquet Eux, tout d'abord, avaient, naturellement, à se conformer à la novelle de l'Empereur Léon obligeant ses sujets à recevoir les monnaies, même anciennes, frappées à d'autres effigies que la sienne pourvu que le poids s'y trouvât. Aussi le « Livre du Préfet » exiget-il que les banquiers ne se livrent pas à l'agio. Ils devaient recevoir le miliarision d'argent pour vingt-quatre folles quand il était bon et portait véritablement la marque impériale. Dans le cas où la pièce n'était pas authentique ils pouvaient l'estimer; mais aussi, bien vite, ils devaient prévenir le préfet et faire connaître le possesseur.
On le voit donc, le système financier de Byzance était assez bien organisé. Si le peuple des campagnes n'eut pas été pressuré par les impôts la situation n'aurait pas été mauvaise. Malheureusement, à la base de toute cette organisation sociale, il y avait un vice caché qui allait annihiler les plus généreux efforts et tarir toutes les sources d'énergie comme toutes celles de la richesse ;
I. Je pense, du moins, que c'est lin lerp relation qu'on peut donner de l'expression obscure (( 3a7.y.o'jAapiojî à'a'f avtÇciv tw j-nip/w ».
ET L EMPIUK BVZVMIN 120
la centralisation excessive. On a pu le remarquer déjà, il n'est pas de til, si ténu soit-il, de cette immense toile qui ne converge et n'aboutisse au centre même du gouvernement : à l'Empereur. Une bureaucratie nombreuse et avide les tient entre ses mains poin- les remettre entre celles du souverain, et le peuple, pris de tous côtés, dans ces mailles admirablement combinées, devait, fatalement, succomber un jour ou l'autre, vaincu comme la mouche par le travail de l'araignée.
CHAPIÏKE 11
L OEUVRE LEGISLATIVE. L Ol\GAMS.VTIO> JUDICLVIUE.
Une nation n'est véritablement grande que lorsqu'elle possède, à l'intérieur, des finances prospères, à l'extérieur , une armée forte et respectée. La richesse publique engendre alors la richesse privée, seul fondement durable d'une brillante et réelle civilisation, tandis que la tranquillité assurée aux frontières ])ar des troupes disciplinées, fait renaître, à son tour, le calme et la paix dans les esprits, la prospérité, par le commerce et l'indus trie, dans les différentes classes de la société. Alais finances e( armées, civilisation et industrie ne peuvent réellement entrer en pleine floraison qu'autant que l'arbre social tout entier, et jusqu'en ses derniers rameaux, se trouve nourri par une sève abondante et riche en sucs de tous genres : la justice. Arrachez d'une législation les principes de justice étei'nelle qui la doivent régir et fatalement vous aboutirez à l'anarchie. Privez certains individus ou certaines classes d'individus du droit de se défendre et du droit d'être vengés, laissez d'autres citoyens opprimer leurs semblables et commettre impunément l'iniquité, et toute civilisation ne sera qu'un leurre, une affaire de façade. Derrière elle il y aura des ruines et d'irréparables fissures dans l'édifice encore debout.
Ce fait de politique générale n'échappa — il faut le reconnaître — à l'attention d'aucun empereur byzantin. Presque tous, au dire des chroniqueurs, même ceux qu'on détestait le plus, s'occupèrent activement de faire régner la justice en leurs états; et si, parfois, ils s'y prirent d'une façon passablement maladroite, du moins y mirent-ils tous quelque bonne volonté. A cet égard, Basile fut assurément le digne successeur de cette lignéede princes qui. depuis Justinien jusqu'au dernier empereur iconoclaste, Tliéo])liile. travaillèrent sans relâche à