Lih. Pontif., II, i8i
2l8 BASILE I
moment où Faffaire des Bulgares el, peut-être, les incitations de Photius le décidèrent à modifier ouvertement la conduite qu'il s'était imposée, jusqu'au moment aussi où il s'aperçut que les ordres donnés par Rome aux légats étaient en complet désaccord avec sa propre nnanière de voir. Il serait, en effet, assez puéril de s'imaginer avec les Latins du ix*" siècle que Basile agit en toute cette affaire d'une façon absolument désintéressée et ne se laissa guider que par des motifs d'ordre purement religieux. D'abord, une telle conception des choses ne pouvait entrer dans l'esprit d'un Basileus byzantin, si pieux qu'il fût. Entre Rome et Gonstanlinople il y avait trop de rivalités et trop de méfiance pour qu'un empereur allât s'humilier devant un Pape sans regrets et sans calculs ; Basile, ensuite, n'était pas homme à sacrifier ses droits et ses prérogatives à la légère et par scrupule religieux. Bien d'autres idées et bien d'autres projets hantaient alors son esprit. Non ; en réalité, la politique ecclésiastique de Basile fut tout autre que ne le crurent et Hadrien et les légats. OUiciellement il voulut être irréprochable, soumis et conciliant durant tout le concile ; mais en secret il agissait, et c'est surtout par la conduite et la parole de ses délégués que nous pouvons, je crois, saisir sa véritable politique.
Le concile s'ouvrit solennellement le 5 octobre 869 et se termina le 28 février 870. Il devait compter dix sessions. Outre les légats, on pouvait y voir le patriarche Ignace, Thomas, métropolite de Tyr, représentant du défunt patriarche d'Antioche, Elie, prêtre et syncelle, représentant du patriarche de Jérusalem, Théodose, une commission laïque ayant à sa tête le patrice Baanès, les évêques restés fidèles à Ignace, ceux qui, après avoir communiqué avec Photius. avaient signé le c( Libellus satisfactionis » apporté de Rome par les légats ', enfin, à partir de la seconde session, ceux qui furent absous par le concile. Aux sixième, septième, huitième et dixième sessions l'Empereur lui-même fut présent, et à la dernière session du 28 février, chacun put voir les ambassadeurs de Louis II ayant à leur tête le fameux Anastase.
Dès avant l'ouverture du concile, ce « Libellus satisfactionis » avait soulevé certaines diflicultés. Malgré son désir d'être
I. Mansi, \vi, 18. Lo « libellus » confirmait la dcposilioii de Pholius, la condamnation dos synodes tenus contre Ignace et Nicolas I^'*^ et alTirmait l'autorité du Pape.
agréable aux k'gats, Basile n'avait pas pu s'empêcher de demander quelques explications sur cette 0 nouveauté ^ » et avait voulu qu'il fut traduit en grec ; mais il n'alla pas plus loin, parce qu'en somme le Libelle était conforme à ses désirs et qu'ensuite il avait à son service, le cas échéant, la commission laïque pour faire prévaloir sa volonté. Néanmoins, ce premier acte était significatif. Il devait, du reste, par la suite, avoir son épilogue. Dès que les Pères furent réunis, au début de la première session, l'asecretis Théodore lut un message (( epanagnosticon » de Basile. Dans ce document l'Empereur se montra tel qu'il voulait le laisser paraître, fils soumis de l'Eglise et plein de zèle pour la foi. Il rappela que son premier soin, avant même de s'occuper des choses politiques, fut pour les affaires religieuses et que son plus grand désir, en saluant les légats et les Pères assemblés en concile, était de voir l'ordre et la tranquillité rétablis dans l'Empire. Puis, très diplomatiquement, il leur donna quelques conseils de sagesse et de modération 2.
Ces paroles faisaient partie du rôle officiel de Basile. Pour autant, il n'allait pas se désintéresser de la marche des affaires et, tout de suite, par l'intermédiaire de sa commission, il le fit voir. A la grande surprise des légats, en effet, Baanès se leva et demanda aux ambassadeurs romains comme aux Orientaux de prouver leur mission, d'indiquer l'étendue de leurs pouvoirs et de faire part à tous des lettres dont ils étaient porteurs. C'était là chose inouïe. Pour calmer les envoyés du Pape, il fallut leur expliquer ([ue l'exemple de Zacharie et de Rodoald avait mis en défiance et qu'il ne s'agissait nullement, en l'occurrence, de faire une injure au trône apostolique « et nos propter inhonorantiam apostoli throni non dicimus hoc^. » Le coup n'en était pas moins porté et pour la seconde fois la volonté de Basile apparaissait, dictant à ses représentants la conduite qu'ils devaient suivre, imposant à tous une procédure régulière dans les affaires qui allaient se traiter.
Cette secrète action de l'Empereur se manifesta une troisième fois encore dans cette première séance. Ce fut à l'occasion de Photius. Les vicaires orientaux avaient à peine achevé d'établir qu'ils étaient en parfaite union avec Rome au sujet du schisme,