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condamnant ce que le Pape avait condamné, approuvant ce qu'il avait approuve, que, tout à coup, à brûle-pourpoint, Baanès posa aux légats la plus forte objection qu'on pût faire à Hadrien — celle autour de laquelle toute la politique de Basile allait pivoter : comment avait-on pu condamner Photius alors qu'il était absent ? Les apocrisiaires romains esquissèrent une réponse qui nous paraît assez embarrassée et qui dut l'être, en vérité, car l'affaire fut de nouveau disculée à la quatrième séance et d'une façon plus orageuse. Pour l'heure, Baanès s'en contenta et la séance fut levée. Cette première session avait donc été tout entière consacrée à prendre contact et à régler de pures questions de forme et de protocole. Rien de sérieux n'avait encore été fait et cependant tout esprit perspicace pouvait deviner, sans beaucoup de peine, à quelles irréductibles oppositions on allait se heurter.
Si les deux réunions suivantes n'eurent pas un beaucoup plus grand intérêt du point de vue où nous nous plaçons — la politique religieuse de Basile ^ — il n'en va pas de même de la quatrième qui compte parmi les plus importantes du concile, et dans laquelle nous saisissons à merveille le rôle occulte de Basile. Cette session eut lieu le i3 octobre. Il s'agissait de savoir ce qu'il convenait de décider au sujet de deux prélats bien connus : Théophile et Zacharie, ceux-là même qui avaient été envoyés à Rome par Photius après son avènement. Leur situation était, en effet, spéciale. Ordonnés autrefois par le Patriarche légitime, Méthode, ils avaient passé au schisme. Forts de leur ambassade auprès du Pape, ils répandirent partout le bruit que Nicolas avait reconnu Photius. C'était là chose grave, parce qu'elle avait trompé beaucoup de monde. De plus, ils refusaient de se détacher de la communion du Patriarche déposé. Baanès proposa donc de les introduire devant le Concile pour qu'ils fussent
I. Il n'y a d'intéressant à noter pour l'histoire générale de l'Eglise byzantine à cette époque, que la réconciliation, au cours de la deuxième session, des évoques et autres clercs autrefois ordonnés par Méthode et Ignace, mais qui passèrent ensuite au schisme. Nicélas a beaucoup blâmé cette indulgence du concile. Il rend responsable des malheurs qui suivirent — c'est-à-dire le retour de Photius au pouvoir — les légats et l'empereur qui auraient dû exiger une définitive déposition. Au lieu de se conformer aux canons on a, dit le biographe d'Ignace, préféré donner une place au synode à ces évoques tombés et c'est grâce à eux que Photius put revenir au pouvoir. Nous allons voir que Basile joua, en celte dernière affaire, un rôle beaucoup plus important que les évoques.
jugés une seconde fois * ; mais les légats s'y opposèrent. Sur leur demande, une commission fut choisie pour les aller interroger et leur demander s'ils rompaient avec Photius. Leur réponse fut négative. Aussi les Pères déclarèrent-ils qu'ils seraient jugés comme Photius : « Sit portio Theophili et Zachariae cum Photio ». C'est alors que Baanès se leva et commença le plus curieux discours qui soit. Insensiblement il laisse deviner toute la politique cachée de Basile et le point faible sur lequel va porter toute la discussion : le jugement prononcé par Rome en l'absence des accusés. Sans ambages Baanès confessa qu'il était envoyé au concile ainsi que ses collègues — « c'est ce qu'on appelle le Sénat - » — pour être les auditeurs sévères des choses qui s'y font « ut simus districti eorum quse geruntur auditores » . Si donc les Pères veulent que le saint synode soit sanctionné par la signature des empereurs, il faut que Photius et les évêques coupables entendent leur jugement et puissent se défendre à l'occasion. En cas contraire, il sera inutile de demander des signatures : (( Si hoc autem factum non fuerit, scimus quia nostri non egetis ad scribendum in fine a vobis gestorum ^. )) Ce que Basile voulait donc, c'était et une seconde discussion et un second jugement. Or, il savait très bien qu'à cela il y avait de graves difficultés et que les légats n'allaient pas revenir sur le jugement porté par le Pape. Néanmoins, par condescendance, les apocrisiaires acceptèrent la demande de Baanès, non sans faire marquer de quelle hypocrisie toute cette affaire était empreinte : (( Excusationem qua?runt, .) dirent-ils, ils cherchent une excuse, ils veulent fuir le jugement « fugere volunt judicium ». Etal semble bien, en effet, qu'il y avait quelque chose de fondé dans cette observation. En tous cas, toute la scène paraît avoir été arrangée d'avance, car dès que les deux évêques se trouvèrent devant le concile et qu'on leur eut parlé du « Libellus » ils se récrièrent : a Nous ne désirons pas entendre la lecture du Libelle, dirent-ils. et nous ne voulions pas venir ici. L'Empereur nous a ordonné de nous rendre au palais et en sa présence, et c'est ainsi que nous nous trouvons ici*. » Baanès leur répondit alors : « N'avez-vous pas dit