Mignc, Cil, Lettre de Pliolias à Basile, xvi
elle allait lui permettre d'humilier ces Romains qui maintenant ne pouvaient plus lui servir ; compromis auprès d'un grand nombre de ses sujets par sa trop grande docilité à l'égard des volontés pontificales, elle allait lui permettre de reconquérir la popularité dont il avait besoin.
Dans les premiers mois de 865, Boris, roi de Bulgarie, avait reçu le baptême ^ L'Empereur Michel avait été son parrain. En lutte continuelle avec Byzance, Boris avait appris naturellement à connaître la n grande ville » et tout vainqueur qu'i fût des armées byzantines, le prestige, la puissance, le culte dont était entouré le Basileus avaient tourné la tête à ce Slave encore mal dégrossi. Sa conversion n'avait probablement pas été sans quelques visées politiques : sûrement la vanité y avait été pour quelque chose. Boris espérait bien avoir tout de suite une cour et une église modelées sur celles de Constantinople et se hisser par l'une et par l'autre au rang de son impérial voisin. C'est en rêvant à ces belles choses qu'il envoya au lendemain de son baptême, une ambassade à Photius pour lui demander un archevêque, des évêques et des prêtres. Il comptait bien que le jour où il aurait un Patriarche pour le couronner et lui offrir l'encens, il serait Empereur, Photius, peutêtre sur l'ordre de son gouvernement, se contenta d'envoyer des missionnaires. Ce n'était point l'affaire de Boris qui se tourna alors vers Rome. Nicolas P% lui. accepta les offres du Bulgare et une mission partit bientôt pour les bords du Danube avec deux évêques à sa tête : Formose de Porto et Paul de Papulania. Les choses marchèrent à merveille en Bulgarie. Dès 869 le rite latin était partout établi et les foules, en masse, abjuraient le paganisme pour adopter la religion chrétienne. Mais Boris pour autant n'avait pas un Patriarche. En vain il réclama Formose puis le diacre Marin. L'un et l'autre lui furent refusés. C'est alors que, profitant du concile de 869, il envoya à Constantinople une ambassade pour demander qu'on tranchât définitivement la question de savoir à quelle Eglise appartenait la Bulgarie. Une réunion extra-conciliaire fut donc immédiatement convoquée trois jours après la clôture du concile, à laquelle prirent part les légats, Ignace, les repré-
I. Vailhé. Vrticlc « Bulgarie ». Dictionnaire de théologie catholique, U II, p. 1179.
sentants des sièges orientaux et les députés bulgares. Basile se vengea tout de suite des menées antérieures d'Anastase en le laissant en dehors de ces. affaires et en ne l'invitant pas à faire partie de cette assemblée, ce qui l'humilia profondément*. C'était là, du reste, chose d'autant plus fâcheuse que la plus grande confusion de langues paraît avoir régné au sein de ce petit concile, si du moins il faut en croire Anastase lui-même. « Les légats d'Orient et les ambassadeurs bulgares ne comprenaient pas ce que disaient les Romains et, à leur tour, les Romains et les Bulgares n'entendaient rien à ce que disaient les Orientaux-. » Pour étrange que tout cela paraisse, ce qui l'est plus encore c'est qu'on ait oublié de convoquer des interprètes. Un seul se trouvait dans la salle conciliaire par l'ordre de Basile et celui-là n'était point un Anastase, mais un simple fonctionnaire de l'Empereur 3. Malgré tout cependant les légats comprirent parfaitement ce qu'on voulait d'eux et ils ne s'y prêtèrent pas. Aux demandes des ambassadeurs bulgares et aux réponses des Orientaux, ils opposèrent une fin de non-recevoir énergique. Avec raison ils refusèrent de trancher la question, alléguant qu'ils n'avaient pour ce faire aucun mandat du Pape. Néanmoins ils donnèrent rapidement les raisons qui obligeaient les Bulgares à accepter la souveraineté de Rome, répliquèrent aux Orientaux que le siège apostolique n'avait aucun jugement à recevoir de ses inférieurs et adjurèrent Ignace de ne pas sacrer d'évêque pour la Bulgarie. Peine perdue ; Basile voulait garder une suzeraineté effective sur les Bulgares et ne pouvant prétendre exercer sur eux l'autorité civile et politique, il entendait du moins y conserver par