Lettres XVI et XVII, p. 765 et seq
ET l'empire byzantin ^33
raisons que son prédécesseur de tenir rigueur à l'exilé. Par l'intermédiaire d'Anastase ', Photius se ménagea donc quelques sympathies à Rome et, s'il faut en croire un fragment de lettre au bibliothécaire, tout un plan aurait été conçu pour rendre à Photius le trône dont il était dépossédé 2. En tout cas, une chose est certaine : c'est que, dès avant la mort d'Ignace, Photius était rentré à Constantinople.
Le biographe dlgnace, Nicétas, et la Chronique dite de Syméon Magister, ont raconté l'un et l'autre par quel stratagème le Patriarche exilé rentra en grâce auprès de son auguste maître ^, Photius aurait, paraît -il, composé une généalogie fantaisiste sur la famille de Basile. Sans vergogne il l'aurait fait descendre des Arsacides, de Tiridate, premier roi chrétien d'Arménie. Sous forme de prophétie écrite en caractères alexandrins sur un très vieux papier et reliée avec la couverture d'un ancien codex, il racontait par avance les gloires de la famille et de ses membres. Arrivé au père de Basile il prophétisait que de lui naîtrait un grand prince du nom de « Beclas » qui serait grand et heureux. Beclas était un anagramme représentant la première lettre de chacun des noms de la famille impériale: Basile, Eudocie, Constantin, Léon, Alexandre, Stéphane. La prophétie, une fois composée, fut placée secrètement dans la bibliothèque impériale par un ami de Photius, le clerc Théophane, qui se chargea d'attirer l'attention de Basile sur le mystérieux ouvrage, tout en lui faisant remarquer que seul Photius. avec sa grande science, serait sans doute en mesure de le déchiffrer. Basile, intrigué, envoya tout de suite l'ouvrage au Patriarche qui déclara que la prophétie se rapportant directement à Basile, il ne pouvait la lire que devant lui. Photius vint donc au palais et y lut son propre travail à la grande joie de l'Empereur. Aussi sa récompense ne
1. Cette intervention subite d'Anastase est assez curieuse après sa conduite à l'égard de Photius. A oici, en réalité, ce qui dut probablement se passer. On sait que Photius avait noué de bonne heure des relations assez intimes avec Louis IL 11 chercha même à l'associer à sa campagne contre Nicolas I". Or, Anastase était, lui aussi, en excellents termes avec l'Empereur franc et ne manquait aucune occasion de lui être agréable. Il est probable que c'est à l'instigation de Louis II, ou, du moins, pour lui faire plaisir, qu'Anastase essaya de s'entremettre en faveur de Photius (Cf. Duchesne, Origines du pouvoir pontif. Revue d'Histoire et de Litt. relig., I, 820).