‹ Basile Ier, empereur de Byzance (867-886)Chapitre 229 sur 409 · Mansi, xvi · texte numérisé non relu

Mansi, xvi

4. Cependant il est une chose qu'il faut remarquer : c'est, qu'en général, la lettre de Stylianos est très exacte. Elle résume les faits dans leur ordre chronologique tels que nous les connaissons par ailleurs et sans les exagérer. Evidemment, ses appréciations sont parfois discutables parce que toujours passionnées; mais je ne crois pas qu'on puisse rejeter les faits qu'il est seul à raconter car ceux qui nous sont parvenus par d'autres sources et que nous pouvons contrôler sont tous véridiques. Cette lettre écrite après la

tribunaux civils pour de graves raisons politiques. Du reste, les événements étaient déjà bien loin, et comme personne n'irait à Rome contredire un récit plus ou moins fantaisiste que nul, au surplus, ne pourrait connaître, il n'y avait pas d'inconvénient à charger son ennemi et à lui faire expier ses torts et ses injustices passées. Et c'est ce que fait Slvlianos. Mais, ses allégations tombent, ce semble, devant la déclaration même de Photius au concile qu'il tint en 879 * : on ne s'imagine pas très bien Photius osant affirmer de telles choses devant tous ses contemporains, dont beaucoup restaient ses irréductibles ennemis, si véritablement sa conduite avait été aussi repréhensible que Stylianos veut bien nous le dire.

Mais, en fait, si Photius n'agissait guère par lui même, il avait un ami qui lui était tout dévoué : Théodore Santabarenos. Cet homme allait se trouver à point nommé pour seconder les plans de Photius. Nous savons quelles relations existaient depuis longtemps déjà entre le Patriarche et le moine. Si Stylianos s'est probablement trompé en attribuant à Théodore le retour de Photius au pouvoir, il ne s'est point trompé en l'associant aussi intimement qu'il l'a fait à sa destinée. Le jour n'était pas éloigné où tous deux, profitant des circonstances, ourdiront leur audacieuse et dernière intrigue 2. C'est sur ces entrefaites qu'enfin Ignace mourut le jour de la Saint Jacques

mort de Basile, sous le rogne de Léon VI (Mansi, xvi, 434). probablement dès 886 ou 887, a pour but de demander au Pape le pardon officiel du peuple de Byzance. En réalité, son auteur veut informer le nouveau Pape tant de ce qui s'est passé au sujet de Photius avant son avènement, que des raisons de sa définitive déposition. Nous avons vraisemblablement là un écho du procès intenté à Photius au lendemain de la mort de Basile.

1. « Tant qu'a vécu le bienheureux Ignace nous n'avons voulu d'aucune façon recouvrir notre siège bien que beaucoup nous y exhortassent. » (Mansi, XVI, 424).

2. Nicetas (VU. Ignat., 569) prétend que Théodore travailla auprès de Basile au retour de Photius ; de même Stylianos. La chose est cependant peu probable. Basile avait été dur pour les amis de Photius et les avait impitoyablement éloignés. Théodore, moins que tout autre, ne dût pas faire exception. En tous cas, il n'aurait pas permis qu'un aussi fidèle ami, tenant du Patriarche déchu, eût grande autorité à la cour. Il est beaucoup plus probable que ce fut après la mort de Constantin que Théodore acquit • sur l'esprit de Basile la grande autorité que nous savons. Néanmoins, il est bien sûr que Basile connaissait Tliéodore dès avant 880-881. Le moine avait été évêque de'Patras, archevêque d'Euchaites, ambassadeur de Photius à Rome fVit. Ignat., 573), trop de choses importantes pour que Basile ne connut pas ce personnage.

ET l'empire byzantin 287

20 octobre 877, à l'âge de quatre-vingts ans ^ Il fut enterré solennellement dans l'église du monastère de Saint-Michel qu'il avait fait construire - et, trois jours plus lard, Photius remontait sur le trône patriarcal^. En vérité, on comprend bien à ces étranges et successifs retours de fortune, les plaintes amères qu'exhalèrent tous les ennemis du nouveau Patriarche. Nicétas se montre très scandalisé de tant d'incohérence dans le gouvernement de l'Eglise. Soit à l'occasion du pardon accordé par le Concile de 869 à ceu^L qui avaient faibli durant la persécution dirigée par Photius contre Ignace, soit quand il arrive, dans son récit, à l'heure qui nous occupe, il blâme cette trop facile indulgence. Il peint Photius des plus noires couleurs qu'il trouve sur sa palette*, et lui attribue tous les crimes. Basile, non plus, n'échappe pas à sa colère et c'est de simple et de sot, (( aTiXoTT,?, l'va jjLT, ÂÉYoj xouooTT,;; ^ », qu'll le traite. En cela, du reste. Nicétas ne faisait qu'une erreur de date. Quand l'Empereur se décida à réintégrer l'ancien Patriarche — toujours dans l'espérance de terminer l'agitation religieuse — il n'avait point encore perdu son fils Constantin et son esprit était très lucide. S'il pouvait lui coûter, peut-être, de faire volte-face et de se déjuger ainsi publiquement à l'heure même 011 son pouvoir n'était plus contesté, déjà tout auréolé qu'il était de gloire militaire, il comprenait parfaitement que c'était la stabilité de sa maison qu'il assurait par cet acte. Vieux de soixante-cinq ans, il pouvait espérer que chacun se rallierait à une politique qui avait partagé le différend et, somme toute, rendre justice à chacun des deux adversaires et qu'ainsi, sur ce point, Constantin n'aurait pas, un jour, les graves difficultés qu'il avait trouvées à son avènement. Très habilement, du reste, il avait de son côté, depuis quelque temps, préparé le retour de Photius au pouvoir en aidant de sa flotte — et cela dès 877 — le Pape à lutter contre ses ennemis^'. C'était un premier pont jeté entre

1. Cf. sur cette date Ilergenrother, II, 386 et seq. Nous avons donc pour la vie de saint Ignace les dates suivantes : naissance 797 ; élévation au patriarcat, juillet 847; déposition, novembre 858; exil 858-23 novonv bre 867 ; mort le 28 octobre 877 (Nicétas*, VU, Ignat., 5i2, 544, 56o).

2. Pargoire, Les monastères de saint Ignace, 190.1, VII, i, p. 69.

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