Jafîé, 3271 à
4. Ce sont les fameux documents falsifiés par Photius (Pour la discussion de ces textes cf. Héfelé-Delarc, vi, 21 et seq. Hergenrôther, n, 383-396). Grâce aux lettres latines authentiques de Jean VIII que nous possédons, il est facile de confronter les pièces et de discerner les arrangements et coupures qu'y apporta Photius. A remarquer que la lettre du Pape porte mention de « Basile, Constantin, Alexandre >>, tandis que l'apocryphe de Photius donne « Basile, Léon, Alexandre ». Pour expliquer cette différence, pas n'est besoin de recourir à une faute de copiste (Héfelé-Delarc, vi, 22'). La vérité est que lorsque Jean VIII écrivit, en août 879, Constantin n'était point mort. Basile avait relégué dans l'ombre le fils de Michel et les ambassadeurs ne firent probablement connaître au Pape que le nom des enfants légitimes de Basile, bien que Léon ne fût pas un inconnu puisque le Concile de 869 le mentionne dans ses acclamations à côté de ses frères et que les lettres de Basile à Rome datées de cette t^poque le signalent elles aussi. Quand, au contraire, Photius falsifia la pièce, Constantin était mort et force était bien à Byzance d'indiquer la personnalité de Léon qu'on n'avait pas encore songé à évincer par le stratagème de Théodore que l'on sait (cf. infra, 1. 1, ch. m).
du Saint-Siège et rappelé la demande de Basile en faveur de Photius, le Pape agrée la réintégration àe son confrère d'Orient atin que l'Eglise de Dieu ne soit plus divisée et troublée par le scandale « ne ecclesiam Dei tanto jam tempore pertubatam pateremur amplius nianere divisam scandaloque commotam » vu que le patriarclie Ignace est mort, a Ignatium pise memoriae patriarcham de presenti vita jam migrasse cognoscimus », et à cause des circonstances, « temporis ratione perspecta^ », bien qu'il ait usurpe sans l'assentiment de notre siège la charge qui lui avait été interdite, a hoc modo decernimus ad veniam pertinere quod nuper de ipso Photio, licet ipse absque consultu sedis nostrae officium sibi interdictum usurpaverit » ; 2" à cette réintégration demandée par les patriarcliats d'Orient et les églises de Constantinople, Jean YIII met deux conditions : à savoir que Photius demande pardon devant un synode et dans la manière accoutumée, et qu'il satisfasse pour sa conduite antérieure, « eumdem Photium satisfaciendo, miscricordiam coram synodo secundum consuetudinem postulantem... recipimus » ; 3" «à la mort de Photius, on ne choisira pas un laïc ou un dignitaire pour lui succéder, mais bien un cardinal-prétre ou un diacre de Constantinople; 4" enfin la réintégration de Photius n'a lieu qu'à la condition qu'il ne se permettra aucun acte dejuridiction ecclésiastique sur la Bulgarie, qu'il n'ordonnera aucun évêque et n'enverra aucun pallium -.
Telles sont les conditions essentielles mises par Jean YIII au retour de Photius au pouvoir. On le voit donc, c'est une sorte de concordat ou de traité de paix passé entre les deux cours, un « donnant donnant » profitable aux deux pouvoirs. Il me semble difficile, après cela, d'incriminer, comme on l'a trop souvent fait, Jean VIlI pour sa conduite. Cette politique était habile de part et d'autre et, en fait, eut pour l'Eglise d'heureux résultats puisqu'elle ramena, momentanément, l'union. Les événements du xi^ siècle qui brisèrent pour toujours l'œuvre de Jean YIII n'eurent pas de points d'attaches directs dans cette mesure de clémence et de sagesse. Que fut-il advenu si le Pape, sourd aux demandes de Basile, point ijiquiété par de
I. C'est-à-dire, d'une part les incursions sarrasincs et, de l'autre, les affaires de Bénévent.
3. Mansi, xvii, 187-139. Je n'ai indiqué que les conditions d'ordre général, celles qui ont une importance réelle et politique.
dangereux voisins, eut refusé loflïe de l'Empereur? C'est là. assurément, une question oiseuse puisqu'elle rentre dans l'infinie eatégorique des « futurs possibles » ; mais serait-il téméraire de croire que la scission des deux Eglises, au lieu d'avoir été retardée se fut accomplie dès le ix'' siècle? Du reste, est-il bien juste de faire porter à Jean YllI la responsabilité d'événements postérieurs qu'il ne pouvait prévoir et. par conséquent, conjurer? Ce qui paraît certain, en tous cas. c'est la parfaite loyauté du Souverain Pontife en toute cette afl'aire. Non seulement, aucun acte de son pontificat ne contredit ou ne rétracte les conditions posées au retour de Photius. mais lui-même, dans ses autres lettres, confirme ces conditions et pousse la condescendance jusqu'à écrire aux ennemis de Pbotius pour les réconcilier avec leur Patriarclie '. Peine perdue, on le sait; car si, sous la menace d'une excommunication, Stylianos se rappiocha de Pbotius. du vivant de Jean VIII, il se dédommagea au cours des Pontificats suivants, en écrivant le terrible réquisitoire qu'il envoya à Etienne.
Le résultat de ces faciles et lieureuses négociations dans l'ordre religieux ne tarda pas à se manifester dans le domaine des choses politiques. Tandis qu'à Byzance. Photius était ofïîciellement reconnu par les légats du Souverain Pontife, en Italie, les dromons de Basile venaient au secours du Pape et battaient les Sarrasins. La lettre de Jean YIII au spathaire Grégoire, datée du 19 octobre 879-, laisse bien deviner sa joie et la reconnaissance qui devait être sienne en contemplant l'œuvre de sa politique. Aussi est-ce vraisemblablement, sans grande inquiétude qu'il vit s'ouvrir en novembre de cette même année le singulier concile qui allait, ofïîciellement, réhabiliter Photius.
Mais un grave événement, dont l'influence devait être considérable sur toute la fin du règne de Basile, venait, précisément, de se produire à Constantinople. Constantin, fils aîné de Basile, était mort peu de temps avant l'ouverture du Concile. Cette mort, en arrachant à Basile tout sérieux espoir de se survivre à lui-même dans le fils qu'il aimait tant, anéantissait du même coup tous les rêves d'avenir que le rude paysan de Macédoine avait longtemps caressés pour sa véritable et légitime famille.