‹ Basile Ier, empereur de Byzance (867-886)Chapitre 358 sur 409 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

plètement le droit byzantin d'alors et. par Tu 'ExAoyy] » et le (( Nouioç ystopyixoç » sanctionnèrent une législation nouvelle qui supprimait tout servage et ne reconnaissait que deux sortes de personnes, les libres et les esclaves K Mais si, documentairement, cette transformation olTicielle est la seule chose que nous puissions saisir avec certitude, la raison même de cette révolution

— car c'en fut bien une — se laisse cependant conjecturer. La chose a son importance, parce qu'elle explique les efforts de Basile. Il est certain, en effet, que la législation isaurienne fut de courte durée. Dès le x*' siècle et jusqu'à la fin de l'Empire byzantin, nous retrouvons un état social assez semblable à celui qu'avait sanctionné Justinien. Si les Empereurs du vm*" siècle et du commencement du ix'' modifièrent un instant le droit sur un point aussi essentiel que la question sociale, c'est qu'ils avaient pour cela une raison autre que la simple confirmation d'une réforme devenue nécessaire. Cette raison était tout simplement la lutte iconoclastique qu'ils avaient entreprise. Pour s'assurer une popularité dont ils avaient besoin, pour briser l'influence de l'Eglise et des moines, tous grands propriétaires, ils essayèrent de créer un nouvel état social dans lequel les liens de servage n'existeraient plus. Qu'il y eût encore des esclaves, c'est ce qu'il leur était impossible d'empêcher dans l'état des choses d'alors, mais en supprimant la condition des paysans et en leur rendant leur liberté, ils abattaient du coup la puissance territoriale de l'Eglise. De là l'idée de toute la législation isaurienne et la raison pour laquelle Basile — nous l'avons vu

— la maltraita si fort. Comme le fait remarquer Zachariae, en effet, celte révolution juridique peut se caractériser en deux mots : suppression du servage et droit de libre établissement 2. Désormais, il ne devait donc plus y avoir sur les terres d'Empire, en dehors des esclaves, que des paysans, libres de s'établir pour leur travail ori ils le désiraient, libres aussi des corvées et des devoirs attachés au servage. Cette législation eut les résultats que les Empereurs en attendaient. Elle fit baisser les revenus des grands propriétaires, les appauvrit et les gêna. Aussi, dès que l'orthodoxie fut proclamée, de nouveau, maîtres de l'Etat, églises et monastères commencèrent à travailler pour

I. Zacliarhc von Lingenllial, Geschichte, p. aoi. C'est aussi ta doctrine du Prochiron, xxxiv, p. nji.

2^ Ibid., p. 201.

ET l' EMPIRE BYZANTIN .379

faire retirer les lois impies qui les avaient si gravement atteints ^ Michel ne fit pas grand'chose en ce sens : il n'en avait pas le temps ; mais Basile P'. dans un esprit de justice et de conciliation, se mit à l'œuvre et au commencement du x^ siècle, avec l'apparition des Basiliques, avec les Novelles de Romain Lécapène et celles de Constantin Porphyrogénète, nous voyons ([ne les efTorts de Basile pour remettre en vigueur le droit justiiiien n'ont pas été vains et que la situation est redevenue ce qu'elle était avant l'apparition des lois isauriennes. De tout cela nous pouvons donc tirer une conclusion : c'est que, pratiquement, à l'avènement de Basile, la condition des terres et celle des paysans étaient encore définies par ï « Ecloga » et le u Nomos georgicos ». Or, c'est précisément ce que confirme, par son silence même, le Prochiron '2. Si le manuel de Basile connaît bien la condition des esclaves, il ne souffle mot de celle des paysans. Nulle part, il n'est fait mention de serfs u sva-oypacpoi » et nulle part nous ne voyons indiquées les charges et obligations qui liaient les fermiers aux propriétaires. Bien plus, le passage de la Vie de Basile ^ que nous avons déjà cité, nous montre avec évidence un peu partout les grands propriétaires tendant à revenir au système social primitif, bien plus avantageux pour leurs intérêts que celui qu'avaient mis en vigueur les auteurs du I\omos georgicos. Basile chercha à ménager les intérêts de tous. S'il travailla, d'une part, au rétablissement du droit justinien, il entendit, de l'autre, laisser au paysan la liberté dont il avait besoin. La Vita Basilii est, à ce sujet, très claire. Quand elle dit que Basile s'efforça de faire que chaque paysan pût cultiver sa propre motte de terre et jouir du fruit de sa propre vigne, interdisant à quiconque d'oser s'emparer de l'huile ou de la figue du pauvre, elle est, tout à la fois, en parfait accord avec les lois des Empereurs iconoclastes et avec les tendances nouvelles de la grande propriété qui, plus fortes que tous les palliatifs, rétablirent au x'' siècle l'ancien système féodal.

Cette longue explication était nécessaire, ce semble, pour faire comprendre pourquoi le règne de Basile fut une époque de

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